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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 04:08

À l'invitation de la Lanterne sourde, Paul Neuhuys fit le 28 octobre 1929, à la Maison des Artistes, 19, Grand' Place à Bruxelles, une conférence sur "Max Elskamp ou La poésie est un jeu dangereux". Ce n'était d'ailleurs pas la première fois qu'il occupait cette tribune.

De retour d'Egypte, Paul Vanderborght l'avait relancé le 16 septembre 1929:

Je vous demande donc de ne pas oublier la promesse que vous m'avez faite de consacrer une conférence jeune et vivante, digne de vous et du poète anversois, à Max Elskamp. Seriez-vous prêt pour le début de Novembre? Faites un petit effort et donnez-moi la joie de vous présenter, une fois de plus, à un public avec lequel j'ai moi-même perdu contact.

elskamp-voor-letterbak1.jpg

Max Elskamp (1862-1931) dans l'atelier de sa presse privée


Ce fut à cette occasion que Neuhuys prit contact avec l'éminent folkloriste Émile Van Heurck, membre avec Elskamp et Edmond de Bruyn du Conservatoire de la Tradition populaire, précurseur du Musée du Folklore à Anvers, qui lui adressa le 23 octobre une lettre dont deux extraits méritent assurément d'être cités:

Elskamp ne se déplaçait guère. Il avait l'imagination vive et parlait d'abondance de ses longs voyages en mer et de son commerce avec les marins. Mais il n'avait pas été beaucoup plus loin que Paris et je crois qu'il n'avait vu de la mer que ce que nous voyons quand nous sommes au littoral ou quand, par un beau dimanche d'été, nous allons jusqu'à Flessingue.

[…]

Hélas, aujourd'hui Max Elskamp est bien oublié de ses amis d'Anvers et d'ailleurs. Il achève dans une cruelle solitude sa lamentable vieillesse. Mais gardez-vous d'attribuer à la poésie ou au surmenage le mal impardonnable dont il souffre dans son cerveau et dans sa chair. J'en connais depuis de bien longues années l'origine et, croyez-le, la poésie ni le surmenage n'ont rien à y voir.

 

La conférence de Neuhuys sera annoncée dans le quotidien bruxellois Le Soir du 28 octobre 1929:

Le grand poète mystique et ingénu Max Elskamp est, on le sait, malade depuis quelques années déjà. Les jeunes écrivains, toutefois, ne l'oublient pas et lui consacrent un culte particulier. Lundi, à la Maison des Artistes, Grand'Place, le jeune poète anversois, Paul Neuhuys évoquera la figure de ce maître aux allures médiévales, et synthétisera son œuvre.

 

Selon le même journal, la séance de La Lanterne sourde connut 'le plus vif des succès'. Paul Neuhuys 'parla de son maître et ami, avec une émotion de choix et dans une forme des plus pures'. Neuhuys ne tint toutefois pas compte de l'injonction de Van Heurck de ne pas attribuer à la poésie ou au surmenage le mal d'Elskamp, comme en témoigne le compte-rendu paru dans l'hebdomadaire Pourquoi Pas?:

C'est Paul Neuhuys, poète curieux, fantaisiste, au jeu mesuré, qui s'était chargé d'évoquer l'œuvre d'Elskamp, une page combien émouvante de la poésie. Et quelle chose atroce que de penser que le maître d'Anvers, bien malade, moralement atteint, est aujourd'hui incurable ! Les paroles de Neuhuys ont résonné dans un silence poignant. L'esprit du maître s'est élevé trop haut, dans un ciel trop ouvert. Il est retombé sur le sol. La poésie est un jeu dangereux. Elskamp avait écrit: Nous n'irons plus au ciel / Nos ailes sont coupées... Il faut louer Paul Neuhuys et maints poètes jeunes de chez nous d'avoir, eux aussi, voué à Max Elskamp un culte si fervent.

 

Toute sa vie, Neuhuys est resté fasciné par Elskamp, le « maître mystérieux » qui l'a poussé « sur l'épineux sentier poétique ».(1)


Henri-Floris JESPERS

 

(1) Cf. Henri-Floris JESPERS, 'Vlaanderen: van droom tot nachtmerrie', in Gierik & Nieuw Vlaams Tijdschrift, no 76, automne 2002, pp. 60-77 ; 'Max Elskamp et Paul Neuhuys : correspondance inédite', in Textyles, Revue des lettres belges de langue française, no 22, Bruxelles, Le Cri, 2003, pp. 67-81 ; 'Max Elskamp: van droom tot nachtmerrie', in Mededelingen van het CDR, nr. 34, 26 octobre 2004, pp. 2-5 ; 'Max Elskamp en het Volkskundemuseum', in ib., no 35, pp. 6-9 ; 'Max Elskamp en zijn vrienden', inib., no 36, 23 novembre 2004, pp. 9-14 ; et ib., no 37, 7 décembre 2004, pp. 14-16.

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Published by ça ira! - dans littérature
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