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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 03:45

 

DeGroof

Piet de Groof, alias le poète flamand Walter Korun (°Malines, 16 mai 1931), est décédé le 4 juillet à Jette (Bruxelles). Les éditions Allia lui ont concacré une superbe monographie de la main de Gérard Berréby.

Point besoin de nous répéter : nous avons déjà ici à plusieurs reprises évoqué la carrière et les mérites de Piet de Groot.

Voir e.a. :

http://caira.over-blog.com/article-18624814.html

http://caira.over-blog.com/article-16953765.html

http://caira.over-blog.com/article-19541361.html

http://caira.over-blog.com/article-16026072.html

*

Je garde pieusement le souvenir ému d'un personnage affable, érudit et discret, complice hors du commun et témoin privilégié des retombées de Cobra à Bruxelles, l'un des premiers membres belges de l'IS (Internationale Situationniste).


Henri-Floris JESPERS


cf.http://mededelingen.over-blog.com/article-overleden-walter-korun-piet-de-groof-124116717.html

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 11:01

VaeesEerste.jpg

C'est avec émotion que j'apprends le décès, hier au petit matin, de Guy Vaes (Anvers, 29 janvier 1927). Son père écrivain René Vaes, faisait partie du groupe Lumière, qui était dirigé par son beau-frère Roger Avermaete. Par sa mère, Guy Vaes est le petit-fils de l'écrivain flamand Constant de Kinder, auteur du célèbre roman d'aventures Jan zonder Vrees. Cousin d'Alain Germoz (Alain Avermaete), Guy Vaes est l'auteur d'un classique de la littérature belge de langue française du vingtième siècle, Octobre long dimanche (Paris, Plon, 1956 ; réédité à Bruxelles, chez Jacques Antoine, 1979). Il fut élu à l'Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique en 1997.

*

Le premier roman de Guy Vaes connaîtra une réception extrêmement élogieuse. Pascal Pia le jugera supérieur au Voyeur d'Alain Robbe-Grillet, Julio Cortázar (1914-1984) écrira à Vaes:

J'ai lu votre roman d'un trait. J'en sors comme quelqu'un qui a failli se noyer et qui, tout en respirant à pleins poumons, garde comme une nostalgie de cet état voisin de la mort, où il a touché une somme indicible, où son passé a défilé devant ses yeux fermés tandis que son futur s'amenuisait et devenait cendre et silence. […] Pendant des heures j'ai eu l'émotion et même la frayeur de découvrir en vous un écrivain d'une race qui pour moi appartient à la race des vrais rois.

VAESl'Envers

Guy Vaes ne publiera plus de roman avant L'Envers (Bruxelles, Jacques Antoine, 1983 ; Prix Rossel), une fascinante rencontre avec le caractère scandaleux des miracles... Après L'Usurpateur (Bruxelles, Labor, 1994), Vaes publie chez Luce Wilquin Les apparences (2001) – qui sont autant d'apparitions – et Les Stratèges  (2002), roman capital sorti d'un germe de L'Envers.

Si Guy Vaes continuera d'explorer les ressources du réalisme magique, il évitera toujours tout recours au fantastique.

*

Guy Vaes débuta avec un recueil de poèmes, Ce qui m'appartient (Anvers, Orion, achevé d'imprimer le 24 décembre 1952). En 1981, il publia Le Millénium éclair, rehaussé de quatre lithographies originales de Jef Verheyen (tirage: 82 exemplaires), suivi en 1988 par Suite irlandaise, dont le tirage comportait 23 exemplaires, chacun d'eux illustrés de deux aquarelles originales de Nathalie Dasseville Lunine. En 2001, sous une élégante couverture rouge brique discrètement ornée en braille, paraît L'Œil pharaonique (Bruxelles, La Lettre volée).

*

Remarquable essayiste, Guy Vaes publie en 1963 Londres ou le labyrinthe brisé (Anvers, Librairie des Arts, 1963 ; repris en 1986 dans Mes villes, Bruxelles, Jacques Antoine). Nourri de littérature américaine et anglaise, il publie en 1966 un fascinant essai sur le temps romanesque, La Flèche de Zénon (Anvers, Librairie des Arts, 1966 ; réédité en 1994 chez Labor).

Invité à occuper la chaire de poétique de l'Université de Louvain-la-Neuve, Vaes y prononcera en 1986 quatre conférence sur Le regard romanesque, un « envers du décor », traitant non seulement de la genèse d'Octobre long dimanche, mais également du temps dans le roman, de la poétique des villes et du roman métaphysique.

*

Oisif de nature, paresseux par conviction (non sans quelque dandysme d'ailleurs), traumatisé par la perspective de devoir gagner sa vie, Guy Vaes choisit peu après la Libération pour le journalisme. Les chroniques de cinéma de Guy, qu'il qualifiait de petites mythologies d'un quotidien imagé, furent réunies en 2007 (Bruxelles, Le Cri / Académie royale de Langue et de Littérature françaises).

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 19:38

 

Luc-et-Thierry2.jpg

Luc (à gauche) et Thierry Neuhuys

 

C'est avec la plus profonde tristesse que je vous fais part de la mort de mon frère Luc (°25 septembre 1926) survenue le 12 décembre 2011 dans la soirée.

Une cérémonie d'adieu aura lieu le 17 décembre à 9 heures à l'Église protestante de Bruxelles, 2 place du Musée.

L'inhumation aura lieu au cimetière de Bruxelles (à 1140 Evere) à 10h45.

Thierry NEUHUYS

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 22:26

 

Mandarijn.jpg

Le mandarin est la langue officielle de 845 millions de personnes. Les quatre langues les plus répandues (mis à part l'anglais, la nouvelle lingua franca) sont le mandarin, l'espagnol (329 millions de locuteurs natifs), l'arabe (221 millions) et le français (68 millions).

Le français est la langue officielle de 27 pays, l'arabe de 23 pays et l'espagnol de 20 pays.

J'emprunte sans vergogne cette sagesse à l'excellent site web du poète Bert Bevers que je recommande vivement à quiconque maîtrise le néerlandais.

http://www.bertbevers.com/

Henri-Floris JESPERS

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 20:41

 

La Fondation Ça ira est représentée au Comité scientifique du Centre d'Étude des Francophones en Flandre / Studiecentrum Franstaligen in Vlaanderen par Henri-Floris Jespers.

Le deuxième numéro de FrancoFonie, la revue électronique du Centre, vient de paraître.

Au sommaire:

Paul Dirkx Editoriaal. Doxa en wetenschappelijke bewijsvoering, 4

Éditorial. Doxa et argumentation scientifique, 10

DOSSIER

Franstaligen in Vlaanderen vandaag / Les francophones en Flandre aujourd’hui

Alex Vanneste Aspects de la francophonie en Flandre, 15

Céline Préaux Le fédéralisme ou l’homogénéisation de la Flandre. Étude du conflit Exploration du Monde – Taal Aktie Komitee, 44

Sophie Wittemans Scout toujours ? Scoutisme francophone en terre flamande depuis 1911, 59

INTERVIEW

Emmanuel Van de Putte Henri-Floris Jespers, 80

COMPTES RENDUS

Eric Laureys Ontsnappen aan ideologische, nationalistische premissen: een moeizame bevalling, 101

Guy Vande Putte De taalgrens van Guido Fonteyn, 111

*

FrancoFonie paraît deux fois par an. La rédaction de la revue est assumée par Paul Dirkx, vice-président du CEFF-SFV. Il enseigne la sociologie de la littérature et de la presse à l'Université de Nancy 2.

Abonnement via : www.ceff-sfv.be

*

Voir nos blogs du

29 avril 2008

http://caira.over-blog.com/article-19137404.html

19 août 2008

http://caira.over-blog.com/article-22067275.html

10 septembre 2009

http://caira.over-blog.com/article-35892185.html

29 septembre 2009

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 06:04

Identité(s) des francophones en Flandre. Pertinence de la problématique

et état de la recherche.

Il existe de nombreuses études sur la réforme de l’État belge et son impact communautaire, sur la francisation et puis la néerlandisation de la Flandre, ou sur la littérature flamande d’expression française. De même, de nombreuses composantes de la société, telles les minorités immigrées ou religieuses, ont fait l’objet d’études dans différents domaines académiques. Hormis une poignée de mémoires de licences, il n’en est rien pour les francophones en Flandre en tant que groupe(s). Pourtant, compte tenu de leur ancienneté, de leur influence historique et de leur importance numérique, une étude scientifique n’est pas superflue.

Une journée d’étude ‘Identité(s) des francophones en Flandre’ est un coup d’envoi global et nécessaire avant toute exploration ultérieure. Il nous paraît indispensable d’identifier le sujet avant de l’approfondir. Elle fournit un cadre scientifique au chercheur qui s’aventure dans le défrichement de ce terrain inexploré. Qui sont ces francophones qui habitent la Flandre? Comment sont-ils définis ou identifiés par leurs autres compatriotes, néerlandophones et wallons ? L’image que l’on en donne est-elle la même que celle qu’ils ont d’eux-mêmes ? Peut-on recourir à certaines théories sur les stéréotypes et les minorités ? Qu’est-il devenu d’eux depuis le dernier recensement linguistique de 1947 ? Quels sont les clivages philosophiques, politiques, géographiques (périphérie bruxelloise, région côtière, grandes villes flamandes, province), sociaux (noblesse, grande bourgeoisie industrielle, élites intellectuelles, ‘fransquillons’), liés à l’immigration (tel les juifs) mais également linguistiques (unilingue, bilingue, francophone récent ou depuis plusieurs générations) qui les séparent ? Est-il possible de cerner la francophonie flamande dans sa globalité ?

À travers ces questions il sera un jour tenté de sonder le rôle et la place réels des francophones en Flandre. Comment se profilèrent et se profilent-ils vis-à-vis des grands dossiers de l’histoire comme le mouvement flamand, l’utilisation des langues dans l’administration et l’enseignement ou encore la relation de la Flandre avec ses minorités pour ne citer que quelques possibilités. Il n’est pas exclu que, sur la longue durée, l’étude empirique de ce groupe précis nous conduise à une remise en question de la vision prédominante sur la genèse et la nature de la société flamande.

Programme

13.30 Mot de bienvenue

Emmanuel Van de Putte (président CEFF)

13.35 Introduction

Eric Laureys (administrateur délégué CEFF)

13.40 Pour une étude des stéréotypes, Flamands / francophones.

Anne Morelli (professeur d’histoire à l’ULB)

14.00 Les francophones de Flandre,

une identité errant entre le civique et l’ethnique.

Céline Préaux (administrateur du CEFF, aspirante-FNRS et doctorante en histoire à l’ULB)

14.20 De perceptie van de problematiek rond Franstaligen in

Vlaanderen door het ADVN als hoeder van het erfgoed van de Vlaamse Beweging.

Frank Seberechts (docteur en histoire et chercheur au ‘Archief, Documentatie en

Onderzoekscentrum voor het Vlaams-nationalisme’-ADVN)

14.40 Alliés ou ennemis ?

La place des francophones de Flandre dans les combats du mouvement wallon.

Chantal Kesteloot (docteur en histoire et chercheur au Centre d’étude et de documentation

guerre et sociétés contemporaines – CEGES)

15.00 Pause café

15.20 Een van de laatste bastions van ‘la Flandre bilingue’. De afbouw van de richting

Romaanse filologie in Antwerpen sinds de jaren 1980, in historisch perspectief.

Herman Van Goethem (professeur d’histoire à l’UA)

15.40 L'évolution des lieux d'habitation et de scolarisation du personnel

littéraire belge francophone de 1920 à 1960. Première approche statistique.

Cécile Vanderpelen (docteur en histoire et chargée de recherche pour le FNRS à l’ULB)

16.00 Une communauté en transit.

Profil sociolinguistique de la communauté juive anversoise.

Barbara Dickschen (licenciée en langues romanes, chercheur à la Fondation de la mémoire

contemporaine, collaboratrice scientifique au Centre interdisciplinaire d'étude des religions et de la laïcité - CIERL à l'ULB) avec une contribution de Veerle Vanden Daelen (docteur en histoire et chercheur postdoctoral à l’UA)

16.20 Débat et conclusions

*

29 octobre 2009

13.30 – 17.30 h.

Universiteit Antwerpen – Campus de la ville

Prinsstraat 13, local A107 (deuxième cour, entrée colonnade)

Informations : Eric Laureys - 02/519 5653 – eric.laureys@ceff-sfv.be

www.ceff-sfv.be

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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 02:58

Désireuse de contribuer à combler une lacune importante dans l’étude des « minorités », la revue FrancoFonie du Centre d’Étude des Francophones en Flandre - Studiecentrum Franstaligen in Vlaanderen (CEFF-SFV ; http://www.ceff-sfv.be/index.html) prépare un dossier sur « Les Francophones en Flandre aujourd’hui – Franstaligen in Vlaanderen vandaag ». Elle aimerait publier des contributions de nature différente : théorique, empirique, historique, comparative.

En Belgique, les recensements linguistiques de la population ont été suspendus dans les années 1960, car ils avaient une incidence directe sur le tracé de la frontière linguistique, une frontière dont on sait qu’elle est aujourd’hui âprement contestée, notamment dans les communes limitrophes, dites « à facilités », de Bruxelles. Ne pouvant compter sur les statistiques officielles, il nous faut donc « bricoler » des outils pour avoir une idée précise de la composition et de la répartition linguistique de la population actuelle, surtout s’agissant de la population francophone, non majoritaire et hétérogène, des deux régions concernées (Flandre et Bruxelles-Capitale). Le dossier « Les Francophones en Flandre aujourd’hui – Franstaligen in Vlaanderen vandaag » veut aider à combler cette absence de données. Il entend aussi recueillir des études empiriques ou théoriques, portant sur l’ensemble de la problématique ou sur un de ses aspects (historiques, sociologiques, politiques, culturels, littéraires, etc.).

Les propositions d’articles (20.000 à 30.000 signes ; il ne doit pas s’agir de résumés) sont à soumettre sous format Word ou rtf avant le 31 décembre 2009 à Astrid von Busekist (astrid.vonbusekist@sciences–po.fr) et Paul Dirkx (Paul.Dirkx@univ-nancy2.fr). Chaque envoi sera anonymisé et évalué. Les contributions seront rédigées en français, néerlandais ou anglais.

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 22:03

Le poète, romancier, auteur dramatique et artiste plasticien Marcel van Maele (°Bruges, 10 avril 1931) est décédé hier à Anvers.

En rupture de famille, engagé volontaire dans la guerre de Corée, Van Maele sera prodondément marqué par cette campagne. Son œuvre romanesque et poétique exprime une vision désintégrée du monde et traite volontiers des problématiques politico-sociales. Van Maele clôt la septième partie de son recueil Zwarte gedichten (Poèmes noirs, 1963) par un portrait ironique de lui-même en poète destructeur:

à sa naissance décé-

dé le poète ouvrier d'usine

de peintures franchisseur

du mur du son marcel van maele

il était trop sage pour son

âge et trop vieux pour sa

sagesse est tombé lamentable-

ment dans une fosse à plouf

ses derniers mots furent:

j'en était sûr: nous

devons toujours recommencer.

(Traduction: Kees Snoek)

*

Paul Neuhuys (1897-1984) consacra le septième cahier des Soirées d'Anvers, paru en septembre 1963, à la jeune poésie flamande. Présentant le recueil Ik ben een kannibaal (Je suis un cannibale, 1961) de Van Maele, il constate:

Heureux les nègres, car le royaume du soleil leur appartient! Zij pikken zonlicht en zwemmen in de zon. (Ils cueillent la clarté et nagent au soleil).

Si Marcel van Maele aspire à cette sauvagerie primitive, c'est qu'il se sent frustré par une civilisation tendue vers l'automatisme, et qui fait de lui un esclave hypercivilisé, een hooghypergeschoold hyperslaaf, pour qui la liberté n'est plus qu'un mythe (vrijheid is steen onder steen onder steen links steen boven steen rechts) ce qui revient à dire que béton vaut mieux que bonté.

Ce recueil, véritable manifeste du nihilisme, par un militant du manioc et du maïs, est écrit dans une langue ultra-synthétique comme il se doit chez un hyperplastiekfabriek-arbeider qui se veut cannibale.

Ce qui lui donne la nostalgie de la forêt vierge, c'est la chaude nuit tropicale entrevue dans la pitié érotique d'un regard: Vuurvrouw kust me ankervast, tandis que les ondes lui apportent les flonflons des professionnels. Ce qui nous vaudra cet alexandrin désenchanté:

Zo komt het dat alleen de liedjeszangers zingen...

Aussi se représente-t-il volontiers nouveau magicien (nieuwe tovenaar) prônant, ce qui tranche tout, le retour linguistique au dialecte kwawandi.”

Femme bûcher sur la terre crépitante

baiser prière ancrée en moi

pour toutes les fleurs et leur semence

mes vêtements sont brûlés à jamais

heureux comme un vase de fleurs chantantes

dans la forêt retentissante

chouca coloré

qui clame le kwawandi.

(Traduction: Paul Neuhuys)

*

Poésies néerlandaises d'expression belgique”, tel est le thème du numéro 41-42 (octobre 1963) de Phantomas, la 'revue des directeurs' (Théodore Koenig, Joseph Noiret, Marcel & Gabriel Picqueray). Van Maele y figure, en compagnie d' entre autres Hugo Claus, Gust Gils et Hugues C. Pernath.

Tu meurs et vois, toi l'unilatéral, toi l'universel,

toi le tout-en-toi qui te tentacules à fond de train

tandis que les danseurs noirs jubilent (hurlent)

pieds empreints, tu te fends.

Le temps nous darde de ses flèches et fait la ronde

du magicien jusqu'à ce que soudain, main dans la main,

le silence et le calme s'esquivent dans le futur

à l'aperçu

peut-être d'un brin de braise

peut-être d'une maison de coquelicots.

(Traduction: Freddy de Vree)

*

Écrivain d'un stature tout à fait exceptionnelle, esprit libre et profondément original, Marcel fut une figure emblématique de la poésie expérimentale des années 1955-1965. “Il use d'un langage baroque, très souvent insolent et truffé d'associations verbales surprenantes et généralement hermétiques”. (Albert BONTRIDDER, Poésie flamande d'aujourd'hui, Actes Sud, 1986, p. 142).

Kees Snoek, professeur de littérature et de civilisation néerlandaise à l'université de Paris-IV Sorbonne, souligne que dans ses premiers textes, Marcel van Maele “torture son langage et abolit la logique”.Le titre de ses Poèmes noirs n'est pas anodin: “le poète est un magicien noir, un prêtre ou prophète destructeur qui se retourne contre l'ordre établi et contre la pensée rationnelle, ce qui fait de lui un réprouvé”. On pourrait établir des parallèles entre le cheminement et le discours de Van Maele et ceux de la beat generation américaine.

Accepter, c'est tuer graduellement

le désir ardent, c'est briser l'amour

c'est casser sa pipe,

c'est planter un pilori dans une mare de boue,

c'est embrasser

le tremblement


les poids oscillants du temps appliqué.

(Traduction: Kees Snoek)

*

Tout en étant caractérisée par l'invention et la mise en branle d'images autonomes, la poésie de Van Maele met l'accent sur la résistance, sur la désobéissance civile et sur la rébellion. Au fil du temps, le poète restaurera la syntaxe et renoncera à la prolifération de néologismes et d'associations langagières. Mais sa critique de la société n'en restera pas moins mordante.

Frappé de cécité à la fin des années 1980, il n'en restera pas moins actif.

Maintenant, pinson aveugle,

assis sur un mur en béton,

il chante la gloire de son passé.

[…]

Au-delà des désirs lointains de jadis

la moisissure s'écaille en cette résignation.

Ma vision s'écoule avec tapage;

langage d'un tombeau

qu'on ne peut même plus fermer

correctement.

Henri-Floris JESPERS


Medgar Evers te Jackson vermoord / Medgar Evers assassiné à Jackson / Medgar Evers murdered in Jackson, illustrations de Guy Vandenbranden, Dirk Claus, traduction de Freddy De Vree. Sint-Niklaas, Paradox-Press, 1964, trilingue, s.p.

No man’s land, poèmes, traduit du néerlandais par Maddy Buysse. Bruxelles, Éditions des Artistes, 1968, bilingue, 104 p.

'Poèmes' in Septentrion, II-2, 1973.

Nous ne te verrons pas, illuminante paix. Poésie et politique, Orion, 1976.

Poésie flamande d’aujourd’hui, Actes Sud, 1986.

Kees SNOEK, '... The blood jet is poetry. La poésie de Lucienne Stassaert et Marcel Van Maele : thèmes et évolution.' In : Études Germaniques, année 61, no. 4, Octobre – Décembre 2006, p. 579-592.

 

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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 01:03

Entre minuit et une heure, Éric Lange ('Allô la planète') s'est entretenu au téléphone avec Éric Aubrahn et Lili .

Lili est une archéologue française, guide certifiée Unesco et exploite avec son époux Tadéo un 'gîte de charme' à l'île de Pâques. Tadéo est un pascuan descendant d'une famille importante de longue lignée de la tribu royale Miru, de Rapa Nui.

Eric Aubrahn est l'auteur de la pièce Coup de foudre à l'île de Pâques, à l'affiche au théâtre des Déchargeurs (voir notre blogue du 29 mai).

Théâtre: Coup de foudre à l'île de Pâques

 


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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 00:44

Une ombrelle et un parasol sont les seuls accessoires présents sur la scène du Théâtre-Poème, dépouillée comme aux toutes grandes heures des spectacles qui y sont donnés depuis plus de quarante ans.

 

Le parasol est de ceux que l’on voit sur les plages, mais d’une étoffe poudreuse, sable à lui seul. Ouvert et tourné vers le public, il forme une sorte d’écran derrière lequel, de temps à autre, émerge une voix, celle de Willy qui répond à Winnie ; l’illusion, très troublante, dure jusqu’à la fin d’Oh les beaux jours.

 

Le soir de la représentation à laquelle nous avons assisté, nous sortions d’une nuit d’orage zébrées de milliers d’éclairs. Or, le fond sonore d’Oh les beaux jours est aussi marqué par le roulement du tonnerre qu’on entend parfois de loin, parfois de près comme si la foudre venait de tomber à deux pas. Ces coups de foudre se métamorphosent parfois en coups de feu pareils, qui sait, à ceux que l’on s’échange dans une vie de couple, comme s’il fallait en finir malgré le fait que chaque jour de la vie de Winnie soit une belle journée de plus, un peu comme quand on dit « encore une de faite ».

 

À l’égal d’elle-même dans ce rôle qui lui va comme un gant, Monique Dorsel est prisonnière de la scène, le bas du corps pris comme dans des sables mouvants, ce qui réduit d’autant ses possibilités de jeu.  Cependant, ce qui passe par sa voix tient du prodige : Monique Dorsel fait une fois de plus la preuve de son art de la variation, où les finales des phrases et des mots sont toujours nettes. Cette voix peut se faire tour à tour rieuse, indignée, grosse comme la mer par mauvais temps, enfantine et délurée, désirante, impérieuse, explosive, torrentielle ou encore gourmande. Ce spectacle résonne des échos de Molly Bloom, autre monologue mythique qu’elle a porté au Théâtre- Poème en 1969.

 

La mise en scène de Charles Gonzales est en accord parfait avec ce qui se dit dans le texte de Samuel Beckett et Monique Dorsel était tout à fait fondée de nous dire, à l’issue du spectacle, qu’elle vit Oh les beaux jours comme un pas de deux. Il y a aussi quelque chose de désespéré dans la chanson que Samuel Beckett a prévue pour Winnie, L’Heure exquise extraite de l’opérette La Veuve Joyeuse de Franz Lehar, un déchirement qui vient de la distorsion entre l’utopie et la réalité.

 

 

Philippe DEWOLF

À l’affiche du Théâtre Poème jusqu’au 31 mai.

30 rue d'Écosse, 1060 Bruxelles
Tél. : 02 538 63 58   Fax : 02 534 58 58
E-mail : theatrepoeme@skynet.be

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