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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 04:54

 

DTguyvaes.jpg

Comme si le monde était fait de romans.

Comme si les usines étaient brûlées.

Comme une anthologie.

Comme si le feu était à craindre.

Comme si on effleurait un livre ancien,

une gravure.

Comme si la grammaire était un code.

Comme si les meubles étaient courbes, moins hostiles,

taciturnes, tendres.

Comme des commodes baroques.

Comme si chaque mot était un geste.

Comme si c'était stendhal, qui parlait.

Comme s'il n'y avait que des voyelles.

Comme si les travailleurs parlaient en rimes riches.

Comme s'il y avait encore des phrases, des césures,

des grâces, des anges.

Comme si le verbe était un orphelin sans son adverbe.

Comme si le temps n'était qu'une rivière.

Comme s'il n'y avait que des semaines saintes.

Comme si la ville n'était qu'un grand magasin.

Comme si la rue n'était qu'un étalage, une vitrine.

Comme s'il n'y avait que des danseuses, des nageurs.

Comme s'il vivait dans un parc, une piscine.

Comme si chaque après-midi était doré et jaune

et chaque soirée argentée et simple.

Comme si on s'efforçait à parler.

Comme si on s'habillait de métaphores.

Comme un miroir qui se brise.

Comme une autorité qui passe en cueillant

une rose maigre des mains d'un enfant.

Comme si les visages n'étaient qu'une longue période

latine à construire.

Comme si les siècles n'étaient qu'un musée,

une encyclopédie, un dictionnaire, étymologique déjà.

Comme si l'alphabet était une richesse.

Comme s'il n'y avait que les oiseaux.

Comme si seul un insecte le taquinait.

Comme si on se mettait à écrire des lettres, des sonnets.

Comme si l'eau seule était éloquente.

Comme autant de signatures s'envolant de ses mains ailées.

Comme si chaque femme était une maison à bras ouverts, une harpe,

une église en ruines, devant laquelle il s'agenouille,

seul.

Comme si seules les femmes faisaient du théâtre.

Comme si les hommes n'étaient que des jouets d'enfants,

des accessoires.

Comme si à chaque fenêtre se dressaient des partitions.

Comme s'il n'était qu'un musicien.

Comme si tout le monde se désarmait.

Comme une plage.

Comme une plaine.

Comme, par ennui, on fredonne.

Comme si les animaux n'existaient pas.

Jamais, il m'a dit, je n'écrirai

mes mémoires.

 

 

De Tafelronde, XVième année, été 1970, pp. 29-30.

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 11:01

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C'est avec émotion que j'apprends le décès, hier au petit matin, de Guy Vaes (Anvers, 29 janvier 1927). Son père écrivain René Vaes, faisait partie du groupe Lumière, qui était dirigé par son beau-frère Roger Avermaete. Par sa mère, Guy Vaes est le petit-fils de l'écrivain flamand Constant de Kinder, auteur du célèbre roman d'aventures Jan zonder Vrees. Cousin d'Alain Germoz (Alain Avermaete), Guy Vaes est l'auteur d'un classique de la littérature belge de langue française du vingtième siècle, Octobre long dimanche (Paris, Plon, 1956 ; réédité à Bruxelles, chez Jacques Antoine, 1979). Il fut élu à l'Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique en 1997.

*

Le premier roman de Guy Vaes connaîtra une réception extrêmement élogieuse. Pascal Pia le jugera supérieur au Voyeur d'Alain Robbe-Grillet, Julio Cortázar (1914-1984) écrira à Vaes:

J'ai lu votre roman d'un trait. J'en sors comme quelqu'un qui a failli se noyer et qui, tout en respirant à pleins poumons, garde comme une nostalgie de cet état voisin de la mort, où il a touché une somme indicible, où son passé a défilé devant ses yeux fermés tandis que son futur s'amenuisait et devenait cendre et silence. […] Pendant des heures j'ai eu l'émotion et même la frayeur de découvrir en vous un écrivain d'une race qui pour moi appartient à la race des vrais rois.

VAESl'Envers

Guy Vaes ne publiera plus de roman avant L'Envers (Bruxelles, Jacques Antoine, 1983 ; Prix Rossel), une fascinante rencontre avec le caractère scandaleux des miracles... Après L'Usurpateur (Bruxelles, Labor, 1994), Vaes publie chez Luce Wilquin Les apparences (2001) – qui sont autant d'apparitions – et Les Stratèges  (2002), roman capital sorti d'un germe de L'Envers.

Si Guy Vaes continuera d'explorer les ressources du réalisme magique, il évitera toujours tout recours au fantastique.

*

Guy Vaes débuta avec un recueil de poèmes, Ce qui m'appartient (Anvers, Orion, achevé d'imprimer le 24 décembre 1952). En 1981, il publia Le Millénium éclair, rehaussé de quatre lithographies originales de Jef Verheyen (tirage: 82 exemplaires), suivi en 1988 par Suite irlandaise, dont le tirage comportait 23 exemplaires, chacun d'eux illustrés de deux aquarelles originales de Nathalie Dasseville Lunine. En 2001, sous une élégante couverture rouge brique discrètement ornée en braille, paraît L'Œil pharaonique (Bruxelles, La Lettre volée).

*

Remarquable essayiste, Guy Vaes publie en 1963 Londres ou le labyrinthe brisé (Anvers, Librairie des Arts, 1963 ; repris en 1986 dans Mes villes, Bruxelles, Jacques Antoine). Nourri de littérature américaine et anglaise, il publie en 1966 un fascinant essai sur le temps romanesque, La Flèche de Zénon (Anvers, Librairie des Arts, 1966 ; réédité en 1994 chez Labor).

Invité à occuper la chaire de poétique de l'Université de Louvain-la-Neuve, Vaes y prononcera en 1986 quatre conférence sur Le regard romanesque, un « envers du décor », traitant non seulement de la genèse d'Octobre long dimanche, mais également du temps dans le roman, de la poétique des villes et du roman métaphysique.

*

Oisif de nature, paresseux par conviction (non sans quelque dandysme d'ailleurs), traumatisé par la perspective de devoir gagner sa vie, Guy Vaes choisit peu après la Libération pour le journalisme. Les chroniques de cinéma de Guy, qu'il qualifiait de petites mythologies d'un quotidien imagé, furent réunies en 2007 (Bruxelles, Le Cri / Académie royale de Langue et de Littérature françaises).

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 20:13

 

artaud05.jpg

En chute du rideau de ses notes sur Maurice Maeterlinck (voir le blogue du 15 février), Paul Neuhuys cite Antonin Artaud,

un Artaud taraudé par les tarots

totem tabou tam-tam.

*

Cela me remet en mémoire une bouleversante tirade d'Antonin Artaud lors d'une mémorable entrevue radiophonique.

Je ne résiste pas à la tentation de vous la communiquer...

HFJ


Les asiles d'aliénés sont des réceptacles de magie noire, conscients et prémédités. Et ce n'est pas seulement que les médecins favorisent la magie par leur thérapeutique qu'ils raffinent, c'est qu'ils en font. S'il n'y avait pas de médecins, il n'y aurait pas de malades, car c'est par les médecins, et non par les malades, que la société a commencé. Ceux qui vivent, vivent des morts, et il faut aussi que la mort vive... Il n'y a rien comme un asile d'aliénés pour couver doucement la mort, et tenir en couveuse les morts. Cela a commencé 4000 ans avant J.C., cette technique thérapeutique de la mort longue. Et la médecine moderne, complice en cela de la plus sinistre et crapuleuse magie, passe ces morts à l'électrochoc ou à l'insulinothérapie, afin de bien, chaque jour, vider ces haras d'hommes de leur moi, et de les présenter, ainsi vides, ainsi fantastiquement disponibles et vides, aux obscènes sollicitations anatomiques et atomiques de l'état appelé «bardo». Livraison du barda de vivre aux exigences du non-moi. Le Bardo est l'astre de mort par lequel le moi tombe en flasque, et il y a, dans l'électrochoc, un état flasque, par lequel passe tout traumatisé. Ce qui lui donne non plus à cet instant de connaître, mais affreusement et désespérément méconnaître ce qu'il fut quand il était soi. J'y suis passé et ne l'oublierai pas.

Antonin Artaud

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 01:33

 

Réagissant à mes blogues consacrés à Leo Dohmen et au sixième congrès de l'Internationale situationniste (I.S.) à Anvers, mon ami Wim van Rooy me remet en mémoire les émissions de la radio flamande (BRT) qu'il consacra (en collaboration avec Freddy de Vree) à Guy Debord (1931-1994), qu'il avait rencontré à Paris en 1971. Il souligne l'actualité de La société du spectacle (Paris, Buchet/Chastel, 1967) et des écrits de Raoul Vaneigem (°1934), auteur de cet inoubliable Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations (Paris, Gallimard, 1967).

HFJ

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 11:00

maeterlinck2.jpg

Maurice Maeterlinck appartenait à la vieille bourgeoisie gantoise imbue d’une certaine forme de rhétorique, celle des ducs à l’époque du grand Georges lorsqu’il écrivait son Rythme pour le trépas du bon duc de Bourgogne, cette belle phrase à période qui s’est perpétuée de Bossuet à Romain Rolland — deux Bourguignons — et qui fera dire à Cendrars dans sa Prose du Transsibérien : « Le broun roun roun des roues me rappelle la phrase lourde de Maeterlinck. » Tout est lourd dans Maeterlinck, de cette pesanteur caractéristique : l’air y est lourd comme dans la ville au lourd donjon, la ville de l’Agneau mystique, œuvre de lourde érudition commandée par des théologiens.

Mais comment donc est née la poésie de Maeterlinck ? Un enfant pris de peur se réfugie dans les Serres chaudes et se plaira dans cette prison fiévreuse, symbole de notre mystérieuse condition. Maeterlinck ? Un taiseux. Ce que nous aimions en lui ? L’horticulteur, l’apiculteur, le mythiculteur.

Un témoignage intéressant est celui du peintre Jean-Jacques Gailliard qui fit visite à Maeterlinck du temps qu’il habitait l’abbaye de Saint-Wandrille en Normandie. Le peintre, tout jeune, s’attendait à découvrir un profil préraphaélite, et voici qu’il se trouvait devant une sorte de paysan en sabots, un personnage monolithique de Permeke comme on en rencontre entre Koelkapelle et Lapscheure, qui ne s’intéressait qu’à ses abeilles et à ses fleurs et qui, lorsqu’on abordait la question peinture ou musique, vous rembarrait d’un catégorique : « Ça m’emmerde… »

À vrai dire le Flamand n’a pas une tête philosophique, mais plutôt mystique. Aussi Maeterlinck deviendra-t-il le vulgarisateur des grands mystiques : Plotin, Ruysbroeck, Bœhm, Novalis, Swedenborg. Ce sont là les plus belles fleurs qui aient poussé dans les Serres chaudes du mysticisme.

Et ce sera bien la poésie des Serres chaudes, répandue sur son théâtre comme sur ses œuvres philosophiques, qui finalement fera l’insolite fortune matérielle de Maeterlinck.

La vérité scientifique importe moins que la vérité esthétique. Sagesse de ne jamais répondre à une interrogation que par une interrogation nouvelle. Poser le problème est plus intéressant que le résoudre. Concilier avec sérénité les brumes du nord et la limpidité méditerranéenne. Il aborde en précurseur les problèmes qui préoccupent le plus la pensée actuelle. Écoutons-le parler de notre destinée :

Notre homme visitera les planètes, s’allégera du poids de l’univers. Sachons que la féerie des mathématiques considère des rapports que ne considère aucune réalité dans le monde visible et que la quatrième dimension intervient sous le nom d’idéal dans notre subconscient. Géométrie et géologie nous permettent de palper certains points importants du grand mystère du monde… Mais où se trouve le temps réel ? Où se trouve la vraie vie ? Nous sommes peut-être au bord d’éblouissantes découvertes et il est fort possible que ce moment soit moins éloigné qu’on ne le croit…

L’univers s’imagine plus qu’il ne se raisonne

Saurons-nous si nous sommes son faîte ou sa couronne ?

 

Et sur la primauté de l’imagination, Maeterlinck écrit : « Il importe qu’elle se dise de plus en plus sérieusement que le monde commence à des milliards de lieues plus loin que les songes les plus ambitieux et les plus téméraires. »

Ce qui sauve toute l’œuvre de Maeterlinck, et malgré qu’il en ait, c’est que la poésie des Serres chaudes y demeure éparse et s’y prolonge. Il demeure le spéléologue de ces gouffres vierges qu’il appelle « beauté intérieure », « vie profonde », « bonté invisible »… Ah ! si Maeterlinck n’avait écrit que les Serres chaudes, il en serait demeuré comme un objet verbal, un aérolithe tombé d’une planète inconnue, l’œuvre qu’il désavouera par pudeur, la pudeur de l’enfant éperdu ! Il y a là une poésie où, bien avant le poème-conversation d’Apollinaire, rien n’est à sa place, où tout pourrait être autre : une folle devant ses juges, un navire de guerre sur le canal, des malades sur de la neige.

Aujourd’hui l’on s’acharne à vouloir briser le charme de Maeterlinck. L’œuvre n’est sans doute pas assez scientifique ? C’est une œuvre qui ne porte aucune date. Antonin Artaud ne s’y trompait pas qui écrivit une préface aux Douze Chansons : « Tout en étant presque aussi adorables que celles d’Elskamp, elles creusent à fond la spirale de l’intériorité et sont comme une suggestion d’absolu. »

Paul NEUHUYS

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 18:58

 

Gérard Berréby, éditeur des Documents relatifs à la fondation de l'Internationale situationniste 1948-1975 (Paris, Allia, 1985), confirme les précisions apportées par mon correspondant :

Leo Dohmen n'a effectivement pas fait partie de l'Internationale situationniste. En revanche il a réalisé une série de photos de la Conférence d'Anvers. Et il y a eu une fête chez lui avec les
situationnistes présents à Anvers, j'ai des copies de ces photos. C'est d'ailleurs lui qui a fait la photo de Debord qui a été utilisé en quatrième de couverture de la première édition de La Société du spectacle, photo recadrée.

*

Animateur des éditions Allia, Gérard Berréby publia des entretiens avec Piet de Groof (le poète flamand Walter Korun) et réédita Salopes de Paul Joostens.

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Piet de Groof, Le général situationniste. Entretiens avec Gérard Berréby et Danielle Orhan, Paris, Éditions Allia, 2007, 298 p., 15 €.

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Paul JOOSTENS, Salopes, Paris, Allia, 2009, 43 p., 6,10 €.

 

Paul Joostens livre Salopes  aux éditions Ça Ira en 1921, l'année de la parution, aux mêmes éditions, de L'Apologie de la paresse  de Clément Pansaers. La publication de Salopes. Le quart d'heure de rage  ou  Le soleil sans chapeau  sera effective en 1922, un an avant que Ça Ira ne publie Les Rêves et la Jambe  de Henry Michaux.

À la queue de l'élégante réédition de Salopes  chez Allia, une notice anonyme souligne que ces trois textes constituent “le point d'orgue paroxystique de l'expression dada en Belgique”.

HFJ


http://caira.over-blog.com/article-leo-dohmen-et-l-internationale-situationniste-99276973.html

à propos de Gérard Berréby et des éditions Allia, cf. :

http://caira.over-blog.com/article-16026072.html

http://caira.over-blog.com/article-salopes-de-paul-joostens-aux-editions-allia-38879390.html

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 03:01

 

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André Stas a reçu le prix Xavier Forneret de l'Humour noir 2009. André Stas, on le nomme le "Professeur Stas", ce qui n'est pas volé. Cet homme est d'une culture aussi confondante qu'envélopédique. Il sait tout sur tout, à condition que ça soit du domaine du poil à gratter les crétins, les coincés et les bourgeois. Il est une des consciences du surréalisme belge et a été le sbire préféré de Blavier, un autre André, tiens celui-là (André et vous verrez). Il fait partie du Collège de 'Pataphysique [...] Il sait tout faire, lire, écrire, peindre et dessiner. Ses collages sont à mettre dans toutes les têtes si ce n'est entre toutes les mains. Il est même verbicruciste, un comble pour quelqu'un qui est tout sauf carré. Il touche à tout sauf à ce qui pourrait être, esthétiquement, éthiquement, idéologiquement honteux. Et, sirop sur le boulet, c'est un amateur pratiquant du jeu de mots lamentable, car seuls les jeux de mots lamentables sont admis pour ceux qui pensent, comme Victor Hugo, que ce sont des pets de l'esprit. (JB Pouy, avant-propos) Pataphysicien patenté, membre de l’Académie zygomatique de Paris, Grand Dipsomane de l’Empire Impérial, entre autres, André STAS est aussi collagiste de haut vol. Fruit d’une imagination fertile et d’une jouissance provocatrice, son travail artistique frappe, étonne et séduit. Tantôt, il illustre Lewis Carroll, détourne des timbres-poste, saccage l’Art du passé, joue et perturbe le vocabulaire et l’univers des livres ou encore explore le monde photographique. Ses mains habiles ne dédaignent rien et c’est avec humour et l’esprit libre, qu’il triture gravures, magazines féminins ou pornographiques, bandes dessinées … au final, un extraordinaire univers tour à tour grotesque et enchanteur. André Stas est un écrivain et plasticien (autodidacte) né à Rocourt le 19 novembre 1949, il est licencié en philologie romane de l’Université de Liège. En 1974-1975, il a été un professeur subversif au collège jésuite Saint-Servais de Liège. Avant tout humoriste et pataphysicien, André Stas est un plasticien dont le collage est l’arme favorite. Après trois recueils de ses plus récentes malices (Grenailles errantes, L’embrouillamaxi et Les radis artificiels), voici Le grand Karmaval, 24 Heures dûment, Les Cent nouvelles pas neuves et Sur les autres mondes (aux Éditions Galopin). Il est également le conseil culturel de l'insolent journal Le Galopin. André Stas est, en vrac, Régent au Collège de Pataphysique et fils spirituel du satrape André Blavier (avec qui il signa le Manifeste pour la culture wallonne), Grand Fécial Consort de l’Ordre de la Grande Gidouille, Grand Dipsomane de l’Empire Impérial, Académicien Zygomatique, Consul honoraire du Sultanat de Bouillon, et aligne bien d’autres titres glorieux qui ne sont qu’indication de sa qualité première : l’amitié. Et il est l’ami des plus grands humoristes et artistes de son temps, vivants ou décédés. Régent de la chaire fondamentale de Travaux Pratiques d’Aliénation Mentale, Grand Fécial Consort de l'Ordre de la Grande Gidouille (O.G.G.), Co-Recteur de l'lnstitut Limbourgeois des Hautes Etudes Pataphysiques ( I.L.H.E.P ), Ame de l'lnstitut Itinérant des Petites Et Moyennes Etudes Pataphysiques ( I.I.P.E.M.E.P ), Chevalier de la Confrérie du Taste-Fesses, Membre de l'Académie Zygomatique ( Paris ), Grand Epistolier de la Confrérie de la Chouffe, Compagnon de la Confrérie du Carpophore, Ministre de la 'Pataphysique, des Majorettes et des Pom-Pom Girls de l'Empire Kafre, Grand Dipsomane de l'Empire Impérial, Moteur de la Stas Academy.

Marc WAYS


Marc Ways est le fondateur de l'Institut International de Recherches et d'Explorations sur les Fous Littéraires, Hétéroclites, Excentriques, Irréguliers, Outsiders, Tapés, Assimilés, sans oublier tous les autres.

I.I.R.E.F.L.

1, rue du Tremblot,

F 54122 Fontenoy-la-Joûte

http://fous-litteraires.over-blog.com/

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 01:17

 

Réagissant à l'article consacré à Gilbert Senecaut (1925-1997), un correspondant me corrige: Leo Dohmen (1929-1999) n'était pas membre de l'Internationale situationniste (I.S.) et donc n'a pas participé aux débats de la Vie Conférence de l'I.S. à Anvers.

En revanche, il connaissait bien Jan Strijbosch, anversois comme lui, et c’est ainsi qu’il réalisa l’affiche (avec un portrait de Marylin Monroe) annonçant cette conférence. Plusieurs photos des situationnistes à Anvers furent prises par Leo Dohmen dans divers cafés et aussi au cours d’une soirée chez lui. On peut donc le compter à l’époque parmi les sympathiques sympathisants de l’I.S., ce qui ne l’empêcha pas de signer le tract Haut les mains !

http://caira.over-blog.com/article-surrealisme-et-dada-a-anvers-belgique-gilbert-senecaut-1925-1997-97773598.html

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 05:18

 

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En 1942, Marcel Mariën publie aux éditions « L'aiguille aimantée » L'Ėrection expérimentale de Gilbert Senecaut, ou Sénécaut (155 exemplaires: 5 sur Hollande; 10 sur Featherweigt et 150 sur papier d'édition ordinaire), « pour l'essentiel un collage de mots », dixit après coup Tom Gutt, le Saint-Just du néo-surréalisme belge.

Senecaut.jpg

À cette époque, sous l'occupation nazie, Paul Neuhuys (1897-1984) publiait aux éditions Ça Ira des textes issus de la mouvance surréaliste : L'Oiseau qui n'a qu'une aile de Marcel Mariën (1941), Traité des fées de Fernand Dumont (1942) et Les Histoires de la lampe de Paul Colinet (1942).

*

Personnalité complexe, grand amateur de jazz, poète et collagiste, féru dans tous les sens du terme de la rigueur et de l'opiniâtreté des mathématiciens amateurs, le jeune Senecaut, dès le début de l'occupation, avait été introduit par Marcel Mariën (1920-1993) auprès du groupe surréaliste de Bruxelles animé par Paul Nougé (1895-1967).

Dans L'Ėrection expérimentale, il s'attache à poursuivre ses recherches sur « le mécanisme de l'hypertension créatrice » afin « d'éliminer l'hypothèse de l'intervention de produits ennuigènes partiellement retenus par un psychisme statique »..

Senecaut financera la première série des Lèvres nues (1954-1958) de Mariën. En 1959, il collaborera au fameux film L'imitation du cinéma sous le pseudonyme de Serge Treblich. Dans les années soixante, un groupe d'écrivains, de photographes et de peintres se réunissait régulièrement chez Senecaut, notamment Leo Dohmen (1929-1999), Roger van de Wouver (1933-2005) et Marc Dalain (traducteur de Roger Vitrac en néerlandais) et, de temps à autre, Tom Gutt (1941-2002) et Jean Wallenborn (°1941).

Le sixième congrès de l'Internationale Situationniste (IS), qui se tint à Anvers du 12 au 16 novembre 1962, refusa de cosigner le pamphlet Haut les mains! de Tom Gutt et Gilbert Senecaut, jugé empreint d'un stalinisme incompatible avec la pensée situationniste. (Parmi les participants: Michèle Bernstein, Guy Debord, Leo Dohmen et Attila Kotànyi.)

Au nom du Comité central de l'IS, Jan Strijbosch et Raoul Vaneigem publièrent un pamphlet dirigé contre le groupe néo-surréaliste de Tom Gutt, consacrant ainsi la rupture définitive entre l'IS et Tom Gutt c.s: Geen dialoog met gluiperds. Geen dialoog met idioten. Pas de dialogue avec les suspects. Pas dialogue avec les cons,.

De 1968 à 1979, Senecaut publiera divers textes e.a. aux éditions Brassa ou dans la revue Le Vocatif.

Personnage secret par tempérament et par conviction, Gilbet Senecaut est ajuourd'hui bien oublié. Xavier Canonne lui rendra justice: “Sa discrétion acharnée qui en fit un acteur de second plan n'eut d'égale que sa fidélité à la conscience surréaliste”. (Le surréalisme en Belgique 1924-2000, Bruxelles, Fonds Mercator, 2006)

Je n'ai pas connu Senecaut. Mais j'ai recueilli de nombreux témoignages à son sujet de mes amis Guy Vaes (°1927) et Jean Emile Driessens (membre distingué du CDR).

Henri-Floris JESPERS

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 04:14

 

GuttFrickx.jpg

Il faut que je rattrape une bourde. Jeudi, me fiant à ma mémoire, je notais ici que les néo-surréalistes belges regroupés autour de Tom Gutt ne prisèrent guère l'étude de Robert Frickx et Michel Joiret sur La poésie française de Belgique de 1880 à nos jours (1977).

En fait, c'est à l'occasion de la parution de La littérature belge d'expression française de Robert Burniaux et Robert Frickx (Presses universitaires de France, collection “Que sais-je”, no 1540) que parut en mars 1974 L'odeur de la nourriture, un pamphlet de huit pages signé conjointement par Yves Bossut, Tom Gutt, Claudine Jamagne, Michel Thyrion et Jean Wallenborn.

En exergue, une citation de Saint-Pol-Roux donne le ton :

Les Trous-du-cul, ce sont maints Critiques Modernes. Et ce qui sort de ces princes en us lorsque grince l'anus qui leur tient lieu de bouche, quelquefois c'est du vent, des crachats plus souvent, de la merde toujours. (1)

*

Les signataires soulignent que MM. Burniaux (1924-1988) et Frickx (1927-1998),

consciemment ou non (non, sans doute), servent une entreprise qui n'est pas neuve, et qui est de réduction du surréalisme et plus généralement de ce qui brise avec ce qui brise l'homme. Le ton varie, le fond demeure. Ce n'est plus (sauf chez M. Poulet dans Pan) le hurlement blessé de la haine, c'est le ton sentencieux, patelin, supérieur, tranchant au besoin, compréhensif, narquois parfois ou, pire, complice de l'ânerie pseudo-savante […]. (p. 1)

Au reste, c'est tant par ce qu'ils disent que par ce qu'ils taisent […] que ces messieurs à nos yeux se condamnent – et, espérons-nous, aux yeux de la bourgeoisie du cœur, de la tête et du fric, puisque nous dénonçons les pas qu'ils font sur le terrain du savoir objectif, de l'information à froid et neutre, et non pas sur le nôtre, qui est celui de la révolte et où d'ailleurs ils s'enliseraient. Qu'ils manipulent tant qu'ils veulent ce qui nous dégoûte. Mais non pas ce que nous aimons, à la limite ce que nous sommes. Mais non pas cette part de nous qui est la seule qui nous vaille de vivre. Mais non pas la poésie, l'amour, la liberté. Il nous plaît de prendre la main dans le sac ce duo de faussaires ratés. (p. 5).

Les deux (f)auteurs, mais surtout Robert Frickx, avait déjà été pris à partie dans l'hebdomadaire satirique Pan du 2 janvier 1974 :

Ils se sont mis à deux pour rédiger, à l'intention de la collection Que sais-je, un panorama de « la littérature belge d'expression française » : Robert Burniaux et Robert Frickx, à peine moins inconnus sous leurs noms de plume respectifs de Jean Muno et Robert Montal.

Mais reprendre son patronyme réel offre des avantages. Car Robert Frickx, poète de qualité moyenne (niveau chanson vaguement littéraire) et professeur à l'Université de Bruxelles (V.U.B.), peut voir en Robert Montal un « spécialiste de René Ghil et de Rimbaud ». Belle générosité : le Rimbaud est son mémoire de licence rapidement revu qui traficote le thème de l'adolescence. Quant au René Ghil, un lyrique si illisible que le sujet restait vierge, c'est sa thèse de doctorat froidement accueillie lors de sa soutenance.

Les signataires de L'odeur de la nourriture en rajoute :

 

Puisqu'il paraît que M. Frickx se trouve en première ligne, arrêtons-nous un instant à lui. Dans l'ordre de l'essai, l'on devait à ce monsieur « L'adolescent Rimbaud » (Les écrivains réunis, 1954) qui est une pitié, un « Rimbaud » (aux éditions universitaires, 1968) qui est une honte, et une besogne sur René Ghil (Labor, 1962) qui n'existe pas. (p. 7, note 10).

*

Pour l'édification des ignares”, Tom Gutt & Co soulignent que le surréalisme "n'entretient avec la littérature que des rapports d'ironie”.

Paradoxal donc, ce sérieux mortel dont témoigne leur pamphlet...

Henri-Floris JESPERS

(1) En 1896, Saint-Pol-Roux publie la première version de La Dame à la faulx. Ereinté par la critique, il répond par un pamphlet mordant, L'Air de trombonne à coulisse (1897), dont voici le refrain :

Les Trous-du-cul, ce sont maints Critiques Modernes. Ils ont deux fesses, disons faces, l'une de miel pour les faiseurs d'ignominie, l'autre de fiel pour les beaux gestes du génie. Les Trous-du-cul, ce sont maints Critiques Modernes. Et ce qui sort de ces princes en us lorsque grince l'anus qui leur tient lieu de bouche, quelquefois c'est du vent, des crachats plus souvent, de la merde toujours.


Cf. "Christian Bussy & les surréalistes bruxellois", 17 février 2008 :

http://caira.over-blog.com/article-16729407.html

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Published by ça ira! - dans surréalisme
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