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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 03:32

 

Juvelinia.jpg

Ce fut en 1931 que germa chez Paul Neuhuys l'idée de relever l'enseigne des éditions Ça ira, mises en sommeil en 1923. Parmi les trois premiers volumes de cette seconde série, signalons ici Juvenilia,une modeste « Anthologie de l’Enfant » composée par Neuhuys, qui avait la main heureuse. Parmi les ving quatre auteurs de Belgique, nous y retrouvons entre autres des poèmes de Michel de Ghelderode, d'Éric de Haulleville, de Marie Gevers, de Franz Hellens, de Georges Linze, de Jean Milo, de Geo Norge, d' Odilon-Jean Périer, de Paul Vanderborght, de Paul Gustave van Hecke, et des proses de Horace van Offel, d'Emma Lambotte (qui n'avait pas encore écrit May et le monstre du Loch-Ness, superbe conte fantastique où elle confronte sa fille adoptive May avec James Ensor) et de Henri Vandeputte (un extrait de cet étonnant Dictionnaire ajoutez un adjectif en ique).

Neuhuys y reprend un poème dédié à Marie Gevers, paru dans Le Marchand de Sable (Bruxelles, Renaissance du Livre, 1931) :

 

C'est joli le soleil dans un arbre en avril ;

les chemins sont jonchés de chatons ingénus,

la colombe se rit de l'amoureux péril...

Il pleut, bergère, il pleut mille pétales nus.

Enfants, joyeux enfants, sans vous la vie est fade

comme un vers d'Azizi-Kara-Chilibizade.

Mais où donc, Arcadie, où donc est ton empire

dont le climat n'incline à nulle gravité ?

L'enfant qui dans les yeux de sa maman se mire

se revoit plus petit qu'il n'a jamais été.

L'étang rit au soleil. Vois, le cygne et le paon

devisent entre eux de la pluie et du beau temps.

Éole, dis, pourquoi as-tu soufflé, Éole,

l'étoile qui pendait au plafond du jardin ?

Courez, petits pieds nus, loin du maître d'école :

Si tu manges ta soupe, il fera beau demain...

*

Dans l'anthologie d'Anatole Bisque (voir les blogues précédents), le thème de l'enfance – antidote à une civilisation fatiguée – est largement sous-jacent.

Anatole Bisk, métamorphosé en Alain Bosquet, ne fut pas seulement un critique sagace, mais également un poète pénétrant. Je ne puis m'empêcher de citer ici 'Les enfants' (Sonnets pour une fin de siècle, Gallimard, 1980).

 

Les enfants

Tous les enfants, vous le savez, sont des navires
qu'un proverbe pareil aux brises les plus douces
conduit, syllabe après syllabe, au continent
où les pingouins dorés murmurent des poèmes.

Tous les enfants, vous le savez, sont des bouleaux
qui dans la nuit, en demandant pardon, écartent
leurs branches, leur écorce, et vont, jusqu'au vertige,
danser sur la grand-place, au milieu des poulains.

Tous les enfants, vous le savez, sont des comètes
venues nous rendre hommage au nom d'un autre azur,
d'une autre vérité, d'une autre fable ; et nous,

adultes par défaut, saurons-nous les convaincre
de s'attarder ici le temps d'un bref bonheur,
avant de repartir chez les étoiles folles ?

*

En attendant, en somnambule, je persiste dans la (re)lecture de ces florilèges qui nous remettent en mémoire ce que nous avions semblé oublier...

Henri-Floris JESPERS

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Published by ça ira! - dans littérature
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