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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 07:45

 

GoffinPaerels.jpg

Portrait de Goffin par Willem Paerels, 1936

 

                        Marelle de la poésie

                                                            à Paul Neuhuys

 

Les grands enfants du bout des jeunesses du soir

Après avoir frôlé les herbes et les saules

Avaient cueilli des térébinthes de mouchoirs

Dans l'adieu déchirant d'amoureuses créoles

 

Puis ils avaient connu aux fanfares du Nord

L'épiscopal parfum des lilas fratricides

Et revenus du charme des confiteors

Essayaient de rimer en fleurs d'ophicléide

 

Puis vinrent les illuminations du vin

En étendards d'aurore au bout de la salive

Un catleya de feu d'artifice divin

Au labyrinthe des papilles gustatives

 

Enfin le coup d'archet du grand Paganini

En corolles de lèvre en chair de tubéreuse

Le coup d'archet définitif sur les corps nus

Par les deux rimes opulentes des muqueuses

 

Puis des éclats parfumés de beurre nantais

L'odeur d'ail d'une trattoria cisalpine

L'aube métisse d'un blues aux Lorientais

Et le lasso du jazz aux lèvres églantines

 

Finalement errant de lilas en lasso

Caressant des mouchoirs et des hélicoptères

Les grands enfants écoutaient des rêves d'échos

Dans des parfums de jazz à ne savoir qu'en faire

 

Puis ils voulurent suggérer les feux-follets

Dans une phrase et le jazz dans une harmonie

Les grands enfants couronnés de ciel pur allaient

Jouer à la marelle de la poésie

*

GoffinSources.jpg

Sources du Ciel, Paris, Editions Nizet, 1962, p. 21. Dessin de Félix Labisse. Je conserve pieusement l'exemplaire orné d'un envoi adressé à Emma Lambotte, qui m'en fit don peu avant sa mort... (HFJ)

GoffinLambotte

 

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 09:38

 

Paul Neuhuys demanda un jour à Tristan Tzara, lorsque celui-ci était de passage à Anvers pour une conférence, si dada était le masque de l'érudition, ou l'érudition le masque de dada. Les avant-gardes historiques des années vingt ont toujours fait bon ménage avec

l'érudition. Tout compte fait, la chose est moins surprenante qu'elle n'y paraît : la révolte se nourrit de ce qu'elle refuse. Il faut aux boutefeux de quoi allumer leurs torches et entretenir le brasier. Il s'agit aussi de comprendre ce qu'on refuse. Rimbaud fit ses premières armes dans de laborieuses compositions latines ; Pound et Eliot engagèrent leur révolution du langage poétique en prenant conscience que “toutes les époques sont contemporaines”. L'université, il y a quelques décennies, excommunia l'érudition : les philologues furent sommés de réduire les textes à des grilles d'interprétation, qui se substituèrent aux textes. Les étudiants béats se nourrissaient d'analyses grandioses que leur proposaient des professeurs qui se prenaient pour les prophètes d'une nouvelle science. Il n'était pas bon de passer pour un érudit, soupçonné, à juste titre d'ailleurs, de s'attacher au détail, de vouloir établir des textes et des faits en se vouant à des tâches rigoureuses, mais modestes. Cette époque marquée par l'intransigeance et surtout par l'intolérance envers d'autres méthodes est heureusement révolue : le jargon de pédants souvent ignares a fait long feu. L'érudition a mieux résisté au temps et elle est aujourd'hui en pleine forme. Elle a d'ailleurs toujours constitué une poche de résistance aux outrances de la théorie parce que par sa nature même, elle est rebelle aux généralisations. Son savoir contient une leçon de modestie : elle se sait limitée, incomplète, parcellaire. Servante de l'œuvre et de l'écrivain, elle n'a pas l'intention de se substituer à eux. Elle a une propension certaine à la fantaisie, car elle aime l'imprévu et la surprise ; elle reste habituellement tolérante et, avide de s'informer, pratique naturellement l'écoute et l'ouverture à l'autre. Non dépourvue de coquetterie, elle pêche parfois par maniérisme, ce qui n'aurait certes pas déplu à Paul Neuhuys, et ne déplaît sans doute pas à Henri-Floris Jespers. Je relève encore ce que d'Alembert disait d'elle dans un copieux article de l'Encyclopédie dont j'extrais ce passage :

« Enfin, on aurait tort d'objecter que l'érudition rend l'esprit froid, pesant, insensible aux grâces de l'imagination. L'érudition prend le caractère des esprits qui la cultivent ; elle est hérissée dans ceux-ci, agréable dans ceux-là, brute & sans ordre dans les uns, pleine de vûes, de goût, de finesse, & de sagacité dans les autres : l'érudition ainsi que la Géométrie, laisse l'esprit dans l'état où elle le trouve ; ou pour parler plus exactement, elle ne fait d'effet sensible en mal, que sur des esprits que la nature y avoit déja préparés ; ceux que l'érudition appesantit, auroient éte pesans avec l'ignorance même ; ainsi la perte, à cet égard, n'est jamais grande ; on y gagne un savant, sans y perdre un écrivain agréable. Balzac appelloit l'érudition le bagage de l'antiquité ; j'aimerois mieux l'appeller le bagage de l'esprit, dans le même sens que le chancelier Bacon appelle les richesses : le bagage de la vertu : en effet l'érudition est à l'esprit, ce que le bagage est aux armées ; il est utile dans une armée bien commandée, & nuit aux opérations des généraux médiocres. »

La Fondation Ça ira n'a pas de généraux médiocres et l'érudition que nous y trouvons correspond vraiment à ce que d'Alembert appelait "le bagage de l'esprit". Les vingt et un numéros du Bulletin de la Fondation nous le montrent : certes, il s'agissait au départ de “stimuler et de diffuser des études et des recherches sur les foyers d'avant-garde des années vingt et particulièrement celles concernant Ça ira, son rôle et son influence, ainsi que ses activités éditoriales de 1920 à 1984" ; mais on s'aperçoit, chemin faisant, que l'entreprise, si elle est restée fidèle à son projet initial, a retrouvé presque spontanément l'esprit de fantaisie, la grâce primesautière et le goût de l'inattendu des avant-gardes qu'elle étudie. Les Bulletins de la Fondation sont de ceux qu'on ouvre avec curiosité, qu'on lit toujours avec intérêt, et qu'on referme en se disant qu'on va les conserver précieusement. Les couvertures changent de couleur, les frontispices attirent l'attention, et le contenu souvent étonne et surprend : que penser par exemple du n° 9 consacré aux fous littéraires, où on trouve à la suite d'un article sur Jean-Pierre Brisset, un exposé sur la logique du géomètre, un autre sur Francesco Colonna, et enfin une note sur les origines scandinaves de Max Elskamp ? C'est très exactement ce qu'on pourrait appeler "l'esprit Neuhuys", celui des Soirées d'Anvers, primesautier, imprévu, ironique, impertinent ; c'est cet esprit que l'on retrouve souvent dans les notes et chroniques de Henri-Floris Jespers, “à la fois touffues et légères” comme les caractérisait très justement Pierre Halen dans Textyles.

J'observe que la tendance, aujourd'hui, serait plutôt de mettre l'érudition en réseau et d'en revenir à l'étude des sources et des documents. Mais c'est surtout à l'intersection des spécialités qu'elle est précieuse et qu'elle permet souvent de faire avancer les choses. Le Bulletin de la Fondation Ça ira le montre : c'est en multipliant les perspectives, en décloisonnant les aires linguistiques et culturelles que la diversité des échanges et des interactions apparaît, qu'une richesse nous est restituée et qu'un objet d'étude se constitue vraiment.

Christian BERG

(Professeur émérite, Université d'Anvers)

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 04:48

 

Jos-Leonard_1925.jpg

Jos Leonard, Composition 25, huile sur papier, 1925

Contrairement à Paul Neuhuys, “pimpant, allègre, (...) poète chic, (...) homme de lettres dont raffolent les demoiselles”, rimant “comme un marquis” et “spirituel comme Voltaire”(1), Paul Joostens est déjà en 1919 profondément marqué par cette morose misanthropie et ce sentiment aiguisé de l’absurde qui ne feront que s’affirmer avec plus de force sinon de violence. Une longue missive adressée au peintre Jos Léonard (1897-1952) révèle déjà tous les thèmes qu’il développera jusqu’à l’extrême dans ses écrits ultérieurs : éloge de la paresse, haine de la nature et du bourgeois, misogynie pathologique, élitisme et pessimisme culturels incurables :

« Je ne crois pas que l’homme soit fait pour le travail. Ceci en passant, pour satiriser l’énorme pesanteur de l’enthousiasme artistique ou de la productivité — ou faut-il que l’usine fabrique à l’infini — camisole de force. (...) Non, le travail n’est pas tellement indispensable, mais bien de se sentir libre et d’être, à ses propres yeux, le premier. »

« Ne crois pas que la nature travaille avec intelligence — elle est bête. La sensation visuelle que nous avons héritée doit être exterminée par notre pensée. Mais je ne construis plus de systèmes philosophiques, ce sont des châteaux de cartes. »

« Ma constitution est forte — et ma ligne de vie est bonne. Mais vivre selon mes principes n’est pas mon fort. »

« Il est clair que les idéaux sont sans valeur. »

« L’homme et la femme sont irréductiblement étrangers l’un à l’autre. (...) L’homme le plus fort est encore plus faible que la dernière des femmes. »

(Lettre à Jos Leonard, 1921)

HFJ

 

(1) Lettre de W. KONINCKX à P. NEUHUYS, 27 décembre 1919, coll. privée.

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 07:18

 

Du 14 septembre au 3 octobre 1957 Joostens expose à la Galerie Saint-Laurent à Bruxelles, conjointement avec Michel Seuphor avec lequel il était mortellement brouillé depuis 1932. Il avait étroitement associé son vieil ami Paul Neuhuys aux différentes phases de la préparation de cette exposition, et comptait bien sur lui “pour écraser les sales mouches qui viendraient à s’échapper du nez globe-trotter du très illustre cabinet Seuphorifique.” Il semble bien que Neuhuys ait tâté le terrain en vue d’une collaboration de Joostens à temps mêlés, mais il aura certes préféré ne pas insister vu l’opinion tranchée de Joostens sur le regain d’intérêt pour Dada. En témoignent ces quelques extraits d’une longue lettre assez incohérente, datée du 30 septembre 1957.

(Inédit, collection privée.)

HFJ

*

Rendez-vous au champ d’Honneur réservé aux bébés mort-nés dans Dada. Le bourgeois et l’homme des Lettres Belles nous disent : Dada ? ça n’existe plus … c’est une foutaise de rupins. Oui, mais si les archéologues-folkloristes de Dada encensent seulement en Dada les crevés pour la cause voici 50 ans! Comme quoi il est indécent d’être dada en vie. Les vrais Dada c’est des garnements qui ont percé la barricade, après ils doivent se contenter d’être des Morts glorieux.

Les écrivains jadis dada n’ont pas le droit de ressusciter Dada ou de prolonger leurs expériences selon la terminologie trouvée jadis dada. [...]

Encore un Dedi Dodo Dada Tutu Baba Bobu d’oublié ! Mais nous ne disposons que d’une page(pour vous). Soyez heureux on figure parmi les dada, il nous reste encore quelques Tombes ouvertes …

Nous (c.à.d. l’Archigénie Nantje Berckelaers alias Seufor) nous venons à la rescousse de l’Esprit Nouveau ! En tête de liste Nous(les critiques) nous inventorions les Dépouilles signalées dans la Revue Le Minotaure. Nous réinventons les squelettes des Tombes des Dadaïstes inconnus (méconnus) morts de la gravelle voyelle. Dide, Popo Papa, cucu Pipi. [...]

Il y aura une Caserne et une Église Dada, un sous-off et un sous clergé. Le pape est nommé Bonze Dada de St. Pierre. […]

Sans l’argot, Freud et Proust, le Dada serait encore au Dodo.

Paul JOOSTENS

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 20:31

 

joostens.jpgPaul Joostens (1889-1960)

 

Avec les romantiques ont passé les idéalistes pauvres. Moi, je hais la pauvreté. Je veux que l'artiste se ressente du sang chaud dans les veines et qu'il donne du trop plein. Il ne suffit pas de manger à sa faim. C'est le surplus de la vie qui importe. De peur de diminuer la force vivante qui fait l'œuvre d'art, je me défends toute amativité, toute parole, tout rayonnement, je m'efforce constamment à la concentration. Je reproche aux beaux parleurs-peintres, d'appauvrir l'œuvre d'art. Avant tout 'soyez riches' c.-à-d. ayez la qualité.

J'ai l'idée de création et de destruction. Révolutionnaire n'est pas seulement celui qui hurle pour les autres, mais surtout celui qui détruit en lui-même les attaches du passé-mort. Ainsi je prends conscience des valeurs de la réalité. Ceux d'aujourd'hui ne se reconnaissent que dans l'image du passé. On a parlé d'un art chiffré, de l'époque des catacombes, des hiéroglyphes. Ce n'est rien de tout cela. Il ne s'agit pas de 'réussir' quelque motif usé ou de le représenter d'une façon autre.

Il faut l'audace de la sensation. Et puis le marchand de tableaux est désappointé parce qu'il n'en a pas pour son argent. Surtout donnez lui de la couleur travaillée. Or je veux le minimum de matière. Plus de couleurs mais des reflets, un minimum d'effort manuel et un maximum de qualité. Une transposition qualitative des valeurs n'est pas une solution. Certains s'appliquent à peser et mesurer les objets. Pour ceux là le tableau est à base scientifique. Ils s'évertuent à découvrir les lois régissant les corps invertes. L'art n'est pas de la science mais de la sensation.

Richesse individuelle, première vertu.

J'ai rêvé d'un art dont la cérébralité servirait de repoussoir au sensualisme. Faire un tout qui est la vie. Il est des intentions sur lesquelles personne n'a le droit de nous questionner. Secret individuel et subconscient. Une femme, la femme, mes sensations, moi, et quoi vous osez me demander, vous avez l'audace de violer l'esprit? D'où ce besoin du pourquoi et du comment? Qu'as tu besoin de connaître la raison? Vas t'en et retourne à tes vieux maîtres.

Regarde, donne toi la peine. Voici ce que nous avons reçu, voici ce que nous avons à dire; ensuite interroge toi, scrute donc les racines de ta chair, éclaire ton intelligence et puis l'art n'est pas une science, c'est de la sensation.

Je sais pour moi-même; que m'importent les cerveaux creux et les fainéants héréditaires! Supposons que je t'ai expliqué ce que chaque trait, chaque forme, chaque couleur signifie, à quoi cela te servirait-il? Regarde, la ligne et la couleur parlent. Que tes yeux s'efforcent de découvrir le rythme comme l'oreille écoute la musique. Les manuels de théories cubistes se vendent chez tous les libraires.

Paul JOOSTENS


(Sélection, no 2, 15 septembre 1920. L'article – reproduit tel quel – est suivi du dessin “Le révolutionnaire”.)

JoostensLe-revolutionnaire.jpg

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 06:51

 

HIstoired-O.jpg

Il y aura bientôt quarante-deux ans, le 15 septembre 1972, un inspecteur-général de l’administration belge des douanes et de l’octroi signait une circulaire relative aux livres interdits à l’importation ou exclus du transport postal et ferroviaire. Il s’agissait à une écrasante majorité, bien sûr, de livres écrits dans la langue de Molière. Le dessinateur Alidor et l'hebdomataire satirique Pan, qui affirmaient avec une belle constance ironique que le français est la langue de la perversité, en firent faire des gorges chaudes.

Parmi les dizaines de pornos à l’eau de rose, dont seuls les pseudonymes sous lesquels se cachaient les tâcherons sous-payés de la fesse morose témoignaient de quelque créativité, figurent en bonne place — à côté d’immortels chefs-d’œuvre tels Hello Blondie, Les harpes de Lesbos, Heures voluptueuses, Haut les seins et autre Lora la ChienneJours tranquilles à Clichy d’Henry Miller et L’anti-vierge d’Emmanuelle Arsan qui, elle, ne méritait pas tant l’interdiction que le pilori — pour médiocrité. Sont évidemment anathèmes Histoire d’O de Pauline Réage et Histoire de l’œil de Lord Auch (pseudonyme de Georges Bataille dont l’œuvre fait actuellement l’objet des soins tout particuliers de la Katholieke Universiteit Leuven) ainsi que la traduction néerlandaise de la Justine du marquis de Sade, entré, lui, noblesse oblige, à la Bibliothèque de la Pléiade.

*

Histoire d'O, édité en France, interdit à l'importation. Mais le public flamand, lui, restait scandaleusement exposé à la perversité francaise. En effet, la traduction néerlandaise, publiée par une maison d'édition anversoise, ne tombait pas sous le coup de l'administration des douanes...

Les titres sont révélateurs, en principe..., mais voilà, le pavillon ne couvre pas toujours la marchandise : interdit à l’importation l’Histoire de la volupté d’Isidore Isou… et De brede rug van de Nederlandse maagd (Elle a bon dos la vierge néerlandaise), un recueil d’articles d'actualité de Rinus Ferdinandusse, connaisseur distingué des polars et surtout redoutable commentateur politique du très respectable hebdomadaire hollandais Vrij Nederland.

Henri-Floris JESPERS

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 03:49

 

h4.jpg

Paul Joostens (à droite) et le peintre Mark Verstockt, 1960

Une exposition en deux épisodes sur l’œuvre et l’univers de Paul Joostens 

Épisode 1 : 1.3 – 15.6.2014
Épisode 2 : 28.6 – 14.9.2014

*

Cinema Joostens explore en deux épisodes l’œuvre et l’univers de l’artiste anversois d’avant-garde Paul Joostens (1889-1960). Le premier épisode de Cinema Joostens se concentre sur ses dessins et tableaux, tandis que le second volet porte sur ses collages et assemblages. L’univers de Paul Joostens se déploie comme une composition de surprenantes facettes : s’il présente tout d’abord des traits de ressemblance avec le cubisme et le dadaïsme, il acquiert dans les années 1920 un style entièrement personnel, proche de celui des primitifs flamands. Le titre Cinema Joostens renvoie à la passion de l’artiste pour les films et les vedettes de cinéma.

Les textes, dessins, peintures, collages et assemblages de Paul Joostens ont été rassemblés pour la première fois en près d’un quart de siècle, examinés et redatés si nécessaire. Il en résulte une rétrospective présentant une multitude de nouvelles perspectives et découvertes. Les curateurs sont également parvenus à recueillir du matériel cinématographique inédit et toute une série d’œuvres jamais exposées, issues de collections privées belges et étrangères.

JoostensKatzw.jpg
Un catalogue bilingue contenant des textes et illustrations a été édité à l’occasion de Cinema Joostens. Cette publication est un condensé d’une nouvelle étude artistico-scientifique consacrée à l’œuvre et à la démarche de Paul Joostens. La première et la seconde partie de cet ouvrage paraîtront respectivement le 1er mars et le 28 juin. Le premier tome contient divers clichés jamais publiés pour la plupart, ainsi que plus de 400 illustrations de dessins, peintures, collages et assemblages. Le tome 2 rattache l’œuvre de Paul Joostens à des disciplines telles que le cinéma, la philosophie et la psychanalyse, et contient des textes inédits rédigés de sa main.

 

Mu.ZEE, Romestraat 11, B 8400 Oostende

E infoatmuzee.be

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 00:41

 

PaulDermeePortrait.jpg

Paul Dermée

Les relations cordiales entre Paul Dermée et Paul Neuhuys furent scellées à Anvers. Le volant d'Artimon (Paris, Collection “Z”, Jacques Povolozky & Cie, 1922) adressé à Neuhuys (un des quelques exemplaires d'auteur sur vélin) en témoigne: « À Paul Neuhuys / en souvenir des récentes / heures anversoises / très amicalement / Paul Dermée »

DermeeARTIMON.jpg Le 8 novembre 1922, Paul Dermée donne une conférence au club Artès à Anvers, intitulée « Défense du lyrisme nouveau ». Enfin, en janvier 1923 il publie un poème dans le no 20 de Ça Ira ! :


Bar Marin


                                       À Maurice Van Essche

Lanterne de papier huilé – chauds yeux mis-clos

Gloire des rues interdites aux matelots

 

Les bourdons policiers se cognent à vos vitres

Bar ô cactus éclos sur les décombres de la nuit

 

Les rêves les regrets le désir étendard

Halots d'ivresse sur les visages que j'ai baisés

 

De la flamme de punch qui tremble sur les verres

Une torsade de typhon s'élève rauque comme une rixe

 

Les murs sont pavoisés de glaces de mirages

Combien de cicatrices écrivent mes voyages

 

ô bruit des vagues halètement des flots énamourés

Accordéon magicien des cœurs nomades

 

Quels grains menacent sous les paupières plombées des filles

Les phalènes des Tropiques ce sont leurs bagues et leurs rires

 

Dans les bouteilles lumineuses d'aurore

Chante l'embellie des départs matinaux

 

À Saïgon à Dakkar ou à Vera Cruz

Toujours la même abeille a bourdonné

autour de mon col de toile bleue

 

Elle chante laï-ta-li-va

Les beaux pays où je n'aborderai pas

*

Au sommaire du même numéro 20 figurent e.a. un très beau texte de Pascal Pia in memoriam René Edme (représentant de Ça Ira ! à Paris), un poème Marcel Arland et de Georges Pillement. Les « somptueux » tapis modernistes de Jan Cockx sont présentés par Maurice Van Essche.

Paul Neuhuys y publie son étude sur Céline Arnauld (voir notre blogue du 3 février) et des notes de lecture consacrées à Henri Vandeputte (Dictionnaire ajoutez un adjectif en ique), à Odilon-Jean Périer (Notre Mère la Ville) et à Robert Goffin (Jazz-Band, avec une préface de Jules Romains).

Ce sera l'ultime numéro de Ça Ira !.

Le numéro “Dada” [no 16, novembre 1921) fut notre perte, soulignera Neuhuys dans ses mémoires,“car si nos rangs grossissaient, nous souffrions d'une sordide pénurie d'abonnés. Au point que Willy Koninckx proposait d'insérer dans chaque numéro un bulletin de désabonnement pour la facilité de nos lecteurs.”

*

Les éditions Ça Ira demeureront encore quelques mois actives, publiant en 1923 Guêpier de diamants de Céline Arnauld, L'Œuvre plastique de Paul Joostens de Georges Marlier, Les Rêves et la jambe de Henry Michaux et Le Zèbre handicapé de Paul Neuhuys (avec un portrait de l'auteur par Floris Jespers). Le groupe s'attellera à l'organisation d'expositions en tous points remarquables.

Paul Neuhuys relèvera l'enseigne des éditions en 1932. Il les dirigera jusqu'à sa mort en 1984.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 14:06

 

CelineSignature.jpg

Le 27 février 1923, Céline Arnauld écrit à Paul Neuhuys: « Je vous remercie de votre si aimable et clairvoyante étude sur moi, parue dans Ça Ira. Excusez-moi de ne pas vous avoir écrit jusqu'à présent, mais j'espère vous voir cet été et vous remercier personnellement de votre sympathie. »

*

Paul Dermée, plus âgé que les jeunes avant-gardistes de l'après-guerre, participa aux revues Sic et Nord-Sud, à Littérature (malgré l'antipathie et le mépris que Breton éprouvait à son égard), à Dada et à 391. Il publia deux revues éphémères auxquelles les principaux dadaïstes parisiens participèrent : en mars 1920, l'unique numéro de Z (8 pages) ; fin décembre 1923, Interventions, “Gazette internationale des Lettres et des Arts (no 1, décembre 1923, no 2, janvier 1924 – les deux numéros étant tirés simultanément).

*

Dermee.jpg

 Le 7 août 1922, Paul Dermée signale à Maurice Van Essche, directeur-administrateur de Ça ira !, qu'il séjournera en Belgique pour quelques jours et qu'il voudrait le voir. Le même jour, il adresse une carte-postale à Paul Neuhuys – « Pourrais-je vous voir chez vous ce jeudi et à quelle heure? » Le 16 août, Dermée (qui séjourne chez Neumann à Cologne), écrit une seconde carte-postale à Neuhuys: « Nous avons vu à Anvers, notre ami Van Essche avec qui nous avons passé une excellente soirée. ». Neuhuys, lui, séjourne au Grand Hôtel Corneliusbad à Aix-la-Chapelle. Arnauld et Dermée proposent de le demander à son hôtel, le vendredi 18 août vers 11 heures.

Dermee2.jpg

J'ignore si cette entrevue a eu lieu. Quoi qu'il en soit, une relation très amicale se nouera entre les rédacteurs de Ça ira ! et Paul Dermée et son épouse Céline Arnauld.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)


Souscrivez gratuitement à notre Newsletter (voir colonne de droite). Vous recevrez un courriel vous informant de chaque nouvelle publication concernant e.a. Céline Arnauld et Paul Dermée.

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 12:00

Neuhuys.Boudens.jpg

Paul Neuhuys (1897-1984), xylographie de Luc Boudens (2000) d'après un dessin de Floris Jespers (1923)


Céline Arnauld apporte dans la poésie moderne un délicat tempérament féminin. Sa poésie jaillit de source comme une eau fraîche.

Dans les "Poèmes à Claires Voies", Céline Arnauld s'égare avec volubilité sur les sentiers inconnus de l'absurde. Elle y recueille une poésie blanche comme un pommier d'avril. Le lyrisme de Céline Arnauld respire une jeune allégresse. C'est fini de chercher la vérité au fond d'un puits désséché. Les poètes lui ont appris le vol lumineux des mots et elle mène les idées comme une ronde de petits enfants insouciants et gais. “On comprend tout à l'envers, dit elle, et c'est mieux”

Les formes de la poésie moderne se prêtent aux multiples ressources de la sensibilité féminine. C'est un matin clair pour le cœur de la femme.

Des bras de fillettes demeurent suspendus

Au cou de la lumière...

Céline Arnauld s'est débarrassée des tendresses romantiques. Mme Desborde Valmore fut, elle aussi, un poète maudit. La poésie d'aujourd'hui demande à ses adeptes un cœur nouveau, le cœur “trempé à la chaux”.

Avec un esprit éminemment féminin, Céline Arnauld se plaît à conter des histoires enfantines, l'histoire de l'ours qui attrape des guêpes avec sa patte, celle de l'esthète qui d'un seul coup renverse une locomotive dans le fossé. Elle s'abandonne entièrement au mouvement d'expansion que lui procure sa conscience. Elle aime la campagne, sa faune et sa flore. Les claires voies des chemins s'ouvrent sur le mystère familier des choses. Elle préfère l'inoffensif orvet des champs à l'aspic de Cléopâtre et quand elle ferme les yeux elle conserve au fond d'elle-même une riante vision du monde. Comme le témoigne la petite pièce “Paupières” toute pénétrée d'une tendre ironie:

 

La margelle ouvre sa fenêtre

aux moissonneurs du ciel

et les guinguettes tendent l'oreille

à la musique des branches ensoleillées.

 

Par le chemin que le soleil défend

sans pensées ni regrets

le printemps entre en sifflant

dans le parc parasol

où les enfants sous le poids des sabots

étouffent le chuchotement des routes.

 

Le lilas s'ouvre et raconte sa peine à tous les passants

La fille du notaire a mis son chapeau rose

et la lune en bonnet descend vers la vallée

Alors les chicorées ont éclaté de rire

et toutes les banques ont fermé leur crédit à l'amour

 

Mais le puits s'est enivré de ruisseaux passions

Et la margelle s'est close sur tant de souvenirs

 

La poésie de Céline Arnauld s'échappe dans tous les sens et décèle un perpétuel besoin de mouvement. Elle dira:

Les étoiles changent de place à chaque regard

Il résulte aussi de cette poésie une souveraine impression de blancheur. Tout y est blanc comme l'aube, blanc comme l'archet et dans “Point de Mire” Céline Arnauld dira:

Là-bas, les tombes s'ouvrent comme des lys.

Si les hommes cherchent le rameau d'or, les femmes lui préfère le miroir d'argent. Céline Arnauld poursuit une poésie modeste mais exempte de médiocrité. Sous toute sa douceur passe, par instant, un sentiment de profonde humanité:

 

Surtout ne regarde pas avec indifférence

Les morts te trahiront

Ce sont eux les loyaux les rêveurs d'opium

La transparence de notre esprit

Qui ne supporte pas le tombeau

Ni le suicide du cœur...

 

Mais les bras qui se tendent

Possession immense de ce moi d'amour

De verve intérieure et d'incompréhension

 

L'âme flotte au bord du mystère. La poésie est une arme élégante braquée sur l'inaccessible point de mire qui se dérobe dans le vent, dans l'eau, dans la flamme. Et l'on a moins de chance de toucher ce point mouvant par toute l'attention de l'esprit que par la charité du cœur.

Céline Arnauld est une Shéhérazade qui invente des chansons pour ceux qui comme elle ont besoin d'apaiser leurs colères, leurs regrets. Ella a quitté délibérément la voie traditionnelle et conduit sur une colline ensoleillée la meute joyeuse des images.

Paul NEUHUYS

(Ça ira !, no 20, janvier 1923, pp. 203-205)

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