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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 08:50

LcomteMansarde

Marcel Lecomte chez lui ( photo : Georges Thiry)

Un passionnant entretien avec Philipe Dewolf sur Marcel Lecomte, hier après-midi, m'incite à publier ici le texte que Paul Neuhuys lui consacra dans le numéro d'hommage de mai 1967 de Fantasmagie, (bulletin trimestriel du CIAFMA, centre international de l'actualité fantastique et magique).

HFJ

 

LecomteFantasmagie.jpg


J'ai rencontré pour la première fois Marcel Lecomte du temps où il faisait son service militaire et où il était, je crois, caserné à Anvers, vers les années 20... J'habitais alors la rue du Moulin, ainsi dénommée parce que c'est une rue qui tourne, comme la fortune.

Crâne tondu, en uniforme kaki, Marcel Lecomte venait me lire son poème « Irène », écrit dans les serres chaudes du désenchantement. Ce qui le caractérisait déjà à cette époque, c'était une certaine coquetterie : la coquetterie de la lenteur.

Dans ses « Applications » comme dans ses « Démonstrations », Marcel Lecomte vit dans l'hyperspace cryptique du rêve, ce tâtonnement hors du temps. Sa poésie bien élaborée entre peinture et philosophie, ce sont des rêves formulés à voix haute. Nul comme lui ne connaît l'art de décomposer les gestes et je crois que Michaux lui doit sa « Ralentie ».

« Il m'apparut, dit-il, que la création de mythes pouvait mieux m'aider à vivre que la perception du réel imédiat. » Et c'est à partir du « Règne de la Lenteur » que la métaphore devient symbole, se hausse jusqu'au mythe et du mythe jusqu'aux archétypes des dieux grecs:

De quels traits se formeraient les Dieux, s'ils n'étaient marqués de signatures astrales, de celles des plantes et des réseaux ls plus délicats et complexes de la pierre ? De quels traits se formeraient-ils s'ils n'étaient l'alphabet des métamorphoses ?

De loin en loin, à travers bientôt un demi-siècle, Marcel Lecomte, lorsqu'il était de passage à Anvers, venait me relancer. Il me téléphonait : Mon cher, je suis à la Taverne de la Paix ou quelque chose d'approchant. J'y courais, car que ne gagne-t-on en si transcendante compagnie ? Il me parlait alors de ses voyages et de ses lectures : Il avait été en Thuringe sur les traces de Hölderlin ; en Provence, à la découverte des Albigeois. Il me parlait soit de Paracelse, soit de Corneille Agrippa : Tu sais, concluait-il, que le monde invisible existe, mais il ne s'occupe pas de nous.

Aujourd'hui, spectateur effacé, il a quitté cette terre de chair.

Paul Neuhuys

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Published by ça ira! - dans littérature
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