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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 11:40

 

JoostensLe révolutionnaire

Paul Joostens: "Le Révolutionnaire" (Sélection, no 2, 15 septembre 1920)

 

Dès 1916, 1917, Paul Joostens (1889-1960) s’affirme comme un des représentants les plus radicaux de l’avant-garde anversoise, et il est perçu comme tel par la critique. Il applique les théories cubistes de Gleizes et Metzinger et se laisse séduire par le dynamisme et le simultanéisme futuristes. Son état d’esprit est bien illustré par une lettre inédite, adressée au mécène Fédéric Speeth (1851-1920), datée du 4 septembre 1919, que nous reproduisons intégralement à l'attention des chercheurs.


« Monsieur,

J’ai bien reçu votre honorée lettre et vous remercie chaleureusement. Mon intention n’est pas de vous imposer une théorie quelconque.

Permettez-moi d’offrir à vos réflexions les extraits suivants :

Celui qui veut comprendred’abord, sentir ensuite a tort. – Comprendre c’est raisonner. Il n’y a que le créateur qui raisonne. Le spectateur jouit. L’auteur interprète son sujet et le présente au public sous sa responsabilité. Cette discipline requiert la synthèse. Plus de détails à chicane – on présente des œuvres essentiellement frappantes…L’œuvre existe en elle-même. L’artiste existe en lui-même, et ne prend fond que sur sa sensibilité. Dès lors il nous intéressera. Lorsqu’une œuvre semble en avance sur son époque, c’est simplement que son époque est en retard sur elle.

La peinture évolue tout comme les sciences techniques. Il importe de rendre à la peinture son caractère autonome. La peinture fut descriptive tant qu’elle emprunte des éléments intermédiaires (histoire, allégorie, nature) pour rendre la pensée. La peinture se fait plastique lorsque ses moyens d’expression lui permettent de transposer une réalité intérieure (sentiment, pensée) en une réalité extérieure (visuelle).

Il s’agit de la peinture pure. La valeur du tableau réside non dans sa valeur pratique mais plastique. Il en est qui copient la nature. La nature n’est pas un exemple pour l’artiste, mais elle fait partie du matériel dont il dispose à son gré. L’artiste ne sert pas la nature, mais elle lui est soumise. Lorsque le public ne voit pas la nature dans un tableau, il conclut à l’incapacité de l’artiste.

L’incompréhension apparente de l’art moderne réside dans la difficulté de voir plastiquement. De même qu’il faut l’ouïe musicale pour déchiffrer une symphonie, de même la peinture exige une intelligence plastique. Il en est qui sont doués musicalement, d’autres possèdent le sens de l’art plastique.

Respectueuses salutations.

P. Joostens »

*

L’écho de l’évangile de Gleizes et Metzinger, passionnément prêché par Paul van Ostaijen, est aisément perceptible. Ce dernier avait souligné à souhait que Joostens avait pressenti intuitivement et comme par instinct que le tableau n’imite rien mais présente nûment sa raison d’être. Joostens est un « peintre pensant », car il accepte le principe que l’œuvre d’art a une valeur abolue, indépendamment de la nature. L’art et la nature forment deux univers séparés. Il s’agit de comprendre, dit Joostens, de préférer la raison au au cœur – et c’est pourquoi il adopte la démarche cubiste. La réalité dite objective ne l’intéresse plus. L’art est affaire de l’esprit. Foin de sentimentalité et de sensibilité ! Il s’agit, au contraire, d’analyser et d’interpréter les objets du monde : Nous ne pouvons plus jouir par les yeux du cœur, mais par les yeux de la raison.Ce sont là les vues qu’il développe dans ses interminables missives à Jos Leonard, « pages de journal plus que véritables lettres », dixit Jean F. Buyck, l’éditeur de cette correspondance souvent hilarante.

Acerbes ou même malveillants sinon franchement méchants, parfois lassants ou même pénibles sinon navrants, ces textes ne laissent pas de séduire par leur sincérité, leur extrême originalité et totale indépendance d’esprit. Ils éclairent crûment la personnalité tourmentée et agressive du peintre, sa psyché trouble et habitées d’obsessions désintégrantes. Il s’agit bien, comme l’écrit Buyck, de « l’expression hyper-individuelle d’un tempérament hyper-individualiste ».

Cette correspondance, datant principalement du début des années vingt, révèle la misogynie pathologique de Joostens. Entre l’homme et la femme il n’y a pas de commune mesure. L’homme le plus fort est toujours plus faible que la dernière des femmes. La femme – « le sexe jouisseur » - est spirituellement inférieure et impuissante.

« Nourries du pain légitime ou bien ventre en tire-lire elles servent à la consommation générale et universelle. Toutes, entendez-vous, toutes vivent aux dépens des êtres nobles et mâles que nous sommes. L’homme travaille pour elles (à part les bons maquereaux). Elles sont la marchandise coûteuse. L’article de luxe. La chair se paye comme le saumon et le champagne. (…) Il fait bon n’avoir plus à souffrir de cette plaie rouge – blessure qu’elles nous montrent du soir au matin et vice versa. Le bonheur de mourir, c’est d’être délivré de l’obsession de la femme. »

*

En 1919, 1920 et 1921, Joostens exécute une série de toiles qui constituent incontestablement un des sommets de son œuvre peint.

Henri-Floris JESPERS

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 04:48

 

Jos-Leonard_1925.jpg

Jos Leonard, Composition 25, huile sur papier, 1925

Contrairement à Paul Neuhuys, “pimpant, allègre, (...) poète chic, (...) homme de lettres dont raffolent les demoiselles”, rimant “comme un marquis” et “spirituel comme Voltaire”(1), Paul Joostens est déjà en 1919 profondément marqué par cette morose misanthropie et ce sentiment aiguisé de l’absurde qui ne feront que s’affirmer avec plus de force sinon de violence. Une longue missive adressée au peintre Jos Léonard (1897-1952) révèle déjà tous les thèmes qu’il développera jusqu’à l’extrême dans ses écrits ultérieurs : éloge de la paresse, haine de la nature et du bourgeois, misogynie pathologique, élitisme et pessimisme culturels incurables :

« Je ne crois pas que l’homme soit fait pour le travail. Ceci en passant, pour satiriser l’énorme pesanteur de l’enthousiasme artistique ou de la productivité — ou faut-il que l’usine fabrique à l’infini — camisole de force. (...) Non, le travail n’est pas tellement indispensable, mais bien de se sentir libre et d’être, à ses propres yeux, le premier. »

« Ne crois pas que la nature travaille avec intelligence — elle est bête. La sensation visuelle que nous avons héritée doit être exterminée par notre pensée. Mais je ne construis plus de systèmes philosophiques, ce sont des châteaux de cartes. »

« Ma constitution est forte — et ma ligne de vie est bonne. Mais vivre selon mes principes n’est pas mon fort. »

« Il est clair que les idéaux sont sans valeur. »

« L’homme et la femme sont irréductiblement étrangers l’un à l’autre. (...) L’homme le plus fort est encore plus faible que la dernière des femmes. »

(Lettre à Jos Leonard, 1921)

HFJ

 

(1) Lettre de W. KONINCKX à P. NEUHUYS, 27 décembre 1919, coll. privée.

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 20:31

 

joostens.jpgPaul Joostens (1889-1960)

 

Avec les romantiques ont passé les idéalistes pauvres. Moi, je hais la pauvreté. Je veux que l'artiste se ressente du sang chaud dans les veines et qu'il donne du trop plein. Il ne suffit pas de manger à sa faim. C'est le surplus de la vie qui importe. De peur de diminuer la force vivante qui fait l'œuvre d'art, je me défends toute amativité, toute parole, tout rayonnement, je m'efforce constamment à la concentration. Je reproche aux beaux parleurs-peintres, d'appauvrir l'œuvre d'art. Avant tout 'soyez riches' c.-à-d. ayez la qualité.

J'ai l'idée de création et de destruction. Révolutionnaire n'est pas seulement celui qui hurle pour les autres, mais surtout celui qui détruit en lui-même les attaches du passé-mort. Ainsi je prends conscience des valeurs de la réalité. Ceux d'aujourd'hui ne se reconnaissent que dans l'image du passé. On a parlé d'un art chiffré, de l'époque des catacombes, des hiéroglyphes. Ce n'est rien de tout cela. Il ne s'agit pas de 'réussir' quelque motif usé ou de le représenter d'une façon autre.

Il faut l'audace de la sensation. Et puis le marchand de tableaux est désappointé parce qu'il n'en a pas pour son argent. Surtout donnez lui de la couleur travaillée. Or je veux le minimum de matière. Plus de couleurs mais des reflets, un minimum d'effort manuel et un maximum de qualité. Une transposition qualitative des valeurs n'est pas une solution. Certains s'appliquent à peser et mesurer les objets. Pour ceux là le tableau est à base scientifique. Ils s'évertuent à découvrir les lois régissant les corps invertes. L'art n'est pas de la science mais de la sensation.

Richesse individuelle, première vertu.

J'ai rêvé d'un art dont la cérébralité servirait de repoussoir au sensualisme. Faire un tout qui est la vie. Il est des intentions sur lesquelles personne n'a le droit de nous questionner. Secret individuel et subconscient. Une femme, la femme, mes sensations, moi, et quoi vous osez me demander, vous avez l'audace de violer l'esprit? D'où ce besoin du pourquoi et du comment? Qu'as tu besoin de connaître la raison? Vas t'en et retourne à tes vieux maîtres.

Regarde, donne toi la peine. Voici ce que nous avons reçu, voici ce que nous avons à dire; ensuite interroge toi, scrute donc les racines de ta chair, éclaire ton intelligence et puis l'art n'est pas une science, c'est de la sensation.

Je sais pour moi-même; que m'importent les cerveaux creux et les fainéants héréditaires! Supposons que je t'ai expliqué ce que chaque trait, chaque forme, chaque couleur signifie, à quoi cela te servirait-il? Regarde, la ligne et la couleur parlent. Que tes yeux s'efforcent de découvrir le rythme comme l'oreille écoute la musique. Les manuels de théories cubistes se vendent chez tous les libraires.

Paul JOOSTENS


(Sélection, no 2, 15 septembre 1920. L'article – reproduit tel quel – est suivi du dessin “Le révolutionnaire”.)

JoostensLe-revolutionnaire.jpg

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 03:49

 

h4.jpg

Paul Joostens (à droite) et le peintre Mark Verstockt, 1960

Une exposition en deux épisodes sur l’œuvre et l’univers de Paul Joostens 

Épisode 1 : 1.3 – 15.6.2014
Épisode 2 : 28.6 – 14.9.2014

*

Cinema Joostens explore en deux épisodes l’œuvre et l’univers de l’artiste anversois d’avant-garde Paul Joostens (1889-1960). Le premier épisode de Cinema Joostens se concentre sur ses dessins et tableaux, tandis que le second volet porte sur ses collages et assemblages. L’univers de Paul Joostens se déploie comme une composition de surprenantes facettes : s’il présente tout d’abord des traits de ressemblance avec le cubisme et le dadaïsme, il acquiert dans les années 1920 un style entièrement personnel, proche de celui des primitifs flamands. Le titre Cinema Joostens renvoie à la passion de l’artiste pour les films et les vedettes de cinéma.

Les textes, dessins, peintures, collages et assemblages de Paul Joostens ont été rassemblés pour la première fois en près d’un quart de siècle, examinés et redatés si nécessaire. Il en résulte une rétrospective présentant une multitude de nouvelles perspectives et découvertes. Les curateurs sont également parvenus à recueillir du matériel cinématographique inédit et toute une série d’œuvres jamais exposées, issues de collections privées belges et étrangères.

JoostensKatzw.jpg
Un catalogue bilingue contenant des textes et illustrations a été édité à l’occasion de Cinema Joostens. Cette publication est un condensé d’une nouvelle étude artistico-scientifique consacrée à l’œuvre et à la démarche de Paul Joostens. La première et la seconde partie de cet ouvrage paraîtront respectivement le 1er mars et le 28 juin. Le premier tome contient divers clichés jamais publiés pour la plupart, ainsi que plus de 400 illustrations de dessins, peintures, collages et assemblages. Le tome 2 rattache l’œuvre de Paul Joostens à des disciplines telles que le cinéma, la philosophie et la psychanalyse, et contient des textes inédits rédigés de sa main.

 

Mu.ZEE, Romestraat 11, B 8400 Oostende

E infoatmuzee.be

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 06:53

 

LeGrandJeuCat.jpg

Un ami chercheur me fait gracieusement don du catalogue de la première exposition du Groupe 'Le Grand Jeu', estimant que cet exemplaire mérite de (se) reposer dans mes archives. Une modeste plaquette de 15 pages, mais un somptueux cadeau s'il en est...

LeGrandJeuCat2.jpgL'exposition eut lieu à Paris du 8 au 22 juin 1929 à la librairie Bonaparte, rue Bonaparte dans le sixième et présentait des peintures de Joseph Sima  (1891-1971), des photographies et dessins de Artür Harfaux  (1906-1995), des dessins de Maurice Henry  (1907-1984) et de Mayo  (1905-1990), ainsi que des « sculptures de sauvages » provenant des célèbres collections du docteur Stephen-Chauvet et de Paul Chadourne.

*

Je ne connaissais ce modeste catalogue que par la description de l'exemplaire conservé par Beaubourg, provenant de la bibliothèque Kandinsky et, bien sûr, via la littérature secondaire. J'y découvre les deux reproductions de peintures de Sima (non mentionnées dans la bibliographie de Beaubourg...) et surtout les pages incandescentes de René Daumal (1908-1944) et de Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943).

J'y reviendrai.

Henri-Floris JESPERS

GrandJeuSIMA1.jpgGrandJeuSima2.jpg

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 22:00

 

AlainSCRbis.jpg

Scromphales den Heeck (collection Henri-Floris Jespers)

« Aux férus d’explications étymologiques, le motscromphale risque de causer quelques problèmes. Comme tout ce qui est imprévisible et spontané », nous confie Alain Germoz.

Il y a un peu plus d'un an, la galerie Anversville réunissait une grande variété d'artistes belges plutôt insolites. M'adressant un carton d'invitation, Alain Germoz constate : « Pour la première fois, j'expose... »

*

Nés à l’improviste de l’ennui d’une communication téléphonique désespérément longue, les « scromphales », ces personnages qui se prennent parfois pour une lettre, voire dans l'élan pour tout un alphabet, font leur apparition dans L’ombre et le masque (2002) et réapparaissent en couverture de La sandale d’Empédocle (2007).

« Ces petits personnages ont un caractère incontestable. C’est la spontanéité de leur naissance, leur besoin organique d’exister sans qu’il y ait à discerner une raison ou un objectif autre que la volonté d’être un peu plus que le frémissement du trait dont ils sont issus. S’ils avaient du volume, on pourrait les croire sortis de la glèbe et se cherchant une forme proche de l’humain, parfois de l’animal ou du végétal, tentative inaboutie qui n’exclut pas les sentiments. »

AlainSCR2000deux.jpg

Scromphales, 2000 (collection Henri-Floris Jespers)

http://caira.over-blog.com/article-anversville-alain-germoz-et-ses-scromphales-johan-rham-103303975.html

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 16:00

 

CastelynsCENSUUR.jpg

'Remember Marc Twain – King Leopold's soliloquy – 1905' an intervention made on a newspaper page from De Standaard of February 19, 2010 by Antwerp artist Frank JMA Castelyns (°1957) has been censored and removed from the exhibition 'BOLERO – an international art project on the move' curated by Catherina Feng in the gallery RIVELLI 798, Beijing, China (1 May – 1 June 2012).

PERSONA, Waalse Kaai 16, B 2000 Antwerpen.

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 23:18

Anversville.JPG

La nouvelle galerie anversoise Anversville, qui se présente sous la signature d'Emmanuel d'Autreppe, codirecteur des collections aux éditions Yellow Now, présente jusqu'au 27 mai une grande variété d'artistes belges et français plutôt insolites, sous l'appellation générique Grafiek.

Werk-Alain-Germoz.JPGAlain Germoz (°1920)

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Johan Rham (1943-1967)

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Patrick Guns (°1962)

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Dany Danino (°1971)

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Bénédicte Deramaux (°1978)

The-Jackson-Pollock-Symphony-van-Cyprien-Parvex-de-Collombe.JPG

Cyprien Parvex de Collombey

Exposition vivement recommandée (jusqu'au 27 mai).

Photos: Bert Bevers

ANVERSVILLE, Contemporary Antiquary, Wolstraat 33, 2000 Antwerpen. Du jeudi au samedi, de 14 à 18h.

www.anversville.be

Voir également :

http://caira.over-blog.com/article-anversville-alain-germoz-et-ses-scromphales-johan-rham-103303975.html

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 18:37

 

La galerie anversoise Anversville réunit jusqu'au 27 mai une grande variété d'artistes belges plutôt insolites sous l'appellation générique Grafiek.

Mon ami Alain Germoz (°1920) m'adresse un carton d'invitation, soulignant : « Pour la première fois, j'expose... »

GermozAnLa-galerie-anversoise-Anversville-reunit--copie-1.jpg

Les « scromphales » d'Alain Germoz sont nés à l’improviste de l’ennui d’une communication téléphonique désespérément longue. Ces personnages graphiques qui se prennent parfois pour une lettre, voire dans l'élan pour tout un alphabet, font leur apparition dans L’ombre et le masque  (2002) et réapparaissent en couverture de La  sandale d’Empédocle  (2007)

GermozMasque.jpg


GermozContraire

Le Contraire de la Chose  est clôturé par une série de « scromphales ».

Ces petits personnages ont un caractère incontestable, me confie Alain. C’est la spontanéité de leur naissance, leur besoin organique d’exister sans qu’il y ait à discerner une raison ou un objectif autre que la volonté d’être un peu plus que le frémissement du trait dont ils sont issus. S’ils avaient du volume, on pourrait les croire sortis de la glèbe et se cherchant une forme proche de l’humain, parfois de l’animal ou du végétal, tentative inaboutie qui n’exclut pas les sentiments.[…] Aux férus d’explications étymologiques, le mot scromphalerisque de causer quelques problèmes. Comme tout ce qui est imprévisible et spontané.

AlainZEN.jpg

La naissance du scromphale, personnage dont l’étymologie est énigmatique ou fantaisiste (je ne m'y étendrai pas ici) doit être considérée comme spontanée et irréfléchie, coulant de source, issue du subsconscient de son auteur. Il est parfois accompagnéd'un poème laconique mais prégnant, comme c'est le cas sur le carton de la galerie Anversville : « Penseur zen / ou ce en / reste / après / des heures / de méditation / et la perte /de son / tatami ».

RHAM-copie-1.jpg

Parmi les exposants à Grafiek, signalons entre autres Jacques Calonne, Serge Goldwicht, Chris van der Veken, Xavier Löwenthal et Alain Rivière, sans oublier Johan Rham (pseudonyme de Johan Roosen, °Saint-Trond, 23 septembre 1943) qui devait nous quitter volontairement et prématurément, le 19 octobre 1967. Les trois années qui précédèrent sa mort, il vécut à Anvers, dans la vieille ville (ou 'Naalg' comme il avait l'habitude de l'appeler). C'est là qu'on pouvait le rencontrer dans des bistrots comme « Paddock », « Mok » ou « De Muze ».

JohanRham.jpgLe dernier dessin de Johan Ram


La nouvelle galerie Anversville se présente sous la signature d'Emmanuel d'Autreppe, codirecteur des collections aux éditions Yellow Now :

 

Anversville

11 septembre 2011. À Anvers appareille une nouvelle embarcation. Elle croit à la fertilité du temps, à l'utilité du voyage, au pouvoir des images (si on ne les dévêt pas de leur humour). Elle croit à la curiosité et à la possibilité de comprendre, au sens fort, étymologique, le monde dans un cabinet. Elle se moque gentiment de l'épopée industrielle ou de l'histoire coloniale, elle fait parler les morts pour égayer – entre autres en – les enfants. Elle mise sur le lointain, sans se leurrer sur les nouveaux départs. Elle n'ouvre ses petites portes que pour en révéler mille autres. Qui dira si elle trompe l’œil ? Non, elle cherche plutôt, comme disait Dotremont de la photographie, à le dénuder.

Henri-Floris JESPERS


ANVERSVILLe, Contemporary Antiquary, Wolstraat 33, 2000 Antwerpen. Du jeudi au samedi, de 14 à 18h. [22 mars – 27 mai ].

www.anversville.be

*

Alain GERMOZ, L’Ombre et le masque, Anvers, Archipel, 2002, 96 p.

Alain GERMOZ, La Sandale d'Empédocle, Auxerre, Rhubarbe, 2007, 71 p.

Alain GERMOZ, Le Contraire de la Chose, Anvers, Archipel, 2008, 89 p.

Leo DOHMEN et al., Johan Rham, Anvers, éditions de la Serpouette, 1975, non paginé, ill.

À propos d'Alain Germoz, cf. :

Henri-Floris JESPERS, 'De andere stem van de stad', in: Deus ex Machina, XVI, nr. 4 (1992), pp. 92-106; XVII, nr. 1 (1993), pp. 63-75.

Henri-Floris JESPERS, 'De onmogelijke identiteit. Dialogen met Alain Germoz & fragmenten van een portret', in: Gierik & Nieuw  Vlaams Tijdschrift, nr. 65, winter 1999, pp. 77-83.

Dossier portatif. Alain Germoz : 'Aujourd’hui, le riz condé a un goût âcre', inBulletin de la Fondation Ça ira, no29, 1ertrimestre 2007, pp. 13-29.

Àpropos des relations privilégiées de Germoz avec le peintre Paul Joostens, cf.

Henri-Floris JESPERS, 'Paul Joostens : « Le chef- d'œuvre est né »'. Alleluia', in Bulletin de la Fondation Ça ira, no18, 2èmetrimestre 2004, pp. 3-38.

*

Recherchez  également 'Alain Germoz' : www.mededelingen.over-blog.com

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 07:56

 

Salond-Art.jpg

L'infatigable Jean Marchetti annonce la 36e saison du Salon d'Art.

La Belgique a en effet retrouvé son triple AAA+ sur les marchés internationaux grâce à la galerie Le Salon d'Art de Bruxelles, un espace qui n'a pourtant jamais rien eu avoir avec le Marché... de l'Art – en exposant la famille Alechinsky :

Nicolas Alquin (fils cadet) du 14 mai au 14 juillet (sculptures et dessins) ;

Ivan Alechin (fils aîné) du 20 août au 20 octobre (photographies) ;

Pierre Alechinsky (pour ses 85 ans) du 22 octobre au 22 décembre (surprise !)

*

Le Salon d'Art – Éditions La Pierre d'Alun, 81 rue de l'Hötel des Monnaies, B 1060 Bruxelles.

Salon ouvert du mardi au vendredi de 14h à 18h30. Samedi de 9h30 à 12h et de 14 à 18h. Fermé les dimanches, lundis et les jours fériés.

HFJ

http://lesalondart.be/

http://www.lapierredalun.be/

http://lesalondart.skynetblogs.be

http://lapierredalun.skynetblogs.be/

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