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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 05:36

 

Pierre Mac Orlan, Marcel Sauvage, Jethro Bithell, Henri van de Putte et Elie Ehrenbourg figurent côte à côte au sommaire de la huitième livraison (datée du 1 décembre 1921) de Signaux de France et de Belgique, « revue mensuelle de littérature ». Au comité de rédaction : André de Ridder, Franz Hellens (directeur pour la Belgique), André Salmon (directeur pour la France) et Paul-Gustave van Hecke.

Léon Chenoy signe une note de lecture consacrée au Canari et la cerise de Paul Neuhuys, reproduite ici in extenso.

Les poèmes de M. Paul Neuhuys sont générateurs, sinon exactement de joie – de bonne humeur et de goût à vivre. Ils sont une sorte de danse allègre autour du réel et de l’au-jour-le-jour. Une ferveur très souple les anime, active et s’employant toute à magnifier la découverte journalière du lyrisme actuel. Je dis actuel, c’est que M. Neuhuys n’est pas le dernier, lorsqu’il y a lieu, à tuer l’autre lyrisme par le ridicule. Et le cynisme bien appuyé de quelques poèmes n’est pas là pour autre chose. L’humour ne lui manque pas, qui brille curieusement, sans insister, inattendu mais jamais indésirable. Celui de la pensée autant que celui de l’image. L’image est souvent bien amusante. Mais entendons-nous : rien de superficiel. Seule l’allure accélérée de ces pages frôle la désinvolture. Et en un sens, de la désinvolture, il y en a, pas impertinente, justifiée : mépris très élégamment absolu des transitions, grêle d’images et de notations qui étourdit un peu et qui fait qu’on aime s’arrêter par moment. Il y a aussi de ces mosaïques... mais les coloris sont si attrayants !

De l’ensemble, images, sensations, pensées s’unissant pour traduire le rythme du temps présent, naît une étonnante impression de vie qui en est la grande séduction.

FHellens.jpg

Franz Hellens (1881-1972)

Signaux de France et de Belgique fut contraint d'interrompre ses messages après une année d'activité. La succession fut assumée en mai 1922 par Le Disque vert, dirigé par Franz Hellens. Le second recueil de Neuhuys dont Bosquet, Hellens et Pia gardèrent également un souvenir persistant, Le Zèbre handicapé(1923), y sera recensé par Odilon-Jean Périer.

Henri-Floris JESPERS

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 09:40

 

À l'occasion de la parution de ma traduction néerlandaise d'un choix de poèmes de Paul Neuhuys (Dada ! Dada ? Gedichten 1920-1977, Antwerpen, Jef Meert, 2000, 173 p.), Luc Neuhuys a souligné à juste titre:

Dans sa postface, le traducteur nous confie le choc qu'il ressentit le jour où il lut pour la première fois, il y a quarante ans, Le Canari et la cerise et Le Zèbre handicapé, les deux recueils du début des années vingt; ce fut le choc de la reconnaissance : sensualité et autoportrait; et c'est ce souvenir de jeunesse qui l'aurait inconsciemment guidé dans son choix des poèmes. Pour ma part, je discerne un autre fil conducteur : du « spleen clown du dandy » avec son rire « qui claque comme un drapeau mouillé” (dans Le Canari et la cerise) jusqu'au « chant tant triste du désenchantement » (dans Octavie, le recueil de ses quatre-vingts ans) son choix nous révèle le poète qui, sous ses éclats de rire, avec pudeur une tristesse immense, la tristesse de voir comme tourne le monde et comme tourne la vie

et le tourment d'avoir aimé

tant pour de bon que pour de rire

le monde entier.

Le Canari et la cerise fut particulièrement apprécié par Franz Hellens (qui n'est plus lu aujourd'hui, mais qui fut amplement louangé par entre autres Nabokov, Vercors, Jouhandeau, Soupault, Mandiargues, Yourcenar, Vicente Aleixandre et Léopold Sédar Senghor); par Pascal Pia ( Satrape du Collège de 'Pataphysique, ignoré du grand public, correspondant de Ça ira! à Paris, personnage protéen et attachant s'il en est) et par Alain Bosquet (Anatole Bisk, éditeur et critique influent qui, jeune étudiant, ne connut Neuhuys qu'à la fin des années trente).

Henri-Floris JESPERS

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 20:46

 

Stendhal et la rectification de l'enthousiasme, tel est le titre de la première plaquette parue en 1920 aux éditions à Anvers, un essai de Léon Chenoy (1890-1961), écrivain oublié mais attachant à qui j'ai consacré un dossier en 2007.

La seconde publication, datant de 1921, illustre le généreux engagement politique de la revue Ça ira! et des éditions éponymes: Réformisme ou révolution de Charles Plisnier (1896-1952, premier lauréat belge du Prix Goncourt en 1937), avec une préface de Charles Rappoport (1865-1941).

Le quatrième volume, L'Apologie de la paresse de Clément Pansaers (1885-1922), également publié en 1921, témoigne du rapprochement du groupe anversois avec Dada (qui culminera dans le numéro 16 de la revue, Dada, sa naissance, sa vie, sa mort, novembre 1921).

Enfin, Le Canari et la cerise de Paul Neuhuys (1921) consacre la conversion du poète à l' « esprit nouveau ».

Neuhuys1922.jpgPäul Neuhuys (1922)

Après avoir été quasiment ignoré dans l’Histoire des lettres françaises de Belgique (1958), dirigée par Joseph Hanse et Gustave Charlier, voilà que Neuhuys a droit à une notice avec photo dans Littératures belges de langue française (1830-2000). Histoire et perspectives (2000), ouvrage dirigé par Christian Berg (Université d'Anvers) et Pierre Halen (Université de Metz). Paul Aron (Université Libre de Bruxelles) y qualifie Paul Neuhuys de « poète fantaisiste, amoureux de la langue et des images, qui trace sa voie à l'écart de toutes les modes littéraires », de « critique attentif à toutes les manifestations de la nouveauté »et d' « éditeur perspicace » (p. 117). Christian Berg souligne (p. 400):

Neuhuys proclame que la poésie actuelle « poursuit un art vivant oublieux d’un savoir mort » et qu’elle doit épanouir avant tout « l’inépuisable don de vivre ». Préceptes qu’il mettra en œuvre dans ses premiers recueils, Le Canari et la cerise (1921) et Le Zèbre handicapé (1923). Dans ces suites d’instantanés, d’enchaînements incongrus de mots, de rimes ou d’assonances, le monde arrive par fragments, évoqués au gré de la fantaisie du poète, mêlés à ces bribes d’aventures qui semblent toujours prêtes à dériver vers on ne sait quel inattendu. Pour Neuhuys, le monde est absurde, et il est donc permis au poète de l’appréhender avec la plus totale liberté.

*

À l’occasion de la parution du Canari et la cerise, Neuhuys verra son nom accolé à celui de Paul Van Ostaijen(1896-1928), figure emblématique de l'avant-garde flamande, dans la revue De Goedendag (Lamasse d'arme, référence à la bataille des éperons d'or qui opposa l'armée du roi Philippe IV de France aux milices communales flamandes avec l'appui de milices venant de Namur et de Zélande le 11 juillet 1302 près de Courtrai). Le critique non identifié y traite Neuhuys de « blasé pétri d’une mélancolie à la Heine », de poète qui a rejoint « la bande de ceux qui, face aux mystères de la vie, ont perdu les pédales. » Un poème comme « Bulletin climatérique » constitue un effort cérébral à poser au Dada. Tout comme chez Van Ostaijen, « l’ennui du viveur n’est que le masque d’un spleen lancinant ».

Quand Jean Weisgerber (Université Libre de Bruxelles) avance que « Van Ostaijen et Neuhuys poursuivent des voies parallèles qui les mènent à Dada… », il s’approprie le vocabulaire de la critique unanime qui, en 1921, traita aussi bien Bezette stad que le Canari et la cerise d’œuvres dadaïstes. S’ils furent certes l’un et l’autre passagèrement attirés sinon captivés par la sensibilité dada, Neuhuys et Van Ostaijen récusèrent toutefois cette qualification. Dada fut pour eux un instrument d’épuration personnelle — « le décrottage Dada », dira Rik Sauwen.

*

PréfaçantLe pot-a-feu mongol (Paris, Belfond, 1980), Alain Bosquet souligne que Paul Neuhuys contribua « à donner à l'avant-garde de Belgique son goût et son parfum inimitable. »

Henri-Floris JESPERS


Paul NEUHUYS, Le pot-au-feu mongol, Paris, Belfond, 1980, 174 p.

Les Avant-gardes littéraires en Belgique. Sous la direction de Jean Weisgerber. Bruxelles, Labors, 1991, 449 p.

Littératures belges de langue française (1830-2000). Histoire et perspectives. Sous la direction de Christian BERG et Pierre HALEN. Bruxelles, Le Cri édition, 2000, 701 p., ill.

Histoire de la littérature belge francophone 1830-2000. Ouvrage dirigé par Jean-Pierre BERTRAND, Michel BIRON et. al. Paris, Fayard, 2003, 668 p.


Àpropos de Neuhuys et de Van Ostaijen, cf.entre autres les blogues du :

14 février 2008

http://caira.over-blog.com/article-16624945.html

3 mai 2008

http://caira.over-blog.com/article-19268038.html

26 février 2008

http://caira.over-blog.com/article-17058878.html

15 juillet 2009

http://caira.over-blog.com/article-33853904.html

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 21:10

 

Vivre paisiblement.

J'ai voulu garder les brebis

mais je suis un mauvais pâtre

Ma gaieté joue à saute-mouton sur les nuages.

 

Voyages

le Colisée éclairé au feu de Bengale

les lampes à arc éclairant la voie en entrant en gare de Paris

la rumeur des enfants sur la plage, au matin, devant la mer vert chou

l'écho des trains dans la montagne au fond de la vallée profonde

Je prendrai mon alpenstock et j'irai cueillir l'edelweiss sur la Jungfrau

 

Précipices

La jeune fille au bord de l'eau

Ce n'était pas le rameau de Salzbourg

qui fleurissait à son corsage

Ce n'étaient pas les médailles spintriennes

qui tintaient à son bracelet.

 

Mon Dieu, non,

on n'inspire pas ce qu'on éprouve

Pompéi – Bruges

Raconte-moi tout

Une petite sensation électrique au diaphragme

Paul NEUHUYS

(Le Canari et la cerise, Anvers, Ça ira, 1921)

Extravagnts2.jpg

En réponse aux nombreuses questions et réactions, signalons à l'attention de nos lecteurs que Le Canari et la cerise est intégralement repris dans Les Extravagants: Raïna, Neuhuys, Norge, édition établie et présentée par Yves-William Delzenne (Bruxelles, Le Cri édition, 1994, 225 p. Collection « Les Évadés de l'Oubli ». ISBN 2-87106-122-X).

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 06:52

 

Fontaines

 

Paris retentit de tous les bruits de la terre

Va et vient

Les taxis à la file côtoient les réverbères

les klaxons éclatent dans la boue

la Bourse est en ébullition

les roues des autobus broient du noir d'Allemagne

À la chambre, les députés frappent leur pupitre

Le souterrain sonore

une Parisienne surgit

Sa bouche est petite, même un peu trop,

comme le petit trou d'un ticket de métro.

La fontaine Saint-Michel.

Mon vieux, j'ai l'âme à l'envers.

Au Luxembourg le soleil est une orange froide.

La fontaine Médicis.

Dans ses eaux d'or éteint toute la France se mire

depuis les Valois jusqu'au Second Empire.

Tu habites toujours ton cinquième à Montparnasse ?

La fontaine Carpeaux est noire comme une lavallière.

Tu es un type à la hauteur des circonstances.

Nous rôdons dans les ruelles dont parle Paul Bourget

La fontaine Saint-Sulpice.

Tu n'aimes pas les voies peu fréquentées

l'autobus nous emporte à travers Paris.

Ah, serre ta pipe entre les dents, vieux,

tes joues vibrent comme le cul d'un cheval,

l'autobus danse sur les mauvais pavés,

les Halles

La fontaine des Innocents.

Je suis sur un cimetière

 

Vie intense

Vermouth-cassis

Que fais-tu ce soir ?

À quelle heure est-ce que ça commence ?

Paul NEUHUYS

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 06:48

 

Rond-point

 

Mon amie, je t'aime

et nous irons en Mésopotamie

broder sur ce thème.

 

Ne restons pas ici, la vue est trop bornée.

Allons vers les contrées lumineuses,

nous chasserons le jabiru dans les palétuviers,

nous écouterons la musique verte des fleuves.

Je te conduirai sur une montagne taillée à pic ;

de là, tous les détails se perdront dans l'ensemble

tu donneras tes lèvres rouges au soleil d'or,

et nous redescendrons en courant.

Dites oui

et nous danserons des danses inédites

au son d'un orchestre inouï.

 

Nous visiterons les musées ;

nous présenterons des condoléances au gardien ;

nous irons dans les magasins de nouveautés,

acheter des rubans de soie et des pantoufles de couleur.

Au jardin zoologique proche

nous jetterons des noisettes dans la cage du mandrill

et en revenant par les petites rues désertes

nous tirerons aux sonnettes des maisons.

Je chanterai : ma mie, ô gué...

tu m'appelleras: vaurien, artiste,

et quand nous serons fatigués d'être gais

nous serons contents d'être tristes.

Paul NEUHUYS

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 00:41

 

Intriguée par 'La logique du géomètre', (voir article paru dans le Bulletin no 9 du premier trimestre de 2002, référencié sur la bibliographie de ce blog), une lectrice s'est présentée à l'improviste à mon domicile, il y a quelques semaines. Dans l'espoir de recruter un abonné, je lui ai gracieusement fait don d'un exemplaire.

Vendredi, je reçois une lettre de remerciement de Mme Hélène Rousseuw qui me signale que la relation entre poésie et mathématiques l'intrigue depuis de longues années.

Barbu.jpg 

Ion BARBU(Collection privée, (c) Henri-Floris Jespers

Elle me dit avoir lu le remarquable essai du poète moderniste roumain Ion Barbu (le mathématicien Dan Barbilian, 1895-1961) sur Rimbaud, signalé sur Internet (Agonia.Net). Or, les hasards de la vie font que l'oeuvre poétique de Barbu ne m'est pas inconnue.

Pagini.jpg

Ion BARBU, Pagini de prozâ, Bucureçti, Editura pentru Lireraturâ, 1968, 252 p.

De plus, Mme Hélène Rousseuw souligne qu'elle en est arrivée à se pencher sur les nombres premiers.

Je pense bien sûr immédiatement à La solitudine dei numeri premi (2008, La solitude des nombres premiers), l'éblouissant premier roman du physicien Paolo Giordano (°1982), vendu à plus d'un million d'exemplaires et traduit en 22 langues.

Et voilà que Mme Rousseuw inverse le problème. Je traduis:

J'en suis arrivée à me pencher sur la décomposition des grands nombres non premiers. Je crois avoir trouvé une voie nouvelle pour les décomposer en un temps record. Veuillez donc m'adresser une suite de nombres non premiers de 7 à 15 chiffres, afin que je puisse mesurer le temps qu'il me faut pour les décomposer. Je vous en saurai gré.

Le problème ést fascinant et, ignare en la matière ( je n'en suis pas fier...), j'ai donc bien sûr accédé à sa demande.

Puis-je demander à mes lecteurs de faire de même...?

HFJ

(à suivre)

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 07:40

 

Lire-copie-1.jpg

Donner de l'espoir à caux qui n'en ont pas, donner une voix à ceux qu'on a réduit au silence, inspirer de la confiance à ceux qui en manquent, défendre la dignité de chacun et constamment, sans cesse, dénoncer les abus de pouvoir et les injustices, quelles que soient leurs couleurs politiques. Et veiller à ne pas écrire des romans qui existent déjà : à quoi bon réinventer le roue ? Offrir aux lecteurs, en les aidant à exercer leur imagination, une étincelle d'espoir, même en racontant les pires horreurs et crimes commis par les êtres humains.

Mais, à mon avis, ce qui ne relève pas du rôle de l'écrivain, c'est de se poser en expert des affaires humaines de toutes sortes, de se prononcer sur toutes les questions de société et de politique, de se croire au-dessus des autres et du lot. Si un écrivain a réussi, cela signifie que ses livres, son univers et ses personnages sont plus intéressants et fascinants que sa vie d'homme. C'est Don Quichotte, Hamlet et d'Artagnan qui nous aident à vivre, pas Cervantès, Shakespeare ou Dumas.

(Propos recueillis par François Busnel)

 

Lire, Le Guide des littératures nordiques, no 393, mars 2011. Édition Express / Roularta. En librairie, 5,90 €.

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 23:36

 

TantEXLIBRIS.jpg

Ex-libris d'Edgar Tant, gravé par J. Verwest

La Bibliothèque de l'Université de Gand conserve un exemplaire d'une plaquette de vingt et une pages tirée à soixante exemplaires numérotés, intitulée LES DERNIERS OUVRAGES / d'EDGAR TANT / par cinq auteurs différents (1946). Alléché par le titre quelque peu énigmatique de cet opuscule, et dans l'espoir d'y trouver enfin de plus amples informations sur ce personnage effacé, je m'étais résolu à faire le déplacement vers la citée comtale. L'acteur et metteur en scène Dries Vanhegen m'a heureusement épargné cette démarche (voir le blogue du 11 mars).

Non mise en librairie mais témoignant de la naïveté mâtinée de vanité d'un écrivain aux espoirs frustrés, cette brochure reproduit huit lettres adressées à Edgar Tant en remerciement de l'envoi de ses derniers ouvrages, à savoir: Sérénité(1945, cf.le blogue du 11 mars) et Un grand poète : Iwan Gilkin(1945).

La table des matières souligne à souhait les éminentes qualités des cinq épistoliers: Victor Rousseau, statuaire, membre de l'Académie royale de Belgique; Charles Desbonnets, poète, auteur dramatique, critique littéraire et dramatique, membre de l'Association des Écrivains de belges; Georges Soyer, romancier, essayiste, critique littéraire, membre de l'Association des Écrivains belges; Adèle Durieux, poète, auteur dramatique, romancière et Alex Pasquier, romancier, critique littéraire, essayiste, Secrétaire Général de l'Association des Écrivains belges; toute qualités étalées avec respect et force majuscules par Tant, architecte de cet opuscule...

Enrobées de formules de politesse, ces missives ne nous apprennent pas grand chose – si ce n'est sur le modeste réseau d'Edgar Tant.

Victor Rousseau remercie l'auteur

pour l'envoi de [la] plaquette Sérénité, si élégamment présentée, où s'inscrivent quelques courts poèmes, substantiels d'un sentiment apaisé, d'une philosophie qui fait belle la part du Poète, loin de la vie agitée des cités bruyantes.

La Poésie ne peut surgir d'ailleurs qu'à ce renoncement. Elle conduit à la noble simplicité, disant par un cri, une détresse ou une grande joie, l'essentiel de l'inspiration du Poète, dont le soufffrance se mue en Sérénité.

Le 13 mai 1945, Charles Desbonnets remercie Tant de son 'petit dernier'.

Vous êtes demeuré calme et serein au cours de cette grande tourmente, vous avez pu écrire ces jolis vers que vous venez de publier, en un moment où l'édition s'avère quasi impossible. Bravo, bravo, mon cher Poète. La lecture de Sérénité, n'a fait naître qu'un regret en moi, c'est qu'elle fut trop brève... J'ajoute tout de suite qu'en l'occurence, ce n'est que la qualité qui importe. Bien de gros recueils ne m'ont pas donné le vlf plaisir que m'a procuré le votre (sic).

Georges Soyer cite les poèmes de Tant dans une lettre dont je parlerai peut-être dans une prochaine édition.

Je n'arrive pas à mettre la main sur l'essai de Tant consacré à Iwan Gilkin, un in-duodecimo de cinquante-cinq page imprimé sur les presses de Louis Vanmelle à Gand. Victor Rousseau, qui a très bien connu Iwan Gilkin, estime qu'Edgar Tant a fait œuvre pie en remettant cet homme 'charmant et simple' à l'honneur.

C'est vrai, on se demande pourquoi un tel écrivain est resté jusqu'ici dans l'ombre. Ce cas n'est pas rare, c'est même, je pense, le signe avant-coureur d'un futur réveil. De très grands écrivains en France, n'ont-ils pas mis plusieurs générations à sortir de l'oubli ?

Georges Soyer attendait, 'non sans appréhensions', l'étude sur Iwan Gilkin annonçée par Tant – 'le sujet est difficile et complexe'. Après avoir passé deux soirées à lire attentivement l'analyse 'serrée et subtile' de Tant, il constate toutefois que le Gantois témoigne 'd'une compréhension entière de ce paradoxal et presque génial littérateur et poète que fut notre Iwan Gilkin'.

Et cette nouvelle manifestation de votre activité littéraire nous découvre un aspect fort séduisant de votre œuvre : l'analyse impartiale et intelligente, fine et éclairée.

Il est piquant aussi de voir un poète de Sérénité, vivant dans la paix bienfaisante de cet oasis d'intellectualité qui est Laethem-Saint-Martin, analyser si parfaitement le grand inquiet que fut notre Gilkin.

Soyer saisit surtout l'occasion pour développer sa propre vision sur 'la personnalité littéraire et exceptionnelle de Gilkin.

Adèle Durieux-Gillet constate que la prose de Tant 'enchâsse avec infiniment de précision et de charme' les vers d'Iwan Gilkin.

Quant à Alex Pasquier, il se fend de la traditionnelle lettre de circonstance :

Mon Cher Confrère,

Votre élégante et compréhensive étude sur Iwan Gilkin m'a causé une grande joie. Je vous en remercie vivement. C'est un document très complet et de première valeur, qui me sera utile, je n'en doute pas.

Toutes mes félicitations et vœux de bonne santé.

*

Quelle ne fut pas ma déception ! Ces huit lettres m'en apprennent plus sur les scripteurs que sur le destinataire, si ce n'est que ce dernier y attachait assez d'importance pour les publier à ses dépens...

*

Complétons déjà la bibliographie de Tant par deux publications que je n'ai pas encore consultées:

L'année poétique belge. Préface de Madame la Comtesse de Noailles. Trois sonnets d'Edgar Tant, précédés d'une notice bio-bibliographique, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1924.

Quelqiues remèdes populaires tirés des simples. Folklore médical (Gand, Louis van Melle, s.d.)

Entre temps se dessinent de nouvelles pistes de recherche...

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 05:33

TantEdgar.jpg

Edgar Tant

A toutes fins utiles et sans me faire des d'illusions, je publie mercredi un avis de recherche concernant le poète gantois Edgar Tant. Le lendemain, je feuillette page à page un exemplaire de Sérénité...

Je dois ce privilège à l'acteur et metteur en scène Dries Vanhegen, un ami de longue date avec qui j'avais jeudi un entretien sur le spectacle qu'il prépare dans le cadre de l'année Maeterlinck.

D'emblée, il me rend scrupuleusement la petite pile de livres que je lui avait prêtée. Puis, sans mot dire, avec des gestes de prestidigitateur, il me sort de sa serviette une à une quelques plaquettes rarissimes d'Edgar Tant, dont Sérénité, treize quatrains publiés en 1945, un grand format oblong in 4° coquille tiré à soixante exemplaires sur les presses de la société anonyme Louis Vamelle à Gand.

Voici, à l'attention des bibliophiles et des curieux, la description de cet élégant volume:

Edgar Tant, Sérénité, [Gand, L. Vanmelle, 1945, 19 p.]

Édition originale de luxe pour bibliophiles. Grand format oblong in 4° coquille : 21 x 57 cm. Couverture, encadrements, lettrines et ornementations en couleur à chaque page conçus et esquissés par l'auteur, dessinés et gravés par le Peintre Jules Verwest. Tirage non mis en librairie, limité en tout à soixante exemplaires : dix exemplaires sur papier de Hollande à la cuve et à la forme Van Gelder Zonen, sur doubles feuilles imprimées sur une face, numérotés de 1 à 10, revêtus de la signature autographe de l'auteur; 50 exemplaires sur papier édition, numérotés de 11 à 60.

*

Des presses de / l'Imprimerie / LOUIS VANMELLE, S.A. / à Gand, / l'an mil-neuf-cent-quarante-cinq.

TantSerenite.jpg

Sérénité

Injustement négligé, Jules Verwest (1883-1957), professeur à l'Académie de Courtrai (1931) est un peintre somme toute attachant.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

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