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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 08:38

 

Déjà s'accumule un passé

De mots de gestes encombré

Et vainement j'y cherche un homme

Un rôle à reprendre une voix

Qui ne soit pas de fin décembre

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 06:15

 

Berreby.jpg

 

le conte est dans le cirque

le cirque est dans la poésie

le poésie dans l'humour

l'humour dans la musique

polyphonies

le lien tissé au fil d'arnaque

espace et décharge d'échanges

centre de ressource et d'accueil

silence et fermeture générale

source d'ennui transfiguré

progamme demandez le programme

point de projet

 

,(Gérard Berréby, Stations des profondeurs, Paris, Éditions Allia, 2010, p. 36.)

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 21:02

 

 

DadaTerminus

Il 25 dicembre, in una riprovevole indifferenza, è stato il cinquantenario della morte di Tristan Tzara (16 aprile 1896 – 25 dicembre 1963), cofondatore del movimento Dada. Non è che in questa qualità che il suo nome ha acquisito uno statuto da icona. La sua opera resta tuttavia superbamente ignorata (se non negli ambienti accademici, e non del tutto). Paul Neuhuys (16 settembre 1897 – 16 settembre 1984) fu il primo critico nel Belgio francofono a porre in risalto l’importanza di Tzara e di Dada.

Ecco due citazioni di Paul Neuhuys, in omaggio a Tzara.


Henri-Floris Jespers

 

http://dada100.over-blog.it/article-testimonianze-paul-neuhuys-due-citazioni-per-il-cinquantenario-della-morte-di-tristan-tzara-da-121778700.html

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 06:14

 

TZARA.jpg

Hier, dans une regrettable indifférence, c’était le cinquantenaire de la mort de Tristan Tzara (16 avril 1896-25 décembre 1963), cofondateur du mouvement Dada. Ce n'est en cette qualité que son nom a acquis un statut d' icône. Son œuvre reste toutefois superbement ignorée (si ce n'est dans les milieux académiques, et encore). Paul Neuhuys (16 septembre 1897-16 septembre 1984) fut le premier critique en Belgique francophone à souligner l'importance de Tzara et de Dada.

Voici deux citations de Paul Nehuys, en hommage à Tzara.

Henri-Floris JESPERS

*

'C’est Tristan Tzara qu’il faut citer en tête du groupe dada dont le mouvement revêt un caractère international. Dada ne poursuit aucune forme artistique. Dada revendique l’idiotie pure. N’oublions pas que les dadas ont dépouillé les mots de leur caractère usuel et celui-ci ne saurait donc avoir un sens péjoratif. Cela revient à dire que Dada ne procède pas par les voies habituelles de la raison. Dada est une désorientation radicale du sens commun. À cet égard les dadas déploient une véritable ingéniosité à être idiots.

Ils évitent avec soin tout ce qui n’est pas en inversion directe avec, ce que nous avons coutume de considérer moralement comme des valeurs. Se libérer de toute acquisition intellectuelle afin de n’être plus dupe de soi-même, tel est l’objet que poursuit Dada. Pour bouleverser notre manière de voir, les dadas modifient notre façon de parler. Il veulent décoller les mots agglutinés par l’usage et qui s’attirent entre eux comme la limaille adhère à l’aimant. Tristan Tzara dans un de ses manifestes nous prescrit l’amusante recette que voici :

 

Pour faire un poème dadaïste

Prenez un journal

Prenez des ciseaux

Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème

Découpez l’article

Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-le dans un sac

Agitez doucement

Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre dans l’ordre où elles ont quitté le sac

Copiez consciencieusement

Le poème vous ressemblera

Et vous voilà un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incompris du vulgaire.

 

J’attire votre attention sur cette phrase : « Le poème vous ressemblera ». Tristan Tzara a raison. Par ce procédé les mots auront acquis une valeur intrinsèque. De nouveaux rapports se dessineront entre eux. Vous aurez créé le vide et vous découvrirez plus aisément la part d’inconscient qui détermine vos actions. D’ailleurs tous les écrivains qui ont voulu se recréer un vocabulaire selon leur intime vision du monde ont pratiqué, mentalement, cette opération.

Mais Dada a une signification plus générale. Il n’est point de domaine où ne s’étende son influence négative. En réalité, Dada est un état d’esprit absurde auquel nul n’échappe. « Les vrais dadas sont contre dada » et, en effet, qui ne caracole pas sur son dada à l’heure présente ? Francophilie, germanophobie ne sont plus que des variations de Dada à l’état positif. Dada a tout expérimenté et rien n’a pu satisfaire son besoin de diversité.

 

Dada est un microbe vierge

Dada est contre la vie chère

Dada

Société anonyme pour l’exploitation des idées

Dada a 391 attitudes et couleurs différentes suivant le sexe du président.

Il se transforme – affirme – dit en même temps le contraire – sans importance – crie – pêche à la ligne

Dada est le caméléon du changement rapide et intéressé

Dada est contre le futur. Dada est mort. Dada est idiot.

Vive Dada. Dada n’est pas une école littéraire hurle

Tristan Tzara.

 

L’idiotie pure est la panacée universelle. Les actes raisonnables ne procurent que des inconvénients. C’est ce qui permet à Tristan Tzara de conclure : « Souscrivez à Dada le seul emprunt qui ne rapporte rien. »

Paul NEUHUYS

(Ça ira, no 14, 1921, pp. 59-60)

*

Tristan Tzara donne une conférence à Anvers sur les masques nègres et l’efficacité des fétiches. Conférence longue comme la rue La Fayette. Je vais lui serrer la main après sa causerie et lui rappelle l’époque héroïque des manifestes dada. Je lui ai demandé si dada était le masque de l’érudition ou si l’érudition était le masque de dada. On ne peut rester dada toute sa vie, m’a-t-il répondu, — ce qui est très juste—, Dada avait été « le droit à l’arbitraire ». Gai savoir et bon plaisir. Intermittence du cœur et de l’esprit.

Paul NEUHUYS

(Mémoires à dada, Bruxelles, Le Cri, 1996, Coll. Les Évadés de l'Oubli, pp. 127-129).

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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 07:02

 

J’ai placé au pied de l’arbre

tous les attributs de Noël:

Marie, Joseph, le bœuf et l’âne

et, dans sa crèche, l’enfant nu.

 

L’arbre est tombé – mal soutenu –

et toute la sainte famille,

et les mages et les bergers

éparpillés sur le tapis.

 

Où sont les anges? Envolés?

En deux morceaux l’enfant Jésus.

Et me voici à ma vraie tâche:

recoller tout l’espoir du monde.

 

Paul NEUHUYS

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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 23:40

 

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Portait de ma mère poète” (2008) et “Portrait de mon père aquarelliste” (1987), deux films de Jean-Noël Gobron seront diffusés à la RTBF sur La Trois le jeudi 29 août à 22 h.

J'ai eu le triste privilège de publier ici la nécrologie du poète Marie-Jo Gobron (1916-2008), la mère de Jean-Noël: ”Bouquet funèbre en forme de couronne”.

http://caira.over-blog.com/article-26646422.html

http://caira.over-blog.com/article-26716441.html

http://caira.over-blog.com/article-26717057.html

 

GobronVisagecaira.jpg

Marie-Jo Gobron, De visage à visage, Eeklo, Steyaert, 1961. Illustrations de Roger Gobron.

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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 03:24

 

120herge_tintin_alphart.jpg

Alain Germoz  (1920-2013) était grand amateur, non seulement de jazz, mais également de polars et de bandes dessinées. Il composa un album de BD, demeuré inédit, avec son cousin germain Guy Vaes (1927-2012). Nous publions ici un extrait des mémoires de Germoz qu'il confia au poète Bert Bevers en vue de publication en traduction néerlandaise dans Mededelingen van het CDR.

Henri-Floris JESPERS

alain-aan-pc-tussen-de-boeken-02-.jpg

Alain Germoz (Photo: Dirk Schiltz)


Grâce à Steven Spielberg, la tintinophilie a connu une recrudescence. Un flot de textes nouveaux, déferlant malgré tout ce qui existe déjà sur Tintin et son créateur, rend quasiment aussi prétentieux que superflu d’encore vouloir en rajouter. Et pourtant, j’ai deux raisons de le faire. Ayant fréquenté Hergé dans son studio haut perché de l’avenue Louise, où le contact se limitait à une banale interview journalistique, j’ai eu la chance, en tant que critique d’art, de visiter la galerie Carrefour animée par le colonel Stal, féru d’art moderne. Hergé n’avait qu’à descendre et faire quelques pas pour une heure de détente dans la galerie de son voisin. Débarrassé des contraintes de l’interview, on pouvait parler de n’importe quoi et c’est ainsi que je découvris un homme curieux de tout. De quoi sympathiser d’emblée. Confronté à l’art moderne, Hergé reconnaissait en toute simplicité ne pas comprendre. C’est surtout l’art abstrait qui lui posait un problème. Avec le colonel Stal, nous procédions à son initiation dans ce domaine délicat où l’on se heurte généralement au triste dicton de gustibus et coloribus non disputandum. Eh bien, non! Il faut en discuter. Ne pas combattre le goût mais tenter de l’élargir par une discussion paisible. Pourquoi paisible? Parce que les partis pris en art conduisent souvent à des clivages et des haines qui s’apparentent aux guerres de religion.

Chez Hergé, dont la renommée était déjà assurée, pas de grosse tête mais une humilité semblable à celle d’un agnostique (qu’il ne faut jamais confondre, comme c’est trop souvent le cas, avec celle d’un athée). Quelle fut la conclusion de nos discussions? La naissance de L’Alph-Art, son dernier album, malheureusement inachevé, dont une édition intelligemment conçue permet de suivre le cheminement d’une intrigue policière tant par la reproduction des crayonnés que par les dialogues censés remplir les bulles, et quelques bref textes explicatifs pour situer l’action. Les albums de Tintin ont traditionellement 64 pages, la fin de l’histoire occupant la 62e. Dans Tintin et l’Alph-Art, album double où le premier contient la transcription des dialogues, le second le découpage graphique, le récit atteint la 42e page, sans qu’on puisse deviner ce que serait la suite. D’ailleurs, Hergé a reconnu qu’il ne savait pas où le mènerait son histoire, ce qui est plutôt surprenant puisque l’aventure est conçue comme un polar. Ce n’est qu’à la 39e page qu’apparaissent des noms d’artistes, de Monet à Picasso, et qu'il profite des compressions et extensions de César pour inventer une menace terrible, Tintin ayant démasqué un faussaire et un trafic de faux tableaux de maîtres. On pourrait supposer que le vrai sujet est de crever quelques ballons. Mais lesquels? Un certain snobisme, un piège à gogos, une foire aux illusions? Ou s’agit-il tout de même d’une satire de l’art moderne? Il avait un humour singulier qu’il exprimait dans les noms de ses personnages. Endaddin Akass passera tel quel sous les yeux du lecteur francophone tandis que le Flamand, et particulièrement le Bruxellois, pouffera de rire. Vu sous cet angle, la référence au flamand permet de supposer que l’alphn’est pas un alpha tronqué mais une traduction de Half, auquel cas le titre pourrait se lire Demi-Art. Homme lucide, il est naturel que l’ironie traverse son œuvre comme elle s’exprimait aussi dans son regard et son fin sourire. Hergé emporte son secret et nous laisse rêver à sa place. Je préfère nos discussions à la réponse qu’il comptait révéler dans L’Alph-Art. Il est rare de trouver un homme qui reste à l’écoute de l’autre et qui manie une ironie polie, tel un Jean d’Ormesson qui exprime son immense vanité avec une élégance des plus séduisantes. Ce pouvoir de séduction est sans doute la qualité maîtresse d’Hergé tel que je l’ai connu. Sous le masque d’un air narquois, il celait une véritable humilité. J’en eu la preuve lorsque nous évoquions la place que d’aucuns lui accordaient dans la littérature, parmi les Simenon, Jean Ray, Baronian et autres écrivains belges connus. Il récusait cet honneur. Je me souviens de sa réponse: “Je suis un conteur d’histoires qui s’exprime par la bande dessinée. Mes textes sont plus proches du storyboard pour un film que d’un roman. Ce n’est donc pas de la littérature.” Mise au point claire et précise d’un homme lucide et d’une authentique pudeur. Rare dans une époque médiatisée où tous les honneurs sont bons à prendre. L’honnêteté intellectuelle est une denrée dont on use plutôt avec une extrême parcimonie.

Alain GERMOZ

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 17:13

 

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Photo: Lieve Terrie (19 novembre 2009)

Hier matin. Uitvaartcentrum Eugène Timmermans à Mortsel. La famille et une poignée d'amis se réunissent pour témoigner de leur affection pour Alain Germoz. Selon la volonté du défunt, l'adieu a lieu dans la plus stricte intimité.

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Katleen Schepers, maître de cérémonie, Gary Peeters, petit-fils d'Alain, Michel Oleffe et Henri-Floris Jespers évoquent les états multiples de la personnalité de Germoz. Louis Armstrong, Elek Bacsik, Count Basie, Dave Brubeck, Duke Ellington et Toots Thielemans les accompagnent...

Begrafenis-Alain-5-07-2013-028.jpgPrécédés par le saxophoniste Matthias Van den Brande, nous nous rendons au parc d'honneur du cimetière Schoonselhof. La dépouille de Germoz est inhumée au parc d'honneur, hommage de la ville à l'écrivain et à l'éditeur.

Begrafenis-Alain-5-07-2013-043.jpg 

 

*

Préfaçant L'Ombre et le masque, Michel Oleffe (2003) constate que la revue Archipel “fait partie désormais de l'histoire. Voilà une revue qui comptera, quand il s'agira d'évaluer la vie littéraire de presque une génération d'ici et d'ailleurs.”

Seul capitaine à bord, tout occupé à manœuvrer la nef parmi les récifs, parfois dangereux,de son archipel poétique, Alain Germoz a tendance à s'oublier lui-même. Il est l'auteur d'une œuvre multiple, qui dure depuis à peu près aussi longtemps qu'il vit, mais dont une grande partie est restée enfouie dans le fouillis de ses dossiers. Ce sont textes et dessins de tous genres et de tous modes... Bref, exactement ce qu'il se hâterait de publier si, par malheur ! ce n'était pas de lui.

Autour de Germoz, cela se sait... un peu, beaucoup... pas du tout !

*

Nous partagions l'amour des chats (et non seulement de celui de Schrödinger), des polars et des BD et, dans toutes leurs langues, de la littérature et de la musique.

Pour Alain, l'aphorisme est un espace de liberté et de désobéissance.

L'aphorisme permet d'exprimer à la fois le blanc et le noir sans crainte de se tromper, ni même de se contredire. Ce n'est pas rassurant mais c'est précisément ce qui me rassure. Et dans ce constat, je puis assurer qu'il y a toute une philosophie.

C'est dans cette optique que je lui laisse ici la parole :

  • La réalité est le rêve des gens qui ne savent pas rêver.

  • Une pensée lui vint, mais il n'était pas chez lui.

  • Heureusement que les choses vont mal sans quoi on n'aurait plus de raison d'espérer.

  • Le chat est au monde animal ce que Mozart est à la musique.

  • Puisque ce sont toujours les meilleurs qui s'en vont, il ne faut pas se faire d'illusion sur ceux qui restent.

*

Pruts déjeunait avec Alain et Mélanie au Minerva. Nos colloques singuliers avaient lieu à la taverne « Point final ». Nomen est omen, je n'y remettrai plus jamais les pieds...

Alain soulignait que nous vivons dans un monde où il y a de moins en moins de quoi rire.

Son dernier livre, Le Fou rire de la Joconde  (publié par Les Carnets du Dessert de Lune "pour le plaisir de partager une certaine désobéissance”) illustre une fois de plus que le sourire est la perfection du rire et qu'il n'y a de pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous.

Alain aimait saper les certitudes et contester ce qui est prétendument incontestable.

Nous y reviendrons.

Henri-Floris JESPERS

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 00:44

 

AlainChat.jpg

L'adieu d'Alain Germoz aura lieu à Anvers, le vendredi 5 juillet, dans la plus stricte intimité.

Adresse de correspondance:

ASBL Archipel

c/o Michel Oleffe

Avenue Yvan Lutens 36, 1150 Bruxelles

Condoléances online:

www.uitvaartcentrum-timmermans.be

*

Ce qui a déterminé sa vie

 

Désirer l'impossible (Remy de Gourmont)

Laissez-moi juger de ce qui m'aide à vivre (Paul Éluard)

La littérature est une défense contre les offenses de la vie (Cesare Pavese)

Le chic suprême est le dédain de l'opinion publique (Charles Dumercy)

Where liberty dwells, there is my country (Benjamin Franklin)

Un écrivain a un devoir d'insolence (Éric Orsena)

Je suis amoureux de la lenteur (Peter Sloterdijk)

All that we see or seem is but a dream within a dream (Edgar Allan Poe)

Bois du vin !! (Omar Khayyam)

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 23:23

 

EekhoudAMVCcover.jpg

À Anvers se tiendront bientôt deux remarquables expositions qui illustrent à souhait la volonté de la Flandre de considérer ses écrivains francophones comme faisant part entière de son patrimoine culturel.

Les « World Outgames » sont l'occasion rêvée pour organiser une rétrospective sur la vie, l'œuvre et l'engagement de Georges Eekhoud (1854-1927). Cet auteur flamand francophone né à Anvers a consacré son œuvre aux parias et laissés-pour-compte de la société. Il fut l'un des premiers à aborder dans ses romans l'homosexualité sous un angle positif, ce qui lui a d'ailleurs valu un procès retentissant en 1900.

La Letterenhuis (Maison des Lettres, le nouveau label du AMVC, Musée et Archives de la Vie Culturelle Flamande) se concentre sur la vie personnelle et sur l'engagement social, anarchiste et pacifiste de Georges Eekhoud. L'exposition fait également la part belle à son procès et à l'action de solidarité menée par les auteurs belges et étrangers afin de soutenir le roman Escal-Vigor. Les journaux ainsi que la correspondance révèlent que l'auteur flamand n'était pas uniquement familiarisé avec l'aspect platonique de l'amour masculin...

La salle Nottebohm de la Erfgoedbibliotheek (bibliothèque patrimoniale) Hendrik Conscience, une des plus belles de Belgique et des Pays-Bas, met de son côté l'accent sur les nombreuses relations littéraires et internationales d'Eekhoud, notamment Magnus Hirschfeld, Numa Praetorius, Oscar Wilde, André Gide, Jacob Israël de Haan, Jacques d'Adelswärd-Fersen (“l'exilé de Capri”) et les membres anversois de la rédaction du journal Ontwaking (Le Réveil).

Ces deux expositions, d'un intérêt que l'on ne saurait sous estimer, sont organisées en collaboration avec le Fonds Suzan Daniel. Du 27 juillet au 25 août. Vaut le déplacement !

LoinDuTumulte.jpg

Dans son second recueil Loin du Tumulte   (1919), préfacé par Max Elskamp, Paul Neuhuys publia un poème dédié à Georges Eekhoud :

 

L’Histoire, trop souvent, s’est livrée à la Nuit...

L’Histoire, cette fière et robuste bacchante,

Qui lamentablement, depuis trois ans, enfante

Le monstrueux fœtus, tout sanglant, d’aujourd’hui.

 

Vous les déshérités, arsouilles et lendores,

Vous, qui n’avez jamais quitté le sol flamand,

Ô mes bons compagnons je vous déclare grands,

Vous que l’abjection léthifère dévore.

 

Oui, j’ai senti vos cœurs, à mes côtés, surgir;

Se laissant mutiler de leur patrie ardente,

Brutes, si vous voulez, mais brutes émouvantes,

Car rien n’est empoignant comme un voyou martyr.

 

Je vous invoque ici, citoyen Georges Eekhoud;

C’est à vous que je dois, en ces jours assombris,

D’avoir su pénétrer, d’un regard attendri,

L’héroïsme navrant d’un obscur coude à coude.

 

Amour du genre humain, généreuse utopie,

Je t’embrasse, en dépit des sanglantes tempêtes;

Ô gueux, c’est parmi vous que naissent les poètes;

Vous avez leur orgueil lyrique de la vie.

 

Et quand l’Histoire veut rappeler aux despotes,

Le degré le plus bas de servitude humaine,

Elle se sert d’un nom pesant comme une chaîne,

Ce nom qui indigna tous les cœurs: les Ilotes.

Paul NEUHUYS

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