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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 19:34

LucNzwartepanter.jpg

Luc Neuhuys (Anvers, Galerie De Zwarte Panter, 22 septembre 2000)

Photo: © Kris Kenis

LUC

 

Il est naturel de mourir

la mort s'explique par l'usure

mais ce qui est incroyable

c'est que je sois né de toi

o ma jeune maman qui m'enfanta dans un cri

pour me vêtir de lumière et m'élever à la poésie

fabuleuse patricienne

dont le voile de neige transparente

révélait la part désespérée de moi-même

comme la plus merveilleuse.

 

Ce sont les mots de notre père et de notre mère qui nous ont élevés, mon frère et moi.

 

Ne fut-elle pas incroyablement merveilleuse, notre vie ensemble, Luco chéri, Tabouroche Lucky Luke mon cher Luc ? Avons-nous assez joué et ri des quiproquos dus à notre gémellité, des confusions qu'elle provoquait, des bonnes blagues qu'elle nous inspirait ?

 

 

Et que n'avons-nous pas entrepris ensemble ? Beaucoup plus qu'on en pourrait achever en nos deux vies additionnées.

 

L'un soutenait l'autre, s'enrichissait des connaissances et des expériences de l'autre, et quand l'un avait des difficultés à en perdre la tête, l'autre le comprenait mieux que personne et venait, la tête froide, à son secours.

 

 

Quand on me demandait quel effet cela me faisait d'avoir un frère jumeau, je répondais :

"et à toi quel effet cela te fait-il de ne pas en avoir un?"

(Aujourd'hui je n'en ai plus, et commence à voir l'effet que ça fait).

 

Tu fus un fin juriste qui avais faim et soif de justice et tu as trouvé le monde trop cruel pour toi.

 

Quelle étrange chose que la vie : Il y a plus de 85 ans nous naissions en même temps.

Nous n'avions encore été qu'Un et voilà que brusquement nous devenions Deux.

Nous nous ressemblions comme deux gouttes d'eau et la vie allait petit à petit nous montrer que rien au monde n'est plus différent que deux gouttes d'eau.

 

Et cela fit que nous avons quelques fois été comme deux fous sur un échiquier, un sur les cases blanches et l'autre sur les cases noires :

 

ils se croisent sans cesse et ne se rencontrent jamais, ils s'aiment plus que jamais, et ne se comprennent plus.

 

 

Mais ils comprennent par là ce qu'est la véritable humilité chrétienne : apprendre à se mettre à la place de celui qui pense autrement, à l'écouter vraiment, à le comprendre enfin,et à l'aimer.

 

 

La dernière fois que je t'ai pris la main, Luc, tu as serré très fort la mienne en me regardant avec ton doux et beau sourire.

Je t'ai demandé de me resserrer la main. Tu ne l'as plus fait. Tu étais déjà parti, les yeux ouverts.

Thierry NEUHUYS


http://mededelingen.over-blog.com/article-henri-floris-jespers-tombeau-ter-nagedachtenis-van-luc-neuhuys-93215788.html



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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 03:38

 

Gustave Flaubert: La vie n'est tolérable qu'avec une marotte, un travail quelconque. Dès qu'on abandonne sa chimère, on meurt de tristesse. (Correspondance, 22 juin 1863)

*

Saint-John Perse:
… Nos livres lus, nos songes clos, n'était-ce que cela ? Où donc la chance, où donc l'issue ? Où vint la chose à nous manquer, et le seuil quel est-il, que nous n'avons foulé ?

Noblesse, vous mentiez ; naissances, trahissiez ! Ô rire, gerfaut d'or sur nos jardins brûlés! … Le vent soulève aux Parcs de chasse la plume morte d'un grand nom.

La rose un soir fut sans arôme, la roue lisible aux cassures fraîches de la pierre, et la tristesse ouvrit sa bouche dans la bouche des marbres. (Amers, IV)

 

*

Mais si un homme tient pour agréable sa tristesse, qu’on le produise dans le jour ! et mon avis est qu’on le tue, sinon

il y aura sédition. (Anabase, III)

*

Shakespeare :

You may my glories and my state depose;

But not my griefs; still I am king of those. (King John III, iv.)

Saint-John Perse :

Et moi j’ai dit : N’ouvre pas ton lit à la tristesse. Les dieux s'assemblent sur leurs sources.

[…]

S'en aller ! s'en aller ! Parole de vivant. (Vents I,7)

Coda

Montaigne:  Nos pédants ne cessent de grappiller la science dans les livres (…) Il est étonnant de voir comme cette sottise trouve exactement place chez moi. Je ne cesse d’écornifler par-ci, par-là, dans les livres, les pensées qui me plaisent (…) pour les transporter dans celui-ci où, à vrai dire, elles ne sont pas plus miennes qu’en leur première place. (Essais I, 25)

HFJ

http://www.youtube.com/watch?v=DFq-HHA0k2E

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 00:45

 

photo-fleur-en-papier-dore 0690

C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons le décès, lundi en début de soirée, de M. Luc Neuhuys, membre du Conseil d'administration de l'asbl Ça ira.

 

*

pour Luc

De Lautréamont à Cendrars

l’un évoque les saintes Mathématiques

l’autre se plaît à bourlinguer

avec l’éblouissant Euler

dans la forêt des nombres

et la musique des sphères

Paternité du ciel chère à Paracelse

Repérer le lieu géométrique du hasard

Béatrice      fleur d’arithmétique

Le penchant de suivre sans raisonnement

une foule d’arabesques

Facteurs transcendants     Fatalités antérieures

pérégrinations numériques intuitives

à travers les mille et une nuits

de l’espace introspectif

 

(Paul NEUHUYS, L'Agenda d'Agénor, Anvers, Ça ira, 1984, p. 77)

*

Luc-Thierry.jpgLuc et Thierry Neuhuys

 



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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 04:30

 

ParisMagazine.jpg

The Paris Magazine was first published in 1967 by George Whitman my father when the bookshop had been closed by the French authorities because George's papers were not in order. […] Describing in the magazine how he came to be a bookseller George said:

Like many of my compatriots I am something of a tumbleweed drifting in the wind. I drifted into bookselling for no better reason than a passion for books except for the classical reason of all booksellers who are self-employed because they doubt if anyone would employ them.

Sylvia WHITMAN

ParisMagazine2.jpg

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 19:50

 

Agénor

 

Improvisation

 

Tonnelles et charmilles

 

Faut-il mouiller les ailes de Séville

les palataliser ou les denteler?

Séville, ville tranquille

 

Si le jerk flageole des guibolles

le slow tricote des rotules

 

Aller vers l’impalpable et le surnaturel

 

Gyroscope ésotérique de la créativité

 

Pour éviter

le style canonique et la correction pimbèche

recourir aux mille facettes des mots en liberté

 

Improviser c’est puiser à pleines mains

dans le panier à provisions

 

Les mots tirés au hasard hors d’un chapeau claque

 

Coquecigrue et coquelourde sont des vocables

irrévocablement équivoques

 

 

Je ne sache pas que

le boulier compteur

se donne en spectacle

à l’ordinateur

 

Œdipe œdème se prononcent comme edelweiss

bésicles de béryl se contractent dans bril

 

Comme eût dit Montaigne

Saperdeboere Sabre de bois

le gascon y parviendra

si le français n’y peut suffire

Paul NEUHUYS

(L'Agenda d'Agénor, Anvers, Ça Ira, 1984.)

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 16:00

 

Ingénieur du son       Technicien du verbe

Spécialiste de la valeur affective des mots

Sur un mur andalousement blanc

le staccato des mots qui frappent dur

ou qui sonnent douloureusement clair

Ce talent qu’un terrible malheur a mûri ?

Maturité murale

d’un apanage à ma poigne

 

(Paul NEUHUYS, Octavie, Anvers, Ça Ira, 1977.)

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 10:00

 

                          J’entends dire que la poésie

                   devient tellement exigeante

                   qu’on n’ose plus l’écrire

                   alors qu’elle nous défend

                   contre le sérieux de la vie

 

                   et qu’elle est la seule contrée

                   où se pratique encore

                  un portrait musical bien rythmé

 

                                                       Poésie éclatante     Poésie éclatée

                                                       La vieillesse fait naître des idées stupéfiantes

                                                       Elle est ma cantilène de sainte Eulalie

 

(Paul NEUHUYS, Octavie, Anvers, Ça Ira, 1977.)

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 18:00

 

Ces deux peintres ne pouvaient se souffrir et ne se rencontraient que pour s’échanger les plus grossières injures. Parmi les plus cinglantes figuraient celles de krabber (griffonneur) et de klatcher (barbouilleur). L’un avait l’air d’un boxeur hilare, l’autre avait le visage du cénobite émacié.

 

Faut-il sacrifier les couleurs aux formes pleines – négliger l’orgie chromatique pour la fermeté stricte du contour, dédaigner l’anecdote – et n’aboutir à la narration non figurative que par la tache structurante?

 

Les deux peintres renouvelaient à plaisir cette querelle des universaux. Gauguin, un maçon qui lutte contre l’éparpillement des couleurs, ne peut que s’insurger contre la Provence convulsive de Vincent.

 

Barbouilleur de l’instinct Griffonneur de l’intellect

la dispute tournait au dialogue de sourds

Les nèfles sont trop mûres

Vieil olivier tordu

L’humour est centre de gravité.

 

(Paul NEUHUYS, Octavie, Anvers, Ça Ira, 1977.)

 

N.B. Il s'agit de Floris Jespers (1889-1965) et de Paul Joostens (1889-1960)

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 14:00

 

             Gris

Juan                  Noir

                           profond

 

Staël

      Suicide

Antibes

 

                                                                     Atlan

                                                Gitan

                         Pierraille

                                                      Ferraille

 

Triangle de la plus haute sphère

 

(Paul NEUHUYS, Octavie, Anvers, Ça Ira, 1977.)

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 04:53

 

PaulNeuhuystwee.jpg

Préfaçant Le pot-au-feu mongol, un choix de poèmes de Paul Neuhuys (1897-1984) paru chez Pierre Belfond dans la collection « Lignes »en 1980, Alain Bosquet (1919-1998) affirme que ce livre est né de l'admiration éprouvée à la lecture du recueil Octavie(1977) : « Dans le domaine de la nostalgie sous cape, qu'a-t-on écrit de plus poignant et de plus gifleur depuis Apollinaire ? »

Voici l'avant-propos de cette Octavie dont nous publierons ici quelques poèmes.

HFJ

 

Dix ans après le Septentrion (1), voici Octavie... L’allusion est assez transparente pour qu’on ne s’y attarde pas trop. Démission devant l’absurde, rémission par le merveilleux. C’est toute l’histoire d’Octavie.

 

Octavie est le fruit de la persévérance. Ce n’est pas facile d’arriver à ses vieux jours tout en restant le poète du bonheur. Tu verras, fillette... le bonheur de bâtir une robe de bure.

 

Octavie est en quatre fois vingt divisée:

 

Place Verte insiste sur le côté peinture et la perspective florale, végétale d’une ville dont l’opulence est tempérée, dans les idées et les choses, par une tradition de quiétisme et de maniérisme.

 

Le Spéculum d’Euclide est un miroir secret qui prétend s’éclairer d’un érotisme phosphorescent pour aller plus au fond des choses.

 

Octavie, proprement dite, glisse à l’intériorité sereine d’une personne qui a beaucoup vécu. Avec elle on rentre chez soi.

 

Tandis qu’avec Le Cinéma du Samedi, on sort de chez soi. Le monde extérieur existe. Ce sont les gens et la vie qui reprennent le dessus grâce à la caméra du court-métrage.

 

J’aurais voulu mettre une épigraphe en tête de chaque chapitre, mais j’y ai renoncé pour ne pas fausser l’optique du lecteur et nous faire suspecter, Octavie et moi, de fatuité. Parmi les citations glanées au cours de mes lectures, il y avait notamment celle-ci qui est de Renan: ‘Ce n’est pas parce qu’elle croit à la Vierge qu’une mère est vertueuse, mais c’est parce qu’elle est vertueuse qu’elle demeure attachée à la tradition de son enfance.’ Ou bien cette autre qui est de Nietzsche: ‘Le contentement de l’esprit passe tous les plaisirs du monde’ ...

 

De même que j’ai renoncé aux épigraphes, j’ai supprimé les dédicaces. Parce qu’il y en avait trop, trop parmi les morts comme parmi les vivants. J’ai beaucoup hésité cependant, en me rappelant tout ce que je dois à la solide érudition d’un Robert Guiette ou à la fragile sollicitude de... Sont mes amis ceux qui s’informent d’Octavie. La voici donc puérile, déréglée, difficile, oubliée.

 

Si la sagesse du vieillard consiste à envisager la mort comme une fête, ce n’est pas une raison, pour Octavie, de regarder la vie comme une défaite.

Paul NEUHUYS

 

Paul NEUHUYS, Octavie, Anvers, Ça Ira, 1977.

 

Cf. le blog du 6 août:

 

http://caira.over-blog.com/article-alain-bosquet-paul-neuhuys-le-pot-au-feu-mongol-80954920.html

 

(1) Paul NEUHUYS, Septentrion, poèmes illustrés de sept dessins par Albert Neuhuys, Anvers, Librairie des Arts, 1967.

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