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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 20:48

 

Évoquant la fin des années quarante, période noire s’il en fût dans son existence, Paul Neuhuys notera dans son journal :

Poète crotté, je ne me sentais plus à l’aise qu’avec des copains comme le petit Gérard qui, souvent, m’était venu discrètement en aide en me disant : « Que veux-tu, mon pauvre vieux, notre pays se girouettise en pissotière à pignoufs ».

 

À cette époque, Neuhuys était en correspondance avec Van Bruaene, qu’il connaissait depuis les années folles du Cabinet Maldoror. Il y est question de dépôt de livres, d’une gouache de Magritte, d’un pastel de Picasso et de deux petits Jan Cox.

*

En 1951, Gérard Van Bruaene publie le Livre d'or de La Fleur en papier doré, également connu sous le titre flamand (bruxellois) Ole com bove. Il s'agit d'un dossier contenant divers documents liés au célèbre estaminet bruxellois qui réunit par intermittence de nombreux artistes issus du mouvement surréaliste (Marc. Eemans, Marcel Lecomte, René Magritte, Marcel Mariën, Louis Scutenaire), de CoBrA et de la revue Tijd en Mens (Hugo Claus, L.P. Boon).

Publié sous chemise en papier Auvergne gris agrémentée d'une pièce de titre et d'une dédicace à Willem Melis, ce dossier contient des plaquettes, des photos, des tracts et des pamphlets signés Geert van Bruaene, Gérard van Bruaene, Le petit Gérard, Gédéon la Crapule, Gérard le Brocanteur, Henri de Lagardère et Gérard l’Absolu, ainsi que quelques aphorismes autographes signés 'Gérard'.

L’épigraphe est caractéristique de l’auteur : « C’est devant le miroir que l’on pense se connaître un peu de vue ». Un des textes sur feuilles volantes de cet ouvrage singulier, recueil d’aphorismes, d’inscriptions et et de remarques diverses en français, en néerlandais et en flamand bruxellois, évoque les démêlés de Van Bruaene avec des amis artistes (par ex. Max Ernst et Jean Dubuffet) qui n’appréciaient pas toujours ce qu’ils considéraient comme un manque de cohérence dans les choix picturaux de Van Bruaene.


Je me suis assez donné sans jouissance, brutalement et de manière imbécile, pour avoir aidé à arracher de leur sphère bien propre les artistes d’avant-garde, de consécration publique, et à les poser sur le marché, parmi la Bourse aux Valeurs.

Je prie Isidore Ducasse de vouloir m’en pardonner.

Ces artistes d’avant-garde, amis de mes péchés d’antan, sont devenus de puissants ennemis, armés jusqu’aux dents, parce que je ne peux pas séparer l’art, comme on appelle ça, du Rien, clairement humain.

Je dois, par conséquent, me défendre platement. Les hommes instruits veulent me ravir la croûte de pain.


*

L'excellent et érudit libraire anversois Demian (qui emprunte son enseigne à Herman Hesse) propose le Livre d'or à 450 euros. Il s'agit de l'exemplaire offert le 13 novembre 1953 au poète hollandais Simon Vinkenoog (1928-2009), adorné d'un chaleureux envoi de Van Bruaene :

Voor mijn Edele/ dichter/ Simon Vinkenoog,/ dit goudene/ boekje van/ liefde./ le petit Gérard,/ 13 nov. 53.

Authentifiant son envoi, l'auteur y ajouta' :

'Certificat./ Je certifie que/ je peux me/ tromper./ C’est raisonnable./
Gérard.'

*

Au cours des années, ce Livre d'or  (1951)  fut enrichi de nouvelles éphémérides. Deux ans plus tard, en 1953, Van Bruaene publie Six petites histoires banales de petit bistrot racontées par le petit Gérard et deux petits textes pour commencer et pour finir. Cette plaquette figure en bonne place dans certains exemplaires du Livre d'or, ainsi que des tracts, cartons, cartes de visite etc. datant d'après 1951. 

Il s'agit effectivement d'un livre d'or, un registre où Van Bruaene consignait ses publications diverses. Je n'ai jamais eu connaissance de deux exemplaires identiques.

Le tract reproduit ici fait indubitablement partie de l'édition originale.

Je cesse enfin de me montrer dans la coulisse, parmi les entraîneuses vénérées in-extremis.

Je me suis naturellement trompé. C'est raisonnable.

La Cause de mon erreur est claire ; « nous en avons vu d'autres. »

Mes petits hommes curieux vous n'avez pas mérité beaucoup d'attention, tout curieux que vous êtes, ni les amis hébergés dans les Maisons de fous, ô Providence Clémente, ni les primitifs et les simples, ni les délicieux petits sauvages.

Vive le Grand Bazar Universel de la fine invention unanime.

Le Diable par la Queue.

Juillet 1951.

Je-cesse-enfin.jpg

Henri-Floris JESPERS

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Published by ça ira! - dans surréalisme
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