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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 22:33

 

NEUHUYStumulte.jpg

En 1919, Paul Neuhuys (1897-1984) publie Loin du tumulte, recueil de poèmes préfacés par Max Elskamp (1862-1931) :

...un soir de l’hiver 1917 [lire: 1919], le vieux poète vint lui-même glisser le précieux texte dans ma boîte aux lettres : « Il existe donc, le pays des rêves… » Les poèmes de Loin du tumulte n’étaient guère qu’une prouesse de rhétoricien […]. L’ouvrage parut aussitôt après la guerre, au lendemain de l’armistice. Publier c’est oublier. (1)

*

Voici le poème 'Max Elskamp', daté fin décembre 1916 :

 

Poète au pâle front, de bénévole augure,

Qui te réclames de l'enfant fervent, encor,

Ta muse, en s'arrangeant avec grâce, inaugure

Un mode d'éprouver et de s'exprimer d'or.

 

Ce langage fleuri, qui reflète un remous

D'abysses bleus, de vergues d'or, d'étoiles frêles,

Parfois, complique si infiniment ses ailes,

Qu'il devient douloureux, à force d'être doux.

 

Peintre qui te dédies aux maîtres primitifs,

Le ton de décadent dont ta palette est pleine,

Aux anges de Memling, pose un reflet furtif

De mauve Mallarmé et de doux bleu Verlaine.

 

Ton âme d'enfant clair, miniature d'un ciel,

Qui se comptait toujours aux grotesques candides,

Est sage comme ces images de missel,

Dont s'est enluminé ton horizon limpide.

 

Penseur fervent, penseur profond, penseur fragile,

Tes mots, à force d'être simples, sont hardis,

Ils répandent une grâce d'outre-Évangile

Qui nous apprend comment on parle en Paradis.

 

Parmi toutes les nefs que ton rêve imagine,

Il en est une, dont le sourire amical

T'invite à découvrir pour ta tristesse fine,

Un domaine vraiment, vraiment dominical.

 

Tu rêves d'Orient, alors, et t'extasies

Vers l'Archipel fleuri et le steppe nacré ;

Tu voudrais te choisir dans la lointaine Asie,

Au sein des alizés, un asile sacré.

 

Tu rêves du pays salubre, atténué

Par des mœurs s'inclinant au gré des moussons chaudes,

Et où après avoir, gracieux, évolué,

Les paons fiers font la roue au sommet des pagodes.

 

Là, des plumages d'or brillent dans l'air doré ;

Dans l'onde pacifique où nagent des dorades,

Le soleil plonge, au soir, son grand disque adoré,

Quand le geai pousse un cri sur son palais de jade.

 

C'est là que tu prends ta sagesse quotidienne ;

C'est là que tu voudrais, inouï Salomon,

T'étendre infiniment, quand l'ombre méridienne

Va se projeter sur l'admirable gnomon.

 

Le soleil comble d'or ce pays indolent,

Où des femmes, fleurs que le désir enveloppe,

Pour s'offrir à vos sens, s'avancent, à pas lent,

Parmi les tournesols et les héliotropes.

 

Et tu causes ainsi d'une Chine bénie,

En levant un index philosophique et las,

Et quand ta voix se tait, rêveuse... tu t'écries :

Je ne sais pas, vraiment, pourquoi je vous dis ça.

 

Tu es le mieux-disant, ô maître, sur ta bouche,

Viennent s'épanouir de blonds Eldorados ;

L'Europe te fait peur, toi, celui qu'effarouche

La goétie monstrueuse des ghettos.

 

Ô Max Elskamp, ô mon maître mystérieux,

Par ces temps menstruels, j'aime, dans notre fange,

Découvrir, un à un, les arcanes pieux,

Dont tu tressas, jadis, ta candide Louange.

 

Ce que n'oubliera jamais mon cœur sincère,

C'est la minute de bonheur effarouché,

L'instant inespéré de confusion chère,

Où vers moi, votre front, bienveillant, s'est penché.


Elskamp1.jpg

Bois de Max Elskamp

Pour leur « simplicité, sensibilité, sincérité », Francis Jammes et Max Elskamp étaient les deux poètes chez qui Neuhuys, à cette époque, trouvait « des affinités électives ». Plus tard, il soulignera que trois hommes l'auront poussé « sur l'épineux sentier poétique : Elskamp au matin, Cocteau au méridien, Hellens au déclin ». (2)

J'y reviendrai.

Henri-Floris JESPERS


(1) Paul NEUHUYS, Mémoires à dada, Bruxelles, Le Cri, collection Les Évadés de l'Oubli, 1996, p. 45.

(2) Ib., p. 36, 122,

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Published by ça ira! - dans littérature
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