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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 16:53

AnthologieFrickx.jpg L'étude de Robert Frickx et Michel Joiret sur La poésie française de Belgique de 1880 à nos jours (1977) fut très mal accueillie par les néo-surréalistes belges regroupés autour de Tom Gutt, qui se répandirent en invectives contre les deux (f)auteurs.

À relire le chapitre 'Autour du surréalisme' (pp. 115-143), il est bien évident que Frickx et Joiret, malgré quelques formulations maladroites ou sujettes à caution, ne méritaient certes pas cette déculottée !

Les auteurs soulignent que Dada et le surréalisme « ne se portent pas ombrage et qu'ils ont pu se superposer sans qu'il soit permis de les inféoder l'un à l'autre. »

Si l'on veut cerner le mouvement Dada, il convient de ne pas rester indifférent à la démarche poétique de Paul Neuhuys qui le définit avec humour dans son ouvrage Poètes d'aujourd'hui (1): « Dada ainsi qu'il m'est arrivé de le dire plaisamment consiste à coucher par écrit les choses qui ne tiennent pas debout. (2) Dada instaure une puissance logique négative. Il invertit radicalement la direction de l'intelligence. Dada n'a rien de commun avec tout ce que vous en pensez, car Dada ne se pense pas. »

Entre les mains de Paul Neuhuys, cependant, la poésie semble moins être un instrument de scandale ou de subversion qu'un moyen d'exprimer ironiquement sa nostalgie. […] Ce poète sensible, simple (jamais simpliste) et intelligent a contribué à renouveler en Belgique le langage poétique. Il fut parmi les premiers à utiliser le vocabulaire de la matière, un peu à la manière de Cendrars ou de Thiry. On retrouve dans sa poésie les discordances géniales de Michaux et un arsenal de néologismes baroques, grinçants, quelquefois agressifs. Il use du calembour et parle de l'amour avec une tendresse qui résiste aux pièges du sérieux […]. Le vers est généralement rehaussé de couleurs franches et vives, écartelé quand il le faut et le plus souvent au service d'une imagination débridée.

PNDraisienne.jpg

[…] Auteur, entre autres, de La draisienne de l'incroyable (1959), Neuhuys possède l'art des antithèses et le goût de l'insolite. […] Sa poésie est animée par un réel besoin de connaître, et l'homme en est le centre. Le ton, très souvent ironique, voire acide, devient plus grave quand se pose fugitivement le problème de notre existence. [...] En définitive, si Dada n'a connu qu'une vie éphémère, il fut en Belgique le moyen terme entre la poésie lyrique traditionnelle et les audaces du surréalisme. La révolution pacifique n'aura pas été vaine ni même improductive, si l'on s'en réfère aux arabesques verbales de Paul Neuhuys (pp. 116-118).

frickx120.jpgRobert Frickx (1927-1998) devint docteur grâce à une thèse consacrée à René Ghil. Du Symbolisme à la poésie cosmique (1962). Dès 1969, il est chargé de cours à la Vrije Universiteit Brussel. En 1971, il y obtient une charge complète et y enseigne la littérature française des XIXe et XXe siècles. Outre des cours de vacances à l'Université libre de Bruxelles, il conservera ces fonctions jusqu'au temps de sa retraite. Il signa ses poèmes, romans et nouvelles et récits sous le pseudonyme de Robert Montal, réservant son patronyme à la signature de ses essais.

Après avoir lu mon second recueil de poèmes (Comme une aile qui se brise..., 1967), il m'adressa un exemplaire de Patience de l'été (1965), rehaussé d'un envoi élogieux que la modestie m'empêche de citer ici.

Je n'ai jamais rencontré Robert Montal, mais pour des raisons sans doute intimes et qui m'échappent aujourd'hui, deux quatrains de ce recueil sont restés gravés dans ma mémoire, surtout le second :

 

C'était aux bouches de l'Escaut

Dans une vieille cité vide

Qui épinglait le ciel humide

Aux mâts pourris de ses bateaux.

 

Il me disait : Ne pleure pas,

Demain la mer aura notre âge,

Nous livrerons à notre rage

Tous les pays que tu voudras.

 

Henri-Floris JESPERS

 

Robert FRICKX & Michel JOIRET, La poésie française de Belgique de 1880 à nos jours, Paris / Bruxelles, Fernand Nathan / Labor, 1977, 268 p.

 

(1) Paul NEUHUYS, Poètes d'aujourd'hui. L'orientation actuelle de la conscience lyrique, Anvers, Ça ira, 1922, p. 68.

(2) Dans sa chronique du quotidien De Standaard du 1er février 1936, consacrée au recueil French en andere Cancan (1935) de Gaston Burssens (1896-1965), Marnix Gijsen (1899-1984), critique littéraire redouté à l'époque, citera péjorativement Paul Neuhuys : La tâche du poète consiste à coucher par écrit des choses qui ne tiennent pas debout ».

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 03:32

 

Juvelinia.jpg

Ce fut en 1931 que germa chez Paul Neuhuys l'idée de relever l'enseigne des éditions Ça ira, mises en sommeil en 1923. Parmi les trois premiers volumes de cette seconde série, signalons ici Juvenilia,une modeste « Anthologie de l’Enfant » composée par Neuhuys, qui avait la main heureuse. Parmi les ving quatre auteurs de Belgique, nous y retrouvons entre autres des poèmes de Michel de Ghelderode, d'Éric de Haulleville, de Marie Gevers, de Franz Hellens, de Georges Linze, de Jean Milo, de Geo Norge, d' Odilon-Jean Périer, de Paul Vanderborght, de Paul Gustave van Hecke, et des proses de Horace van Offel, d'Emma Lambotte (qui n'avait pas encore écrit May et le monstre du Loch-Ness, superbe conte fantastique où elle confronte sa fille adoptive May avec James Ensor) et de Henri Vandeputte (un extrait de cet étonnant Dictionnaire ajoutez un adjectif en ique).

Neuhuys y reprend un poème dédié à Marie Gevers, paru dans Le Marchand de Sable (Bruxelles, Renaissance du Livre, 1931) :

 

C'est joli le soleil dans un arbre en avril ;

les chemins sont jonchés de chatons ingénus,

la colombe se rit de l'amoureux péril...

Il pleut, bergère, il pleut mille pétales nus.

Enfants, joyeux enfants, sans vous la vie est fade

comme un vers d'Azizi-Kara-Chilibizade.

Mais où donc, Arcadie, où donc est ton empire

dont le climat n'incline à nulle gravité ?

L'enfant qui dans les yeux de sa maman se mire

se revoit plus petit qu'il n'a jamais été.

L'étang rit au soleil. Vois, le cygne et le paon

devisent entre eux de la pluie et du beau temps.

Éole, dis, pourquoi as-tu soufflé, Éole,

l'étoile qui pendait au plafond du jardin ?

Courez, petits pieds nus, loin du maître d'école :

Si tu manges ta soupe, il fera beau demain...

*

Dans l'anthologie d'Anatole Bisque (voir les blogues précédents), le thème de l'enfance – antidote à une civilisation fatiguée – est largement sous-jacent.

Anatole Bisk, métamorphosé en Alain Bosquet, ne fut pas seulement un critique sagace, mais également un poète pénétrant. Je ne puis m'empêcher de citer ici 'Les enfants' (Sonnets pour une fin de siècle, Gallimard, 1980).

 

Les enfants

Tous les enfants, vous le savez, sont des navires
qu'un proverbe pareil aux brises les plus douces
conduit, syllabe après syllabe, au continent
où les pingouins dorés murmurent des poèmes.

Tous les enfants, vous le savez, sont des bouleaux
qui dans la nuit, en demandant pardon, écartent
leurs branches, leur écorce, et vont, jusqu'au vertige,
danser sur la grand-place, au milieu des poulains.

Tous les enfants, vous le savez, sont des comètes
venues nous rendre hommage au nom d'un autre azur,
d'une autre vérité, d'une autre fable ; et nous,

adultes par défaut, saurons-nous les convaincre
de s'attarder ici le temps d'un bref bonheur,
avant de repartir chez les étoiles folles ?

*

En attendant, en somnambule, je persiste dans la (re)lecture de ces florilèges qui nous remettent en mémoire ce que nous avions semblé oublier...

Henri-Floris JESPERS

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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 06:01

 

MSBisque.jpg

Dans son Anthologie de Poèmes Inédits de Belgique  (1940), Anatole Bisque (qui ne deviendra Alain Bosquet qu'à New York en 1941) compte Paul Neuhuys parmi les leaders d'une génération excessivement féconde :

Sa poésie a gardé la même juvénilité depuis près de vingt ans, et c'est à peine si elle trahit parfois quelques mélancolie ou un peu d'abattement. De plus, Neuhuys a su se renouveler dans une poésie mineure qui semble très étroite. Acrobate d'abord et dadaïste, il est devenu de plus en plus simple et nous ne lui ferons pas le reproche d'écrire aujourd'hui des proses poétiques, plutôt que des poèmes.

*

Paul Neuhuys avait confié deux inédits au jeune Anatole Bisque : 'Enfantine' (repris sous le titre 'Enfance' dans le recueil Inutilités, illustré par Léon Spilliaert,1941) et 'Confessions', poème autobiographique combien révélateur qu'il ne publiera pas en volume et que nous reproduisons donc ici.

 

Confessions

 

Je suis né entre l'Affaire Dreyfus et la Guerre des Boers

lorsque le monde, derrière le mur de dentelles du French Cancan

se préparait au bouleversement du vingtième siècle.

Comme j'étais né vers minuit

mon père ni le docteur

ne purent fixer le jour exact de ma naissance.

 

Mon enfance s'écoula au bord d'un lac suisse

Frühstuck in den Garten

et tandis que les roseaux du lac brillaient au soleil

je lisais les Confessions de Jean-Jacques.

 

À seize ans j'abordai la vie avec une appréhension épouvantée :

Un de mes condisciples dont la voix muait

se jeta du haut de la tour de la Cathédrale

avec son amie, les deux corps étroitement enlacés. (1)

 

Je me rappelle aussi un soldat déguenillé

que je rencontrai au début de la guerre.

Je lui pris la main,

mais, figé sur le bord du trottoir,

il restait là comme une statue

et la face noircie par la fumée

il regardait l'horizon déchiqueté

et la terre se joncher de débris funèbres.

 

Par une fâcheuse disposition de ma nature

j'ai toujours cru à la vertu des femmes

comme on préfère la fiction à la réalité.

Cela m'a valu certaine lucidité d'esprit

que n'ont pu conserver ceux qui furent plus heureux que moi en amour.

 

Aujourd'hui, j'ai quarante ans

l'âge où l'on ajoute le plus de prix à l'amitié

mais où les amis vous abandonnent

pour grossir les mornes cohortes de la médiocrité,

l'âge

où Molière crache le sang, où Pouchkine pleure de rage. (2)

 

En fermant les yeux,

je vois encore parfois deux charretiers

se disputer au pied de la statue du Tasse, à Sorrente,

et l'un d'eux, marchand d'oranges,

soulever respectueusement son chapeau

chaque fois que l'autre, marchand d'olives,

invoque le saint nom de la Vierge.

 

Je me revois au Musée Historique de Bâle

où un gardien me montre la mâchoire d'Érasme.

 

Je me revois à Paris, à la Sorbonne,

où un professeur oppose à l'idiosyncrasie sociale, la divine entéléchie.

 

Je me revois dans la fabrique de mon père

où une jeune fille vient m'abonner pour un franc

à la Confrérie des Anges Gardiens.

 

Je me revois à Bruxelles au grenier des poètes (3)

et puis, avec mes enfants, devant l'Escaut

à jeter du pain aux mouettes.

 

Fils imprévu, mari imprévisible, père imprévoyant

Si j'avais été peintre, j'eusse écrit en flamand.

*

Quarante ans plus tard, préfaçant Le pot-au-feu mongol  (Paris, Belfond, 1980), Alain Bosquet se souviendra que Paul Neuhuys contribua dans les années vingt, avec « l'un de ses chefs-d'œuvre, Le canari et la cerise » (1921) « à donner à l'avant-garde de Belgique son goût et son parfum inimitable. » L'admiration de l'éminent critique qui contribua de manière décisive à la nobélisation de Saint-John Perse est demeurée intacte :

Àune époque où, en France, on finit par faire à quelques poètes belges la place qu'ils méritent, rien ne paraît plus légitime que de célébrer Paul Neuhuys.

Àquatre-vingt ans, il convient de dire sa particularité, sa pensée originale et caustique, son lyrisme pincé et chaleureux à la fois, qui n'a pas vieilli d'une ride.

Ce livre-ci est né de l'admiration que le signataire de ces lignes a éprouvé à la lecture du dernier recueil de Paul Neuhuys, Octavie, paru en 1977 : dans le domaine de la nostalgie sous cape, qu'a-t-on écrit de plus poignant et de plus gifleur depuis Apollinaire ?

*

La correspondance d'Alain Bosquet et Paul Neuhuys fera l'objet d'un article dans le Bulletin de la Fondation ça ira.

Henri-Floris JESPERS

(1) Paul NEUHUYS, Mémoires à dada, Bruxelles, Le Cri, pp. 1996, pp. 155-156 : « Considérations sur le suicide : le suicide heureux de Pavese et le suicide à deux de Kleist. Cela me rappelle une des trois émotions choc que j’ai ressenties dans ma vie : le suicide d’un de mes condisciples qui se jeta du haut de la tour de la cathédrale d’Anvers avec sa petite amie.

Sur les bancs du collège j’avais un copain venu des rives de la Moldau : un cancre, 17 ans, une peau brune de gitan. Il avait autour des yeux un cerne bistre d’insomnieux, des yeux de velours noir et une voix grave qui parfois muait dans l’aigu. Je ne l’ai vu sourire qu’une seule fois, d’un sourire amer, lorsque les élèves nous citaient comme étant d’Homère le vers grec : « Ouk elabon polin alla gar elpis effe kaka » Ce qui n’est, je le crains, qu’un canular d’étudiant et qui se traduisait par « Ils ne prirent pas la ville, pressentant qu’il leur arriverait quelque chose de mauvais. »

Or, un matin, j’arrivai en classe avec un certain retard. C’était la leçon d’histoire. Le professeur ne me dit rien et les élèves me regardaient avec un drôle d’air. Que se passait-il ? Après tout que m’importait Alexandre de Macédoine ? Il régnait un silence inaccoutumé et comme je gagnais mon banc, un élève me chuchota en me montrant la place vide à mes côtés : « Tu sais, Moldau — c’est ainsi qu’on l’appelait — s’est suicidé. Il s’est jeté du haut de la tour, et avec une fille encore bien, sa petite amie qu’il avait serrée d’un peu trop près… »

J’eus alors l’impression de vivre dans un monde vertigineusement renversé. Une jeune fille blonde que je connaissais à cette époque m’avait assez vilainement laissé tomber et j’avais l’impression que mon copain s’était suicidé à ma place. J’étais en classe préparatoire de poésie. »

(2) L'exemplaire de Neuhuys sous la main, je tiens compte de ses repentirs. Voici les vers tels que publiés dans l'Anthologie : « pour grossir les puantes cohortes de la médiocrité, / l'âge / où Molière crache le sang et où Pouchkine pleure de rage. »

(3) L'immense grenier de Norge, rue du Musée à Bruxelles, où Neuhuys prononça une conférence sur Max Elskamp et rencontra Maurice Carême, Jan Greshoff, Éric de Hauleville, Georges Marlow, Mélot du Dy, Albert Mockel, Edmond Vandercammen, « le ban et l’arrière-ban de nos lettres, des peintres comme Tytgat, le scabreux imagier d’un folklore érotique ».

 

 

 

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 16:50

 

Bisque.jpg

En mars 1940 paraît à Bruxelles une remarquable Anthologie de Poèmes Inédits de Belgique, composée et préfacée par le jeune étudiant Anatole Bisque.

 Anatole Bisk voit le jour à Odessa le 28 mars 1919, mais la guerre civile qui ravage l'Ukraine contraint bientôt ses parents à l'exil. Après un passage en Bulgarie, les Bisk s'installent en Belgique en 1925. Anatole fait ses humanités, puis entame des études de philologie romane à l'Université libre de Bruxelles en 1938 et, dès l'année suivante, fonde avec José-André Lacour, sa première revue littéraire, Pylône, qui enthousiasme Franz Hellens. (1)

Dans une préface incendiaire, qui témoigne d'une solide culture littéraire et d'une indépendance d'esprit en tous points remarquables, Anatole Bisque (puisque c'est là la graphie qu'il choisit), s'interroge sur la tradition et sur l'identité :

S'incliner devant la tradition, la famille, la patrie, l'histoire ? C'est s'incliner devant le hasard. Mais je suis né d'un père inconnu, d'une mère problématique, sur une colline d'immondices, près d'une ville que les Barbares fatigués construisirent pour s'y vautrer à l'aise. Aujourd'hui mon père porte le sobriquet de son ancêtre et voilà l'arbre généalogique ! Aujourd'hui j'honore le nez de Cléopâtre et le grain de Pascal et ma colline natale, érodée et gémissant sous les pavés, a porté les drapeaux de quatre nations. Je parle une langue que mon père connaissait à peine et que mes enfants déformeront. Je voudrais admirer Napoléon, mais on m'a enseigné qu'il fut héros, puis patriote, puis ogre, puis tyran, puis martyr. Je suis tenté de croire que jamais je n'eus de parents, que ma patrie est une pauvre planète et que le passé est légende nébuleuse.

*

Quarante ans plus tard, Anatole Bisque, devenu Alain Bosquet, publiera chez Pierre Belfond Le pot-au-feu mongol, un florilège de poèmes de Paul Neuhuys.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

(1) http://www.arllfb.be/composition/membres/bosquet.html

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 23:33

On ne saurait assez souligner l'utilité des anthologies littéraires. Ouvrages de références, elles marquent parfois une cassure, une rupture, un tournant. Il y a plus d'un demi-siècle, la célèbre anthologie Poètes d'aujourd'hui d'Adolphe van Bever & Paul Léautaud, maintes fois rééditée, me fut une véritable révélation. Objet-témoin, je la consulte encore régulièrement.

VanBever-Leautaud.jpgPoètes d’aujourd’hui, morceaux choisis accompagnés de notices biographiques

et d’un essai de bibliographie, Paris, Mercure de France, 1900

Les anthologies à portée plus limitée, de valeur documentaire, favorisent des rapprochements parfois surprenants. Nous y découvrons, souvent dans un contexte exhalant subtilement l'air du temps, des auteurs méconnus ou généralement ignorés.

Dans cette optique, j'ai déjà signalé ici le florilège de Paul Vanderborght, Poètes belges d'esprit nouveau (Bruxelles, La Lanterne sourde, 1924), ainsi que L'Année Poétique Belge, préfacée par la Comtesse de Noailles (Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1924).

Floril-ge2.jpg

Ajoutons-y le Florilège de la nouvelle poésie française en Belgique, composé par Géo Norge et préfacé par Franz Hellens (Maestricht, A. A. M. Stols, 1934). De ce florilège « vivant, ébloui, sous sa belle couverture orange », Paul Neuhuys dira qu'il ne connaissait pas d'anthologie plus harmonieuse.

Nous y retrouvons bien sûr, entre autres, Henri Michaux et Odilon-Jean Périer, Marcel Lecomte et René Verboom, Robert Guiette et Marcel Thiry, mais également Hubert Dubois et Mélot du Dy, Georges Linze et Éric de Haulleville, Paul Méral et Sacher Purnal...

À propos de Paul Neuhuys, largement représenté dans cette anthologie, Norge note:

Sans doute, voici le seul poète belge qui puisse être fantaisiste en demeurant simple, léger, et qui possède le secret de marier si heureusement la grâce et la ferveur. Tous les efforts que d'autres dépensent pour parer leurs vers de brillants ornements, il les destine au contraire à les embellir d'une humilité souriante. Ces vers, fortement scandés, aux rimes affirmatives, sont formés souvent d'une langue à peine déliée de la prose et les subtiles « histoires » de Paul Neuhuys semblent à deux pas du fait divers. Mais leur miracle est d'évoquer toujours le cœur exquis de leur auteur. Les jeux de virtuosité métrique, où il excelle, ne peuvent nous le cacher.

Ceux qui voudront découvrir des traits de famille à ce poète, prononceront les noms de Jean Pellerin, Max Elskamp, Jean de Lafontaine. Il n'y a cependant qu'une parenté d' « effluves » et en l'énonçant, il importe de souligner combien l'accent de Paul Neuhuys demeure tout personnel.

*

Dans son avant-propos, Norge affirme que

C'est un lieu commun d'affirmer aujourd'hui la déchéance de la poésie; et que telle opinion s'appuie tout naturellement sur le fait que la poésie ne touche plus qu'un petit nombre de lecteurs.

Les clichés ont la vie dure...

HFJ

 

Paul Vanderborght, Poètes belges d'esprit nouveau, 1924, cf.

http://caira.over-blog.com/article-poetes-belges-d-esprit-nouveau-1924-81571937.html

http://caira.over-blog.com/article-paul-neuhuys-et-la-lanterne-sourde-art-poetique-81587906.html

L'Année Poétique Belge, préface de la Comtesse de Noailles, 1924, cf.

http://caira.over-blog.com/article-l-annee-poetique-belge-1924-81084309.html

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 19:34

LucNzwartepanter.jpg

Luc Neuhuys (Anvers, Galerie De Zwarte Panter, 22 septembre 2000)

Photo: © Kris Kenis

LUC

 

Il est naturel de mourir

la mort s'explique par l'usure

mais ce qui est incroyable

c'est que je sois né de toi

o ma jeune maman qui m'enfanta dans un cri

pour me vêtir de lumière et m'élever à la poésie

fabuleuse patricienne

dont le voile de neige transparente

révélait la part désespérée de moi-même

comme la plus merveilleuse.

 

Ce sont les mots de notre père et de notre mère qui nous ont élevés, mon frère et moi.

 

Ne fut-elle pas incroyablement merveilleuse, notre vie ensemble, Luco chéri, Tabouroche Lucky Luke mon cher Luc ? Avons-nous assez joué et ri des quiproquos dus à notre gémellité, des confusions qu'elle provoquait, des bonnes blagues qu'elle nous inspirait ?

 

 

Et que n'avons-nous pas entrepris ensemble ? Beaucoup plus qu'on en pourrait achever en nos deux vies additionnées.

 

L'un soutenait l'autre, s'enrichissait des connaissances et des expériences de l'autre, et quand l'un avait des difficultés à en perdre la tête, l'autre le comprenait mieux que personne et venait, la tête froide, à son secours.

 

 

Quand on me demandait quel effet cela me faisait d'avoir un frère jumeau, je répondais :

"et à toi quel effet cela te fait-il de ne pas en avoir un?"

(Aujourd'hui je n'en ai plus, et commence à voir l'effet que ça fait).

 

Tu fus un fin juriste qui avais faim et soif de justice et tu as trouvé le monde trop cruel pour toi.

 

Quelle étrange chose que la vie : Il y a plus de 85 ans nous naissions en même temps.

Nous n'avions encore été qu'Un et voilà que brusquement nous devenions Deux.

Nous nous ressemblions comme deux gouttes d'eau et la vie allait petit à petit nous montrer que rien au monde n'est plus différent que deux gouttes d'eau.

 

Et cela fit que nous avons quelques fois été comme deux fous sur un échiquier, un sur les cases blanches et l'autre sur les cases noires :

 

ils se croisent sans cesse et ne se rencontrent jamais, ils s'aiment plus que jamais, et ne se comprennent plus.

 

 

Mais ils comprennent par là ce qu'est la véritable humilité chrétienne : apprendre à se mettre à la place de celui qui pense autrement, à l'écouter vraiment, à le comprendre enfin,et à l'aimer.

 

 

La dernière fois que je t'ai pris la main, Luc, tu as serré très fort la mienne en me regardant avec ton doux et beau sourire.

Je t'ai demandé de me resserrer la main. Tu ne l'as plus fait. Tu étais déjà parti, les yeux ouverts.

Thierry NEUHUYS


http://mededelingen.over-blog.com/article-henri-floris-jespers-tombeau-ter-nagedachtenis-van-luc-neuhuys-93215788.html



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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 19:38

 

Luc-et-Thierry2.jpg

Luc (à gauche) et Thierry Neuhuys

 

C'est avec la plus profonde tristesse que je vous fais part de la mort de mon frère Luc (°25 septembre 1926) survenue le 12 décembre 2011 dans la soirée.

Une cérémonie d'adieu aura lieu le 17 décembre à 9 heures à l'Église protestante de Bruxelles, 2 place du Musée.

L'inhumation aura lieu au cimetière de Bruxelles (à 1140 Evere) à 10h45.

Thierry NEUHUYS

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 03:38

 

Gustave Flaubert: La vie n'est tolérable qu'avec une marotte, un travail quelconque. Dès qu'on abandonne sa chimère, on meurt de tristesse. (Correspondance, 22 juin 1863)

*

Saint-John Perse:
… Nos livres lus, nos songes clos, n'était-ce que cela ? Où donc la chance, où donc l'issue ? Où vint la chose à nous manquer, et le seuil quel est-il, que nous n'avons foulé ?

Noblesse, vous mentiez ; naissances, trahissiez ! Ô rire, gerfaut d'or sur nos jardins brûlés! … Le vent soulève aux Parcs de chasse la plume morte d'un grand nom.

La rose un soir fut sans arôme, la roue lisible aux cassures fraîches de la pierre, et la tristesse ouvrit sa bouche dans la bouche des marbres. (Amers, IV)

 

*

Mais si un homme tient pour agréable sa tristesse, qu’on le produise dans le jour ! et mon avis est qu’on le tue, sinon

il y aura sédition. (Anabase, III)

*

Shakespeare :

You may my glories and my state depose;

But not my griefs; still I am king of those. (King John III, iv.)

Saint-John Perse :

Et moi j’ai dit : N’ouvre pas ton lit à la tristesse. Les dieux s'assemblent sur leurs sources.

[…]

S'en aller ! s'en aller ! Parole de vivant. (Vents I,7)

Coda

Montaigne:  Nos pédants ne cessent de grappiller la science dans les livres (…) Il est étonnant de voir comme cette sottise trouve exactement place chez moi. Je ne cesse d’écornifler par-ci, par-là, dans les livres, les pensées qui me plaisent (…) pour les transporter dans celui-ci où, à vrai dire, elles ne sont pas plus miennes qu’en leur première place. (Essais I, 25)

HFJ

http://www.youtube.com/watch?v=DFq-HHA0k2E

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 00:45

 

photo-fleur-en-papier-dore 0690

C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons le décès, lundi en début de soirée, de M. Luc Neuhuys, membre du Conseil d'administration de l'asbl Ça ira.

 

*

pour Luc

De Lautréamont à Cendrars

l’un évoque les saintes Mathématiques

l’autre se plaît à bourlinguer

avec l’éblouissant Euler

dans la forêt des nombres

et la musique des sphères

Paternité du ciel chère à Paracelse

Repérer le lieu géométrique du hasard

Béatrice      fleur d’arithmétique

Le penchant de suivre sans raisonnement

une foule d’arabesques

Facteurs transcendants     Fatalités antérieures

pérégrinations numériques intuitives

à travers les mille et une nuits

de l’espace introspectif

 

(Paul NEUHUYS, L'Agenda d'Agénor, Anvers, Ça ira, 1984, p. 77)

*

Luc-Thierry.jpgLuc et Thierry Neuhuys

 



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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 04:30

 

ParisMagazine.jpg

The Paris Magazine was first published in 1967 by George Whitman my father when the bookshop had been closed by the French authorities because George's papers were not in order. […] Describing in the magazine how he came to be a bookseller George said:

Like many of my compatriots I am something of a tumbleweed drifting in the wind. I drifted into bookselling for no better reason than a passion for books except for the classical reason of all booksellers who are self-employed because they doubt if anyone would employ them.

Sylvia WHITMAN

ParisMagazine2.jpg

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