Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 04:53

 

PaulNeuhuystwee.jpg

Préfaçant Le pot-au-feu mongol, un choix de poèmes de Paul Neuhuys (1897-1984) paru chez Pierre Belfond dans la collection « Lignes »en 1980, Alain Bosquet (1919-1998) affirme que ce livre est né de l'admiration éprouvée à la lecture du recueil Octavie(1977) : « Dans le domaine de la nostalgie sous cape, qu'a-t-on écrit de plus poignant et de plus gifleur depuis Apollinaire ? »

Voici l'avant-propos de cette Octavie dont nous publierons ici quelques poèmes.

HFJ

 

Dix ans après le Septentrion (1), voici Octavie... L’allusion est assez transparente pour qu’on ne s’y attarde pas trop. Démission devant l’absurde, rémission par le merveilleux. C’est toute l’histoire d’Octavie.

 

Octavie est le fruit de la persévérance. Ce n’est pas facile d’arriver à ses vieux jours tout en restant le poète du bonheur. Tu verras, fillette... le bonheur de bâtir une robe de bure.

 

Octavie est en quatre fois vingt divisée:

 

Place Verte insiste sur le côté peinture et la perspective florale, végétale d’une ville dont l’opulence est tempérée, dans les idées et les choses, par une tradition de quiétisme et de maniérisme.

 

Le Spéculum d’Euclide est un miroir secret qui prétend s’éclairer d’un érotisme phosphorescent pour aller plus au fond des choses.

 

Octavie, proprement dite, glisse à l’intériorité sereine d’une personne qui a beaucoup vécu. Avec elle on rentre chez soi.

 

Tandis qu’avec Le Cinéma du Samedi, on sort de chez soi. Le monde extérieur existe. Ce sont les gens et la vie qui reprennent le dessus grâce à la caméra du court-métrage.

 

J’aurais voulu mettre une épigraphe en tête de chaque chapitre, mais j’y ai renoncé pour ne pas fausser l’optique du lecteur et nous faire suspecter, Octavie et moi, de fatuité. Parmi les citations glanées au cours de mes lectures, il y avait notamment celle-ci qui est de Renan: ‘Ce n’est pas parce qu’elle croit à la Vierge qu’une mère est vertueuse, mais c’est parce qu’elle est vertueuse qu’elle demeure attachée à la tradition de son enfance.’ Ou bien cette autre qui est de Nietzsche: ‘Le contentement de l’esprit passe tous les plaisirs du monde’ ...

 

De même que j’ai renoncé aux épigraphes, j’ai supprimé les dédicaces. Parce qu’il y en avait trop, trop parmi les morts comme parmi les vivants. J’ai beaucoup hésité cependant, en me rappelant tout ce que je dois à la solide érudition d’un Robert Guiette ou à la fragile sollicitude de... Sont mes amis ceux qui s’informent d’Octavie. La voici donc puérile, déréglée, difficile, oubliée.

 

Si la sagesse du vieillard consiste à envisager la mort comme une fête, ce n’est pas une raison, pour Octavie, de regarder la vie comme une défaite.

Paul NEUHUYS

 

Paul NEUHUYS, Octavie, Anvers, Ça Ira, 1977.

 

Cf. le blog du 6 août:

 

http://caira.over-blog.com/article-alain-bosquet-paul-neuhuys-le-pot-au-feu-mongol-80954920.html

 

(1) Paul NEUHUYS, Septentrion, poèmes illustrés de sept dessins par Albert Neuhuys, Anvers, Librairie des Arts, 1967.

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 18:00

 

C’est un vendredi treize

qu’avec le chiffonnier

le rempailleur de chaises

joua sa femme aux dés.

 

Amélie

était anémique

comme une homélie

académique.

 

Tandis que sans fard

s’ouvrait au hasard

votre nénuphar

Madame Putiphar.

 

Gai! Gai! carguons les voiles...

landerirette, landerira,

et dansez en rond les étoiles:

pipes de tir de l’au-delà.

 

Paul NEUHUYS

(Le Marchand de sable, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1931)

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 12:00

 

On ne fait plus de largesses aux poètes

Ils cassent des pierres au lieu d’enfiler des perles

L’avion part d’un éclat de rire

Tout pour les uns, rien pour les autres

Spectacle révoltant

La poésie?

 

C’est un article si peu demandé

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 06:00

 

Arbre, boîte à musique

que ta fantaisie est logique

j’habite une maison tournante

au bord d’un trottoir roulant

 

Mon pardessus de détective

me met sur la piste du bonheur

et chaque objet que je touche

change la forme de l’Univers

 

Ami, la tête me chante

au rythme de mon sang

L’instant est rare où l’habitude

ne farde pas la réalité

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 17:00

 

L’écran blanc troue les ténèbres

On entend le battement précipité d’une paupière

Un mouvement agite le public

comme un dormeur qui se retourne dans son lit

pour chasser son rêve

Miracle

le pain se coupe lui-même en tartines

Un monsieur rit comme une petite folle

L’Assassinat de la Danseuse

Une jeune fille pleure comme une vieille bête

Cyclone en Californie

Le film emprunte à la lumière

sa vitesse incorruptible

pour entrouvrir sur l’inconnu

une lucarne féerique

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 15:00

 

Un joli fleuve peint en vert

de déroule devant Anvers

 

L’ara se perche, ébouriffé,

à la terrasse d’un café

 

Un marin, les mains dans les poches,

se mire dans la fontaine proche

 

Son père était de Chicago

il y vendait des escargots

 

L’enfant grandit sur l’océan

à bord d’un navire géant

 

Il rencontra, lors d’une escale,

une princesse du Bengale

 

Ce souvenir lui mord le cœur

comme le cri du remorqueur

 

Depuis, il traîne sur la terre

un amour que rien ne peut taire

 

Il est revenu de Moscou

un mouchoir rouge autour du cou

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 05:14

 

Accordéon, Cheptel, Hippocampe, Banquise

Ô mots tirés en l’air comme des coups de feu

Chacun vient à son tour sur la terre conquise

Renouveler du sort l’inépuisable jeu

 

En vain te pares-tu d’un cœur artificiel

Dans le miroir d’argent nage une nuque blonde

Rien ne peut déranger le système du ciel

Et le clown désolé fait rire tout le monde

 

Fusez, rires d’enfants; coulez, larmes de mère

La jonque de l’amour chavire entre les fleurs

Dieu regarde s’ouvrir les tombes éphémères

Et naître des saisons l’éternelle fraîcheur

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 05:07

 

Nicolas Pauvoiseau naquit en 1900

d’une mère wallonne et d’un père flamand

A six ans, cet enfant était si maladroit

qu’en mangeant sa tartine il se mordait les doigts

Sur les bancs de l’école il rencontra Félix

Félix qui de sa brève existence fut l’x

Nicolas se voua dès son jeune âge aux lettres

pensant qu’écrire était sa seule raison d’être

A vingt ans il coucha avec l’une des filles

d’un professeur d’Histoire et de Géographie

Elle était laide mais il la trouvait si belle

qu’il ne l’appelait pas autrement que Cybèle

Les parents s’en étant occupés, leur idylle

se termina par des larmes de crocodile

et tandis qu’il passait ses vacances à La Haye

Nicolas épousa sa cousine Aglaë

Dès qu’il fut en ménage, il comprit que la femme

ne peut suffire à étancher la soif de l’âme

Il partit pour Paris et retrouva Félix

qui de ses cendres renaissait comme un phénix

Ensemble ils rêvaient de leur enfance passée

n’ayant pour dormir qu’une armoire renversée

Félix s’enivrait jusqu’à rouler sous la table

Bref c’était devenu un être insupportable

Un jour il déclara, dédaigneux de Paris

qu’il voulait devenir roi nègre et disparut

Nicolas resta seul. Être ou ne pas être

le froid entrait par les interstices de la fenêtre

Il avait publié un receuil:‘Dernier cri’

que l’on se plut à reconnaître bien écrit

Gloire et amour lui avaient souri un instant...

il se donna à la mort à l’âge de trente ans.

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 15:52

Le numéro 7/8 (Hiver 1956) de Phantomas propose une panorama restreint de l'art naïf. « Hormis quelques textes nettement littéraires, nos amis donnent des écrits plus proches des arts et de la peinture » consigne Théodore Kœnig (1922-1996) dans cette chatoyante Histoire de la peinture chez Phantomas (Bruxelles, éditions Lebeer-Hossmann, 1990, 501 p.) que l'on ne peut consulter qu'avec un plaisir à chaque fois renouvelé.

PeinturePhantomas.jpg

Les contributions de Kœnig et d'André Blavier, de Jean Dypréau, de Marcel Havrenne et d' Anatole Jakowsky n'ont rien perdu de leur fraîcheur ni de leur acuité.

Gérard Van Bruaene, dont l'intérêt pour la peinture naïve datait des années folles du Cabinet Maldoror et de la Vierge poupine, « poète-philosophe, homme rare qui tint le bistrot 'La fleur en papier doré', lieu de maintes de nos rencontres, vendait aussi des tableaux et signe Peinture et framboise. »

Estimant son texte caviardé par la rédaction de Phantomas, Van Bruaene publie un tract dont je reproduis scrupuleusement le texte. Les enculeurs de mouches pourront s'amuser à relever les variantes.

Van Bruaene y fait allusion à Georges Bataille : « Le mot silence est encore du bruit » (L’Expérience intérieure , Gallimard, 1943).

HFJ

BruaeneNaif1.jpg

Quant à l'Intelligence, les innocents s'entendent entre eux. Gloire à la peinture naïve, sauvage et psychiatrique.

 

Dans son dernier numéro, le périodique Phantômas a mutilé mon petit texte, vers la compréhension de comune raison et Vertueusement sociale.

 

La première partie de ce texte a été estimée, je pense, au-dessous de la lucidité des hommes instruits ne croyant pas qu'il peut être possible de penser respectueusement au Noble Virgile, à son amour, à son intelligence, admis cependant.

 

À quelle scène plate veut-on me réduire quand j'écris « fêter son petit Virgile » ?

 

Alors, pour me consoler, j'ai résolu de faire suivre le petit texte intégral, signé Zérar le bricoleur et non pas Le Petit Gérard.

 

L'explication n'échappe pas au raisonnement.

 

Malgré cette sentence qui nous est chère, je crois devoir expliquer la première partie du petit texte que le Comité de Lecture de Phantômas a supprimée.

 

I.- Regarde le bien (avant l'effacement) – le Vieil enfant (l'enfant sentimentalement expérimenté avant même la naissance) – à fêter son petit Virgile (rendre un pastoral hommage au Noble Virgile, à son amour, à son intelligence) – de sa réjouissante nature sénile (de sa réjouissante nature sénile).

BruaeneNaif2jpg.jpg

I.- Regarde le bien, le Vieil enfant, à fêter son petit Virgile, de sa réjouissante nature sénile.

 

II.- Facette du Silence

 

Je visitais une admirable exposition de peinture naïve, sauvage et psychiatrique. Une présentation de tableaux faite de bonne foi. Le panneau d'honneur, en signe de haute décoration, offrait aux grands yeux du cœur et du cerveau, le mot « Silence », peint à-même le mur de chaux.

 

Un professeur d'Université, critique d'art, a très sincèrement demandé au misérable type curieux qui se promenait p armi les choses exposées, – sans doute un apôtre des douces folies , – ayant appelé cette fête, admissible seulement “hors-commerce,” “Petite foire aux Tableaux, d'Esprit sentimental, ainsi Monsieur le Critique d'Art avait-il demandé, très poliment et de distinction au petit bonhomme, comme un lettré de la direction du Grand Cirque peut s'adresser au garçon de piste, je pense, je ne sais pas si je 'exprime bien, de lui expliquer la présence de ce mot « Silence »?

 

Le bonhomme lui a répondu de nature : “Monsieur le Critique d'Art, je ne pourrais pas vous l'expliquer sans parler.” Aussi l'a-t-on crapuleusement traité, le petit  type.

 

Il y avait de quoi.

 

III.- Pour la postérité.

 

Je possède un joli petit tableau de la famille universelle les petits maîtres du tableautin.

 

L'objet en est une adorable danseuse miniature à l'orientale fantaisie parisienne harem genre Abdul-Hamid peint à la bouche à la confiture de groseilles de framboises et de myrtilles. Joli et rare.

Zérar le bricoleur

15-XI-56/29-XII-56

Repost 0
Published by ça ira! - dans surréalisme
commenter cet article
24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 23:21

 

Geert van Bruaene, Gérard van Bruaene, Le petit Gérard, Gédéon la Crapule, Gérard le Brocanteur, Henri de Lagardère et Gérard l’Absolu. Nous avons eu Gérard et le cinématographe au Cabinet Maldoror et à L'Agneau moustique, voici Zérar le musicien à la Fleur en papier doré.

 

ZerarMusicien.jpg

Publicité à ne pas en croire ses yeux.

______

 

En fait de grands concerts de musiques, je préfère les concerts cucus offerts les mardi et vendredi soir à « La Fleur en Papier Doré » 55, rue des Alexiens.

 

Parmi les collages à la carte-fantaisie. on peut voir des petits textes sérieux et encourageants :

 

«Les clients peuvent prêter leurs disques préférés à' la bonne réussite des concerts cucus » .

 

«Ainsi, par étude, les disques tournent-ils sans brusquer l'intention passionnelle du compositeur célèbre de musique».

 

«Le bien-faire à éplucher l'oignon émeut jusques aux chaudes larmes, en musique pure, sans violence »,

 

Zérar le musicien.

Repost 0
Published by ça ira! - dans surréalisme
commenter cet article