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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 14:19

 

CelineEtPaul.jpg

Le premier tome des Œuvres complètes de Céline Arnauld et Paul Dermée (Paris, Classiques Garnier, Bibliothèque de littérature du XXe siècle, tome 9, 2013, 606 p.) est consacré à Céline Arnauld. Cette « scrupuleuse édition » (dixit Marc Dachy) est établie par l'historien de la littérature Victor Martin-Schmets, éditeur (entre autres) des Œuvres complètes de Henri Vandeputte.

« Il y a beaucoup à sauver et à découvrir dans cette poésie parfois datée mais habitée, œuvre oubliée d'une dadaïste qui refusa le surréalisme » note Marc Dachy. Je lui donne parfaitement raison.

*

La lecture de Courrier Dada (dont j'attends déjà avec impatience la prochaine livraison) m'incite à publier quelques notes historiques sur Arnaud et Dermée, qui furent en relation avec Paul Neuhuys et Michel Seuphor.

*

Dès 1920 Céline Arnauld prend part aux activités dadaïstes.

391.jpg

Les collaborateurs de la revue 391 (1921). De gauche à droite: au premier rang:Tzara, Céline Arnaud, Picabia, Breton ; au deuxième rang: Péret, Dermée, Soupault, Ribemont-Dessaignes ; au troisième rang : Aragon, Fraenkel, Éluard, Pansaers, Fay.

 

Le 21 mai 1920, les éditions du Sans Pareil que dirige René Hilsum sont les dépositaires du premier (et unique) numéro de la revue Projecteur, dont. Céline Arnauld signe l'éditorial, « prospectus projecteur » :

Projecteur est une lanterne pour aveugles. Il ne marchande pas ses lumières, elles sont gratuites. Projecteur se moque de tout : argent, gloire et réclame – il inonde de soleil ceux qui vivent dans le froid, dans l'obscurité et dans l'ennui. D'ailleurs, la lumière est aussi produite par une pullulation madréporique dans les espaces célestes.

Elle collabore à la revue Dadaphone, figure parmi les signataires des 23 manifestes du mouvement dadaïste (Littérature no 13, 1920), appose sa signature sur le fameux tableau de Francis Picabia « L'Œil cacodylate » (1921) et participe au « supplément illustré » de 391, « Le Pilhaou-Thibaou » (10 juillet 1921) où Picabia se sépare des Dadaïstes, en particulier de Tzara et de Breton. Il les attaque violemment et dénonce « la médiocrité de leurs idées maintenant conformistes. » Picabia répète que «l’esprit dada n’a vraiment existé qu’entre 1913 et 1918… En voulant se prolonger, Dada s’est enfermé en lui-même… »

-aira16.jpgDans le même esprit, Céline Arnauld publie en novembre 1921 un poème dans le fameux numéro 16 (« Dada, sa naissance, sa vie, sa mort. ») de la revue anversoise Ça ira ! Il est recommandé de lire ce poème dans l'optique de ce qui précède...

 

Surnom

Aumône en jachère momie d'Héliogabale

inaugure la jonque bière

pareille aux jonchaies voilées

par la projection des noyés

assoiffés d'imprévu

 

La tambour tue l'angélus

L'andante de la voyante

s'en va dans des ballons de fumée

Agenouillée la mélodie

demande grâce aux forains

 

Si vous vous regardez

comme le violon la sourdine

la miniature de vos cœurs

sera exposée parmi les curiosités

momies du silence et du plain-chant du carrousel

Incoercibles vos tendresses faites d'élucubrations

s'en vont par des chemins de traverse

Le violon évoque des émeutes en broussailles

des rires oubliés au bord des étangs

et la loterie de vos cœurs

crucifiée sur le trèfle porte-bonheur...

 

Je n'ai pas encore compris

pourquoi dans leurs yeux kaléidoscope des regards caustiques

est mort le dernier reflet humain

*

Dans la dernière livraison de Ça ira ! (no20, janvier 1923), Paul Neuhuys consacra un article à Céline Arnauld que je mettrai demain en ligne.

Henri-Floris JESPERS

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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 22:52

 

CourrierDada.jpg

Marc Dachy m'adresse la première livraison de Courrier Dada, datée du 7 janvier. Il annonce d'emblée la couleur: “Il sera fait une critique terrible de tous les livres, revues ou manuscrits envoyés à Marc Dachy”.

À bon entendeur, salut !

HugnetDictionnarre.jpg

Les éditions Bartillat annoncent une réédition revue et augmentée du Dictionnaire du dadaïsme de Georges Hugnet (580 p.) dont je dispose d'une originale datant de 1976 (Paris, Jean Claude Simoën, 365 p.). La critique de Marc Dachy m'épargne une dépense inutile de 25 €, et me procure le malin plaisir de citer ici longuement le commentaire de l'érudit historiographe de Dada – tout en élaguant son exposé des nombreux exemples combien éloquents qui corroborent la critique.

Si Bartillat ne prend pas la sage décision de retenir la diffusion de ce livre pour le corriger et le réimprimer – nous avons sous les yeux un exemplaire du service de presse – la “poubellication” (la formule de Lacan s'impose) de ce « non-livre » risque de faire date et honte à l'histoire de l'édition française. Il ne doit pas y avoir eu beaucoup de livres en librairie comportant plus de 300 erreurs grossières : dans les noms propres, les titres, sans compter fautes de grammaire et d'orthographe ou quelques erreurs historiques […] Ce dictionnaire entrepris par Hugnet (1906-1974) vers 1955, fut interrompu, repris, interrompu à nouveau. Hugnet mourut sans l'achever voici 40 ans, laissant un travail obsolète au possible. […] Il parut en 1976 chez Simoën truffé d'erreurs hideuses. […] Non seulement les erreurs originales de 1976 subsistent mais on en trouve plus. […] Bertillat présente cela comme une édition « revue et augentée ». Augmentées d'erreurs, sans aucun doute. Car aucun correcteur ne s'est penché sur ce manuscrit qui n'a pas même été révisé par l'un de ces correcteurs intégrés aux logiciels. Travail bâclé donc, à tous les niveaux. Les notices suivies sporadiquement de références bibliographiques trahissent une méconnaissance abyssale. [...] Déjà mal mis à l'eau en 1976, le projet Hugnet, tel un paquebot d'actualité récente, s'enlise piteusement dans une mare d'erreurs qui abîment l'œil du lecteur et offusquent les connaisseurs.

*

Marc Dachy signale également le premier tome des Œuvres complètes de Céline Arnauld (1885-1952) et Paul Dermée (1886-1951), qui formèrent un couple très lié au point que Céline Arnauld ne voulut survivre plus de quelques semaines à son mari. Ce couple emblématique fut lié à la revue anversoise Ça ira !. Nous y reviendrons.

Henri-Floris JESPERS

Courrier Dada, c/o Marc Dachy, 6 rue Boissonade, 75014 Paris

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 18:12

 

Le 6 janvier, j'ai repris ici le beau texte de Michel de Ghelderode consacré à « La peinture mémoriale de Rachel Baes », paru dans la revue Empreintes  de juin-juillet-août 1951. Dans la brève notice introductive, je précise:

Ce numéro spécial présenté sous jaquette :Rachel Baes. Inédits. Études. Documents  sortit de presse, malgré l'achevé d'imprimer du 10 juin 1951, après le 19 novembre, date à laquelle, selon une lettre de Baes à Ghelderode, on n'attendait plus que l'article de celui-ci « pour commencer la mise en page ».

*

Il n'en est rien. Je me suis basé sur la Bibliographie de Michel de Ghelderode  (Bruxelles, 1987, 913) de Roland Beyen, mais j'ai hélas omis de consulter ses publications ultérieures et, plus particulièrement, le tome VII de sa monumentale Correspondance de Michel de Ghelderode  (2003). L'éminent professeur y souligne en effet (p. 654) avoir abusivement daté la lettre de Baes du 19 novembre alors qu'il s'agit en fait du 12 février : « Mon erreur s'explique par le fait que Baes écrit « 19-11-51 » au lieu de « 19-II-51 ».

Je renvoie mes lecteurs intéressés au tome 7 (deux volumes) de la Correspondance, et plus particulièrement à la notice concernant Rachel Baers (pp. 790-794).

Henri-Floris JESPERS

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 07:21

Lors de notre entrevue en présence de Thierry Neuhuys, avant-hier, nous avons, Philippe Dewolf et moi, brièvement évoqué les historiographies dominantes du surréalisme en Belgique et, en contrepoint, le cheminement de Marcel Lecomte sur les sentiers de l'ésotérisme. Aux détours de cette passionnante conversation (à mi-chemin de l'entretien formel et de la conversation à bâtons rompus) il fut question de Rachel Baes.

La tonalité particulière de cet échange d'idées me remet irrésistiblement en mémoire « Meurtre de Descartes par André Breton », une huile sur toile que Rachel Baes exposa à Bruxelles en 1968 à la Galerie 44.

Une icône à méditer...

BaesBreton.jpg

*

Je relis le texte touffu de Lecomte sur Joë Bousquet (1897-1950) et l'ésotérisme cathare, paru en février 1951 dans Synthèses, la fabuleuse revue animée par Maurice Lambilliotte (1900-1972), personnage hors du commun dont je garde un souvenir inoubliable.

Lecomte y évoque les Illuminés d'Avignon et souligne:

J'ai écouté Bousquet me parler des courants ésotériques du Midi, des incidences secrètes qu'ils ont sur l'être des hommes de son pays, des hommes seuls, des paysans, des bergers de la Montagne Noire. « Ils annotent Platon, ils parlent de l'Androgyne primitif », me disait-il.

*

Philippe Dewolf, producteur à la RTBF, établit un choix de chroniques littéraire de Marcel Lecomte ainsi que l'édition des poésies complètes, et s'attelle à la biographie du “voyageur immobile”.

Henri-Floris JESPERS

LecomteLITTERATURES.jpg

Marcel LECOMTE, Les voies de la littérature, Bruxelles, Éditions Labor, coll. Archives du Futur, 1988, 271 p.

LecomtePOESIES.jpg

Marcel LECOMTE, Poésies complètes, Paris, Éditions de la Différence, coll. Clepsydre, 2009, 253 p.

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 08:50

LcomteMansarde

Marcel Lecomte chez lui ( photo : Georges Thiry)

Un passionnant entretien avec Philipe Dewolf sur Marcel Lecomte, hier après-midi, m'incite à publier ici le texte que Paul Neuhuys lui consacra dans le numéro d'hommage de mai 1967 de Fantasmagie, (bulletin trimestriel du CIAFMA, centre international de l'actualité fantastique et magique).

HFJ

 

LecomteFantasmagie.jpg


J'ai rencontré pour la première fois Marcel Lecomte du temps où il faisait son service militaire et où il était, je crois, caserné à Anvers, vers les années 20... J'habitais alors la rue du Moulin, ainsi dénommée parce que c'est une rue qui tourne, comme la fortune.

Crâne tondu, en uniforme kaki, Marcel Lecomte venait me lire son poème « Irène », écrit dans les serres chaudes du désenchantement. Ce qui le caractérisait déjà à cette époque, c'était une certaine coquetterie : la coquetterie de la lenteur.

Dans ses « Applications » comme dans ses « Démonstrations », Marcel Lecomte vit dans l'hyperspace cryptique du rêve, ce tâtonnement hors du temps. Sa poésie bien élaborée entre peinture et philosophie, ce sont des rêves formulés à voix haute. Nul comme lui ne connaît l'art de décomposer les gestes et je crois que Michaux lui doit sa « Ralentie ».

« Il m'apparut, dit-il, que la création de mythes pouvait mieux m'aider à vivre que la perception du réel imédiat. » Et c'est à partir du « Règne de la Lenteur » que la métaphore devient symbole, se hausse jusqu'au mythe et du mythe jusqu'aux archétypes des dieux grecs:

De quels traits se formeraient les Dieux, s'ils n'étaient marqués de signatures astrales, de celles des plantes et des réseaux ls plus délicats et complexes de la pierre ? De quels traits se formeraient-ils s'ils n'étaient l'alphabet des métamorphoses ?

De loin en loin, à travers bientôt un demi-siècle, Marcel Lecomte, lorsqu'il était de passage à Anvers, venait me relancer. Il me téléphonait : Mon cher, je suis à la Taverne de la Paix ou quelque chose d'approchant. J'y courais, car que ne gagne-t-on en si transcendante compagnie ? Il me parlait alors de ses voyages et de ses lectures : Il avait été en Thuringe sur les traces de Hölderlin ; en Provence, à la découverte des Albigeois. Il me parlait soit de Paracelse, soit de Corneille Agrippa : Tu sais, concluait-il, que le monde invisible existe, mais il ne s'occupe pas de nous.

Aujourd'hui, spectateur effacé, il a quitté cette terre de chair.

Paul Neuhuys

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 08:34

 

MdGHGindertael.jpg

Portrait de Mihel de Ghelderode dessiné et travé sur bois par Roger Van Gindertael, 1925

 

Un jeune chercheur, Gerke van der Heide, me communique un texte que j'ignorais de Michel de Ghelderode: « La peinture mémoriale de Rachel Baes », paru in Empreintes, juin-juillet-août 1951, p. 17-18.

*

Ce numéro spécial présenté sous jaquette : Rachel Baes. Inédits Études. Documents sortit de presse, malgré l'achevé d'imprimer du 10 juin 1951, après le 19 novembre, date à laquelle, selon une lettre de Baes à Ghelderode, on n'attendait plus que l'article de celui-ci « pour commencer la mise en page ». (Cf Roland BEYEN, Bibliographie de Michel de Ghelderode, 1987, 913.)

*

La peinture mémoriale de Rachel Baes

 

À  longtemps considérer ces toiles – trouvées des l'abord distantes et semblant proposer des clefs, à nous qui savons que le Mystère n'a pas de portes – et à m'y être aventuré comme le calme orphelin de Verlaine, riche de mes seuls yeux, j'en parlerai à l'aise, autrement que d'imageries radotant des enfances pour grandes personnes, que de tarots où se jouent les destins sans imprévu et où le soleil luit sur un cercueil. Non, cet art n'apostrophe, ni se confesse – deux attitudes pénibles et si fréquentes : il s'énonçait dans le grave, pudiquement ; sitôt qu'on tendait l'oreille, alors se faisait le silence : les volets n'étaient plus qu'entr'ouverts – mais que n'annonçaient les pénombres. Nous aimons cet a-parte, ces lèvres d'oraison en un siècle hurleur : ménagerie en odeur d'incendie ou ghetto en soif de pogrome. Non, je n'éprouve pas l'étonnement que dispense la nouveauté, ou alors, c'est la nouveauté de tout l'oublié, du révolu, du facta est qu'on exhume et qui offre cet exquis rappel de cendres, comme les flacons poussiéreux, les maîtresses automnales. Oui, l'émoi fut de qualité, que je connus à saluer cette femme à pinceaux, portant son prénom tragédien sur une creuse musique de Meyerbeer et dont les fillettes inquiètes autant qu'inquiétantes dérivent plus sûrement du journal de mode rédigé par Stéphane Mallarmé que des bouquins de Mme de Ségur, née Rostopchine !Mais qu'on y regarde de près : ces émois, nous les vécûmes en errant par les voies étroites de la Peinture – une peinture suspecte dont les vastitudes couraient plus loin que le monde des formes : de la sorte rencontrâmes-nous Cranach, William Blake, le pauvre Vincent, le Douanier, le Chagall d'origine, le Joan Miro, chef des Intersignes, et quelques tendres et cruels, dont le Thévenet de Hal et l'Ensor à trente ans – deux organistes... J'écris ceci pour qui me ressemble, trouvant recommandables ces maîtres dont on attribuerait la sélection à Rachel Baes, si sa personnalité avait besoin de halo, de cerne. Tout de même, cette généalogie aurait du sens, l'exhausserait au-dessus des lieux arides où s'enlise l'art d’amphithéâtre de nos contemporains – au-dessus des charniers abstraits où se décompose la forme humaine, dans l'obscuration du demi-siècle échu. C'est le mérite de Rachel Baes que de s'être garée des corbillards et convois forains, d'avoir traversé indemne les deux épidémies de surréalisme, dont elle fut le témoin, avec leur virus perforant – et double – luxueux et sacrilège. Entendez-moi, Rachel Baes n'est pas si innocente ni angélique qu'il y paraîtrait, et ses vertus pourraient le céder au dramatisme, à l'intensément vécu que circonscrit son œuvre. Cela signifie qu'elle a pu avoir le cœur gros, non pas la tête enflée. Cette sagesse-là, parfaitement ; et cet art-là, parfois oppressant, qui vous laisse muet, sans donner l'envie de présenter ses condoléances, ses fleurs. Cet art qui donne le sentiment de l'irrémédiable – sinon de l'indicible – et ne serait après tout qu'une peinture obligée, qu'elle fit pour demeurer éveillée plutôt que pour exprimer ses rêves, sa lente peur. Peinture mémoriale...

 

Maintenant que je m'en éloigne, ces toiles me laissent sur un désir, un manque. De quoi, sinon d'une féerie coloriée, de jeux modulés dont je n'ai pas tout retenu ! Je leur dois de me retourner, hésitant. Vers quel appel nostalgique, et – si j'osais écrire – élégiaque ? Comme un chant d'alto qui tente de s'élever et s'inachève, dans le brouillard. Comme l'abandon d'une rose solitaire qui succombe, écartelée et en larmes, sous les coups de barre de l'orage...

Michel DE GHELDERODE

*

Marcel Lecomte (1900-1966) fut le premier a attirer mon attention sur l'œuvre pictural de Rachel Baes (1912-1983). Patrick Spriet lui consacra une excellente biographie : Een tragische minnares. Rachel Baes, Joris Van Severen, Paul Léautaud en de surrealisten (Leuven, Van Halewyck, 2002, 328 p.).

Ce n’est pas par hasard que le biographe place une citation de Cocteau en exergue de son livre : « Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité ».

Maîtresse de Joris van Severen, « Leider » du Verdinaso, intime de Paul Léautaud et des surréalistes, Rachel Baes a épousé toutes les contradictions du vingtième siècle, déployant un dandysme à la fois attachant, souvent émouvant, parfois irritant. Avec le talent de l’écrivain pur-sang — il vous prend à la gorge dès les premières pages —, Patrick Spriet, critique littéraire de l’excellente revue Kruispunt, allie la ténacité du fin limier à la rigueur de l’historien. Il réussit le tour de force, mine de rien, d’apporter des éléments non seulement inédits mais surtout insoupçonnés, même des spécialistes des milieux tellement divergents dans lesquels Rachel Baes évoluait avec une véracité spontanée frisant l’insolence (ou l’inconscience). Journalistes affairistes de l’immédiate avant-guerre, marchands de tableaux, peintres, écrivains et gendelettres — et la faune parasite qui les entoure — sont évoqués avec précision et une pointe d’humour toute anglo-saxonne. Après d’innombrables péripéties souvent savoureuses et parfois navrantes, Patrick Spriet a eu accès, non seulement au journal inédit de Rachel Baes, mais aussi à ceux de Joris van Severen, le Chef du Verdinaso assassiné à Abbeville en 1940. Il brosse de plus une large fresque où figurent e.a. Léautaud, bien sûr, mais aussi Breton, Cocteau, Éluard, Ghelderode, Lecomte, Magritte, Michaux, Mesens, Toussaint et ces veuves inénarrables que furent Consuelo de Saint-Exupéry et Renée Maeterlinck.

Amoureux de son sujet, certes, mais de cet amour courtois qui se nourrit d’une distance lucide et stimulante, Patrick Spriet opère par touches et retouches et, de l’enfance dans un milieu artistique et grand bourgeois du Bruxelles élégant de l’avant-guerre à cette vieillesse paranoïaque recluse en Bruges-la-Morte et taraudée par une mesquine persécution cléricale, le portrait est tiré comme par enchantement.

La quête de Rachel Baes ne fut pas de tout repos, loin de là, mais aucun obstacle, ni les arrogances d’un lointain héritier vipérin par ignorance et par souci de s’affirmer, ni la mauvaise foi patente d’un collectionneur imbu de gloriole, ne purent décourager la volonté têtue de Patrick Spriet qui nous vaut le plaisir de ce maître-livre. Un éditeur avisé n’hésitera pas à le publier en traduction, car il s’adresse en premier lieu à un public francophone.

Rachel Baes a trouvé un biographe à la taille de son excentricité.

Henri-Floris JESPERS

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 23:00

 

C'était aux bouches de l'Escaut

Dans une vieille cité vide

Qui épinglait le ciel humide

Aux mâts pourris de ses bateaux.

 

Il me disait : Ne pleure pas,

Demain la mer aura notre âge,

Nous livrerons à notre rage

Tous les pays que tu voudras.

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 18:00

 

À l'automne du temps se peut-il que j'atteigne

L'état, la perfection d'une lisse châtaigne,

Qui, lasse d'endosser l'effroi du hérisson

Devant la douce mort désarme sans frisson.

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 13:00

 

Mollement entr'ouverte au fond du val Grenade

meurt d'un excès de fébrile féminité

Y chante l'eau tranquille et la Sierra Nevade

sur le dernier roi more exalte un front nacré.

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 08:38

 

Déjà s'accumule un passé

De mots de gestes encombré

Et vainement j'y cherche un homme

Un rôle à reprendre une voix

Qui ne soit pas de fin décembre

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