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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 23:23

 

EekhoudAMVCcover.jpg

À Anvers se tiendront bientôt deux remarquables expositions qui illustrent à souhait la volonté de la Flandre de considérer ses écrivains francophones comme faisant part entière de son patrimoine culturel.

Les « World Outgames » sont l'occasion rêvée pour organiser une rétrospective sur la vie, l'œuvre et l'engagement de Georges Eekhoud (1854-1927). Cet auteur flamand francophone né à Anvers a consacré son œuvre aux parias et laissés-pour-compte de la société. Il fut l'un des premiers à aborder dans ses romans l'homosexualité sous un angle positif, ce qui lui a d'ailleurs valu un procès retentissant en 1900.

La Letterenhuis (Maison des Lettres, le nouveau label du AMVC, Musée et Archives de la Vie Culturelle Flamande) se concentre sur la vie personnelle et sur l'engagement social, anarchiste et pacifiste de Georges Eekhoud. L'exposition fait également la part belle à son procès et à l'action de solidarité menée par les auteurs belges et étrangers afin de soutenir le roman Escal-Vigor. Les journaux ainsi que la correspondance révèlent que l'auteur flamand n'était pas uniquement familiarisé avec l'aspect platonique de l'amour masculin...

La salle Nottebohm de la Erfgoedbibliotheek (bibliothèque patrimoniale) Hendrik Conscience, une des plus belles de Belgique et des Pays-Bas, met de son côté l'accent sur les nombreuses relations littéraires et internationales d'Eekhoud, notamment Magnus Hirschfeld, Numa Praetorius, Oscar Wilde, André Gide, Jacob Israël de Haan, Jacques d'Adelswärd-Fersen (“l'exilé de Capri”) et les membres anversois de la rédaction du journal Ontwaking (Le Réveil).

Ces deux expositions, d'un intérêt que l'on ne saurait sous estimer, sont organisées en collaboration avec le Fonds Suzan Daniel. Du 27 juillet au 25 août. Vaut le déplacement !

LoinDuTumulte.jpg

Dans son second recueil Loin du Tumulte   (1919), préfacé par Max Elskamp, Paul Neuhuys publia un poème dédié à Georges Eekhoud :

 

L’Histoire, trop souvent, s’est livrée à la Nuit...

L’Histoire, cette fière et robuste bacchante,

Qui lamentablement, depuis trois ans, enfante

Le monstrueux fœtus, tout sanglant, d’aujourd’hui.

 

Vous les déshérités, arsouilles et lendores,

Vous, qui n’avez jamais quitté le sol flamand,

Ô mes bons compagnons je vous déclare grands,

Vous que l’abjection léthifère dévore.

 

Oui, j’ai senti vos cœurs, à mes côtés, surgir;

Se laissant mutiler de leur patrie ardente,

Brutes, si vous voulez, mais brutes émouvantes,

Car rien n’est empoignant comme un voyou martyr.

 

Je vous invoque ici, citoyen Georges Eekhoud;

C’est à vous que je dois, en ces jours assombris,

D’avoir su pénétrer, d’un regard attendri,

L’héroïsme navrant d’un obscur coude à coude.

 

Amour du genre humain, généreuse utopie,

Je t’embrasse, en dépit des sanglantes tempêtes;

Ô gueux, c’est parmi vous que naissent les poètes;

Vous avez leur orgueil lyrique de la vie.

 

Et quand l’Histoire veut rappeler aux despotes,

Le degré le plus bas de servitude humaine,

Elle se sert d’un nom pesant comme une chaîne,

Ce nom qui indigna tous les cœurs: les Ilotes.

Paul NEUHUYS

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 20:08

Alain Germoz 16 april 2012 3 Photo: Bert Bevers (16 avril 2012)


Frappé d'une thrombose cérébrale, l'écrivain Alain Germoz (pseudonyme d'Alain Avermaete) est décédé hier soir 27 avril à Anvers.

Personnage effacé mais combien attachant, il rédigea au début du siècle une notice biographique :

Né en 1920. Entame des études d’architecture pendant l’occupation nazie, et résiste à la morosité ambiante grâce à l’écoute des grands du jazz. Aide des amis juifs. Dès le déferlement des bombes volantes sur Anvers, se lance dans le journalisme. En 1945-46, correspondant de NewYork, notamment pour la revue Artès. Sous l’impression de New York City Ballets, exécutés à l’Opéra d’Anvers et ailleurs. Suivent les pièces de théâtre, puis des poèmes qui se démarquent des tendances en vogue dans les années vingt, quand Anvers, avec Ostaijen, Joostens, Neuhuys, Seuphor et bien d’autres, flirtera avec le dadaïsme et autres « -ismes ». Estimant l’activité littéraire incompatible avec le journalisme (tel qu’il est pratiqué à l’époque), il renonce pendant trente ans à publier, sans abandonner l’écrit. Fin quatre-vingts, il revient avec quelques recueils (poèmes, aphorismes, nouvelles), évite autant que possible de participer à la « vie littéraire », renonce par conséquent aux distinctions et prix littéraires, à l’exception du Prix Adam, décerné à Archipel qu’il a crée pour promouvoir la littérature internationale dans le domaine francophone et faire connaître des auteurs "connus", méconnus, inconnus ou oubliés, sans distinction de style ou de genre.

*

Cocteau souligne qu’il y a des œuvres longues qui sont courtes (et d’autres, courtes mais hypnotiques et interminables...).Mais Germoz, lui, est l’auteur (le facteurdirait Bachelard) de textes qui semblent courts, mais dont les ramifications multiples et diversifiées méritent largement cette approche attentive et consciencieuse qui leur a trop souvent été déniée.C’est que son œuvre participe d’une volonté d’effacement et de dépersonnalisation.

Conscient que c’est pour quelques mordus qu’on se lance dans les opérations les plus despérées, Germoz constate :

Aujourd’hui, le riz condé a un goût âcre et les cris de Paul McCartney ou de Harold Pinter se perdront dans le grand silence hypocrite de l’indifférence intéressée. Que périssent nos valeurs, les pleutres sont au garde-à-vous.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)


« Dossier portatif. Alain Germoz : Aujourd’hui, le riz condé a un goût âcre », in Bulletin de la Fondation Ça ira, no29, 1ertrimestre 2007, pp. 13-29.

Mise en ligne fin avril 2008 sur le blog ça ira ! :

http://caira.over-blog.com/article-18888706.html

http://caira.over-blog.com/article-18888747.html

http://caira.over-blog.com/article-18888797.html

http://caira.over-blog.com/article-18888814.html

*

 

Cf également

http://mededelingen.over-blog.com/article-alain-germoz-gisteren-overleden-118766041.html

 

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 12:21

 

Agenda2.jpg

 

Les mots tirés au hasard hors d’un chapeau claque

 

Coquecigrue et coquelourde sont des vocables

irrévocablement équivoques

 

Je ne sache pas que

le boulier compteur

se donne en spectacle

à l’ordinateur

 

Œdipe  œdème  se prononcent comme edelweiss

bésicles de béryl se contractent dans bril

 

Comme eût dit Montaigne

Saperdeboere    Sabre de bois

le gascon y parviendra

si le français n’y peut suffire

 

 
Paul NEUHUYS

L’Agenda d’Agénor, Anvers, Ça Ira, 1984

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 20:21

 

 

Kapotte potten                       Krakende wagens

 payer les pots cassés sur un wagon qui craque

 

       Kribbelkrab de kwakzakver

          griffonnage de charlatan

 

   Français   Flamand   pour Agénor

     c'est boterbloem ou bouton d'or

 

Du latin de cuisine aux cuirs gallo-romains

 

Hâbleur       vertugadin

sont palabre espagnol

 

       Carosse caresse

       cortège italien

 

               Baroque véranda

               marmelade portugaise

 

Alcool              alambic

nous viennent d'Arabie

 

                                     et si son canif

                                           tombe de sa redingote

                                                                    sur le boulingrin

                                     knife reading-coat bowlinggreen

                                     Monsieur Jourdain parle franglais

 

Paul NEUHUYS

(L'Agenda d'Agénor, Anvers, Ça Ira, 1984)

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 20:56

MemoiresaDada.jpg

 

Quand on le prenait pour un poète dada, Paul Neuhuys s'en défendait.« N'est pas dada qui veut ! » disait-il. Il entendait par là qu'on ne devient  pas un poète dada, on naît  dada … Ou on ne l'est pas.

Il n'empêche, souligne Thierry Neuhuys

que de tous les mouvements d'avant-garde qui suivirent les deux guerres du vingtième siècle, c'est Dada qu'il plaça en tête, parce que le plus pur. Et le plus pur parce qu'il a toujours fait échouer toutes les tentatives de récupération, non pas en résistant, mais en disparaissant « avec la plus virevoltante désinvolture ».

Il ne cessa pas de montrer son attachement à Dada, et lui resta fidèle jusqu'au bout. En témoignent : le titre de son dernier recueil : L'Agenda d'Agénor (1984) ; ce qu'il en a dit dans une ultime émission de la télévision flamande (BRT 1984) ; ses écrits publiés après sa mort dans les Mémoires à Dada (Le Cri 1996).

thierry-neuhuys---kris-kenis---luc-neuhuys.jpg

Thierry Neuhuys, Kris Kenis, Luc Neuhuys (lecture de poèmes, galerie De Zwarte Panter, Anvers, 2000)

*

Après avoir feuilleté l' Agenda d'Agénor, nous reviendrons ici sur les Mémoires à Dada, œuvre posthume éditée par Luc et Thierry Neuhuys.

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 08:01

 

Neuhuys1922

Paul Neuhuys, 1922

Le billet de Rik Sauwen, publié ici le 8 juillet 2009, évoque une superbe émission télévisée consacrée à Paul Neuhuys.

Le 15 septembre 1985, la BRT diffusa sur sa seule chaîne télévisée une émission intitulée  Dada Tristesse, cadrant dans une série d’émissions littéraires Moeder Vlaanderen en haar Franstalige Kinderen (‘Mère Flandre et ses enfants francophones’), lancée par le producteur Dirk Christiaens. La série s’était donné pour objectif de familiariser le public flamand avec une partie peu visible de son patrimoine culturel, et ce dans une série de portraits d’écrivains tels Michel de Ghelderode, Jean Ray, André Baillon, Eugène Baie, Michel Seuphor, Neel Doff, etc. L’émission Dada Tristesse, sous-titrée L’Agenda d’Agénor, réalisée par Patrick Conrad, est sensiblement différente du reste de la série, vu qu’elle combine une fiction poétique de Patrick Conrad avec des fragments d’interview de Paul Neuhuys.

Cf.

http://caira.over-blog.com/article-33609141.html

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 12:00

 

PaulNeuhuystwee.jpg

 

Après le Septentrion suivi d'Octavie voici l'Agenda d'Agénor.

Achevé d'imprimer en juin 1984, cet ouvrage a été composé en caractère Benguiat par les soins de Pierre Leguerrier.Son tirage est limité à 200 exemplaires sur papier Eenhoorn Van Gelder, numérotés de 1 à 200, et 25 exemplaires sur Vergé de Hollande Van Gelder Zonen, numérotés de I à XXV et contenant chacun un poème autographe de l'auteur.


Agénor

 

L'agenda d'Agénor est l'agenda d'un candidat nonagénaire



Vieillard qui prend se sclérose pour de la clairvoyance



L'adage est le propre de l'agenda



Le divorce jouit aujourd'hui d'un tel engouement

que le mariage n'a plus que le érite de la témérité



Vivre à deux c'est ménager son huile de tournesol



Navigation de plaisance : le Kikkerbil croise

le Ribbedebie



la conjonctive n'est pas une membrane mais une muqueuse



Mélisande peigne sa chevelure comme on joue du violoncelle



Quand la beauté se donne un tel prix elle devient laideur



Comme il y a des oiseaux lyre

                                       il y a des poissons scie



Ce que j'aime dans l'aphorisme c'est l'euphorie métaphorique

Paul NEUHUYS

x

Kikkerbil”: cuisses de grenouille.

Ribbedebie zijn”: fuir en hâte. En anversois, les objets peuvent être “ribbedebie”, c'est-à-dire: disparus sans laisser de traces. Étymologie incertaine. Vraisemblablement dérivé de l'argot: “rip” = la mort, et “de bie”, “le chemin” ou de “bie”: parti, disparu.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 10:00

 

OctavieBlog2

Recrudescence des croyances roscruciennes

Signe avant-coureur d'une catastrophe écologique

Parler par énigme sur un terrain vague

Douze petits casiers pour douze illuminés

Bétaugé Canlivi Balscor Sacaverpois

Israël et l'Islam sur le mont Sinaï

Le saphir a ripé sur le microsillon

La fin du monde est le cadet de leurs soucis

Paul NEUHUYS

 

PNfumee.jpg

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 10:00

 

 

OctavieBlog2

Après avoir exploré Octavie proprement dite, voici quelques poèmes extraits de la dernière séquence du recueil, 'Le Cinéma du Samedi': « on sort de chez soi. Le monde extérieur existe. Ce sont les gens et la vie qui reprennent le dessus grâce à la caméra du court-métrage. »

 

Synoptique

 

Mussolini dictateur

resté bloqué dans l'ascenseur

Il aimait les films comiques

tout en se donnant les gants

d'apprécier d'Annunzio et Marinetti

- Fais tout ce que veux, Benito, lui disait sa femme

mais je ne veux pas que mon mari devienne un ivrogne !

Aussi se rabattait-il sur les faisceaux de combat

Se battre est toujours excitant

Les enfants accouraient dans les jupes de leur mère :

Qu'est-ce qu'ils ont tous à gueuler comme ça

quand papa rapplique

Après tant d'années de mariage

nous nous comprenions au doigt et à l'œil

Staline l'appelait le dictateur à l'eau de rose

Paul NEUHUYS

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 10:00

 

OctavieBlog2

Le temps passe si vite avec l'âge

le temps d'un « vous m'en direz tant »

Sans confiance en soi on n'arrive à rien

Carte maîtresse             Carte détresse

 

De quoi est-il mort, le poète ?

lapidé par les bacchantes ?

Poignardé dans le dos par la dame de pique ?

 

Les yeux caves les joues creuses

il nous assurait que la maladie

est toujours le résultat d'un chagrin

le besoin contrarié d'aimer quelqu'un

le plaisir de nous précipiter dans le déplaisir

le chant tant triste du désenchantement

Paul NEUHUYS

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