Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 19:53

 

Le poète et dramaturge gantois Edgar Tant (1889-1963) semble bien tombé dans l'oubli le plus opaque. Les catalogues des bibliothèques belges, de la Bibliothèque Nationale (Paris) et de la British Library (Londres) recensent plus de trente-cinq titres. Nulle trace de cet écrivain dans les ouvrages de références et un manque quasi total de littérature secondaire, si ce n'est une plaquette illustrée de 21 pages, Les derniers ouvrages d'Edgar Tant / par cinq auteurs différents: Victor Rousseau, Alex Pasquier, Charles Desbonnets, Georges Soyer et Adèle Durieux-Gillet (Gand, Van Melle, 1946), que je n'ai pas encore consultée. Il en est de même d'une traduction que seule la Bibliothèque de l'Université de Gand conserve, dont voici la fiche signalétique:

Tant (Edgar) V. Croin (C.C.A.), La Nationalité belge. Lettre-préface de Henri Pirenne. Traduit du Hollandais. Gand, L. Vanmelle, 1932, 8°, 49 p.

Je me recommande vivement auprès de mes lecteurs : tout renseignement bibliographique et / ou biographique sera accueilli avec gratitude.

Henri-Floris JESPERS

hfj@skynet.be


Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 06:01

 

VanBastelaere.jpg

Dirk van Bastelaere (°1960) fait figure de poète emblématique de la postmodernité en Flandre. Daniel Cunin présente avec brio en traduction du néerlandais une anthologie composée par les soins du poète. Regroupés en séries, les poèmes de Van Bastelaere se réfèrent au cinéma hollywoodien, à la peinture contemporaine, aux standards du rock, mais aussi, ce qui est plus inattendu, aux figures de la piété christique.

Van Bastelaere a fait paraître une dizaine de recueils et a reçu plusieurs prix littéraires. Il s'affirme également comme théoricien et n'hésite donc pas de compléter cette anthologie par un essai usant notamment des écrits et des concepts de Jacques Lacan, de Roland Barthes et de Julia Kristeva.

Traducteur émérite, Daniel Cunin est détenteur de deux DEA, l'un en Droit (Aix-en-Provence), l'autre en Études germaniques (Paris IV-Sorbonne). Il a enseigné le néerlandais et a été chargé de cours de traduction littéraire à la Sorbonne-Paris IV, département de néerlandais. Cunin a traduit de nombreux romans, chez Gallimard, Actes-Sud, Héloïse d'Ormesson et Le Rouergue.

Dirk VAN BASTELAERE, Splash!, Paris, Les Petits Matins, 185 p., 12 €. ISBN 978-2-915-876987-2.

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 08:03

 

Phantomas68-72.jpg

Phantomas 68-72. En couverture: dessin de Raould Hausmann, 1966

Mes travaux sur Paul Neuhuys et Marcel Lecomte m'amènent à consulter la livraison 68-72 de Phantomas, datant de mai 1967. J'y retrouve les textes de Marcel Broodthaers, de Joseph Noiret, de Marcel et Gabriel Piqueray, de Jacques Meuris, de François Jacqmin, de Pierre Puttemans, de Théodore Koenig, de Sergio Dangelo et de Jean Dypréau à la mémoire de Lecomte, décédé le 19 novembre 1966.

Au lieu de me contenter de transcrire la citation qui me hantait, je me livre sans vergogne au vice impuni. J'y relis donc, dans la rubrique 'Aristarkophilies', des notes de lecture qui, avec une distance de plus de quatre décennies, réveillent en moi de nombreux souvenirs. J'y découvre surtout un articulet de Théodore Koenig (1922-1997), chroniqueur obstiné, consacré aux plus belles pages de Saint-Pol-Roux, parues au Mercure de France (Paris, 1966, ix-xxv, 296 p.) avec une introduction d'Alain Jouffroy (°1928). En 1967 je ne connaissais que vaguement “le Magnifique”, grâce à l'anthologie de Ad. Van Bever et Paul Léautaud, Poètes d'aujourd'hui (Mercure de France, Paris, 1917) et, bien sûr, par les manifestes du surréalisme d'André Breton, que j'avais lus en janvier 1963 dans cette belle édition à couverture orange parue chez Jean-Jacques Pauvert.

Quoi qu'il en soit, je n'avais plus mémoire d'un texte de Koenig sur Saint-Pol-Roux, raison de plus de le republier ici intégralement.

*

Voici reprises, faut-il le redire, les plus belles pages du grand poète qui, du haut de la tour de son manoir, inondait discrètement la France de ses écrits. La France noyée, mais de façon fort mesurée, car ce n'est pas parce que la plus grande partie des poèmes de Saint-Pol-Roux a vu le jour au Mercure de France qu'on l'a beaucoup apprécié de son vivant. Une manière de cabbale, un fichu destin, les injustices du silence. De ce silence qui, à la longue, finit par en dire trop, qu'il faut bien que la consigne du mutisme embouche les trompettes que l'on sait. Ah ! que les imbéciles encore vivants devraient en vouloir à cette satanée taciturnité ! Preuve qu'à cette époque la France était bourrée de niais dans le milieu de la critique et des lettres. Car il faut lire pour se démontrer cette assertion, il faut lire ce qu'alors on devait trouver inintéressant ! Celui qui a écrit « l'imagination, c'est la moisson avant les semailles » va peut-être enfin conquérir d'innombrables lecteurs ? Mais qui sait ? cher Saint-Pol-Roux sera-ce prouvé ? Voilà donc de ce poète frais comme la fraîcheur elle-même, des lignes et des poèmes, voilà un de ces hommes que tout pays civilisé devrait souhaiter voir naître plus nombreux par siècle. Un véritable artiste qui ne vécut que pour son œuvre, horripilé par la truanderie des capitales. Un solitaire inspiré dont l'œuvre, suite à des machinations comme en connaissent encore trop d'authentiques artistes contemporains, est resté dans l'ombre. La préface d'Alain Jouffroy aide dans toute l'acception du terme à l'accès de ce temple dont il s'agirait d'urgence de franchir les marches.

*

Le Bulletin de la Société des Amis de Saint-Pol-Roux, exhibant une couverture ivoire, qui est la couleur des beaux papiers qui veillissent bien, se propose de réunir, dans chacune de ses livraisons, des documents (iconographiques, bibliographiques) rares ou inédits, éclairant un aspect de la vie ou de l'œuvre du poète. À terme, cette publication constituera donc une intéressante source d'informations pour les curieux, chercheurs, amateurs de littérature symboliste, fini & antéséculaire, et d'abord à destination de tous ceux que la poésie de Saint-Pol-Roux bouleverse ou, simplement, ne laisse pas indifférent.

La Société des Amis de Saint-Pol-Roux est animée par l'infatigable Mikhaël Lugan qui publie le résultat de ses recherches érudites non seulement dans le Bulletin, mais également sur l'excellent blog Les Féeries intérieures.

Mikhaël Lugan

33, rue Montpensier

64000 Pau

harcoland@gmail.com

www.lesfeeriesinterieures.blogspot.com

HFJ

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 18:35

 

La collection Espace Nord est désormais propriété de la Communauté française (voir le blogue du 30 décembre). Jean-Luc Outers, le directeur du service de Livre de la Communauté, souligne que le gouvernement a lancé une opération de sauvetage de cette collection de poche pour la mettre à l'abri des spéculateurs, évitant ainsi qu'un éditeur reprenne les titres les plus rentables et laisse ainsi disparaître le reste du catalogue de cette impressionnante collection dans laquelle le gouvernement a investi deux millions d'euros en trente ans.

Parmi les titres les moins rentables, signalons ici l'anthologie On a bon dire (1984), poèmes de Paul Neuhuys, avec une préface d'Eddy Devolder et une lecture attentive de Paul Émond.

Neuhuys.Boudens.jpgLuc BOUDENS, Portrait de Paul Neuhuys (linogravure, 2000), d'après un dessin de FlorisJespers (1923)

 

Noces d’or de la Saint-Sylvestre

sur la tombe déserte

que balaie aveuglément le vent

 

Dans l’espace intérieur

sans distance ni durée

je sens que mes sens n’ont plus de sens

 

Mettre la tête à la fenêtre

et regarder gens de partout

les moins que rien les plus que tout

naître connaître et disparaître

NeuhuysOn-a-beau.jpg

Paul NEUHUYS

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 16:19

 

espaceNord.jpg

Le jeudi 23 décembre, la ministre de la Culture, Fadila Laanan (PS) a fait adopter par le gouvernement de la Communauté française, la convention de cession du catalogue de la collection Espace Nord par la SA Tournesol Conseils à la Communauté française. Tournesol Conseils ne souhaitant en effet plus poursuivre l’édition de la collection.

Tournesol Conseils, la structure fondée par Luc Pire en 1991, a introduit une demande en réorganisation judiciaire. Le groupe RTL, entré dans le capital en 2005, avait racheté la totalité de la société en février 2010. La chaîne l'avait ensuite revendue en juin dernier à l'homme d'affaires Alain Van Gelderen, administrateur-délégué de De Rouck Geomatics.
La structure abrite les éditions du "Grand Miroir", "Renaissance du Livre" et tout le pôle littérature de "Labor".

La Collection Espace Nord fut créée au début des années 80 afin de republier en format poche le patrimoine littéraire belge francophone devenu indisponible. Au départ, une convention avait été conclue entre le Ministère de la Culture et les Editions Labor pour la publication annuelle d’une dizaine de titres. À ce jour, la collection Espace Nord, unanimement reconnue pour sa qualité, compte 300 titres à son catalogue. Par le biais de convention avec les propriétaires successifs d’Espace Nord, pour soutenir la publication de nouveaux titres et la réédition de titres épuisés, la Communauté française y a déjà investi deux millions d’euros sur trente ans.

Si la Collection Espace Nord est passée, durant son existence, dans les mains d’entrepreneurs ou d’entreprises différents, la Communauté française a toujours veillé à soutenir cette collection et à en assurer la pérennité. C’est encore le cas aujourd’hui, puisque le Gouvernement a décidé de procéder à l’acquisition des activités éditoriales relatives à la Collection. Ce qui inclut les marques, enseignes, appellations, noms de domaines ; les stocks d’ouvrages en possession de la SA Tournesol Conseils (environ 180.000) ; les contrats d’auteur ; le matériel éditorial, les documents administratifs et les archives ; les maquettes des ouvrages, textes, épreuves, catalogues, documents promotionnels, bases de données sur tous supports.

Un budget de 150.000 euros a été affecté à cette acquisition. La cession sera effective le 1er avril 2011.

Le gouvernement a par ailleurs chargé l’administration de formuler à bref délai des propositions concrètes quant à la poursuite de l’activité éditoriale, propositions qui devront allier édition papier et édition numérique, dans le cadre de l’action menée par la Communauté française sur la numérisation du patrimoine.

La ministre Laanan a chargé son administration de formuler rapidement des propositions concrètes pour la poursuite de l’activité éditoriale, alliant édition papier et édition numérique.

« À partir du moment où la Renaissance du livre se désengageait de l’édition littéraire pour se recentrer sur d’autres domaines, il y avait un vrai risque que la collection soit revendue, en France, par exemple, et dissoute dans une collection de poche, explique Jean-Luc Outers, le directeur du service du Livre de la Communauté française. L’éditeur aurait repris les titres les plus rentables et le reste du catalogue aurait disparu. Le gouvernement a donc lancé une opération de sauvetage de la collection, pour la mettre à l’abri des spéculateurs, dans une optique de service public ».

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 20:03

 

MONDRIAN.jpg

Le Centre Pompidou consacre une exposition inédite aux parcours croisés du mouvement De Stijl et de Piet Mondrian. Cette rétrospective événement est la toute première, en France, à éclairer ce moment clé de l’histoire de l’art du 20e siècle.
“Je construis des lignes et des combinaisons de couleurs sur des surfaces planes afin d’exprimer avec la plus grande conscience la beauté générale” écrivait Piet Mondrian en 1914.
Le mouvement De Stijl (Le Style) est l’un des plus féconds de la modernité européenne. Il propose un art total qui synthétise, dès la fin des années 1900 et dans les années 1920, une vision esthétique et sociale. De Stijl constitue une base pour comprendre les sources de l’art moderne. À Paris, entre 1912 et 1938, Mondrian, acteur de cette avant-garde, met en place une « nouvelle plastique abstraite » avec Theo Van Doesburg et Gerrit Rietveld, les autres figures centrales de ce mouvement transdisciplinaire qui aborde la peinture, la sculpture, l’urbanisme, l’architecture, la conception de mobilier et le graphisme.
Cette entreprise radicale révolutionnera la peinture et l’art. 

CENTRE POMPIDOU, PARIS
Exposition ouverte tous les jours de 11h à 21h, sauf le mardi
Tarif : 12 €
Tarif réduit : 9 €
Valable le jour même pour des expositions présentées au Centre Pompidou.
Billet imprimable à domicile http://www.centrepompidou.fr
Métro : Hôtel de Ville, Rambuteau

Repost 0
Published by ça ira! - dans arts plastiques
commenter cet article
15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 18:41

J'ai mal au cœur et mon pays n'est nulle part.

Miné par le cancer du pancréas, terrassé par une crise cardiaque, l'homme de théâtre Henri Ronse (°Ostende, 10 mai 1946) est décédé dimanche matin vers 7 heures dans sa maison de Fermaincourt. Il venait de passer une nuit entière à lire des textes de poètes. Henri vivait en Normandie depuis treize ans, loin des cités qui le virent triompher.

Ronse2.jpg

«Il s’en est allé en pleine possession de son énergie, luttant de toute ses forces intellectuelles et mentales», notait hier Marie Poumarat, compagne de toutes les promenades artistiques de la Caravane des Poètes qu’ils avaient créée tous les deux.

*

Le communiqué diffusé par ses proches souligne surtout les activités récentes de cet homme de culture, dont le flamboiement effacé n'avait d'égal que l'érudition précise et discrète.

Henri Ronse nous a quittés le 12 décembre 2010. Metteur en scène de théâtre et d'opéra, écrivain (Miettes de mémoire, éditions du Nil), créateur du théâtre Oblique à Paris et de la revue Obliquesavec Roger Borderie, il avait fondé, il y a une dizaine d'années, la Caravane des Poètes en région Centre en compagnie de la comédienne Marie Poumarat.
C'est lui aussi qui avait initié le Salon international de l'édition - et de la revue - de poésie qui avait lieu chaque année début juin, à Nohant, dans les jardins de la maison de George Sand.
Il préparait l'ouverture de la Maison européenne de la Poésie en pays de George Sand au Prieuré du Magny, dans l'Indre, à laquelle il a consacré ses dernières forces.
« On est tous éphémères, mais je le suis un peu plus que les autres », a-t-il dit deux jours avant de mourir et c'est sans doute cette conscience-là qui lui a permis jusqu'à la dernière minute, de conduire des projets au-delà de lui-même.”

Avant son incinération vendredi dans le Loiret, à Saran (1251, rue Pinelin), un salut final sera rendu à Henri Ronse par de nombreux comédiens. Ses cendres seront ensuite dispersées dans les nombreux lieux où lui et ses comédiens ont transmis à un public parfois improbable les chefs-d’œuvre de la poésie et de la littérature française.

*

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication à rendu hommage à Henri Ronse “magnifique artiste aux deux cultures, belge et française, et aux multiples visages”.

J'apprends avec une profonde tristesse la disparition de Henri Ronse. Il était de ces êtres complets capables d’habiter des imaginaires culturels très différents, aussi à l’aise avec les classiques qu’avec ses contemporains, avec le beau qu’avec l’utile. Que n’a-t-il pas accompli entre 1960 à 1980, entre Paris et Bruxelles, sur la scène culturelle ! Que ce soit au théâtre et à l’opéra comme metteur en scène d’une incroyable prolixité, comme homme de radio, ou encore comme éditeur de poésie. C’était un bâtisseur, un homme d’utopies mais aussi de terrain, qui avait à cœur de donner des fondations solides à la culture, tels que le théâtre Oblique à Paris, ou la Caravane des Poètes en région Centre. Son œuvre profondément poétique et engagée lui survivra.”

*

La Libre Belgique, Le Soir, Libération, Le Figaro, L'Express, La Tribune de Genèveet jusqu'à la Gazette des Belges de Montréal et du Québec ont rendu hommage à cet éminent homme de théâtre, à cet ami intime dont je garde un souvenir prondément ému et qui fut quelques années durant bien plus qu'un compagnon de route incontournable, un complice dont la subtilité relevait de la gaya scienza.

 

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

Repost 0
Published by ça ira! - dans Théâtre
commenter cet article
2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 10:07

 

Concluons cette évocation de la compilation sonore par la troisième génération d’avant-gardistes en Belgique. Achille Chavée, le poète révolutionnaire est encore présent. Cette fois-ci, il n’est plus question d’évoquer des souvenirs de l’entre-deux-guerres mais de lire quelques uns de ses meilleurs poèmes ou aphorismes : « Il est interminable le chemin qui mène à soi-même ». Il voit dans l’aphorisme un « système d’auto-défense », un «  équilibre entre le lyrique et le réel ».

Comment Pol Bury est-il passé de la peinture à la sculpture ? Grâce à Calder. En transplantant sa démarche (« le mouvement, le jeu des mouvements dans l’espace ») sur une surface.

Dotremont.jpg

La première génération, c'est Pansaers. La deuxième, c’est Magritte. La troisième, c’est Dotremont et son écriture spontanée, le logogramme : « Quand je me trouve devant ma feuille de papier, le texte n’est jamais préétabli. Et tout d’un coup, je fonce, et en même temps que j’invente le texte, j’invente l’écriture ou plutôt je trace mon écriture d’un texte très libre. C’est toujours l’alphabet latin, notre maigre alphabet latin que j’essaie de densifier, que j’essaie de faire danser en agglomérant les lettres, en les distendant, en séparant les mots, en coupant les mots, en les disposant de mil et une manières diverses mais tout ça toujours très spontanément. Et ce qui m’intéresse le plus, c’est l’interaction entre l’invention que je fais du texte, du poème ou du texte aphoristique, ou de la prose, l’interaction de cette intention verbale et de l’invention graphique ».

Blavier.jpg

L’inclassable André Blavier nous explique ce qu’est un fou littéraire : « Un fou littéraire, c’est un mec qui arrive à publier à force d’économies et à compte d’auteur, quelque chose de littéraire, de scientifique, de philosophique, de moralisateur, tout ce qu’on veut, de métaphysique, d’astronomique si j’aime beaucoup, qui ne rencontre absolument … . C’est ça la caractéristique parce que c’est publié à compte d’auteur, parce qu’il ne trouverait pas d’éditeur, parce que ça ne rencontre aucun écho ni sur le plan social, ni économique, ni littéraire, ni critique. Cela reste une œuvre isolée. » Rappelons à ce propos qu’une version augmentée de l’encyclopédie des fous littéraires a été réédité et qu’unInstitut International de Recherches et d’Explorations sur les Fous Littéraires (IIREFL) perpétue l’œuvre du pataphysicien ( www.fous-litteraires.over-blog.com).


Phantomas et Daily-Bul sont représentés par Koenig, Piqueray, Havrenne.

Encore une fois, nous avons droit à des questions idiotes de journalistes (Pierre Crasson, Paul Hellyn) et au fur et à mesure de l’entretien, les interviewers s’enfoncent. Cette fois-ci, c’est Mariën qui s’y colle :

PC -Marcel Marien, cinéaste, poète, euh… dessinateur, je crois, peut-être peintre aussi, je ne sais pas, pas tout à fait, euh… qui êtes-vous au fait ? »

(Mariën grommelle)

MM -Il n’y a pas moyen de répondre à des questions pareilles. »

(rire)

MM -Tu veux que je me couche ? On va faire comme dans les catalepsies. Je me mets sur les deux dossiers de la chaise. Tu vas m’interroger. Pose ta question, je vais y répondre. »

PC -Cinéaste, poète, peintre, je ne sais pas. Mise à part de tout cela, je crois que Mariën est autre chose… 

MM -Euh… C’est possible…

PC-Alors, qui est-il ? Comment pourrais-tu te définir ?

MM-Ça, c’est l’approche des temps modernes (rire). Je ne peux pas me définir parce que j’en ai pas envie. Je n’en vois pas la nécessité

Renée Demeester- C’est la question qu’il ne fallait pas demander.

MM-Je ne suis pas un médecin légiste. J’ai des ennuis. J’ai des machins à mon pouce. Si je devais faire une empreinte digitale, … c’est drôlement mal foutu.

PH-Est-ce que vous n’êtes pas un peu beaucoup un révolté ?

MM-Moi, j’ai toujours désiré devenir un personnage du troisième âge. Quand j’avais cinq ans, je pensais aux pensionnés. Quand je travaillais dans un bureau, on parlait toujours de la retraite et d’aller dans un hospice. Et puis j’ai vu un hospice dans un film d’Antonioni, j’ai eu peur alors … tu vois déjà qui je suis. Alors,…ça va pas. Je vais lire mon texte. (rire)

PC-Bon, je me rends compte que ça ne vas pas.

MM- Non, mais il faut s’enfoncer.

PC-Je ne sais pas. Je pourrais par exemple attaquer beaucoup plus ferme. Euh.. Le groupe surréaliste…

MM-Le groupe surréaliste ?

PC-Il était fondé, créé ? Tu y as adhéré.

MM-On n’a jamais été fondé. On n’a jamais adhéré. On participait au groupe surréaliste.

Cette interview illustre bien que les clichés ont la vie dure et perdurent encore actuellement. Il suffit de voir les différentes interviews réalisées autour de l'ouverture du musée Magritte. Bref, cela montre d’autant plus l’importance de ces enregistrements sonores.

Robin DE SALLE

« Le groupe surréaliste révolutionnaire, Dotremont et Broodthaers : 1939-1978 » dans : L'anthologie sonore de l'Avant-garde en Belgique, 1917-1978, Bruxelles, éd. Sub Rosa (149-151 Avenue Ducpétiaux 1060 Bruxelles info@subrosa.net), Volume 3 , 16 Sep 2008.

Tracklist

1. Achille Chavée - Etant À Tout Jamais Lié De Par Mes Gestes Oubliés (1:57)

2. Achille Chavée - Angoisse (1:53 )

3. Achille Chavée - Dictée (1:20 )

4. Achille Chavée - Aphorisme Comme Système D'Auto-Défense (0:48 )

5. Achille Chavée - Trois Aphorismes (0:26 )

6. Pol Bury - De La Peinture À La Sculpture En Mouvement (11:26 )

7. Christian Dotremont - En Laponie, Livre De Bord (11:10 )

8. André Blavier avec Odette Blavier - Ubu Rwè Mètou È Lîdgwès (0:48 )

9. André Blavier - Les Fous Littéraires (1:00 )

10. Théodore Koenig - Propos Sur Marcel Havrenne (1:51 )

11. Marcel Piqueray - L'étrange Histoire Du Grand Chien Saintongeois (3:20 )

12. Marcel Mariën - L'entrevue Du 29 Janvier 1973 (7:55 )

13. André Balthazar - La Fondation Du Daily-Bul (3:28 )

14. André Balthazar - La Langue (1:20 )

15. André Balthazar - Manu Loûrik (2:06 )

16. Marcel Broodthaers - Apprentissage Et Filiation (4:58 )

17. Jean-Pierre Verheggen - Monsieur Panurge (0:48 )

18. Jean-Pierre Verheggen avec Jacques Bonnafé - Toutes Les Langues (Ma Langue De Fond) Et Commentaires (9:02)

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article
1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 09:50

 

 

« Je n’ai presque toujours connu que des inimitiés, même des détestations, des brouilles, des disputes, des discussions, des exclusions, des clouages au pilori. J’ai très rarement vu des surréalistes unis, amis pendant des années. On était très amis pendant deux, trois mois et puis ils se bagarraient, ils se chamaillaient. L’histoire du mouvement surréaliste, c’est vraiment la famille des Atrides. C’est affreux. » Voilà comment débute, en ces termes volontiers provocateurs, le deuxième volume de l’anthologie sonore de l’avant-garde en Belgique principalement consacrée à Magritte, Scutenaire, Marien, Mesens et les autres.

Scut a l’avantage d’avoir vécu le mouvement de l’intérieur et peut se permettre de le critiquer en connaissance de cause. On ne peut pas l’accuser de le dénigrer. Au contraire, par ces propos, son témoignage nous apporte une approche plus voisine de la réalité, moins édulcorée que celle qui est véhiculée par les médias. Rome ne s’est pas fait en un jour et ce sont ces multiples intrigues et confrontations qui donneront naissance au mouvement. Nous pouvons ainsi voir émerger, sur une décennie (1926-1938), des personnalités individuelles bien marquées reliées par une cohérence théorique.

Mesens voit plutôt le mouvement surréaliste de manière théorique : «  À la base du surréalisme français ou belge, il y avait une terrible soif d’éthique. Le surréalisme n’est pas un mouvement réductible à une question d’esthétique ou de mode artistique ou de goût. Je vois même dans le pop, il y a des possibilités énormes mais il y manque quelque chose au centre. Par hasard, nous avons ce trésor, nous sommes peut-être des magiciens. »

Bien que les questions des journalistes soient parfois d’une platitude désarmante, les réponses de Magritte et Colinet permettent de les contourner pour livrer de manière originale le message surréaliste : « C’est très gentil mais voyez-vous, il me faut généralement et à mon ami Colinet près de moi, il nous faut généralement 48 heures pour y répondre ». Le monde médiatique actuel, qui a érigé sur un piédestal l’immédiateté et les interviews du tac au tac, serait bien ennuyé s’il devait se plier aux exigences des deux comparses. Magritte et Colinet avaient déjà pu mettre en évidence les contingences inhérentes à l’interview ; ce que par exemple Pierre Bourdieu approfondira plus tard (Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Paris, éd. Liber-Raisons d'agir , 1996) .

Pour conclure, Achille Chavée nous parle du groupe Rupture, qui rassemblait des surréalistes du Hainaut : « Nous voulions indiquer par ce terme notre non-conformisme total , radical vis-à-vis de ce que nous avons appelé, de ce que nous considérions dans notre esprit la culture bourgeoise et ses méfaits . (…) Rupture a tenu son programme. Et dès 1935, un cahier intitulé Mauvais Temps qui exprime bien encore la manière dont nous posions le problème. Le mauvais temps c’était précisément, n’est-ce pas, les intempéries spirituelles que nous devions traverser dans la culture bourgeoise. C’est aussi à cette occasion que nous avons marqué notre adhésion au surréalisme et plus particulièrement naturellement au matérialisme dialectique. » Chavée s’est engagé dans les brigades internationales en Espagne et a participé aux grandes purges. Le témoignage de Chavée est donc l’occasion de le voir préciser ses opinions politiques qui l’ont mené à s’engager dans l’action militaire : « Il y a eu rupture au sein du groupe Rupture. Les difficultés, qui se sont présentés à Paris, se sont présentées chez nous aussi. En 1935, il vous en souviendra, est intervenu le pacte militaire franco-belge. Avec la signature de ce pacte, (les liens) se sont renforcées chez tous les surréalistes à tendance trotskiste. Par la suite, il y a eu des hésitations. Moi, je suis allé en Espagne, j’en suis revenu stalinien alors que j’y étais parti trotskiste. J’ai affiné mon point de vue. Nous avons taché de maintenir l’existence du groupe mais le drame qui s’est passé à Paris s’est passé chez nous aussi. (…) Les sécessionnistes étaient les staliniens, et c’est ainsi que fin 1938, nous avons fondé le groupe surréaliste en Hainaut qui se sépare donc du groupe Rupture, qui lui, n’a d’ailleurs donné… »

Robin de SALLE

« Magritte, Le Groupe Surréaliste De Bruxelles, Rupture (1926-1938) » dans : L'anthologie sonore de l'Avant-garde en Belgique, 1917-1978, Bruxelles, éd. Sub Rosa ( 149-151 Avenue Ducpétiaux 1060 Bruxelles info@subrosa.net ), 05 Dec 2006.

 

 

Tracklist

1. Louis Scutenaire - Inimitié, La Brouille, L'Exclusion (1:25 )

2 .Marcel Mariën - Aspects De L'Éthique Surréaliste (4:02 )

3 .René Magritte Et Paul Colinet - 48 Heures (5:50 )

4 .Louis Scutenaire - De La Violence (1:24 )

5 .ELT Mesens - A La Base Du Surréalisme... (1:02 )

6 .Marcel Mariën - Pour Un Surréalisme Apatride (3:32 )

7 .André Souris - Musique, Ready Made, Expérimentation (4:02 )

8 .Marcel Lecomte - La Revue Distance Et La Découverte De Scutenaire (1:45 )

9 .Louis Scutenaire - Mes Inscriptions (3:10 )

10 .ELT Mesens - Poème (0:38 )

11 .Louis Scutenaire - De Maranzac, Le Comte De La Permission, Le Curé Meslier (5:36)

12 .René Magritte - Le Surréalisme Et Les Questions (1:50 )

13 .Louis Scutenaire - Magritte (3:08 )

14 .Paul Delvaux - Travaux De Peinture En 1923 (1:28 )

15 .Constant Malva - Un Ecrivain Prolétaire (2:25 )

16 .Achille Chavée - Commentaires Sur Le Groupe Rupture ( 5:24)

17 .Achille Chavée - Et Moi Qui N'Ai Jamais Dit Adieu A Personne (1:14)

18 .Achille Chavée - La Brigade Internationale (1:44)

19 .Fernand Dumont - XXV Tiré Du Recueil "A Ciel Ouvert" (2:10)

20 .Fernand Dumont - La Grande Nocturne (1:50)

 

Repost 0
Published by ça ira! - dans surréalisme
commenter cet article
30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 20:39

 

Trois CD sur un tourniquet à la librairie Filigranes. Voilà l’endroit où j’ai trouvé cette petite perle. Trois CD qui rassemblent le meilleur des littératures belges de langue française, avec chaque fois la voix des témoins aussi improbables que Salvador Dali, James Ensor, Paul Nougé, Paul Neuhuys, Marcel Mariën. Que demander de plus ? Quelle heureuse initiative et quel travail de bénédictin pour rechercher et numériser ces témoignages sonores principalement  enfouis dans les archives de la RTBF...

Morceaux choisis

Le premier CD commence avec James Ensor. Qui mieux qu’Ensor pouvait inaugurer la ligne du temps de l’avant-garde en Belgique. Le ton cérémonieux des accents toniques du XIXe siècle se marie avec son discours subversif pour nous faire revivre l’inauguration de son exposition au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (1929). Nous continuons notre périple avec Pascal Pia qui nous parle de Clément Pansaers  «  dont la grande admiration était Joyce. C’était certainement un des tous premiers lecteurs de Joyce. Il connaissait Joyce. Il avait lu une partie d’Ulysse, je pense en manuscrit chez Sylvia Beach. Il en avait lu dans Little Review. Il faisait une grande propagande pour Ulysse. J’le vois encore dans un bar du boulevard des Capucines cherchant à placer à des ivrognes anglo-saxons des bulletins de souscriptions pour Ulysse. »

Cl-mentUN-copie-1.jpgClément Pansaers et son fils Ananga (1921, coll. Fondation ça ira)

Louis Aragon en parle également passionnément: « Dans l’autre guerre, Pansaers en Belgique avait besoin de gagner sa vie et de manger comme tout le monde. Et il avait finalement trouvé du travail. Il était devenu le précepteur des enfants de Carl Sternheim. Carl Sternheim était officier allemand occupant la Belgique. J’ai ensuite souvent parlé de lui avec Mopse Sternheim par exemple. Et lorsque les Allemands ont quitté le pays. Il était naïvement et simplement pensant n’avoir rien fait de mal sur le pas de sa porte. Et les gens qui passaient dans la rue sont tombé sur lui, l’ont injurié, sali, battu, et laissé pour mort. Alors il a quitté son pays et il est venu en France. »

Il y a tellement de passages d’anthologie que le choix est cornélien. Comment ne pas penser à la thèse de Francis Mus lorsque Paul Neuhuys s’exclame : « Avermaete, c’était Clarté, c’était Romain Rolland, c’était Jules Romain, c’était Duhamel, tandis que nous, on voulait aérer notre maison, aller au plus audacieux ! »

Enfin, comment oublier le ton sarcastique d’André Souris tentant à chacune de ses interventions de se distancier des surréalistes français ou même de relativiser le terme de surréalisme. Le compositeur est aussi un homme plein d’humour. Nous écoutons avec plaisir l’assemblée s’esclaffer à ces paroles savoureuses: « J’ai eu alors l’idée d’écrire un collage,(…) une juxtaposition de petits airs qui n’avaient entre eux rien de commun sinon leur débilité… Ça s’appelait Musique. À l’époque, les concerts dominicaux se donnaient au théâtre de la Monnaie le samedi et le dimanche. Et j’ai eu l’honneur d’avoir comme interprète le célèbre et remarquable chef d’orchestre français François Ruhlmann qui, au vu de ma partition, était atterré. Quand je suis arrivé de province pour la répétition générale, il m’a convoqué dans son cabinet. Et alors il m’a dit : «  Mais mon pauvre ami, mais il n’y a rien dans votre partition. » Alors je lui ai répondu : « Non, mon maître, bien sûr, mais vous allez voir dans la salle… »

Robin de SALLE

(à suivre)

« Dada, Pansaers Et Correspondance (1917-1926) » dans : L'anthologie sonore de l'Avant-garde en Belgique, 1917-1978, Volume 1, Bruxelles, éd. Sub Rosa ( 149-151 Avenue Ducpétiaux 1060 Bruxelles info@subrosa.net ), 07 Nov 2005.


Tracklist

1. James Ensor - Discours Prononcé A L'Occasion De Son Exposition Rétrospective Au Palais Des Beaux-Arts De Bruxelles En 1929 (1:32 )

2. Pierre Bourgeois - Clément Pansaers, 1919, Les Roses Rouges (0:47 )

3. Albert Lepage - Clément Pansaers, Au Diable Au Corps (Rue Aux Choux) (0:46 )

4. Pascal Pia - Clément Pansaers Et James Joyce (2:10 )

5. Louis Aragon - Je Pense A Clément Pansaers (2:57 )

6. Philippe Soupault - Clément Pansaers A Paris (1:25 )

7. Paul Neuhuys - Lettre De Clément Pansaers, L'Opposition Aux Dadaïstes Français Et L'Affaire Du Portefeuilles (1:05 )

8. Clément Pansaers Jr - Clément Pansaers, Mon Père (1:13)

9. Paul Neuhuys - Clément Pansaers, Les Dernières Lettres (2:23)

10. Paul Neuhuys - La Fondation De Ça Ira! (3:39)

11. Franz Hellens - Tous Les Vents Me Traversent Et Testament (2:14)

12. Robert Guiette - Henri Michaux Et Camille Goemans (2:11)

13. Henri Michaux - Ecce Homo (Issu De L'Espace Du Dedans) Lu Par Gabriel Séverin (1:38)

14. Marcel Lecomte - Vers L'Extra-Littérature (0:54)

15. André Souris - Correspondance (5:40)

16. Marcel Lecomte - 1923 (1:56)

17. Marcel Mariën - Paul Nougé, L'Opposition A André Breton (2:54)

18. André Souris - Lettre De Paul Nougé A André Breton (1:44)

19. Marcel Mariën - Une Définition Possible De Paul Nougé (1:01)

20. Paul Nougé - Correspondance (2:11)

21. Salvador Dali - Impressions Sur Nougé Et Goemans (1:08)

22. Robert Guiette - Camille Goemans (3:23)

23. André Souris - Camille Goemans, L'Homme Surréaliste (7:54)

24. Marcel Lecomte - Aspects De L'Éthique Surréaliste (1:01)

25. André Souris - L'Événement De La Salle Mercelis Et Ce Qui S'En Suivit (11:01)

Repost 0
Published by ça ira! - dans Dada
commenter cet article