Le Bulletin ça ira: historiographie de la revue d'avant-garde du même nom (1920-1923) et des éditions (Michaux, Pansaers e.a.)

Les poèmes de Corinne Hoex se distinguent par une extrême économie des moyens. Le titre de son nouveau recueil, Contre jour, souligne bien cet éclairage tel que la lumière frappe les objets du côté opposé à la direction dans laquelle on regarde. Cet éclairage tend à révéler un autre aspect des choses et des êtres, à en donner une compréhension nouvelle.
tes mains
seules
sortent
du lainage
lourdes
sur le plaid
qui t'emprisonne
fermées
sur le tracé
des paumes
un sphynx
dans son fauteuil
veille
sur ses énigmes
dans l'atelier
les toiles
inachevées
sont appuyées au mur
dehors
entouré de troènes
l'édifice
de métal rouge
que tu as forgé
Des vues, des aperçus, des jours, des ouvertures, voilà les formes sous lesquelles la poésie de Corinne Hoex perçoit les êtres et les choses. Comme un escalier, le poème se développe autour d'un espace vide. La construction et la respiration du poème sont conditionnées par les ouvertures que l'auteure aménage pour laisser passer le jour.
Tout comme la narratrice de Ma robe n'est pas froissée n'a même pas droit à un prénom, les poèmes de Contre jour annonce la couleur, “le blanc / d'avant la couleur”, cette “couleur / souterraine / où germe / le blanc”. La couleur de l'anonymat, celle de la dépersonnalisation. Paradoxalement, ce chiaroscuro tendant vers une monochromie savante fait fonction de révélateur. Teintée d'une profonde empathie et témoignant d'un sens aigu de l'observation, la poésie de Corinne Hoex, tout comme sa prose, explore les béances intérieures.
HFJ
Corinne HOEX, Contre jour, Bruxelles, Éditions Le Cormier, 2009, 57 p., 14 €. Avec cinq vignettes de Frank Vantournhout.
Corinne HOEX, Ma robe n'est pas froissée, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2007, 111 p., 12 €.
Corinne HOEX, Cendres, Noville-sur-Méhaigne, Éditions Esperluète, 2002, 51 p. Dessins de Bernard Villers.