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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 04:33

 

La mémoire de Georges Linze (1900-1993) me semble bien négligée. En 1969, dans Combat, Alain Bosquet (1919-1998) le qualifiait à juste titre de “poète méconnu”.

Il y aura bientôt quatre décennies, Paul Neuhuys (1897-1984) lui rendait hommage dans 'Apanage à ma poigne', un texte repris dans Mémoires à dada(1996).

 

Encore un nom qui se rattache pour moi à de très vieux souvenirs : Georges Linze. Des souvenirs qui remontent à un demi-siècle. Linze c’était Liège et son groupe d’Art moderne, Bourgeois c’était Bruxelles et son groupe l’Équerre comme Anvers c’était le groupe Ça Ira. Dans l’anthologie de la Lanterne sourde où nous figurions tous les trois, Bourgeois, Linze et moi, Bruxelles, Liège, Anvers se donnaient la main par-dessus nos dissensions régionales.

Si Linze dans sa revue Anthologie apparaissait comme un des tenants du futurisme, Bourgeois dans Sept Arts défendait plutôt le cubisme tandis que Ça Ira voyait dans Dada la première pilule atomique intérieure, la partie de ping-pong Pound-Picabia.

Linze était le champion du futurisme, le futurisme de Marinetti et du manifeste qu’il lance du haut de son avion aux habitants de Palerme : une machine est plus belle que la victoire de Samothrace ! Linze tient manifestement de Marinetti le goût du manifeste. Mais il y a chez Linze une qualité foncière, parfois même latente, tacite, muette, qui est indispensable en poésie, c’est l’enthousiasme.

Linze.jpg

Le mot enthousiasme nous vient directement du grec et signifie transport divin. Il fut introduit dans la langue française par la Pléiade vers 1555 : Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, Mignonne allons voir si la rose… C’était l’enthousiasme de la Pléiade, tandis qu’aujourd’hui le transport divin serait plutôt le tramway nommé Désir. Prendre son désir pour la réalité. Il y a de cela dans Linze. C’est une poésie de parti pris délibérément traversée par l’exaltation de la vie moderne et son impératif technologique : l’outil du travail, la machine. Existentialisme, foi dans l’absurde ? Non, au contraire, foi dans le merveilleux scientifique. L’absurde est affaire de banlieue planétaire et l’esprit chagrin ne participe pas à l’harmonie universelle. Les mains sales font l’usine propre. C’est l’enthousiasme de l’exactitude, du paysage inventorié, le pont millimétriquement exact jeté sur le dévergondage de la rivière. Capter le lyrisme d’une hélice.

La conquête de l’espace est-elle le résultat d’une atomisation déshumanisante ? Allons-nous vers une orientation collective grandissante et vers une poésie qui se fera avec l’irrévocabilité d’un calcul électronique ? Au point qu’on en arrive à préconiser le retour au rouet, le rouet d’Omphale, et que devant ce culte de la vitesse et les perspectives de la route meurtrière on est tenté de s’écrier : « Qu’on nous rende le chariot de Mérovée ! » et Le Règne de la lenteur si cher à Marcel Lecomte, et La Ralentie d’Henri Michaux qui a multiplié ses qualités par les hallucinogènes.

Mais Linze est là avec sa précision, sa concision, sa décision. Va-t-il substituer à l’homme sa propre création mécanique ? Mais non : « Les rues sortent de terre, les machines coulent de tes mains comme un trésor… » La maison est heureuse d’être une machine à habiter. La machine veut nous déshumaniser mais justement le grand mérite de Georges Linze c’est qu’il veut donner une âme à la machine et comme on disait naguère d’un cheval de race : « Quelle bête splendide ! », il dira d’une Lancia : « Quelle sublime soft machine ! »

S’il est des machines qui nous donnent froid dans le dos, il en est d’autres dont nous ne pouvons plus nous passer : la machine à coudre qui nous berce de son doux ronronnement, la machine à écrire qui rend si clair un texte illisible, la machine à laver purificatrice du linge sale en famille, et qui sont maternelles, fraternelles, pour nous donner plus de chaleur et plus d’intimité.

La machine soulève tous les problèmes : la pollution des océans, le désarmement nucléaire, la création artificielle d’homunculus, faire des enfants sans le secours de l’homme. L’Italie devient une usine où les divorces se font à la chaîne comme les Fiat. Situation tendue en Jordanie. Nouvelle pendaison en Guinée… Qu’est-ce que cela prouve ? Que le bonheur est une chose ambiguë, que l’humanité est encore bien jeune, que les enfants inconscients, insouciants de la mort comme de la famine, vont recommencer tout cela, que l’enfance ne connaît pas son bonheur, que l’humanité démarre un cran plus haut à chaque génération, qu’elle entre dans une ère scientifique insoupçonnée, que la peur et la haine sont le fait de l’homme primitif mais que cela va disparaître dans cette marche ascendante, que les jeunes vouent une sorte d’amour à la machine, que pour Linze c’est un signe de pureté et que dans les crépitements de l’avenir on a peine à imaginer les prodiges que tous ces chauds petits cerveaux irrigués de sang et de génie nous montreront quand ils ne seront plus ces enfants d’aujourd’hui un peu bizarres parce qu’entourés de toutes sortes de sortilèges souterrains et d’électricités précieuses…

Paul NEUHUYS

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 04:25

 

Prieuré

 

Féline

 

Féline est imbattable à l’épreuve du fond.

Quel abattage!

Une lionne en rut dans les orchidées

ou la femme au boa

premier prix d’endurance dans l’amour charnel à toute heure?

Le marquis de Sade est son violon d’Ingres.

La Délie est l’idée femme

le poète ne l’aime que dans la mesure

où elle signifie autre chose ‘quelle m’aime’

la femme de haut voltage.

Scève est le poète de cette Délie.

Geneviève donne un baiser sauvage,

puis, comme une chatte de gouttière court miauler: Je suis malheureuse...

mais devant la grande horloge du ciel

Ginette, l’horloginette, arrête son tic-tac.

Chez Sade la volupté abstraite conduit à l’érotomanie

chez Marat, la soif de la liberté devient éleuthéromanie

la même flamme noire s’allume entre l’amour de la liberté

et la liberté de l’amour.

Le marquis et le sans-culotte jonglent avec des mots vides.

Il n’est qu’une solution à ce besoin d’absolu,

c’est l’absolution.

Paul NEUHUYS

 

(Les Archives du Prieuré, Anvers, éditions Ça ira, 1953, 19542)

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 16:47

 

Ce midi, Ronny Demaeseneer présentait lors de son traditionnel “Jeudi Lire “une nouvelle anthologie consacrée à la poésie belge. Jacques De Decker, nouveau directeur de la collection Espace Nord et Christian Libens, collaborateur de l'ouvrage, avaient fait le déplacement pour défendre leur dernier né. Après une brève évocation des origines et objectifs de la collection Espace Nord, les orateurs nous ont communiqué leur passion et leur lecture des gloires littéraires de notre pays. Naturellement, il faut faire des choix parmi le panthéon belge et le lecteur pourrait objecter de l'absence de tel ou tel écrivain mais le propos des orateurs était de rester attentif à faire co-exister les différents courants littéraires de notre histoire plutôt que de calculer combien de poèmes avait droit tel poète. Plusieurs thèmes typiquement belges ont égrainé la discussion: la fantaisie belge (Ensor, Elskamp), l'écriture sur l'écriture (de nombreux poètes belges ont été philosophes de formation), le langage du corps en réaction au surréalisme belge, l'autodérision (Pansaers, Blavier, Michaux). Signalons que Paul Neuhuys occupe une place de choix parmi les immortels. Il figure même en verso de couverture. Le temps commence à rendre à César ce qui est à César.

Robin de Salle

Christian LIBENS, Colette NYS-MASURE, Piqués des vers. 300 coups de cœur poétique, Bruxelles, éd. La Renaissance du Livre, 2010.

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 15:36

Dès sa première exposition de collages et d'assemblages, en 1964, Patrick Conrad s'est distingué par la minutie avec laquelle il traduit une vision toute personnelle.

À l'occasion de la présentation de La Carne (Slachtvee) au septième festival international du film à Bruxelles en 1980, Jacques de Decker soulignait que Conrad a “l'œil d'un grand imagier et le sens de la situation paradoxale et extrême”.

*

En mai, Patrick Conrad me confiait: “Je crois que chaque peintre qui se respecte doit avoir peint son Arlésienne.” Voici donc la sienne, toute fraîche, exposée chez Pascal Lainé, où de grands dessins aux nombreuses références savantes témoignent de la fascination qu'exerce le cinéma sur l'artiste.

Arlesienne-dessin-11-05-10.JPGArlésienne (mai 2010)

PROJECT-FOT-A-BUSTER-KEATON-MEMORIAL-11-07-2010.JPGProject for a Buster Keaton Memorial (juillet 2010)

THE-LAST-PICTURE-SHOW--22-08-2010.JPGThe Last Picture Show (août 2010)

DEAD-PIGEON-ON-BEETHOVEN-STREET--hommage-a-Sam-Fuller-.JPGDead Pigeon on Beethoven Street (hommage à Sam Fuller)

*

Patrick Conrad est un touche-à-tout, souligne De Decker, mais cohérent dans sa versatilité.

Qu’il écrive de la poésie ou des romans noirs, qu’il dessine, qu’il fasse du cinéma, c’est le même univers qu’à chaque fois il cadastre. Un monde où le superficiel est tenu pour essentiel, où les ambiguïtés sont reines, où les règnes naturels se confondent et s’interpénètrent, où tout est travesti et cependant intensément sincère jusqu’à la vibration : voilà le pays qui lui ressemblait de tout temps.


HFJ

(à suivre)

Du 25 septembre au 9 octobre 2010

Galerie Pascal Lainé

3, rue Sainte Barbe

F 84560 Ménerbes

Ouvert du mardi au dimanche

10h30-12h30 et 15h30-19h3

Téléphone : +33 (0)4 90 72 48 30

Web : galeriegalerie-pascal-laine.com-pascal-laine.com

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 06:12

 

Vernissage, hier, de l'exposition de Patrick Conrad à la Galerie Pascal Lainé à Ménerbes dans le Vaucluse, haut-lieu du protestantisme.

Le-mari-de-l-aviatrice--un-quart-d-heure-avant-lorage.--09-.JPG

Patrick Conrad, Le mari et l'aviatrice, un quart d'heure avant l'orage

 

Né à Anvers en 1945, poète  flamand, scénariste et romancier, et l'un des fondateurs de Pink Poets, Patrick Conrad réalisé une vingtaine de films pour le cinéma et la télévision dont Mascara avec Charlotte Rampling et Michael Sarazin, sélectionné au Festival de Cannes en 1987.

Il réalisa la dernière interview de Paul Neuhuys, diffusée sur la RTB le 15 septembre 1985.

Cf. l'article de Rik Sauwens, publié dans le Bulletin de la Fondation ça ira et repris sur le blog du 8 juillet 2009 :

http://caira.over-blog.com/article-33609141.html

Patrick Conrad travaille également en tant que peintre et a eu deux rétrospectives de son œuvre à Anvers : dès 1975 au Musée royal des Beaux-Arts et en 2005 au Musée Elzenveld.

Le-pere-de-l-inventeur-de-la-pilule-de-lendemain--en-famil.JPG

Patrick Conrad, Le père de l'inventeur de la pilule de lendemain...

*

Après des études aux Beaux-Arts de Paris en histoire de l’art, Pascal Lainé fait ses débuts dans une galerie parisienne, s’installe en Provence en 1988 et ouvre sa première galerie à Gordes. En 2000, il s’installe à Avignon et depuis 2007, il s’est fixé à Ménerbes.

Depuis son ouverture en 1988, la Galerie Pascal Lainé présente un choix éclectique d’artistes contemporains ayant généralement un atelier en Provence, mais aussi certains artistes d’audiences internationales. Les dernières années à Gordes furent consacrées à Victor Vasarely, ou après la fermeture de son musée, la galerie décide de prolonger sa présence par une exposition permanente.

S’attachant plus particulièrement aux artistes vivant en Provence, à la fermeture du Musée Vasarely, il expose les œuvres de l’artiste. D’autres grands noms de l’art contemporain se côtoient dans sa galerie, des artistes qui l’ont touché, interrogé, ému, comme Joe Downing (1925-2007) dont les peintures, totems… sont exposés en permanence. Pour Pascal Lainé, chacun réagit différemment devant une œuvre et l’intérêt qu’on lui porte est guidé le plus souvent par l’émotion, le plaisir, l’harmonie qu’elle procure.
Après treize années à Gordes, la galerie se déplace à Avignon. L’ ouverture de la colection Yvon Lambert encourage cette nouvelle implantation en
2001. Elle sera marquée par une grande exposition du peintre Joe Downing au Cloître Saint Louis, suite à laquelle le Musée Calvet décide d’acquérir plusieurs de ses œuvres.
En
2007, Jean-Philippe Lacroze & Pascal Lainé transfèrent la galerie dans un plus vaste espace à Ménerbes au pied du Luberon. L’inauguration en avril 2007 se fera aussi avec les œuvres récentes de Joe Downing, artiste présenté par la galerie depuis 1993. Cette étroite et longue collaboration a donné naissance à plusieurs éditions lithographiques dont en 2005, un recueil de poésies et d’estampes intitulé ÀMénerbes. La fin 2007 sera tristement marquée par la disparition de Joe Downing, et au delà de l’exposition prévu en son hommage, parallèlement à l’ouverture de son musée aux USA, ses œuvres seront visibles en permanence à la galerie.

Pour Pascal Lainé, chacun réagit différemment devant une œuvre et l’intérêt qu’on lui porte est guidé le plus souvent par l’émotion, le plaisir, l’harmonie qu’elle procure.

La-tete-dans-les-nuages---dessin-04-06-10.JPG

Patrick Conrad, La tête dans les nuages

 

HFJ

(à suivre)

 

Du 25 septembre au 9 octobre 2010

Galerie Pascal Lainé

3, rue Sainte Barbe

84560 Ménerbes

Ouvert du mardi au dimanche

10h30-12h30 et 15h30-19h3


Voir également::

 

http://caira.over-blog.com/article-16799766.html

http://caira.over-blog.com/article-22358879.html

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 17:13

Mercredi 15 septembre,  la Fleur en Papier doré accueillait l'écrivain Henri-Floris Jespers venu présenter son livre sur Gérard van Bruaene. Après un petit discours des présidents des asbl Le petit gérard (Robin de Salle) et  de la vzw Geert van Bruaene (Arnout Wouters), Henri-Floris Jespers a évoqué quelques légendes qui circulent à propos du groupe surréaliste de Bruxelles. Dans l'assemblée, on pouvait reconnaître entre autres Ray van Asten (beau-fils de Wout Hoeboer, cheville ouvrière de l'exposition rétrospective Wout Hoeboer toujours visible actuellement à la Verbeke Foundation à Kemzeke); René Broens (spécialiste du roman de Renart), Marie-Jeanne Dypréau ; le conteur-photographe Gaëtan Faik; le dessinateur Christian Van Haesendonck; le professeur Emmy van Kerkhove ; l'éditeur et galeriste Jean Marchetti; le poète Jan Struelens ( connaisseur de Harry Mulisch et Dan Brown);  Rody Vanrijkel; sans oublier Pruts Lantsoght , Luc Neuhuys (fondation ça ira), le peintre Jan Scheirs, Rina Stevenin , Isabelle Jespers, Jean-Marie Aendekerk  (fondation Marthe Donas), Bert de Keiser, auteur du livre illustré Aardse zekerheden (15 poèmes de Simon Vinkenoog), Hans Rombaut, secrétaire de rédaction de Nationaal Biografisch Woordenboek.

 

couverture.jpg

 

Henri-Floris JESPERS, Gérard van Bruaene, Bruxelles, éd. Connexion, 2010, 74 pages.

Editions Connexion
72 rue du Nord
1000 Bruxelles
revueconnexion@yahoo.fr
0486 22 06 43
Prix : 8 euros , Prix avec envoi postal compris : 10 euros
numéro de compte : 001-3244284-01
pour les virements de l'étranger:
BIC GEBABEBB
IBAN BE43 0013 2442 8401

 

Le livre est disponible dans les librairies suivantes :

 

Filigranes: 39-40 avenue des arts 1000 Bruxelles

Tropismes: 11 galerie des princes 1000 Bruxelles

Passa Porta: 46  rue Antoine Dansaert 1000 Bruxelles

De Slegte: 7 rue des Grands Carmes 1000 Bruxelles

Quartier Latin: 14 place des martyrs 1000 Bruxelles

 

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Arnout Wouters à côté de la table de dédicace (copyright Gaëtan Faïk)


 

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Robin de Salle et Henri-Floris Jespers en pleine discussion (copyright Gaëtan Faïk)

 

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L'assemblée fait la file pour la dédicace (copyright Gaëtan Faïk)

 

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Discours d'Arnout Wouters. Robin de Salle et Henri-Floris Jespers  écoutent pensivement. (copyright Gaëtan Faïk)

 

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Discours d'Henri-Floris Jespers (copyright Gaëtan Faïk)

 

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Discussion entre Henri-Floris Jespers et Jean Marchetti. (copyright Gaëtan Faïk)

 


 


 

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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 02:11

 

JeanDeBoscherePHOTO.jpg

 

Jean de Boschère

Voici près de vingt ans que je ne me suis plus sérieusement penché sur Jean de Boschère, personnage pourtant combien attachant, auteur d'une œuvre fascinante et protéiforme.

Préparant l'édition de la correspondance inédite de Max Elskamp et Paul Neuhuys (cf Textyles, Revue des lettres belges de langue française, no 22, [2002], pp. 67-81), j'ai relu avec la plus vive attention la correspondance de Max Elskamp à Jean de Bosschère, éditée par Robert Guiette et publiée (en 1963 et 1970) par l'Académie de Langue et de Littérature françaises. (À l'instar de Christian Berg, je suis dorénavant partout la graphie modifiée du patronyme. Né Jean de Bosschère à Uccle [Bruxelles], l'auteur retrancha après 1944 une consonne de son nom, sans doute en vue de sa demande de naturalisation française, qu'il obtint en 1951.)

Vendredi, levant mon courrier, je découvre la réédition de Marthe et l'enragé de Boschère que m'adresse mon ami in litteris et collègue au Centre d'Étude des Francophones en FlandreChristian Berg, professeur émérite à l'Université d'Anvers, édition augmentée d'une “préface” d'Antonin Artaud, en fait un texte paru dans le numéro 168 (septembre 1927) de la Nouvelle Revue Française, en dépit des réticences de Jean Paulhan.

Boschere.jpg

Je m'empresse de signaler cette publication à l'attention de mes lecteurs, n'hésitant pas à piller sans vergogne (et sans les guillemets d'usage) l'excellente “lecture” de Christian Berg qui clôture ce volume.

*

Jean de Boschère (1878-1953), écrivain, poète, peintre, illustrateur et critique d'art, se présente à travers toute son œuvre comme un être rebelle et solitaire, bien qu'il comptât parmi ses amis Antonin Artaud, Jacques Audiberti, Balthus, Joë Bousquet, Max Elskamp, Oscar Venceslav de Lubicz-Milosz, Ezra Pound. Admiré par ses pairs, méconnu du public, il a traversé les grands mouvements littéraire du siècle sans s'y attarder, plus enclin à arpenter “les ténébreuses frontières de l'humain” qu'à se mêler à la foule.

Marthe et l'enragé, commencé pendant l'hiver de 1923-1924, est terminé à la fin de 1924. Boschère a voulu que le style du roman soit le reflet de la personnalité d'un narrateur malhabile mais sincère. C'est d'ailleurs ce style que Jean Paulhan jugeait “incorrect, non seulement du point de vue de la grammaire, mais de l'esprit” qui valut à Boschère d'essuyer un premier refus chez Gallimard.

Finalement l'éditeur de Suarès (que Boschère avait toujours considéré comme son mentor littéraire), Emile-Paul Frères, accepta de le publier. Paru en avril ou mai 1927, ce roman fut un fiasco commercial, malgré le soutien de quelques critiques influents comme Edmond Jaloux, Paul Fierens, Jean Cassou.

Suarès écrivit à son protégé le 11 août 1927:

L'Enragé a eu son effet sur les artistes et les écrivains: à ceux-là on fait cadeau des livres. Ceux qui les achètent n'ont pas été du même avis. La vente, paraît-il, a été presque nulle.

Christian Berg souligne que cet échec,

suivi de quelques autres, mit fin aux espoirs de Boschère de s'affirmer sur la scène parisienne à la fois comme peintre et comme écrivain et fut à l'origine d'un relatif isolement qui allait durer jusqu'à sa mort survenue à Chateauroux, en 1953.

Cette intégration ratée dans le champ littéraire et artistique parisien de la fin des années vingt est d'autant plus frappante qu'elle se situe en vif contraste avec l'éclatante réussite londonienne du Belge au début de la Première Guerre mondiale.

Quant à Paul Aron, il constate que

L'écriture de Boschère […] est chaotique, indifférente à la construction raisonnée, mais capable des emportements les plus lyriques ou des descriptions les plus émouvantes. Reconnu par Antonin Artaud, Jean de Boschère est aussi un poète et, dans ce domaine également, il manifeste une superbe indifférence aux modes et aux conventions.

(Christian BERG & Pierre HALLEN, Littératures belges de langue française. Histoire & perspectives 1830-2000, Bruxelles, Le Cri, 2000, p. 133)

En 1990, j'ai signalé un choix de poèmes de Boschère, traduits par Mark Braet en néerlandais : Als de stroop van de scholen nog aan de vingers kleeft (Bruges, Pablo Nerudafonds, 1990) – “Quand les sirops des écoles gluent encore les doigts...”

*

Artiste graphique, influencé dans ses débuts par Aubrey Beardsley, Boschère laisse de nombreux portraits de ses amis : Antonin Artaud, Jean Follain, Max Jacob, Henri Michaux, Jean Paulhan et André Suarès.

 

HFJ

DessinBOSCHERE.jpg

Dessin de Jean de Boschère illustrant son recueil Élans d'ivresse

(Paris, éditions Sagesse, 1935).

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 03:23

 

VENUS D’AILLEURS, éditeur établi à Nîmes, présentera ses éditions et les œuvres de 17 artistes participants pendant trois expositions consécutives du 18 septembre au 8 octobre 2010 à la Librairie St Hubert à Bruxelles.

VENUS-D-AILLEURS-affiche.jpg

VENUS D’AILLEURS - au départ - est une revue créée en France en 2006 par un groupe d’artistes et d’écrivains multi-générationnel, réuni par un même état d’esprit. Devenue société d’édition à part entière, V.D.A explore depuis quatre ans les lois secrètes de la découverte et du mélange des genres où poètes, 'patascientifiques, ésotéristes, noopticiens, cinéastes, musiciens et artistes se retrouvent d’un commun accord pour édifier ces musées portatifs. Laboratoire d’expérimentations graphiques débridées et lieu d’échange loin du traditionnel livre d’artiste, VENUS s’acoquine d’ailleurs avec Umour aux livres à systèmes, aux boitages curieux, aux illusions d’optique, à l’éroscopie et aux jeux en tous genres …

*

À la librairie de la galerie St Hubert, Annie Reniers et Christian Van Haesendonck signeront le 25 septembre à partir de 18h30 leurs Appels de lumière cachée, le cinquième ouvrage dans la collection Orteluque de VENUS D'AILLEURS.

Il s'agit d'un port-folio avec livret de 36 pages. Tirage: 333 exemplaires dont, en tirage de tête, cinq exemplaires accompagnés d'un dessin original de Christian Van Haesendonck.

appels-de-lumiere-cachee.jpgAprès avoir ayant étudié la philosophie et les lettres à l'Université Libre de Bruxelles, Annie Reniers (°1941) enseignera l'Esthétique et l'Art contemporain à la Vrije Universiteit Brussel. Elle a vécu de 1965 à 1977 à Rome. Depuis, elle vit à Bruxelles et à Chiny, dans les Ardennes belges.

Annie Reniers a publié plus de vingt livres en néerlandais et en français dont entre autres: Lœuvre d'art comme appel et faire-signe (éditions Arcanes de l'art), Entre esthétique et philosophie (éditions de L'univfersité Libre de Bruxelles), De wenk (VUB-press), Reeksen (Jimmink, Amsterdam), Vagantentaal (Dimensie, Brussel-Leiden), Verlicht labyrint (Europees Poëziecentrum, Leuven).

La poétesse Annie Reniers, qui débuta en 1964 (Het ogenblik) et dont le recueil Nieuwe geboorte fut couronné par le prestigieux prix Hugues C. Pernath, écrit également en français. Je me limite ici à signaler quelques recueils : À contre-gré (1970), Demain à Canaan - Morgen te Kanaän (1971), Le jour obscur - Wonen een feest (1972), Excentriques (1973), Lointains (1975), Exil ailé - Groene vogels (1976) et Suicidaire ; Overland (1983).

En 1977, j'ai publié dans De Vlaamse Gids quelques “Notes rapides' sur la poésie hermétique, cérébrale et mystérieuse d'Annie Reniers”, profondément influencée par la pensée de Martin Heidegger.

L'œuvre poétique d'Annie Reniers s'est non seulement discrètement constituée en marge des extravagantes exigences médiatiques du cirque littéraire, mais également au confluent de deux langues ce qui, en Belgique, n'est pas de nature à promouvoir une réelle présence littéraire. Il vaut mieux d'être écrivain flamand traduit en français qu'écrivain flamand écrivant également en français...

Et Annie Renier d'écrire dans ses Appels de lumière cachée:

La citation,dans son acceptation latine (citatio) est appel, convocation, donc quelque chose de grave, qui engage une fidélité, un”me voici”.

Ou encore:

Il faut toujours être plus grand que soi, il faut pouvoir se mesurer à un invisible, une imprévisible, un muet.

C'est qu'il s'agit de

Creuser le langage comme on creuse la terre, jusqu'à épuisement et la caverne du silence.

*

Cf.

Robert FRICKX et Raymond TOUSSON, Lettres francaises de Belgique. Dictionnaire des œuvres, II, Bruxelles, De Boeck Université, 1988, 698 p.

Dictionnaire littéraire des femmes de langue française. De Marie de France à Marie Ndiaye, Karthala Éditions, Agence de la Francophonie (ACCT), 1996, 641 p.

*

Christian Van Haesendonck (°1960) vit et travaille à Anvers, ou il enseigne l'histoire de l'art à l'Académie royale des Beaux-Arts.

Y. A. Gil souligne:

Les dessins de Christian Van Haesendonck naissent du quotidien. Mais il n’est pas question ici de démontrer une unième banalité morose... La pratique tient ici d’une dérive poètique au sens magique, d’une recherche de conjonction par goût de l’altérité.

L’approche est ludique, consiste à la reconnaissance d’effets de nature psychogéographique.

Passages hâtif à travers des ambiances variées - au café, pendant les réunions, dans les halls de gare - en fait tous lieux de passage et de rencontre. Il dessine dans les marges, semi-conscient, comme quand on griffonne au téléphone... L’évocation est forte et se fait invocation : Les frères Bel cherchant au départ un moyen de communiquer dans l’au-delà... Les somnolences de l’oracle de Delphes, les songes de Descartes...

La démarche est immédiatiste, pauvre dans ses moyens (l’atelier est portatif, en substance) mais marquée par les richesses d’un dandysme noir, celui des graffitis d’urine noire du primitivisme moderne...

Parijse Halle Saint Pierre, “Musée d'Art brut, Art singulier, Art Populaire”.

En 2007 il publia dans Mededelingen van het CDR (no. 99 de dato 15 août 2007) une interview avec l'artiste et directrice de galerie Céline Tertre.

Le numéro zéro de la collection Isis de VENUS D'AILLEURS, paru en 2009 et présenté à Paris au “Musée d'Art brut, Art singulier, Art Populaire (Halle Saint Pierre), consiste en un port-folio de 14 dessins de Christian Van Haesendonck sur papier Centaur, tiré à 30 exemplaires.

*

Consultez le programme de l'exposition de VENUS AILLEURS à la Librairie St Hubert à Bruxelles :

http://venusdailleurs.over-blog.com/article-venus-d-ailleurs-libriairie-st-hubert-bruxelles-55640354.html


ÉDITIONS VENUS D’AILLEURS

www.venusdailleurs.fr

6 rue condé 30000 Nîmes FRANCE

CONTACT

Yoan Armand Gil & Aurélie Aura

(033) 04 66 21 26 45 venusdailleurs@free.fr


LIBRAIRIE St HUBERT

Galerie du Roi / Koningsgalerie

Bruxelles / Brussel

T & F. 32 (0) 2 511 24 12

www.librairie-saint-hubert.com

(HFJ)

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 08:52

La collaboration de Paul van Ostaijen à la galerie La Vierge Poupine fut de courte durée. La chronique du mois de mars de la revue Sélection annonce laconiquement : « La Vierge Poupine, dirigée par MM. Van Bruaene et Van Ostaijen, disparaît.”

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Le samedi 20 mars, Sélectionun dîner intime réunit à la Taverne Wagner à Anvers, les membres du groupe Sélection, ses collaborateurs et ses amis, pour célébrer ses cinq années d’existence et pour fêter Fritz van den Berghe dont s’était ouverte, le même jour, l’exposition d’ensemble de son œuvre, au Cercle Artistique d’Anvers. Van Bruaene participe au banquet ; Van Ostaijen se fait excuser.

Les circonstances exactes qui mirent fin à la collaboration de Van Bruaene et Van Ostaijen ne sont pas élucidées. La livraison d’avril 1926 de Sélectionannonce :

La Vierge poupine’ dont nous signalions la fermeture rue de Namur, 70, s’est réinstallé ailleurs : avenue Louise, 32. Elle sera donc la voisine du ‘Centaure’, qui va également s’établir à l’avenue Louise, au numéro 62. La nouvelle ‘Vierge poupine’ est dirigée par MM. Geert van Bruaene et Camille Goemans.

Le 6 mai 1926, Van Ostaijen annonce à Stuckenberg qu’il n’est plus « directeur » depuis le 1eravril. Il a abandonné le commerce d’art bruxellois. Comme auparavant, il traitera donc ses affaires selon la terminologie parisienne « en chambre ». « Cela ne va pas bien, - trop bien pour aller vraiment au diable. Et trop mal pour en vivre. » À la clôture de leur partenariat, Van Bruaene devait 1.500 francs à Van Ostaijen, montant qu’il règlera par trois chèques de 500 francs, échelonnés sur trois mois, adressés à l’avocat de son ancien associé.

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Marthe Donas (1885-1967) sera le premier peintre à occuper la nouvelle cimaise. Son exposition est annoncée dans Het Laatste Nieuws du 17 avril et figurera dans la rubrique ‘Waarheen vandaag ?’ du journal jusqu’à et y compris le 28 avril. De nos jours peu connue du grand public, l’importance de l’œuvre de Marthe Donas (qui signait également Tour Donas ou Tour d’Onasky) ne saurait être surestimée. Cette anversoise issue de la bonne bourgeoisie francophone séjourne en France de 1917 à 1920. Membre de la « Section d’Or » qui regroupe les peintres postcubistes Théo van Doesburg (1883-1931), Albert Gleizes (1881-1953), Nathalia Gontcharova (1881-1962), Fernand Léger (1881-1955), Léopold Survage (1879-1968) et le sculpteur Archipenko (1887-1964), elle participe aux expositions collective de Londres, Paris Bruxelles et Rome ; elle expose à la galerie berlinois Der Sturm du légendaire marchand d’art Herwart Walden, qui lui achète trente-cinq toiles. Marcel Duchamp et Katherine Dreier (1877-1952) l’introduisent aux Etats-Unis. Elle exposera pour la première fois en Belgique en 1920, à la galerie Sélection dirigée par André de Ridder et Paul-Gustave van Hecke.

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Dans le prochain Bulletin de la Fondation Ça ira, qui paraîtra dans quelques semaines pour la première fois en volume, l'accent sera mis sur deux peintres anversois trop souvent négligés, Marthe Donas et Jules Schmalzigaug.

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Les éditions Connexion et l’asbl Le petit gérard organisent une séance de dédicace avec Henri-Floris Jespers, à l'occasion de la parution de son livre sur Gérard van Bruaene (Courtrai 23 juin 1891 – Bruxelles 22 juillet 1964). Rendez-vous le mercredi 15 septembre 2010 à la Fleur en papier doré, 55 rue des Alexiens à 1000 Bruxelles, à 18h.

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La Fleur en Papier doré constitue un des rares lieux de mémoire dont le capital symbolique peut être tout aussi bien revendiqué par les avant-gardes littéraires que picturales, qu’elles soient francophones ou néerlandophones, sans oublier ce moment de cristallisation internationale que fut Cobra.

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Dans la foulée de Gerrit Borgers et de Rik Sauwen, Henri-Floris Jespers, assisté de Robin de Salle (en qualité de documentaliste), a entrepris des recherches sur ce café artistique et sur son fondateur Geert van Bruaene . Comme le souligne Henri-Floris Jespers: « Il est difficile de trouver des informations précises sur Geert van Bruaene et ses entreprises diverses. Compagnon de route des surréalistes bruxellois et de Cobra, auréolé de ses relations avec des icônes artistiques incontournables, de Paul van Ostaijen et René Magritte à Dubuffet et Hugo Claus, il était inévitable qu’une légende se fût créée autour de ce personnage truculent.»

Synthétiser, confronter et critiquer les documents et témoignages souvent contradictoires, telle fut la tâche auquel s’est attelée avec brio l’essayiste Henri-Floris Jespers. Cette étude, qui se présente comme un dossier provisoire, permet de faire le point sur de nombreuses questions : l’arrivée de van Bruaene à Bruxelles, la chronologie des expositions d’avant-garde (cabinet Maldoror, la Vierge Poupine, au Diable par la Queue) et de ses cafés « brollewinkel ».

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 04:13

En compagnie de Luc Neuhuys, Thierry Neuhuys et Robin de Salle, j'ai assisté le vendredi 3 septembre à la soutenance de thèse de doctorat de Francis Mus (°1983) en la salle Juste Lipse de la Maison Érasme de la Katholieke universiteit Leuven.

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Francis Mus

Les travaux de recherche de Francis Mus sont axés sur la dynamique (les transferts culturels, la construction identitaire et les dialogues littéraires) du modernisme et de la littérature de l'avant-garde historique en Belgique. Dans ce cadre, Francis Mus accorde une attention toute particulière à la position et la fonction de la langue, au bilinguisme et à la littérature en traduction. Soulignons d'emblée que la contribution de Francis Mus à l'analyse, à la contextualisation et à l'historiographie de L'Art libre (revue trop souvent négligée) est innovatrice et décisive.

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Francis Mus a soutenu (en français) une thèse en tous points remarquable : No man's land ou terre promise. Littérature et internationalisme dans les revues francophones et néerlandophones belges de l'immédiat après-guerre (1918-1923).

Trois revues ont tout particulièrement retenu son attention : L'Art libre, Lumière et Ça ira!, « Clarté » (la revue bien sûr, mais surtout le mouvement) faisant fonction d'intertexte. Dans un premier mouvement Francis Mus étudie l’articulation de deux modalités différentes d’une même acception de l’internationalisme et de la poétique littéraire sous-jacente. La première modalité a été celle de L’Art libre, qu'il considère comme configuration de base étant donné que la revue fonctionne comme le représentant officiel en Belgique de Clarté, qui thématise de façon explicite tout ce qui a trait à l’internationalisme.

La dominance de ce modèle s’est avérée à propos de Lumière, qui s’inscrit de prime abord dans un cadre clartéiste, pour ne développer que dans un second temps une modalité différente par rapport au modèle établi par L’Art libre. Celle-ci s’explique par l’inscription institutionnelle différente de Lumière. Le lieu d’énonciation change de Bruxelles à Anvers, de sorte que le statut de la littérature produite en Flandre (francophone et néerlandophone) évolue d’une problématique extérieure à une problématique intérieure. Ainsi, une problématique intra-nationale va influer sur une problématique internationale.

Au premier abord, Ça Ira !semblait adopter un modèle discursif apparenté à celui de Lumière : également publiée à Anvers et en français, nombre de ses collaborateurs avaient un passé commun avec le groupe de rédacteurs de Lumière.

Ça Ira ! ne serait-elle donc rien d’autre qu’un pendant de Lumière, formulant les mêmes idées, mais de façon plus radicale? Les premiers numéros semblent confirmer cette intuition, mais l’influence croissante de deux collaborateurs, Paul Neuhuys et Clément Pansaers, a fait bousculer l’orientation de Ça ira ! qui, petit à petit, opte pour une voie radicalement différente.

L’épithète « radical » peut être prise ici au pied de la lettre : la manière selon laquelle les concepts sont appréhendés remonte à une tradition tout à fait autre, qui donne un sens nouveau à ces deux signifiants polysémiques, « littérature » et « internationalisme » …

Un certain nombre de revues de langue néerlandaise s'inscrivent également dans la lignée de « Clarté ». Au delà des instabilités sémantiques du corpus, l'approche minutieuse de ce tronc commun constitue un apport appréciable à l'étude de ces quelques années d'effervescence de l'immédiat après-guerre, durant lequel les germes du retour à l'ordre sont déjà bien présents.

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Le doctorant a eu droit à un jury de soutenance de thèse particulièrement compétent dans le domaine des relations littéraires intra- et internationales : Reine Meylaerts et Lieven D'hulst (KUL), Michel Biron (Université McGill, Montréal) et (le « grand patron ») Jean-Marie Klinkenberg (Université de Liège), ainsi qu'Elke Brems (KUL) dont les approches de la littérature contemporaine de langue néerlandaise sont parfois innovatrices.

Proclamé docteur en littérature, Francis Mus fut chaleureusement applaudi par une nombreuse assistance.

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