Le Bulletin ça ira: historiographie de la revue d'avant-garde du même nom (1920-1923) et des éditions (Michaux, Pansaers e.a.)
Paul van Ostaijen : Si donc voulant lire des poèmes — et évidemment vous les lirez à haute voix, puisqu’il s’agit de sons et de sonorités — vous vous êtes mis à en composer et si même cet exercice est, supposons-le, resté sans résultat positif, vous en emporterez cependant cette connaissance-ci que les poèmes les plus difficiles sont ceux que tout le monde pourrait faire. On réussit assez rarement une poésie comme celle d’Apollinaire qui commence par : « Toc toc Il a fermé sa porte… » Il n’y a qu’une chose qui soit difficile en poésie : trouver et garder l’équilibre dans le facile.
Paul Neuhuys : La poésie n’est pour moi qu’une faculté d’émerveillement.
PvO — Émerveillement : je m’étonne de mon pouvoir de suivre, par mon utilisation du mot, les phénomènes dans leurs valeurs les plus imperceptibles à la seule intelligence.
PN — La poésie a toujours échappé à la sagacité des critiques comme l’étincelle vivificatrice échappe à l’investigation des cliniciens.
PvO — Par l’émerveillement devant le mot je sauve au cours de son extériorisation mon émerveillement devant le phénomène.
PN — La poésie n’est qu’une combinaison de mots qui se font valoir. La poésie ne sonne jamais faux, si l’on sait mettre l’accent où il faut.
PvO — Il y a deux tendances poétiques : la poésie subconsciemment inspirée et la poésie consciemment construite.
PN — Le « know how » de la poésie. Savoir comment ça se fabrique.
PvO — Le vrai poète est un monsieur qui écrit lui-même des poésies à sa mesure. Il joue à la fois au client et au tailleur, étant tailleur précisément parce qu’il est également client.
PN — Lorsqu’on me disait d’un poète qu’il avait pris conscience de la gravité de son art, je savais d’avance que je le trouverais un peu rasoir.
(Collage : Henri-Floris Jespers.)