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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 20:55

De plaag: het stille knagen van schrijvers, termieten en Zuid-Afrika (Meulenhoff, 2002, 302 p.) est paru sous le titre Le Fléau aux éditions Actes Sud. Pierre-Marie Finkelstein signe la traduction du néerlandais.

Florence Noiville qualifie Le Fléau de ‘découverte’ (Le Monde, 4 juillet 2008) :

'Le Fléau est un premier livre inclassable qui force l'admiration. Bref, une découverte... Ce David Van Reybrouck est à l'image de son livre. Un écrivain talentueux, original et drôle, qu'il faut décidément avoir à l'œil.'

La Libre Belgique (22 juin 2008)  constate, sous la plume de Guy Duplat, que:

'David Van Reybrouck est un des plus passionnants auteurs flamands actuels. Archéologue et philosophe de formation, il a créé une forme de récit-fiction qui parle de notre monde mieux que les romans.'

Master in World Archaeology (Cambridge), David Van Reybrouck (°Bruges, 1971) obtint son doctorat à l’université de Leyde par une thèse intitulée From Primitives to Primates: a History of Ethnographic and Primatological Analogies in the Study of Prehistory.

*

‘David Van Reybrouck, auteur et narrateur de ce livre, découvre par hasard, dans le cadre de ses recherches universitaires l'étonnant destin d'un écrivain sud-africain, spécialiste des grands singes et des termites. Dans un ouvrage emprunté à la bibliothèque de primatologie d'Utrecht, il apprend que les écrits de cet homme – un dénommé Eugène Marais – auraient

fait l'objet d'un plagiat et que l'auteur de cet ‘emprunt littéraire’' ne serait autre que le grand Maeterlinck. Incroyable accusation. David Van Reybrouck est un scientifique dont l'esprit éclairé ne peut se contenter d'un savoir qui ne serait minutieusement étayé par la démonstration. Il n'est donc pas étonnant que, deux ans plus tard, sa thèse, la lecture de tout Maeterlinck achevée, le jeune Van Reybrouck, intéressé par les travaux de Marais, intrigué par le manque de fondement d'une accusation de plagiat à l'encontre d'un lauréat du prix Nobel, veuille éclaircir les choses. Un nouveau sujet s'offre à lui et une rigoureuse enquête s'impose. C'est ainsi qu'il s'embarque pour un long voyage sur les traces d'Eugène Marais, cet inconnu né en 1871 tout près de Pretoria. Un livre inclassable, une non-fiction littéraire aussi érudite que divertissante, une réflexion sur l'observation des sociétés animales et un regard passionnant sur l'Afrique du Sud.’

David Van Reybrouck est attiré par l’Afrique. Il a e.a. créé avec Josse de Pauw Die Siel van die Mier, un monologue de théâtre dont la majeure partie se déroule en Afrique. Le journal De Morgen a publié les reportages de ses voyages au Congo.

Van Reybrouck est lauréat du "Arkprijs van het Vrije Woord".

 

David Van Reybrouck et l’ « Arche de la Libre Parole », où sont gravés le nom des lauréats, œuvre de Jozef Cantré (1890-1957) conservée aux Archives et Musée de la Vie Culturelle flamande à Anvers.

 

David VAN REYBROUCK, Le Fléau, Actes Sud, 2008, 414 p., 23 €. Traduit du néerlandais par Pierre-Marie Finkelstein.

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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 18:38

Le boulevard périphérique de Henry Bauchau sera publié en traduction néerlandaise par Meulenhoff / Manteau.

Le boulevard périphérique, « un roman qui éclaire le royaume des ombres » (Libération), a été couronné par le Prix du Livre Inter 2008.

Poète, romancier, dramaturge et psychanalyste, Henry Bauchau (°Malines, 22 janvier 1913) vit à Paris depuis 1975. Il est membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

 

Parce que sa belle-fille, est hospitalisée pour un lourd traitement contre le cancer, jour après jour le narrateur prend le métro, le RER, le bus ou sa propre voiture, à travers les encombrements du boulevard périphérique, sous la grisaille d'un début d'été particulièrement déprimant, jusqu'à cette chambre d’hôpital, où en alternance soufflent l'espoir (obligé) ou le pressentiment (coupable) de l'inéluctable. Et comme une ombre portée sur cette chronique d'une fin annoncée, le souvenir terriblement vivant de Stéphane. Et l'énigme de sa mort. Au début des années de guerre, en Belgique, le narrateur s'est lié d'admirative amitié avec cet homme qui lui a appris, en montagne, à escalader les parois, franchir les surplombs, dépasser sa peur. Stéphane : un homme de l’acte, au geste sûr, au charisme silencieux, au corps délié et élancé, un solitaire économe de paroles, rayonnant de l'intérieur - d'une domination évidente et naturelle. Le narrateur ne lui connaissait qu'une faille : sa crainte de l'eau. En 1943, Stéphane entre dans la clandestinité, où il conduit de dangereuses actions de résistance. Le narrateur ne le reverra plus. A la Libération, il apprend que Stéphane a été retrouvé noyé dans un étang, avec aux pieds des blessures par balles...

 

Henry BAUCHAU, Le boulevard périphérique, Actes Sud, 2008, 250 p., 19,50 €.

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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 16:00

Paul Joostens et Mark Verstockt, 1960

Du 14 septembre au 3 octobre 1957 Paul Joostens expose à la Galerie Saint-Laurent à Bruxelles, conjointement avec Michel Seuphor avec lequel il était mortellement brouillé depuis 1932. Il avait étroitement associé son vieil ami Neuhuys aux différentes phases de la préparation de cette exposition, et comptait bien sur lui “pour écraser les sales mouches qui viendraient à s’échapper du nez globe-trotter du très illustre cabinet Seuphorifique.” Il semble bien que Neuhuys ait tâté le terrain en vue d’une collaboration de Joostens à temps mêlés, mais il aura certes préféré ne pas insister vu l’opinion tranchée de Joostens sur (le regain d’intérêt pour) Dada. En témoignent ces quelques extraits d’une longue lettre assez incohérente, datée du 30 septembre 1957 :

Rendez-vous au champ d’Honneur réservé aux bébés mort-nés dans Dada. Le bourgeois et l’homme des Lettres Belles nous disent : Dada ? ça n’existe plus … c’est une foutaise de rupins. Oui, mais si les archéologues-folkloristes de Dada encensent seulement en Dada les crevés pour la cause voici 50 ans! Comme quoi il est indécent d’être dada en vie. Les vrais Dada c’est des garnements qui ont percé la barricade, après ils doivent se contenter d’être des Morts glorieux.

Les écrivains jadis dada n’ont pas le droit de ressusciter Dada ou de prolonger leurs expériences selon la terminologie trouvée jadis dada. [...]

Encore un Dedi Dodo Dada Tutu Baba Bobu d’oublié ! Mais nous ne disposons que d’une page (pour vous). Soyez heureux on figure parmi les dada, il nous reste encore quelques Tombes ouvertes …

Nous (c.à.d. l’Archigénie Nantje Berckelaers alias Seufor) nous venons à la rescousse de l’Esprit Nouveau ! En tête de liste Nous (les critiques) nous inventorions les Dépouilles signalées dans la Revue Le Minotaure. Nous réinventons les squelettes des Tombes des Dadaïstes inconnus (méconnus) morts de la gravelle voyelle. Dide, Popo Papa, cucu Pipi. [...]

Il y aura une Caserne et une Église Dada, un sous-off et un sous clergé. Le pape est nommé Bonze Dada de St. Pierre. […]

Sans l’argot, Freud et Proust, le Dada serait encore au Dodo.

Blavier informe Neuhuys que le Picabia/Pansaers “se concocte favorablement”. Cocteau, Seuphor et Bettencourt ont donné des textes sur Pansaers. Michaux “fait évidemment le mort” — “Êtes-vous en situation de le lui demander ?”. Quant à E.L.T. Mesens et Maurice van Essche, ils ne répondent pas. Neuhuys pourrait faire un chapeau excusant l’absence de ce dernier ? Et Blavier revient à charge : “Enfin, pouvez-vous, en plus de votre Microbe plus ou moins vierge m’évoquer encore l’une ou l’autre anecdote pansaersienne ?” Le 24 décembre 1957, Neuhuys confirme qu’il enverra un chapeau. “Pour ce qui est d’anecdote pansaersienne, vous pourriez vous adresser à Pierre Bourgeois qui l’a très bien connu ?”

Le numéro Picabia/Pansaers de temps mêlés paraît en 1958 (l’achevé d’imprimer mentionne le 21 mars).

Paul Joostens meurt le 24 mars 1960. Le lendemain, Neuhuys note dans ses carnets : « Visite à Joostens cette fois dans la maison des morts. On retire le cadavre du frigo. Il est dans un long tube de verre. Après quelques minutes la condensation vous empêche de voir, c’est à peine si j’ai pu entrevoir un instant sa figure enveloppée d’une mentonnière. Il aspirait tant à mourir que je n’éprouve aucun regret. C’est sinistre. Une mort sans espoir. Toutes les femmes, il les a repoussées à la dernière minute [...] Il n’a rien cédé de son caractère jusqu’au bout … Et le voilà parti, peintre donquichottesquement religieux après tout, en colère contre ce qui le choquait chaque jour davantage. [...] Il se disait bouddhiste parce qu’il boudait toutes les autres religions. “Mijn opinie is dat religie absoluut actueel is”, comme disait le bourgmestre Craeybeckx. »

Le 14 novembre 1960, Neuhuys écrit à Blavier :

            « … notre ami Georges Thiry m’a dit naguère que vous seriez désireux de publier des inédits de Paul Joostens. En est-il toujours ainsi ? Dans ce cas je vous proposerais quelques Considérations sur la vraie nature de la verge et du vagin. Qu’en pensez-vous ? ». Blavier répond qu’il est amateur de Joostens, très, “mais ces Considérations sont à première vue un peu frappantes. Voulez-vous m’envoyer le texte, pour voir comment on pourrait publier cela (éventuellement sans fracas publicitaire).”

Entre-temps Neuhuys avait été visité par l’ombre de Chatté. Tenant parole, Blavier avait publié, dans le numéro de colmatage 39-42 de temps mêlés, achevé d’imprimer le 15 juin 1960, trois chansons de Chatté, dont deux en collaboration avec Georges Gabory, très lié avec Malraux dans les années vingt et, comme Blavier, membre du Collège de “Pataphysique”. Dans une courte notice, Pascal Pia rappelle que Chatté est mort à Villejuif, en septembre 1957, à l’âge de cinquante-six ans, “d’un cancer généralisé que, deux mois plus tôt, ses médecins habituels ne soupçonnaient point”. Marcel Jouhandeau s’était efforcé d’adoucir sa fin. “Il y est, en partie au moins parvenu, selon ce que m’ont dit des tout derniers jours de Robert Chatté les infirmières de l’Institut Gustave Roussy qui l’ont vu mourir.” Et Pia de lui tirer le portrait :

« Ce n’était en aucune façon un écrivain. Au fait, qu’était-il ? Lui-même n’a jamais cherché à se classer. De ses dons, extrêmement variés, il ne s’appliquait guère à tirer parti. Libraire sans boutique, commerçant sans patente, amateur sans spécialité, il ne se donnait pourtant pas des airs d’être détaché de tout. Au contraire, il laissait voir qu’une passion frénétique le possédait, mais il n’était pas moins visible qu’aucun objet ne pouvait longtemps fixer sa passion. Il a excellé dans la danse à claquettes, le maniement des cartes à jouer, l’art d’intéresser les dames de petite vertu, et aussi dans la mystification. Une de ses anciennes amies l’a toujours pris pour un Américain. Tout Parisien qu’il était, il ne lui avait jamais adressé la parole qu’avec l’accent yankee, même quand elle et lui s’affrontaient dans le plus simple appareil. En dépit de toutes ces aptitudes, il n’a jamais été ni l’artiste de music-hall, ni le teneur de bonneteau, ni le jules qu’il aurait pu devenir sans effort. Sans cesse il se trouvait en quelque sorte distrait de soi par l’un ou l’autre de ses personnages de rechange. Ses chansons ne sont pas des œuvres, mais des accidents. »

Neuhuys aura certes apprécié “L’âge d’or”, dont voici deux strophes :

C’était la fin d’la belle époque,

Un peu avant la der’ des der’s,

Et dans c’temps-là j’étais sinoque

Pour la grand’Léa du Colbert ?

Le lundi, auprès d’ma gagneuse,

Déguisé en marchand d’plaisir,

J’travaillais à la rendre heureuse

Afin d’occuper ses loisirs.

Mais quand j’ai dû quitter Paname

Pour m’en aller jouer au soldat,

Quatre ans, c’est trop long pour un’ femme,

Surtout comme une femm’ comm’ Léa !

Pendant que j’sauvais la patrie,

J’ai perdu mon châteaubriand.

Elle s’est mariée…à la mairie !

En province, avec un client !

Selon Blavier, les textes publiés dans temps mêlés “sont probablement les seuls qu’il écrivît jamais.” Il me les confia, peu avant de mourir, au cours d’une de ses incursions en Belgique, après avoir collationné, sur les exemplaires de la bibliothèque communale de Verviers (…), de précieux tirés à part, d’Alain, de la Nouvelle Revue Française. Je le reconduisis au train ce soir-là, et sa démarche mal assurée m’inquiéta. Je ne devais plus avoir de ses nouvelles, sinon par un colis expédié à son adresse et qui me revint de Villejuif, avec la mention brutalement crayonnée : “décédé”.

Henri-Floris JESPERS

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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 09:05

C’est dans le courant du premier trimestre de 1954, sur les instances de Paul Dewalhens, que le troisième numéro de temps mêlés est adressé à Paul Neuhuys. André Blavier — qui signe “le commis aux écritures” — incite Neuhuys à faire quelque publicité à temps mêlés dans la région anversoise, et lui envoie « deux prospecti à effet d’abonnement, car hélas nous sommes toujours à crier misère, ni l’UNESCO ni la CECA ne nous soutenant. »

            « J’espère, écrit-il, que notre effort vous plaira. Vous pouvez à tout moment vous y associer (un texte pourquoi pas ? vous voyez les dimensions). J’espère surtout, très franchement, que vous vous abonnerez. Je suis confus d’insister, mais un abonnement, c’est pour nous une page de plus à tm ! »

            Répondant le 5 mars 1954, Neuhuys déclare s’abonner et souligne que c’est Édouard Jaguer, le directeur de Phases, qui lui a signalé l’existence du groupe temps mêlés : « Je ne manquerai pas de dire combien ce nouvel effort des jeunes me paraît d’autant plus méritoire que les temps sont plus mêlés. » Il transmet l’adresse de Gilbert Sénecaut et de Georges Mariën, “un pharmacien très au courant des dernières spécialités surréalistes et qui collabora naguère à l’Invention Collective.”

            En 1955, Neuhuys reçoit un coup de téléphone d’un libraire parisien, Chatté (“Chatte avec un accent aigu”): « Je vous téléphone sur la recommandation de Jean Paulhan. Je suis au buffet de la gare d’Anvers. Pouvez-vous m’y rejoindre ? Vous me reconnaîtrez aisément : je porte une casquette et ressemble à Marcel Aymé. »

Neuhuys y trouve “un homme charmant” qui veut se procurer la collection complète des éditions Ça ira. Ce sera le début d’une brève mais vive amitié.

            Lors d’une seconde visite de Chatté, le 25 mars 1956, Neuhuys le remercie à sa manière de la sympathie que le libraire lui témoigne. Il note dans ses mémoires : « … je le conduis dans les quartiers chauds du port et lui offre une de ces fenestrières dont il se montre friand. Fille d’amour, gage d’amitié. C’est un chaud lapin, ce Chatté-là ! »

            Chatté s’intéresse beaucoup à temps mêlés. Neuhuys fait part à Blavier des desiderata du libraire et joint à sa lettre le montant de son abonnement. Début avril, Blavier se rend à Paris où il voit Chatté. Dès son retour, éreinté par douze heures de chemin de fer et “(l)es yeux comme une maison de passe”, il écrit à Neuhuys : « Merci pour votre lettre, qui m’a permis de rentrer quelque argent pour tm. Merci pour votre abonnement ! Chatté me parle de vos cerises. Il est très bien, cet homme d’ailleurs. » Blavier a rapporté de Paris quelques livres pour Neuhuys, qui le remercie d’avoir bien voulu s’en charger : « J’aime beaucoup faire le voyage de Paris n’était-ce toujours si fatigant et ces émotions commencent à n’être plus de mon âge. »

            Après avoir laissé sans réponse une lettre de Neuhuys qu’il qualifie de “si gentille”, Chatté s’explique le 7 juin 1956 : « Hélas ! peu de temps après être rentré de Belgique j’ai été à nouveau malade et j’ai dû implorer la Fée Électricité, ce qui m’a beaucoup fatigué. » (En 1960, Pascal Pia rapportera que Chatté « a dû revenir périodiquement dans des maisons de santé pour y subir des traitements électriques auxquels il ne se soumettait qu’avec terreur, quand il lui était impossible de les différer. À cause de sa névropathie, ses amis craignaient qu’il ne finît par se détruire. »)

            Chatté a déjeuné avec Jean Paulhan, lui a dit le plaisir qu’il a eu à connaître Neuhuys, à qui il adresse un exemplaire de L’Aveuglette (1952) : « J’attire votre attention sur le mot de J. P. que vous trouverez glissé à la première page. J’ai pensé qu’il vous serait plus agréable de lire de sa main ce qu’il me conseillait de vous écrire et je suis tout content de vous avoir été utile si peu que ce soit. » Jean Paulhan avait écrit, de sa belle écriture ferme et nette : « C’est rudement bien l’Herbier magique d’Uphysaulune. Pourquoi ne le donneriez-vous pas à la N.R.F.? » Dans une lettre à Franz Hellens, datée du 15 juin 1956, Neuhuys qualifiera L’Aveuglette de “petit ouvrage où il est dit, à peu près, qu’en groupant les mots à l’aveuglette il nous est permis parfois de mieux les voir (en les regardant moins).”

            Chatté a également négligé temps mêlés, et Neuhuys, Monsieur Bons offices, écrit le 20 juin à Blavier : « Je reçois une très aimable lettre de Robert Chatté où il me charge de vous dire qu’il n’oublie pas la promesse de petits textes pour les temps mêlés et que seul son état de santé l’a mis dans l’impossibilité de vous écrire. »

            En 1956, Neuhuys voyage à Paris et séjourne du 19 au 30 août chez Franz Hellens à La Celle-Saint-Cloud. Prévenu, Chatté ne réagit que le 16 août : « Je suis confus du retard avec lequel je réponds à votre divine lettre du 5. Excusez-moi ; cependant je ne suis pas seul coupable. En effet, je pensais que vous aviez de mes nouvelles précises par André Blavier que j’ai vu à Paris le 31 juillet. (…) Il avait bien voulu, fort gracieusement, se charger de faire passer pour moi une annonce dans le journal le plus indiqué d’Anvers, demandant à louer, à la journée, une chambre et cuisine du 11 au 18 août. Je l’avais encore prié de faire adresser les réponses éventuelles à mon nom, à votre adresse…, etc. Depuis, aucune nouvelle de lui, sinon indirectes et charmantes. Puis vous m’avez prévenu de votre projet de venir à Paris alors que je souhaitais aller à Anvers surtout pour être proche de vous durant quelques jours de détente et d’activité très modérée. Je renonce donc à partir maintenant car je serai tout aussi content de vous voir à “Montmertre”. Êtes-vous fixé maintenant sur la date de votre séjour, je n’ai pas de projet de vacances avant septembre. » Il n’est pas probable que cette lettre ait atteint Neuhuys avant son départ. Dans ses Mémoires à dada (1996), Neuhuys note : « Certain soir j’allai relancer Chatté dans sa librairie de Montmartre, rue d’Ursel face au square d’Anvers. Chatté est libraire en chambre, tenant une véritable librairie au sens où l’entendait Montaigne. (…) La fenêtre s’ouvre sur le Sacré-Cœur. Nous descendons vers les boulevards dans le but d’y rencontrer quelque accorte péripatéticienne mais hélas, c’est l’époque des troubles algériens et nous assistons à une rafle sur le Topol. Nous échouons dans un bistrot où, devant un café serré à l’italienne, nous parlons femmes, livres, théâtre… »

            Neuhuys réfléchit beaucoup à la proposition de Blavier de faire l’historique de Ça ira ! mais il lui confie le 23 octobre 1956 être “en ce moment repris par d’autres occupations”.

            « Ainsi j’ai rencontré Tristan Tzara, l’autre jour à Anvers où il faisait une conférence sur l’Art Nègre, plus spécialement le Masque dans l’art nègre. L’érudition est-elle le masque de Dada ou Dada n’a-t-il été que le masque de l’érudition ? Toujours est-il que Tzara semble vouloir minimiser le mouvement dont il fut le promoteur : “Dada, c’est le droit à l’arbitraire … on ne peut rester Dada toute sa vie…” Voilà de quoi truffer, comme vous dites, mes souvenirs sur Ça ira. Qu’en pensez-vous ? » Il informe Blavier que Tzara possède “pas mal de manuscrits et lettres de Clément Pansaers”. (Dans Mémoires à dada il qualifiera la conférence de Tzara au Musée des Beaux-arts d’Anvers de “longue comme la rue La Fayette”…) Enfin, il saisit l’occasion pour offrir à Blavier, en témoignage de l’amitié et de l’admiration qu’il porte à temps mêlés (“dont chaque numéro m’est un petit régal”) un exemplaire de l’Apologie de la paresse de Clément Pansaers, paru en 1921 aux éditions Ça ira.

            Le projet de consacrer une livraison de temps mêlés à Picabia et Pansaers prend forme et Blavier peut d’ores et déjà se réjouir des collaborations de Queneau, Man Ray et Soupault. Neuhuys lui confie “Le Microbe Vierge”, un court texte qui illustre sa manière de travailler : il ne s’agit ni d’un témoignage ni d’un essai, mais d’une juxtaposition de propositions quasi aphoristiques et soigneusement frappées :

Dada, comme l’affirmait Clément Pansaers, a voulu être le mot d’ordre d’un certain esprit.

Dada, microbe vierge, existait bien avant qu’il ne fût identifié à Zurich pendant la première guerre mondiale.

On peut parler de diaspora Dada.

Déjà le dadaïsme est une dégradation de Dada. (…)

Pansaers parle (…) de “déblayage brutal”, et serait en droit de s’écrier aujourd’hui : “Qu’est-ce que c’est Sartre, Breton ? Connais pas, connais pas.” Car ce qui attire dans Dada, c’est à la fois le nihilisme et le juvénilisme.

Entre l’existentialisme, démission devant l’absurde, et le surréalisme, rémission par le merveilleux, il y a Dada, qui est le fléau de la balance.

Le code Dada s’établit sur un critérium clair et net : Les individus se ressemblent par leur dissemblance. L’individu seul est nature et peut condenser sa pensée en un mot, un geste, un objet.

Mais aussitôt qu’un groupe de dadaïstes ne songea plus qu’à épater la galerie, il perdit sa raison d’être et devint Tam-Tam Réclame.

            Blavier — “fort encombré : plus de boulot que de fric” — semble bien avoir espéré une contribution plus concrète. Il remercie Neuhuys pour son “beau texte”, mais peut-être pourrait-il "y ajouter des souvenirs d’éditeur, non ? Ou sera-ce pour une autre fois, un cahier tm tout entier ? Je crois que ce serait intéressant : au fond, les débuts de la litt. en Belgique." Il prie également Neuhuys de voir auprès de Paul Joostens s’il n’a rien, texte ou cliché, pour le numéro Picabia/Pansaers. “Ce sera une grosse affaire, près de 100 pages.” Enfin, il lui signale que Chatté est décédé, “récemment sans doute, mon courrier revient avec la sinistre mention. J’ai de lui qq. chansons que je publierai un jour”.

            Répondant le 10 octobre 1957, Neuhuys souligne que Chatté “aimait Anvers et parlait d’y venir passer des vacances. Je m’apprêtais à le recevoir et voilà … on ne se reverra plus à l’ombre de la cathédrale, lui qui s’intéressait comme moi, en poète, à la prostitution.” En post-scriptum, il ajoute : “Je m’intéresse aussi beaucoup, comme Chatté, aux femmes de lettres. Chacune est un exemplaire original et un numéro spécial.” (Il reprendra cette formule en 1965, à propos de Jacqueline Ballman: “J’ai toujours beaucoup aimé les femmes de lettres. Qu’elle soit juchée sur les cothurnes de la suffisance ou, au contraire, d’une spontanéité dont nous avons perdu la recette, chacune est un exemplaire rare, une édition originale.”) Quant à une collaboration éventuelle de Paul Joostens au numéro Picabia/Pansaers, Neuhuys se contente de transmettre l’adresse du peintre, sans aucun commentaire. Il avait certes de bonnes raisons…

Henri-Floris JESPERS

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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 08:22

“Attention ! Ne déplacez rien.” Le grand ordre caché du désordre apparent : partout, sur toute surface plane disponible (c’est-à-dire qui ne l’est plus), empilés et répartis, feuillets dactylographiés enluminés de repentirs, fragments de photocopies retouchées, fiches, petits papiers de toutes sortes et de tous formats, épreuves adornées de signes de correction, ces insectes qui mordent la marge de la page et qui sont à la composition, mais d’une manière plus clinique et définitive, ce que biffures, ratures et surcharges sont au manuscrit... Nous voilà bel et bien dans la cuisine de l’obsédé de précision, dans la boutique du brocanteur. Étal et étalage de l’homme fait de lettres. André Blavier prépare la réédition des Fous littéraires, livre-culte quasi mythique.


            Notre première rencontre avait eu lieu aux Biennales de la Poésie en 1964, où il m’avait interpellé, après une intervention que j’avais consacrée à rose mon chameau, livre-collage du poète et cinéaste Patrick Conrad. Blavier, esprit curieux, dans tous les sens du terme, m’interrogea longuement sur l’évolution de la poésie expérimentale de langue néerlandaise.

Patrick Conrad et Harry Mulisch au club VECU à Anvers, 1978

            Nous ne sommes pas programmés pour le hasard, ni même d’ailleurs pour la nécessité: trente-cinq ans plus tard, notre ultime entrevue à Verviers, programmée et même intéressée celle-là, fut en effet placée sous le signe de Paul Neuhuys, à qui Conrad avait rendu hommage en 1984 dans un émouvant documentaire télévisé. Ce fut alors que Blavier mit généreusement à la disposition de la Fondation Ça ira un jeu de photoco pies des lettres qu’il avait reçues de Paul Neuhuys.

            Blavier, estafette exemplaire de cette Belgique sauvage que Phantomas célébra dans son numéro 100-101, fut pour Neuhuys, casanier, timide et effacé, un point d’ancrage vital et essentiel. Toujours “extrêmement attiré par les extrêmes”, Neuhuys soulignera que Blavier “voit l’authenticité de la poésie dans une permanente dérision, un sarcasme, un humour, un parti pris de ne pas se prendre au sérieux.”

Henri-Floris JESPERS

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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 04:24

Le Centre d’étude des francophones en Flandre (CEFF) se consacre à l’étude résolument scientifique et multidisciplinaire des locuteurs de la langue française depuis leur apparition sur le territoire actuel de la Région flamande et de la Région Bruxelles-Capitale jusqu’au temps présent, et ceci dans toutes leurs expressions.

Le CEFF-SFV est soutenu par un Comité scientifique composé des personnes suivantes:

Christian Berg  (UA); Geert De Baere (Cour de Justice des Communautés Européennes, UA); Jacques Caron (Syddansk Universitet - Odense Universitet); Roel De Groof  (BRIO, VUB); Matthijs de Ridder  (UA); Henri-Floris Jespers  (Fondation Ça Ira); Chantal Kesteloot  (CEGES); Nathalie Kremer  (KUL, Sorbonne); Anne Morelli  (ULB); Marc Quaghebeur  (Archives et Musée de la Littérature Bruxelles); Frank Seberechts  (ADVN); Dave Sinardet  (UA); Herman Van Goethem  (UA); Piet Van de Craen  (VUB); Yannick Vanderborght  (FUSL, UCL); Astrid von Busekist  (Sciences Po); Christophe Verbruggen  (RUG); Hans Vandevoorde (RUG).

Conseil d'administration du CEFF:

Emmanuel Van de Putte (président), Paul Dirkx (vice-président), Eric Laureys (administrateur délégué), Céline Préaux (secrétaire), Bambi Ceuppens, Guy Vande Putte et Sophie Wittemans (administrateurs).

www.ceff-sfv.be/

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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 05:59

Septentrion publie le sémillant article qu’Alain Crugten, professeur émérite de littératures slaves à l’Université Libre de Bruxelles, consacre au vingt-cinquième anniversaire de la parution du roman Het Verdriet van België qui coïncide avec le décès de Hugo Claus.

Dès les premiers mois après la parution du Chagrin, il apparut que c’était un incontestable succès de librairie, non seulement en France, en Suisse et au Canada, où le public semblait surtout charmé par le caractère exotique inattendu, mais également en Belgique. L’original avait été un best-seller immédiat, un peu plus aux Pays-Bas qu’en Flandre (vingt-cinq ans après, tous tirages confondus, on doit atteindre à peu près 400 000 exemplaires). Malgré les échos nombreux, parfois à parfum de scandale mais le plus souvent enthousiastes, suscités par le Verdriet en Flandre, ce phénomène était passé totalement inaperçu aux yeux du public francophone de Belgique, preuve, s’il en était encore besoin, de l’indifférence en Belgique francophone à l’égard de la culture flamande. Cependant, lorsque parut la traduction française, les lecteurs francophones lui firent un accueil sans précédent, le livre de Claus devint en quelques mois à peine le roman le plus vendu de toute l’histoire de la librairie belge, plus de 25 000 exemplaires, sur ce marché étroit où, d’habitude, le chiffre de 5 000 est considéré comme un grand succès.

Ce record de vente en librairie constitue, à mon humble avis, un phénomène exceptionnel et peut-être symbolique. Vu l’âpreté et la mesquinerie des luttes linguistiques en Belgique, on peut apprécier à sa juste valeur le fait que ce soit le plus grand écrivain flamand de notre temps qui ait ainsi passionné les francophones, pourtant toujours si prompts à dénigrer ce qui se fait dans le nord du pays.

Justifiant sa stratégie de traduction, Alain van Crugten épingle en passant l’incompréhension de l’éditeur et de sa correctrice.

Les plus épatantes de ses retouches concernaient les soliloques de la grand-mère du héros, Mèreke. Ma « correctrice » prétendait mettre dans la bouche de cette brave femme inculte des imparfaits du subjonctif ! Il fallut donc que j’eusse bien de la patience pour avaler ces parisiennes couleuvres.

J’ai débarqué chez Claus avec ce texte amendé à la sauce française, il l’a feuilleté et, au bout d’une page de lecture, il m’a dit : « Je sens que je ne vais pas aimer cette dame. » Sans poursuivre la relecture commune plus avant, nous sommes convenus de concéder aux pauvres lecteurs français, prétendument trop bêtes pour les comprendre, la suppression d’une quantité de belgicismes, plus ou moins la moitié. Je me suis donc tapé la recorrection de mille pages de corrections indues, un mois de boulot. Puis, j’ai débarqué chez Julliard, mon manuscrit sous le bras et, dans l’autre main, un petit paquet qui sortait de chez Godiva ou Neuhaus. Je l’ai tendu à la zélée correctrice en disant : »Ceci n’est pas une boîte de chocolats, c’est un ballotin de pralines. »

&

Paul Neuhuys se plaisait à souligner que Montaigne se moquait « de la correction pimbêche du français écrit et de tout ce qu’on appelle aujourd’hui assez sinistrement l’écriture ».

Comme eût dit Montaigne

Saperdeboere     Sabre de bois

le gascon y parviendra

si le français n’y peut suffire

&

Het verdriet van België a fait l’objet d’un cahier anniversaire du quotidien flamand De Standaard. Le critique Marc Reynebeau y décrétait avec aplomb que l’utilisation de la langue par Claus rend le roman « à proprement parler intraduisible »... Van Crugten le remet laconiquement à sa place :

Or, toute personne quelque peu au courant du fait littéraire sait que chaque texte est à la fois traduisible et impossible à traduire ; cela fait depuis longtemps l’objet de colloques de savants « traductologues » et je ne vais pas vous ennuyer ici avec un exposé linguistique ou polémique.

&

Signalons encore « Les nouveaux trouvères: les poètes municipaux en Flandre et aux Pays-Bas » (Philip Hoorne) ; « La clef du monologue théâtral: la poussée d’un genre problématique » (Jos Nijhof), et un dossier consacré à Marguerite Yourcenar. Enfin, dans la rubrique « actualités », des notes de lecture entre autres à propos de l’enseignement du flamand ou du néerlandais dans le nord de la France; des éditions Actes Sud; de la traduction du roman de Kader Abdolah, Het huis van de moskee, parue chez Gallimard; du roman de Liliane Wouters, Paysage flamand avec nonnes (Gallimard); de la carrière d’Ivo van Hove, qui « électrocuta » le festival d’Avignon avec les tragédies romaines de Shakespeare.

Enfin, Septentrion signale que Lidewij Edelkoort, directrice et présidente du conseil d’administration de la Design Academy Eindhoven a été faite chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres, et que la choréographe flamande Anne Teresa De Keersmaeker a été élevée au rang de commandeur, la plus haute distinction dans cet ordre.

Henri-Floris JESPERS

 
Septentrion, revue trimestrielle, 37e année, 2008, no 2, 112 p., ill., 10 €.

Abonnements 2008 (4 numéros).

Belgique: 39 € à verser au compte 000-0907100-53 de l’association « Ons Erfdeel vzw », Murissonstraat 260, B 8930 Rekkem.

France: 41 € à verser au compte BNP Paribas

RIB : 30004 00530 00010183683 32

IBAN : FR76 3000 4005 3000 0101 8368 332

BIC : BNPAFRPPRBX

Hugo CLAUS, Le Chagrin des Belges (Paris, Julliard, 1985; Paris, Seuil, coll. "Points", 2003)

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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 00:13

C’est en 1957 que Franz Hellens avait recommandé à Paul Neuhuys Guy Imperiali, un jeune écrivain dont il avait lu et apprécié l’ébauche d’un roman : Les Cheveux blonds.

Paul Neuhuys partagea ce sentiment et l’écrivit à Franz Hellens :

« Il m’a lu dernièrement la première partie de son roman et j’y ai pu apprécier une qualité que j’aime : le goût de l’aveu, lequel va je crois toujours de pair avec le don de l’expression. Il y dépeint la malédiction d’une adolescence abandonnée, la sienne […] On y trouve aussi, parallèlement à la vie du pensionnat près de Rochehaut, une radiographie presque balzacienne de Bruxelles depuis l’antique Bruqzeele jusqu’au dandysme qui se reflète, faute d’un fleuve, dans les étangs d’Ixelles. C’est par ces moyens qu’Imperiali veut nous conduire vers ce qu’il appelle le domaine du fantastique social. »

Dans les mois et les années qui suivirent, Imperiali se lia d’amitié avec Paul Neuhuys, comme en témoignent toutes les lettres qu’il lui adressa pendant six ans.

C’est lui qui, le 19 juin 1960, suggéra à Paul Neuhuys de publier un livre collectif qui contiendrait trois ou quatre pièces de théatre.

« Le titre ? Les Soirées d’Anvers. Cela pourrait avoir un grand retentissement […] un aspect nouveau de vous-même serait découvert. (le théâtre de l‘Univers, quel programme !) »

Le premier cahier des Soirées d’Anvers parut en mars 1961. Au sommaire : Le Journal de Paul Joostens, Le Théâtre d’Uphysaulune, et Les “Filles à boire “ par Imperiali.

Ce fut sa première nouvelle publiée. Il y met en préambule dans la bouche de son héros :

« Je n’ai pas vécu jusqu’à présent. Il est temps de savoir pourquoi je suis sur cette saloperie de terre, cette charogne parfumée. »

C’est lui aussi qui, au cours de leurs fréquentes rencontres, ayant entendu Paul Neuhuys lui raconter ses souvenirs, l’avait convaincu d’écrire ses Mémoires. Le poète lui en ayant adressé les premières pages, une trentaine, il lui répond le 26 mai 1958, combien il les trouve attachantes par leur sincérité, et il l’écrira dans un article qui parut en 1959 dans la revue Synthèses : La Sincérité voluptueuse du poète, Paul Neuhuys.

 Fin 1958 le manuscrit des Mémoires était achevé sous le titre Ça ira, ç’a été. Imperiali en parla à Armand Henneuse, l’éditeur lyonnais “qui s’est montré très intéressé”, écrivit-il à Paul Neuhuys. Elles ne furent finalement publiés que quelques décennies plus tard comme partie d’un ouvrage plus vaste composé par Luc et Thierry Neuhuys durant les dernières semaines de la vie de leur père, et avec son assistance. Imperiali en fit la préface et lui trouva un nouveau titre : Mémoires à Dada (Bruxelles, Le Cri, 1996)

En 1958 également, Imperiali achevait son roman Les Cheveux blonds dans lequel il mettait un espoir énorme ; il ne cachait pas ses grandes ambitions : « Quand le destin parle si haut au dedans de vous, est-il possible de douter de lui ? » écrivait-il le 2 octobre 1957.

Franz Hellens proposa le manuscrit à deux éditeurs parisiens auprès desquels il était bien introduit. Mais Albin Michel et Denoël le refusèrent, ce qui fut un coup très dur pour le jeune auteur.

En 1963, une deuxième nouvelle, les Châtaigneraies de Bocognano, parut chez Julliard dans un des “Rendez-vous donné par Françoise Mallet-Joris à quelques jeunes écrivains”.

Imperiali publia encore trois ouvrages à compte d’auteur, particulièrement soignés : L’Essence de la noblesse / Réflexions sur la noblesse de l’âme et sur la noblesse tout court (s.d. - 1971 ?) Floraire ou les herbes de l’oubli (1975) et La Chose (1976).

Dans chacun des trois figure, outre des nouvelles, des essais et des aphorismes, une analyse perspicace d’un auteur qu’il aimait : Alexandre Dumas dans L’Essence de la noblesse, Jack Kerouac dans Floraire et Vitaliano Brancati dans La Chose.

Il fut fier de son nom, de la lignée dont il était issu, qui comptait des doges, des amiraux, un cardinal. Il en faisait état en paroles et en écrits.

C’est dans L’Essence de la noblesse qu’il explique peut-être le mieux ce vers quoi il aspire :

« Je ne me pique guère de philosophie et n’y connais rien. Mon domaine à moi est le domaine de l’âme sensible. […] ce petit livre est composé comme au XVIIIème, pour les amies et amis uniquement. Qu’ils sachent combien je les aime. L’âme noble de mes ancêtres s’élève parmi eux comme le Leviathan au milieu d’un champ de bataille, et dans la fumée je les aperçois et mon âme s’élance vers eux, et avec l’âme, le corps plein de feu pour tout ce qui est noble, vrai, humain, doux, juste, sensible. Cela justifie une certaine idée que l’on se fait de la mort. Du moins l’idée que je m’en fais les matins de tendresse. »

Dans « Un chômeur », le premier récit de La Chose, il écrit :

 « C’était un pauvre vieux. Je l’avais immédiatement remarqué parce qu’à moi, les vieilles gens, qu’ont un visage intéressant et que personne ne regarde, ça me remue jusqu’au tréfonds de l’âme. Façon de s’exprimer, faut voir si ça existe, ce truc qu’on nomme l’âme. »

« Vous avez du talent, lui avait écrit Franz Hellens vingt ans plus tôt, une faculté, un don de pénétrer l’âme même de la matière […] C’est cette vérité directe, sans efforts, quoique violente, qui me frappe dans l’expression de votre style. »

En 1961 il faisait dire à son héros dans Les Filles à boire :

« Oui, je crois que je continuerai à gueuler du fond de mon désert comme un Saint Jean de la Croix. C’est ça qui me console. Dois me persuader de cette vérité : plus on avance, plus on creuse une mort solitaire. Pas plus mal après tout. Un écrivain, c’est un type qui écrit avec sa vie, voilà à quoi on reconnaît un écrivain. »

Guy Imperiali, né à Bruxelles le 12 septembre 1934, y est décédé le 3 août 2004.

Henri-Floris JESPERS

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9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 02:04

Manifesta 7, biennale européenne d'art contemporain, se déroule du 19 juillet au 2 novembre 2008 à Trentino, région italienne du Sud-Tyrol. Pour la première fois, la biennale s'installe en Italie, avec la volonté de réunir nord et sud de l'Europe en englobant les lieux les plus significatifs de l'ensemble de la région au regard de l'industrialisation.

Parmi la nébuleuse de manifestations parallèles, signalons une exposition de POESIA VISIVA (Info: www.acp-kkw.com ) regroupant une pléiade de représentants italiens de cette poésie visuelle dont Paul de Vree se fit le héraut en Flandre dès la fin des années soixante. Paul Neuhuys s’y intéressa et la pratiquera épisodiquement, comme en témoigne son poème A bon entendeur, Phallus !, publié par Henri Chopin.

 

1975

Luc Fierens y expose trois oeuvres.

 

Communic

 

Glorious

 
Faces6

Après avoir publié des poèmes expérimentaux dans la revue Lotta poetica (Sarenco – De Vree), Luc Fierens (°Malines, 20 décembre 1961) se consacrera à partir de la seconde moitié des années 80 à la poésie visuelle et au Mail-art. Éditeur des POSTFLUXPOSTBOOKLETS (79 livraisons), artiste prolifique et protéiforme, il jouit d’une solide réputation internationale (http://www.vansebroeck.be )

Le livre d'artiste Bellezza Pericolosa paraît aux éditions Prego. Voir: http://clochart.blogspot.com/2008/06/luc-fierens.html )

Henri-Floris JESPERS

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 04:24

Fantasmagie est le bulletin trimestriel du Centre international de l’Actualité fantastique et magique, fondé à Bruxelles par Serge Hutin et Aubin Pasque,  en décembre 1958, avec comme autres membres fondateurs Jean-Jacques Gailliard, Marc. Eemans, Robert Geenens et Thomas Owen. Le premier numéro de la revue paraît en novembre 1959.

La première manifestation du groupe fut toutefois un numéro spécial de la revue anversoise De Tafelronde (1958, V, no 3-4, 63 pp.), le CIAFMA figurant en première de couverture comme co-éditeur.


Marc. Eemans témoignera :

Après la guerre, en dehors de l'abstrait, il n'y avait pas de salut. À Anvers règnait la Hessenhuis:  dans les années 50, c'était le lieu le plus avant-gardiste d'Europe. Pasque et moi avions donc décidé de nous associer et de recréer quelque chose d'"anti". Nous avons lancé "Fantasmagie". A l'origine, nous n'avions pas appelé notre groupe ainsi. C'était le centre pour je ne sais plus quoi. Mais c'était l'époque où Paul de Vree possédait une revue, Tafelronde.  Il n'était pas encore ultra-moderniste et n'apprit que plus tard l'existence de feu Paul van Ostaijen. Jusqu'à ce moment-là, il était resté un brave petit poète. Bien sûr, il avait un peu collaboré... Je crois qu'il avait travaillé pour De Vlag. Pour promouvoir notre groupe, il promit de nous consacrer un numéro spécial de Tafelronde.  Un jour, il m'écrivit une lettre où se trouvait cette question: "Qu'en est-il de votre "Fantasmagie"?". Il venait de trouver le mot. Nous l'avons gardé.

Les témoignages de Marc. Eemans sont souvent, non, dans la plupart des cas sujets à caution, comme je l’ai déjà irréfutablement démontré à plusieurs reprises. Méchante langue, imbu de sa personne, s’appropriant des mérites (et des relations amicales ou des contacts même superficiels) n’existant que dans son imagination, il traite ici Paul de Vree de « brave petit poète qui n’apprit que plus tard l’existence de Van Ostaijen ». Bien avant le numéro spécial consacré à ‘Fantasmagie’, De Vree avait publié des études innovatrices sur Van Ostaijen, alors qu’Eemans s’était limité à quelques « souvenirs » disons, par charité, quelque peu « magnifiés », comme il le fera plus tard à propos d’Eddy du Perron. Qu’il crédite Paul de Vree de la paternité du terme « fantasmagie », alors de se l’attribuer, n’en est que plus que plus crédible.

Henri-Floris JESPERS

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