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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 00:41

 

PaulDermeePortrait.jpg

Paul Dermée

Les relations cordiales entre Paul Dermée et Paul Neuhuys furent scellées à Anvers. Le volant d'Artimon (Paris, Collection “Z”, Jacques Povolozky & Cie, 1922) adressé à Neuhuys (un des quelques exemplaires d'auteur sur vélin) en témoigne: « À Paul Neuhuys / en souvenir des récentes / heures anversoises / très amicalement / Paul Dermée »

DermeeARTIMON.jpg Le 8 novembre 1922, Paul Dermée donne une conférence au club Artès à Anvers, intitulée « Défense du lyrisme nouveau ». Enfin, en janvier 1923 il publie un poème dans le no 20 de Ça Ira ! :


Bar Marin


                                       À Maurice Van Essche

Lanterne de papier huilé – chauds yeux mis-clos

Gloire des rues interdites aux matelots

 

Les bourdons policiers se cognent à vos vitres

Bar ô cactus éclos sur les décombres de la nuit

 

Les rêves les regrets le désir étendard

Halots d'ivresse sur les visages que j'ai baisés

 

De la flamme de punch qui tremble sur les verres

Une torsade de typhon s'élève rauque comme une rixe

 

Les murs sont pavoisés de glaces de mirages

Combien de cicatrices écrivent mes voyages

 

ô bruit des vagues halètement des flots énamourés

Accordéon magicien des cœurs nomades

 

Quels grains menacent sous les paupières plombées des filles

Les phalènes des Tropiques ce sont leurs bagues et leurs rires

 

Dans les bouteilles lumineuses d'aurore

Chante l'embellie des départs matinaux

 

À Saïgon à Dakkar ou à Vera Cruz

Toujours la même abeille a bourdonné

autour de mon col de toile bleue

 

Elle chante laï-ta-li-va

Les beaux pays où je n'aborderai pas

*

Au sommaire du même numéro 20 figurent e.a. un très beau texte de Pascal Pia in memoriam René Edme (représentant de Ça Ira ! à Paris), un poème Marcel Arland et de Georges Pillement. Les « somptueux » tapis modernistes de Jan Cockx sont présentés par Maurice Van Essche.

Paul Neuhuys y publie son étude sur Céline Arnauld (voir notre blogue du 3 février) et des notes de lecture consacrées à Henri Vandeputte (Dictionnaire ajoutez un adjectif en ique), à Odilon-Jean Périer (Notre Mère la Ville) et à Robert Goffin (Jazz-Band, avec une préface de Jules Romains).

Ce sera l'ultime numéro de Ça Ira !.

Le numéro “Dada” [no 16, novembre 1921) fut notre perte, soulignera Neuhuys dans ses mémoires,“car si nos rangs grossissaient, nous souffrions d'une sordide pénurie d'abonnés. Au point que Willy Koninckx proposait d'insérer dans chaque numéro un bulletin de désabonnement pour la facilité de nos lecteurs.”

*

Les éditions Ça Ira demeureront encore quelques mois actives, publiant en 1923 Guêpier de diamants de Céline Arnauld, L'Œuvre plastique de Paul Joostens de Georges Marlier, Les Rêves et la jambe de Henry Michaux et Le Zèbre handicapé de Paul Neuhuys (avec un portrait de l'auteur par Floris Jespers). Le groupe s'attellera à l'organisation d'expositions en tous points remarquables.

Paul Neuhuys relèvera l'enseigne des éditions en 1932. Il les dirigera jusqu'à sa mort en 1984.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 14:06

 

CelineSignature.jpg

Le 27 février 1923, Céline Arnauld écrit à Paul Neuhuys: « Je vous remercie de votre si aimable et clairvoyante étude sur moi, parue dans Ça Ira. Excusez-moi de ne pas vous avoir écrit jusqu'à présent, mais j'espère vous voir cet été et vous remercier personnellement de votre sympathie. »

*

Paul Dermée, plus âgé que les jeunes avant-gardistes de l'après-guerre, participa aux revues Sic et Nord-Sud, à Littérature (malgré l'antipathie et le mépris que Breton éprouvait à son égard), à Dada et à 391. Il publia deux revues éphémères auxquelles les principaux dadaïstes parisiens participèrent : en mars 1920, l'unique numéro de Z (8 pages) ; fin décembre 1923, Interventions, “Gazette internationale des Lettres et des Arts (no 1, décembre 1923, no 2, janvier 1924 – les deux numéros étant tirés simultanément).

*

Dermee.jpg

 Le 7 août 1922, Paul Dermée signale à Maurice Van Essche, directeur-administrateur de Ça ira !, qu'il séjournera en Belgique pour quelques jours et qu'il voudrait le voir. Le même jour, il adresse une carte-postale à Paul Neuhuys – « Pourrais-je vous voir chez vous ce jeudi et à quelle heure? » Le 16 août, Dermée (qui séjourne chez Neumann à Cologne), écrit une seconde carte-postale à Neuhuys: « Nous avons vu à Anvers, notre ami Van Essche avec qui nous avons passé une excellente soirée. ». Neuhuys, lui, séjourne au Grand Hôtel Corneliusbad à Aix-la-Chapelle. Arnauld et Dermée proposent de le demander à son hôtel, le vendredi 18 août vers 11 heures.

Dermee2.jpg

J'ignore si cette entrevue a eu lieu. Quoi qu'il en soit, une relation très amicale se nouera entre les rédacteurs de Ça ira ! et Paul Dermée et son épouse Céline Arnauld.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)


Souscrivez gratuitement à notre Newsletter (voir colonne de droite). Vous recevrez un courriel vous informant de chaque nouvelle publication concernant e.a. Céline Arnauld et Paul Dermée.

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 12:00

Neuhuys.Boudens.jpg

Paul Neuhuys (1897-1984), xylographie de Luc Boudens (2000) d'après un dessin de Floris Jespers (1923)


Céline Arnauld apporte dans la poésie moderne un délicat tempérament féminin. Sa poésie jaillit de source comme une eau fraîche.

Dans les "Poèmes à Claires Voies", Céline Arnauld s'égare avec volubilité sur les sentiers inconnus de l'absurde. Elle y recueille une poésie blanche comme un pommier d'avril. Le lyrisme de Céline Arnauld respire une jeune allégresse. C'est fini de chercher la vérité au fond d'un puits désséché. Les poètes lui ont appris le vol lumineux des mots et elle mène les idées comme une ronde de petits enfants insouciants et gais. “On comprend tout à l'envers, dit elle, et c'est mieux”

Les formes de la poésie moderne se prêtent aux multiples ressources de la sensibilité féminine. C'est un matin clair pour le cœur de la femme.

Des bras de fillettes demeurent suspendus

Au cou de la lumière...

Céline Arnauld s'est débarrassée des tendresses romantiques. Mme Desborde Valmore fut, elle aussi, un poète maudit. La poésie d'aujourd'hui demande à ses adeptes un cœur nouveau, le cœur “trempé à la chaux”.

Avec un esprit éminemment féminin, Céline Arnauld se plaît à conter des histoires enfantines, l'histoire de l'ours qui attrape des guêpes avec sa patte, celle de l'esthète qui d'un seul coup renverse une locomotive dans le fossé. Elle s'abandonne entièrement au mouvement d'expansion que lui procure sa conscience. Elle aime la campagne, sa faune et sa flore. Les claires voies des chemins s'ouvrent sur le mystère familier des choses. Elle préfère l'inoffensif orvet des champs à l'aspic de Cléopâtre et quand elle ferme les yeux elle conserve au fond d'elle-même une riante vision du monde. Comme le témoigne la petite pièce “Paupières” toute pénétrée d'une tendre ironie:

 

La margelle ouvre sa fenêtre

aux moissonneurs du ciel

et les guinguettes tendent l'oreille

à la musique des branches ensoleillées.

 

Par le chemin que le soleil défend

sans pensées ni regrets

le printemps entre en sifflant

dans le parc parasol

où les enfants sous le poids des sabots

étouffent le chuchotement des routes.

 

Le lilas s'ouvre et raconte sa peine à tous les passants

La fille du notaire a mis son chapeau rose

et la lune en bonnet descend vers la vallée

Alors les chicorées ont éclaté de rire

et toutes les banques ont fermé leur crédit à l'amour

 

Mais le puits s'est enivré de ruisseaux passions

Et la margelle s'est close sur tant de souvenirs

 

La poésie de Céline Arnauld s'échappe dans tous les sens et décèle un perpétuel besoin de mouvement. Elle dira:

Les étoiles changent de place à chaque regard

Il résulte aussi de cette poésie une souveraine impression de blancheur. Tout y est blanc comme l'aube, blanc comme l'archet et dans “Point de Mire” Céline Arnauld dira:

Là-bas, les tombes s'ouvrent comme des lys.

Si les hommes cherchent le rameau d'or, les femmes lui préfère le miroir d'argent. Céline Arnauld poursuit une poésie modeste mais exempte de médiocrité. Sous toute sa douceur passe, par instant, un sentiment de profonde humanité:

 

Surtout ne regarde pas avec indifférence

Les morts te trahiront

Ce sont eux les loyaux les rêveurs d'opium

La transparence de notre esprit

Qui ne supporte pas le tombeau

Ni le suicide du cœur...

 

Mais les bras qui se tendent

Possession immense de ce moi d'amour

De verve intérieure et d'incompréhension

 

L'âme flotte au bord du mystère. La poésie est une arme élégante braquée sur l'inaccessible point de mire qui se dérobe dans le vent, dans l'eau, dans la flamme. Et l'on a moins de chance de toucher ce point mouvant par toute l'attention de l'esprit que par la charité du cœur.

Céline Arnauld est une Shéhérazade qui invente des chansons pour ceux qui comme elle ont besoin d'apaiser leurs colères, leurs regrets. Ella a quitté délibérément la voie traditionnelle et conduit sur une colline ensoleillée la meute joyeuse des images.

Paul NEUHUYS

(Ça ira !, no 20, janvier 1923, pp. 203-205)

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 14:19

 

CelineEtPaul.jpg

Le premier tome des Œuvres complètes de Céline Arnauld et Paul Dermée (Paris, Classiques Garnier, Bibliothèque de littérature du XXe siècle, tome 9, 2013, 606 p.) est consacré à Céline Arnauld. Cette « scrupuleuse édition » (dixit Marc Dachy) est établie par l'historien de la littérature Victor Martin-Schmets, éditeur (entre autres) des Œuvres complètes de Henri Vandeputte.

« Il y a beaucoup à sauver et à découvrir dans cette poésie parfois datée mais habitée, œuvre oubliée d'une dadaïste qui refusa le surréalisme » note Marc Dachy. Je lui donne parfaitement raison.

*

La lecture de Courrier Dada (dont j'attends déjà avec impatience la prochaine livraison) m'incite à publier quelques notes historiques sur Arnaud et Dermée, qui furent en relation avec Paul Neuhuys et Michel Seuphor.

*

Dès 1920 Céline Arnauld prend part aux activités dadaïstes.

391.jpg

Les collaborateurs de la revue 391 (1921). De gauche à droite: au premier rang:Tzara, Céline Arnaud, Picabia, Breton ; au deuxième rang: Péret, Dermée, Soupault, Ribemont-Dessaignes ; au troisième rang : Aragon, Fraenkel, Éluard, Pansaers, Fay.

 

Le 21 mai 1920, les éditions du Sans Pareil que dirige René Hilsum sont les dépositaires du premier (et unique) numéro de la revue Projecteur, dont. Céline Arnauld signe l'éditorial, « prospectus projecteur » :

Projecteur est une lanterne pour aveugles. Il ne marchande pas ses lumières, elles sont gratuites. Projecteur se moque de tout : argent, gloire et réclame – il inonde de soleil ceux qui vivent dans le froid, dans l'obscurité et dans l'ennui. D'ailleurs, la lumière est aussi produite par une pullulation madréporique dans les espaces célestes.

Elle collabore à la revue Dadaphone, figure parmi les signataires des 23 manifestes du mouvement dadaïste (Littérature no 13, 1920), appose sa signature sur le fameux tableau de Francis Picabia « L'Œil cacodylate » (1921) et participe au « supplément illustré » de 391, « Le Pilhaou-Thibaou » (10 juillet 1921) où Picabia se sépare des Dadaïstes, en particulier de Tzara et de Breton. Il les attaque violemment et dénonce « la médiocrité de leurs idées maintenant conformistes. » Picabia répète que «l’esprit dada n’a vraiment existé qu’entre 1913 et 1918… En voulant se prolonger, Dada s’est enfermé en lui-même… »

-aira16.jpgDans le même esprit, Céline Arnauld publie en novembre 1921 un poème dans le fameux numéro 16 (« Dada, sa naissance, sa vie, sa mort. ») de la revue anversoise Ça ira ! Il est recommandé de lire ce poème dans l'optique de ce qui précède...

 

Surnom

Aumône en jachère momie d'Héliogabale

inaugure la jonque bière

pareille aux jonchaies voilées

par la projection des noyés

assoiffés d'imprévu

 

La tambour tue l'angélus

L'andante de la voyante

s'en va dans des ballons de fumée

Agenouillée la mélodie

demande grâce aux forains

 

Si vous vous regardez

comme le violon la sourdine

la miniature de vos cœurs

sera exposée parmi les curiosités

momies du silence et du plain-chant du carrousel

Incoercibles vos tendresses faites d'élucubrations

s'en vont par des chemins de traverse

Le violon évoque des émeutes en broussailles

des rires oubliés au bord des étangs

et la loterie de vos cœurs

crucifiée sur le trèfle porte-bonheur...

 

Je n'ai pas encore compris

pourquoi dans leurs yeux kaléidoscope des regards caustiques

est mort le dernier reflet humain

*

Dans la dernière livraison de Ça ira ! (no20, janvier 1923), Paul Neuhuys consacra un article à Céline Arnauld que je mettrai demain en ligne.

Henri-Floris JESPERS

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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 22:52

 

CourrierDada.jpg

Marc Dachy m'adresse la première livraison de Courrier Dada, datée du 7 janvier. Il annonce d'emblée la couleur: “Il sera fait une critique terrible de tous les livres, revues ou manuscrits envoyés à Marc Dachy”.

À bon entendeur, salut !

HugnetDictionnarre.jpg

Les éditions Bartillat annoncent une réédition revue et augmentée du Dictionnaire du dadaïsme de Georges Hugnet (580 p.) dont je dispose d'une originale datant de 1976 (Paris, Jean Claude Simoën, 365 p.). La critique de Marc Dachy m'épargne une dépense inutile de 25 €, et me procure le malin plaisir de citer ici longuement le commentaire de l'érudit historiographe de Dada – tout en élaguant son exposé des nombreux exemples combien éloquents qui corroborent la critique.

Si Bartillat ne prend pas la sage décision de retenir la diffusion de ce livre pour le corriger et le réimprimer – nous avons sous les yeux un exemplaire du service de presse – la “poubellication” (la formule de Lacan s'impose) de ce « non-livre » risque de faire date et honte à l'histoire de l'édition française. Il ne doit pas y avoir eu beaucoup de livres en librairie comportant plus de 300 erreurs grossières : dans les noms propres, les titres, sans compter fautes de grammaire et d'orthographe ou quelques erreurs historiques […] Ce dictionnaire entrepris par Hugnet (1906-1974) vers 1955, fut interrompu, repris, interrompu à nouveau. Hugnet mourut sans l'achever voici 40 ans, laissant un travail obsolète au possible. […] Il parut en 1976 chez Simoën truffé d'erreurs hideuses. […] Non seulement les erreurs originales de 1976 subsistent mais on en trouve plus. […] Bertillat présente cela comme une édition « revue et augentée ». Augmentées d'erreurs, sans aucun doute. Car aucun correcteur ne s'est penché sur ce manuscrit qui n'a pas même été révisé par l'un de ces correcteurs intégrés aux logiciels. Travail bâclé donc, à tous les niveaux. Les notices suivies sporadiquement de références bibliographiques trahissent une méconnaissance abyssale. [...] Déjà mal mis à l'eau en 1976, le projet Hugnet, tel un paquebot d'actualité récente, s'enlise piteusement dans une mare d'erreurs qui abîment l'œil du lecteur et offusquent les connaisseurs.

*

Marc Dachy signale également le premier tome des Œuvres complètes de Céline Arnauld (1885-1952) et Paul Dermée (1886-1951), qui formèrent un couple très lié au point que Céline Arnauld ne voulut survivre plus de quelques semaines à son mari. Ce couple emblématique fut lié à la revue anversoise Ça ira !. Nous y reviendrons.

Henri-Floris JESPERS

Courrier Dada, c/o Marc Dachy, 6 rue Boissonade, 75014 Paris

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 22:20

 

PNFlouquet.jpg

Pierre-Louis Flouquet, Paul Neuhuys

Con Dada raggiungemmo il supremo approdo al sentimento poetico moderno. Dada, così come mi è successo di dirlo scherzando, consiste nell'abbattere per scritto le cose che non si reggono in piedi. Dada instaura una potente logica negativa. Inverte radicalmente la direzione dell'intelligenza. Dada non ha nulla in comune con tutto ciò che pensate perché Dada non si pensa. Non scrollate le spalle.

Lo scandalo dada con la sua potenza di negazione ha un significato molto vasto. Apparentemente è un movimento creato da spiriti universali. Ai giorni nostri Pico della Mirandola sarebbe forse Dada. Dada non è affatto un fenomeno. Risponde alle esigenze filosofiche del momento. Cerca di dissimulare la realtà oggettiva per tuffarsi nelle profondità ultra-realiste dell'inconscio. Il movimento dada, per quanto negativo possa apparire non è non di meno scaturito da ricerche trascendenti dello spirito umano.

Ci basti ricordare il matematico Henri Poincaré la cui famosa teoria della comodità gettò perplessità nel mondo accademico. Secondo Henri Poincaré, ciò che appare come essenzialmente vero allo spirito dell'uomo non sarebbe che il più eminentemente comodo.

Così i matematici ed in particolare la geometria euclidea non possono avere, dal punto di vista assoluto, nessun senso.

Le nostre concezioni più rigorosamente esatte sono in realtà approssimative. La strada più breve da un punto all'altro non è, a ben guardare la linea retta. Allo stesso modo è discutibile che la terra sia un poliedro in rotazione intorno al sole. Senz'altro è quanto i nostri sensi hanno immaginato di più comodo ma forse siamo immobili ed è la realtà oggettiva che si muove intorno a noi. Abbiamo evidentemente una tendenza a scegliere il principio più conforme alla fragile struttura dei nostri organi e tutti i nostri pensieri poggiano necessariamente sull'assurda concezione che abbiamo dello spazio.

In un ordine di idee analogo, la filosofia di Bergson si collega alla critica dell'idea di tempo. Il dadaismo è un risultato della filosofia intuitiva.

Bergson ci rappresenta l'intelligenza come strettamente adatta alla materia e, con ciò, incapace di percepire la durata e l'estensione in quanto qualità pura.

Soltanto l'intuizione a delle opportunità di risolvere queste antinomie disdegnando l'intelligenza a vantaggio dell'istinto.

Poiché il cervello non può rappresentarsi il tempo e lo spazio che nei limiti della materia, è importnate non arrendersi all'evidenza del mondo sensibile, ma di affidarsi a ciò che Bergson chiama i "dati immediati della coscienza".  È obbedendo a quest'impulso profondo che possiamo  evadere dai rozzi concetti della ragione umana. Invece di attenerci alla visione comune del mondo, procediamo ad un'esplorazione del mondo non organizzato dove tutto è in perpetua creazione.

L'individuo è, secondo la filosofia di Bergson, "la combinazione variabile del passato".

Il principio di identità deve far posto allo "slancio vitale" che riflette l'incessante cambiamento dell'universo e che deborda ogni canalizzazione.

Così è, brevemente, questa filosofia presso la quale tanti sistemi precedenti perdono, in gran parte, il loro significato.

Dada non sarebbe dunque nient'altra cosa che questo sforzo per liberarsi dei concetti relativi della ragione umana. Si tratta per lui di abolire le categorie. È per questo che Dada non vuole illuminare nulla. Gli basta di intravedere per alcuni istanti lontani lucori di assoluto tra i frammento in movimento che lo slancio vitale lascia dietro sé.

Paul NEUHUYS, 1921

 [Traduzione di Elisa Cardellini]

http://dada100.over-blog.it/articles-blog.htlm





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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 20:39

 

Trois CD sur un tourniquet à la librairie Filigranes. Voilà l’endroit où j’ai trouvé cette petite perle. Trois CD qui rassemblent le meilleur des littératures belges de langue française, avec chaque fois la voix des témoins aussi improbables que Salvador Dali, James Ensor, Paul Nougé, Paul Neuhuys, Marcel Mariën. Que demander de plus ? Quelle heureuse initiative et quel travail de bénédictin pour rechercher et numériser ces témoignages sonores principalement  enfouis dans les archives de la RTBF...

Morceaux choisis

Le premier CD commence avec James Ensor. Qui mieux qu’Ensor pouvait inaugurer la ligne du temps de l’avant-garde en Belgique. Le ton cérémonieux des accents toniques du XIXe siècle se marie avec son discours subversif pour nous faire revivre l’inauguration de son exposition au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (1929). Nous continuons notre périple avec Pascal Pia qui nous parle de Clément Pansaers  «  dont la grande admiration était Joyce. C’était certainement un des tous premiers lecteurs de Joyce. Il connaissait Joyce. Il avait lu une partie d’Ulysse, je pense en manuscrit chez Sylvia Beach. Il en avait lu dans Little Review. Il faisait une grande propagande pour Ulysse. J’le vois encore dans un bar du boulevard des Capucines cherchant à placer à des ivrognes anglo-saxons des bulletins de souscriptions pour Ulysse. »

Cl-mentUN-copie-1.jpgClément Pansaers et son fils Ananga (1921, coll. Fondation ça ira)

Louis Aragon en parle également passionnément: « Dans l’autre guerre, Pansaers en Belgique avait besoin de gagner sa vie et de manger comme tout le monde. Et il avait finalement trouvé du travail. Il était devenu le précepteur des enfants de Carl Sternheim. Carl Sternheim était officier allemand occupant la Belgique. J’ai ensuite souvent parlé de lui avec Mopse Sternheim par exemple. Et lorsque les Allemands ont quitté le pays. Il était naïvement et simplement pensant n’avoir rien fait de mal sur le pas de sa porte. Et les gens qui passaient dans la rue sont tombé sur lui, l’ont injurié, sali, battu, et laissé pour mort. Alors il a quitté son pays et il est venu en France. »

Il y a tellement de passages d’anthologie que le choix est cornélien. Comment ne pas penser à la thèse de Francis Mus lorsque Paul Neuhuys s’exclame : « Avermaete, c’était Clarté, c’était Romain Rolland, c’était Jules Romain, c’était Duhamel, tandis que nous, on voulait aérer notre maison, aller au plus audacieux ! »

Enfin, comment oublier le ton sarcastique d’André Souris tentant à chacune de ses interventions de se distancier des surréalistes français ou même de relativiser le terme de surréalisme. Le compositeur est aussi un homme plein d’humour. Nous écoutons avec plaisir l’assemblée s’esclaffer à ces paroles savoureuses: « J’ai eu alors l’idée d’écrire un collage,(…) une juxtaposition de petits airs qui n’avaient entre eux rien de commun sinon leur débilité… Ça s’appelait Musique. À l’époque, les concerts dominicaux se donnaient au théâtre de la Monnaie le samedi et le dimanche. Et j’ai eu l’honneur d’avoir comme interprète le célèbre et remarquable chef d’orchestre français François Ruhlmann qui, au vu de ma partition, était atterré. Quand je suis arrivé de province pour la répétition générale, il m’a convoqué dans son cabinet. Et alors il m’a dit : «  Mais mon pauvre ami, mais il n’y a rien dans votre partition. » Alors je lui ai répondu : « Non, mon maître, bien sûr, mais vous allez voir dans la salle… »

Robin de SALLE

(à suivre)

« Dada, Pansaers Et Correspondance (1917-1926) » dans : L'anthologie sonore de l'Avant-garde en Belgique, 1917-1978, Volume 1, Bruxelles, éd. Sub Rosa ( 149-151 Avenue Ducpétiaux 1060 Bruxelles info@subrosa.net ), 07 Nov 2005.


Tracklist

1. James Ensor - Discours Prononcé A L'Occasion De Son Exposition Rétrospective Au Palais Des Beaux-Arts De Bruxelles En 1929 (1:32 )

2. Pierre Bourgeois - Clément Pansaers, 1919, Les Roses Rouges (0:47 )

3. Albert Lepage - Clément Pansaers, Au Diable Au Corps (Rue Aux Choux) (0:46 )

4. Pascal Pia - Clément Pansaers Et James Joyce (2:10 )

5. Louis Aragon - Je Pense A Clément Pansaers (2:57 )

6. Philippe Soupault - Clément Pansaers A Paris (1:25 )

7. Paul Neuhuys - Lettre De Clément Pansaers, L'Opposition Aux Dadaïstes Français Et L'Affaire Du Portefeuilles (1:05 )

8. Clément Pansaers Jr - Clément Pansaers, Mon Père (1:13)

9. Paul Neuhuys - Clément Pansaers, Les Dernières Lettres (2:23)

10. Paul Neuhuys - La Fondation De Ça Ira! (3:39)

11. Franz Hellens - Tous Les Vents Me Traversent Et Testament (2:14)

12. Robert Guiette - Henri Michaux Et Camille Goemans (2:11)

13. Henri Michaux - Ecce Homo (Issu De L'Espace Du Dedans) Lu Par Gabriel Séverin (1:38)

14. Marcel Lecomte - Vers L'Extra-Littérature (0:54)

15. André Souris - Correspondance (5:40)

16. Marcel Lecomte - 1923 (1:56)

17. Marcel Mariën - Paul Nougé, L'Opposition A André Breton (2:54)

18. André Souris - Lettre De Paul Nougé A André Breton (1:44)

19. Marcel Mariën - Une Définition Possible De Paul Nougé (1:01)

20. Paul Nougé - Correspondance (2:11)

21. Salvador Dali - Impressions Sur Nougé Et Goemans (1:08)

22. Robert Guiette - Camille Goemans (3:23)

23. André Souris - Camille Goemans, L'Homme Surréaliste (7:54)

24. Marcel Lecomte - Aspects De L'Éthique Surréaliste (1:01)

25. André Souris - L'Événement De La Salle Mercelis Et Ce Qui S'En Suivit (11:01)

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 11:26

Voici quelques articles parus ces derniers mois sur l'excellent blog dada100, animé par Elisa Cardellini.

 


http://dada100.over-blog.it/articles-blog.html

 

PaulNeuhuystwee.jpgPaul Neuhuys


Paul NEUHUYS: Clément Pansaers, “Paria in demolizioni”, 1921


http://dada100.over-blog.it/article-testimonianze-paul-neuhuys-clement-pansaers-paria-in-demolizioni-1921--43142967.html


Paul NEUHUYS: Dada, 1921


http://dada100.over-blog.it/article-testimonianze-paul-neuhuys-dada-1921--37991845.html


Paul NEUHUYS: André Breton è anche un teorico del dadaismo, 1921


http://dada100.over-blog.it/article-testimonianze-paul-neuhuys-andre-breton-e-anche-un-teorico-del-dadaismo-andre-breton-est-aussi-un-theoricien-du-dadaisme-1921--37948259.html


Paul NEUHUYS: Francis Picabia, poeta tragico


http://dada100.over-blog.it/article-profili-dada-paul-neuhuys-francis-picabia-poeta-tragico-francis-picabia-poete-tragique-1921--37948661.html


Paul NEUHUYS: Tristan Tzara capofila del gruppo dada


http://dada100.over-blog.it/article-paul-neuhuys-tristan-tzara-en-tete-du-groupe-dada-1921-37948184.html


Paul NEUHUYS: La pleiade dada


http://dada100.over-blog.it/article-dada-dalla-rete-paul-neuhuys-la-pleiade-dada-la-pleiade-dada-1921-37948761.html


Thierry NEUHUYS: Ricordi di infanzia & di Dada (Clément Pansaers):


http://dada100.over-blog.it/article-segnalazioni-librarie-thierry-neuhuys-souvenirs-d-enfance-de-dada-clement-pansaers-2008-43393839.html



Henri-Floris JESPERS: Pierre Albert-Birot. Poeta e tipôgrafo.


http://dada100.over-blog.it/article-henri-floris-jespers-cipm-pierre-albert-birot-poete-et-typographe-sic-37950268.html


Georges Henri DUMONT, La rivista “Ça ira” tra communismo e dadaismo.


http://dada100.over-blog.it/article-saggio-georges-henri-dumont-la-rivista-a-ira-tra-comunismo-e-dadaismo-a-revue-a-ira-entre-communisme-et-dadaisme-34931558.html


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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 19:43


“Qu'un petit livre suscite l'attention en racontant n'importe quoi (ou presque), c'est étrange, rare, c'est Belge. Écrit en 1922 par un certain Paul Joostens, Salopes est un texte définitivement dada: déconstruit, aléatoire et joyeusement chaotique. Son auteur est un peintre d'avant-garde marqué par le futurisme et le cubisme. Lorsqu'il prend la plume, son souci de modernité se manifeste encore. De quoi est fait Salopes? D'images folles et de phrases absurdes. Quelques vagues repères sont posés (un pays qui s'appelle Éléphantide, visité par Salopette et Monsieur Babilo) et c'est parti pour 37 pages destinées à offenser la raison. […] Grâce à Salopes, on comprend que se moquer du monde est un art authentiquement littéraire.” (Amaury da Cunha, Le Monde, 20 novembre 2009).

*

Paul Joostens livra Salopes aux éditions Ça Ira en 1921, l'année de la parution, aux mêmes éditions, de L'Apologie de la paresse de Clément Pansaers. La publication de Salopes. Le quart d'heure de rage ou Le soleil sans chapeau sera effective en 1922, un an avant que Ça Ira ne publie Les Rêves et la Jambe de Henry Michaux.

(Voir également le blog du 6 novembre)

Paul JOOSTENS, Salopes, Paris, Allia, 2009, 43 p., 6,10 €. ISBN: 978-2-84485-330-I

 


Paul Joostens

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 20:53


Ça ira, numéro 16, novembre 1921

Le vernissage, demain à partir de 18h30, de l'exposition PAB au 'centre international de poésie Marseille', sera suivi d'interventions d' Arlette Albert-Birot, d' Isabelle Krzywkowski et de Frédéric Acquaviva et de la diffusion d'inédits sonores et visuels de PAB.

Conçue par Frédéric Acquaviva, cette exposition est organisée dans le cadre du festival actOral. auquel le cipM s'associe depuis quelques années en présentant une personne emblématique du croisement des écritures et des arts, choisie parmi les avant-gardes du vingtième siècle.

Ainsi, après – en 2007 – Henri Chopin, pionnier de la poésie sonore, éditeur de la revue OU, cinéaste expérimental et artiste ; puis Gil J Wolman, le poète des mégapneumes, le cinéaste de L’Anticoncept, l’éditeur des éditions inconnues, ce sera pour cette année 2009 le poète Pierre Albert-Birot, l’éditeur de la revue (SIC), le poète-typographe, l’auteur du légendaire Grabinoulor.

Frédéric Acquaviva, le concepteur des trois expositions, publie “Une Pandémie” dans le Cahier du Refuge 183 d'octobre 2009, dont voici deux extraits:

Comme des hommes peuvent être attirés vers le même type de femme, j’ai pour ma part une attirance certaine – de nature différente – pour les artistes, forcément poètes, capables d’inventer dans de multiples domaines où souvent ils sont paradoxalement perçus comme de simples amateurs, ce qui en général leur vaut de passer dans la salle d’attente avant d’espérer établir leurs quartiers dans des lieux un peu plus fréquentés.

[…]
Naturellement – c’est la raison d’être de cette exposition – m’a également captivé la modernité de PAB typographe, comme en témoignera en 1964, l’édition par Ian Hamilton Finlay de son poème-pancarte « Paradis » (Wild Hawthorn Press), aussi le fait qu’il n’attende plus d’éditeur, sans savoir qu’il fait des livres d’artistes, cette niche à venir. C’est sans doute la même pulsion qui poussa le génial compositeur Carlo Gesualdo à s’acheter de quoi imprimer lui-même ses partitions au chromatisme subtil et avancé. J’imagine sans mal un PAB dans les années 80 se servant de son ordinateur pour en sortir quelques exemplaires, c’est Gil Wolman avec ses Éditions Inconnues. La permanence du geste avant-gardiste est quelque chose qui surprend par la totale répétition de son impossible absorption par le monde contemporain.

Ainsi, on pourra voir lors de cette exposition les 41 opuscules édités par PAB de son vivant, en dehors des 25 poèmes visuels restants qui appartiennent désormais au Cabinet d’art graphique du Centre Pompidou et des 17 poèmes en guise de vœux annuels (De temps en temps), qu’il imprima de 1953 à 1967 et envoya à ses amis, avant qu’Arlette ne poursuive cette tradition. Ces livres, pour qui les a eus entre les mains, sont d’un aspect unique, fragiles et précieux, simples et évidents, dans cette facture typographique décantée de tout effet, modernes et anti-bibliophiliques. Et si effet il y a, c’est l’explosion de La Lune (que l’on revoie Dentelle que j’ai choisi pour être l’affiche de cette exposition !). Là encore, frappe toute une descendance, sinon la Poésie visuelle et concrète, les Dactylopoèmes de Chopin, les Poèmes prints de John Giorno... On dirait que le temps d’incubation est révolu.

*

Pierre Albert-Birot figure au sommaire du numéro 16 de Ça ira, 'Dada, sa naissance, sa vie, sa mort'. Paul Neuhuys, qui reverra PAB en 1959 aux Biennales de la Poésie à Knokke, le considérait comme l'un des rares dadas français. Dans ses Mémoires à dada (Bruxelles, Le Cri, Coll. Les Évadés de l'Oubli, 1996), il notera:

Face à ces deux géants que furent Pound et Joyce, et compte tenu que Picabia était d’origine espagnole, Pansaers belge, on peut dire que les seuls Ribemont-Dessaignes, Pierre Albert-Birot et Benjamin Péret sont d’authentiques dadas français. Tous trois figurent au sommaire de notre numéro dada. Ribemont, avec une petite pièce, Zizi de Dada, qui nous valut des démêlés avec notre imprimeur parce qu’elle se terminait par : « Je suis le Pape, nom de Dieu » ; Pierre Albert-Birot, avec un fragment dialogué entre Poire et Cœur, Drame pour acrobates : la scène représente un clair de lune, Poire et Cœur s’étreignent, la lune tombe par terre, on baisse le rideau — la lune tombe par terre était la trouvaille ; et enfin Péret, avec le poème Réforme. Il est certainement celui des dadas qui rappelle le plus Jarry et la pataphysique. Dans Mort aux vaches et au champ d’honneur, il fera dire à un de ses personnages : « La défense nationale c’est moi, et moi j’ai envie de dormir. »



Pierre Albert-Birot: L'homme coupé en morceaux

*

En 1968, à l’occasion de l’anniversaire de sa femme, Neuhuys avait invité Henri Chopin, le libraire Petithory et Mme Albert-Birot à déjeuner. Celle-ci lui confia que dans la thèse de Sanouillet sur Dada “ce qu’il y a de plus intéressant c’est l’index”.

Henri-Floris JESPERS



centre international de poésie Marseille
Centre de la Vieille Charité - 2, rue de la Charité - 13236 Marseille Cedex 02
tel : 04 91 91 26 45 - fax : 04 91 90 99 51
www.cipmarseille.com - cipm@cipmarseille.com
entrée libre

ouvert du mardi au samedi, de 12h à 19h
bibliothèque : du mercredi au samedi, de 14h à 19h

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