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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 12:00

 

OctavieBlog2

 

Nous voici arrivés à la troisième séquence du recueil. Paul Neuhuys confie au lecteur : « Octavie, proprement dite, glisse à l'intériorité sereine d'une personne qui a beaucoup vécu. Avec elle on rentre chez soi. »

Voici deux poèmes qui illustrent ce chez soi.

 

                            J'entends dire que la poésie

                            devient tellement exigeante

                            qu'on n'ose plus l'écrire

                            alors qu'elle nous défend

                            contre le sérieux de la vie

 

                            et qu'elle est la seule contrée

                            où se pratique encore

                            un portrait musical bien rythmé

 

   Poésie éclatante                                              Poésie éclatée

La vieillesse fait naître des idées stupéfiantes

   Elle est ma cantilène de Sainte Eulalie

 

*

 

Ingénieur du son                  Technicien du verbe

Spécialiste de la valeur affective des mots

Sur un mur andalousement blanc

le staccato des mots qui frappent dur

ou qui sonnent douloureusement clair

Ce talent qu'un terrible malheur a mûri ?

Maturité murale

d'un apanage à ma poigne

Paul NEUHUYS

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 16:00

 

OctavieBlog2

 

Et voici un troisième poème du cycle 'Le Spéculum d'Euclide'...

 

Dame la Cigogne

littéralement

tue à la besogne

son chétif amant

 

Mère la Cigogne

c'est expéditif

use sans vergogne

d'un mari craintif

 

De cigogne mâle

quidam ou quibus

jamais ne nous parle

aucun syllabus

Paul NEUHUYS

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 10:00

 

OctavieBlog2

 

Continuons donc d'interroger Octavie et son délicat montreur...

 

Discrétion

 

Fusains fuseaux fusées

Xavière est en Bavière

Annie en Roumanie

Des ubacs aux adrets

Ève se farde d'aise

 

Dis-moi à quel degré

cette rose de grès

en grès rose des Vosges

te rappelle le chose

la chose que tu sais

Paul NEUHUYS

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 23:10

 

OctavieBlog2

La seconde séquence d'Octavie,'Le Spéculum d'Euclide'  « est un miroir secret qui prétend s'éclairer d'un érotisme phosphorescent pour aller plus au fond des choses », souligne Paul Neuhuys.

 

Arrière-saison

 

Connais-tu la fille

la fille des quais

aux cheveux jonquille

au cœur détraqué ?

 

Le bonheur ça file

comme l'oiseau bleu

Ce n'est pas facile

d'avoir ce qu'on veut

 

Faut bien qu'on se marre

sans espoir de rien

larguons les amarres

sur l'été indien

Paul NEUHUYS

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 12:00

 

OctavieBlog2

 

Octobre mois des glands des noix et des châtaignes

J'aime par atavisme un atelier de peintre

Essuyer son pinceau à l'écharpe d'Iris

Différents bleus je veux différents verts j'espère

plus ou moins amortis plus ou moins soutenus

Une ville construite en pâte d'abricot

Rien qu'à la voir le lac jette des étincelles

Vermeil a pour diminutif vermillon

Bel orbe rose éteint dans un ciel bleu cendré

Octobre fait tomber d'une octave Octavie

Paul NEUHUYS

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 22:30

 

                                        Gris

Juan

                                                     Noir

                                                                              profond

 

                  Staël

                       Suicide

   Antibes

 

                                                             Atlan

                                                      Gitan

                                                                            Pierraille

                                                            Ferraille

 

Triangle de la plus haute sphère

Paul NEUHUYS

 

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 18:00

OctavieBlog2

 

Du jaune citron au vert pomme

accès de colère d'un coloriste

Futurologie de l'imaginaire

contre la décoloration de la vie

 

Papegai, quelle heure est-il ?

Il est toujours minuit partout

pour l'être qui se refuse d'être

 

Vase clos du plein air

Cage sans barreaux de la liberté

Labyrinthe du boustrophédonisme

Cacatoès élevé dans l'ouate

Incorrigible ara qui rit

à la débacle des paroles gelées

Paul NEUHUYS

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 12:00

 

OctavieBlog2

Les Mémoires à dada de Paul Neuhuys (Bruxelles, Le Cri, 1996) témoignent de nos fréquents entretiens sur le maniérisme. Le 13 mars 1971 Neuhuys note dans son journal:

Conversation intéressante chez Henri-Floris Jespers sur l'école de Ferrare, cette école qui m'a toujours intéressée parce qu'elle est strictement contemporaine de Jérôme Bosch (1450-1516) et qu'elle est à l'origine de la symbolique et de la sémiologie actuelle. Le Tasse, l'Arétin, l'Arioste, inspirateurs de Dosso Dossi, Cosimo, Ercole ! Les peintres en marge de Venise et de Florence ? (p. 249)

À cette époque, j'étais plus que jamais immergé dans les travaux de mon maître à penser Gustav René Hocke (1908-1995), qui avait développé une approche anthropologique plutôt que stérilement formelle du maniérisme (d'ailleurs connestée par le historiens d'art).

Quoi qu'il en soit, deux poèmes du cycle 'Place Verte' me remettent en mémoire mes colloques singuliers avec Paul Neuhuys.

Henri-Floris JESPERS

*

Maniérisme

 

Tendressse patricienne

Vieux rose            Bleu de nuit

Préciosité décadente

                                                         d'enfant gâté

                                                                                chéri

                                                                                        terrible

Détresse d'éviter le taedium vitae

par une élégance allongée à la Parmegianino

Ces visages étirés comme dans l'ascenseur

 

Apprivoiser l'automne

dans les tons mordorés d'une musique éteinte

Fine fleur du maniérisme

les mains fémininement effilées

du déliquescentissime Sir Antony

Van Dyck que d'aucuns revendiquent

comme le précurseur

de Modigliani

 

Les trois Écoles

 

Si l'école de Ferrare

se complait dans le bizarre

 

l'école de Franconie

cultive plutôt l'ironie

 

et celle de Fontainebleau

ce que la femme a de plus beau

Paul NEUHUYS

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 18:00

 

OctavieBlog2

 

Anvers nous met les nerfs

drôlement à l'envers

 

Pour elle j'étais Pol

al de rest speelt geen rol”

 

et comme un roi réduit

à son coin de royaume

 

qui ne peut plus serrer

dans ses bras qu'un fantôme

 

enfant de la tourmente

aux quatre vents du ciel

 

je tourne autour

tout autour de la tour

 

d'où ruisselle un andante

un andante en dentelles

Paul NEUHUYS

 

Al de rest speelt geen rol”: tout le reste ne joue aucun rôle.

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 08:00

 

OctavieBlog2.jpg

Le poème liminaire d'Octavie semble bien confirmer dans les grandes lignes les travaux de Jean-Paul Weber (Genèse de la poétique, Gallimard, 1960).

 

Chaque écrivain choisit inconsciemment ses sources

Pour l'un c'est un hameau pour l'autre une forêt

un arbre un train un fleuve une fleur un reflet

Le mythe est à la mode et pour moi c'est Daphné

le mythe familier : Riez, nymphes, riez...

Daphné s'effarouchant de son humaine écorce

qui fuyant bras au ciel par un dieu poursuivie

voit pointer à ses doigts de tendres pousses vertes

et qui toute des pieds à la tête embrassée

glisse insensiblement au frémissant laurier

Paul NEUHUYS

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