Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 22:44


Je me me régale consciencieusement de ces Collègues de 'Pataphysique de Sylvain Goudemare, que je découvre avec un retard de plus de vingt ans.

Du catalogue considéré comme un des beaux-arts.

Goudemare mérite l'apostrophe de l'OGG.

*

L'événement de la saison qui s'ouvre? La réédition d'Ubu Roi.

[…]

Le meilleur de Charlie Chaplin ne dépasse pas le Père Ubu.

[...]

Mais peut-être trouve-t-on la bouffonnerie “extravagante, brutale, outrancière”, trop peu conforme à l'esprit soi-disant classique de la littérature française!

Tous les auteurs français d'une notorieté universelle ont acquis celle-ci précisément par ce qu'il y a de “non classique” dans leur œuvre! Alfred Jarry en est une preuve fantastique!”


Clément Pansaers, 'La Vie à Paris', in Ça ira, no 17, mars 1922.

 


Partager cet article
Repost0
19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 01:52


Col titolo POETI D’EUROPA, il 26 settembre 2009 si inaugureranno due mostre:

la prima presso le Edizioni Adriano Parise, via dell’Artigianato 14, 37060 COLOGNOLA AI COLLI (Verona), alle ore 11.00 (lunch and drinks).

La seconda presso la Galleria della Fondazione Sarenco, via IV novembre 28, 25087 SALO’ (Brescia), alle ore 18.00 (dinner and drinks).

 

I poeti visivi presenti (che si esibiranno in letture e performances):

JULIEN BLAINE, Francia

JEAN-FRANCOIS BORY, Francia

UGO CARREGA, Italia

HANS CLAVIN, Olanda

LUC FIERENS, Belgio

GIOVANNI FONTANA, Italia

PIERRE GARNIER, Francia

SARENCO, Italia

LUIGI TOLA, Italia

 

Le mostre dureranno fino al 30 novembre 2009.

La mostra e il catalogo sono a cura di Klaus Bruderholz.

 

Se vuoi venire alle inaugurazioni, ti preghiamo di prenotare.


Adriano Parise: tel. 045 7650373  parise@iol.it

Fondazione Sarenco:  tel. 0365 521015    338 7044982

fondazionesarenco@libero.it

Partager cet article
Repost0
12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 20:29

Le jour du décès de Marcel van Maele (Bruges 10 avril 1931 - Anvers 24 juillet 2009) Henri-Floris Jespers nous a rappelé dans ses Mededelingen que ce pur poète – le mot dans tous ses sens n'a jamais cessé de le hanter –  s'était vu décerner en 1972 le "Prix de l'Arche du Mot libre" (Arkprijs van het Vrije Woord) et que cela avait été célébré lors d'une commémoration d'Auguste Vermeylen à l'hôtel Osterrieth à Anvers le 10 mai de cette même année.

Il nous donne un extrait de ce qu'avait dit Marcel van Maele à cette occasion.

Cet extrait retentit comme un cri si lucide et si actuel qu'en voici une traduction :


Jubilons, jubilons : nous, condamnés à mort, vivons encore.

Nous commémorons nos disparus et décernons des prix.

À cette occasion je cherche le mot juste, dépoussière mon bel habit, sèche mes larmes, et plus que jamais me remets à douter.

Qu'est-ce un mot ?

Qu'est-ce une Arche ?

Qu'est-ce la Liberté ?

Quelles cymbales résonnent dans ces symboles ?

Qu'est-ce l'espoir ?

Et nous, paralysés par l'abondance, comment combattrons-nous cette crampe ?

Par quelles armes ?

Le mot ?

Les mots sont plus que jamais abusés et vidés, joliment ficelés dans de gracieux carcans, violés ou castrés, étranglés, préparés, empaquetés.

Les mots n'indiquent plus le sens, le sens leur est dicté.

Et nous ?

Nous sommes planifiés, aplatis, envahis et dirigés par le non-sens clinquant des mots embrigadés.

Nous fonçons avec des œillères vers le point final, en étouffant dans nos propres détritus.

Bien sûr nous nous préoccupons encore d'autres problèmes : alors que les présages quant à l'avenir du genre humain sont de plus en plus sinistres, nous débattons doctement d'une nouvelle orthographe. Faudra faire vite pour parvenir à une nouvelle orthographe avant la fin de l'humanité.


Le fin mot de la crise d'aujourd'hui est que les mots ont perdu leur sens. Et nous nous retrouvons privés de parole, bâillonnés, privés de penser, réduits à n'être plus que les plus fragiles rouages d'un système sourd, muet et aveugle.

Thierry NEUHUYS

Cf. notre blogue du 25 juillet.

En néerlandais:

Mededelingen van het Centrum voor Documentatie & Reëvaluatie, nr. 141. Marialei 40, 2018 Antwerpen.

Cf. les blogues du 24, 26 et 31 juillet; 1, 2 et 20 août.

www.mededelingen.over-blog.com

Partager cet article
Repost0
31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 19:43


Exhibant une couverture ivoire, qui est la couleur des beaux papiers qui veillissent bien, le Bulletin se propose de réunir, dans chacune de ses livraisons, des documents (iconographiques, bibliographiques) rares ou inédits, éclairant un aspect de la vie ou de l'œuvre du poète. À terme, cette publication constituera donc une intéressante source d'informations pour les curieux, chercheurs, amateurs de littérature symboliste, fini & antéséculaire, et d'abord à destination de tous ceux que la poésie de Saint-Pol-Roux bouleverse ou, simplement, ne laisse pas indifférent.

Cette quatrième livraison de 88 pages, adornée d'illustrations originales spécialement réalisées par le peintre Tristan Bastit, est consacrée à l'impossible représentation de La Dame à la Faulx et aux relations de Saint-Pol-Roux & Carlos Larronde développées autour du Théâtre idéaliste. Y sont reproduits lettres et articles, qui permettent de suivre les péripéties nombreuses des mésaventures et aventures dramatiques du Magnifique entre 1909 et 1918.

Ce dossier est suivi d'une nouvelle chronique, “le coin des conteurs” qu'Éric Vauthier dédie, cette fois-ci, à Camille Mauclair et à son recueil L'Amour tragique.

La parution de ce quatrième Bulletin, tiré à 111 exemplaires (10 exemplaires sur papier de Rives, numérotés de 1 à 10, constituant le tirage de tête, et 101 exemplaires sur papier offset blanc de 11 à 111, constituant le tirage courant), tous numérotés et parafés de la main magnifique de l'éditeur, achève un premier cycle éditorial.

(Prix du no: 11 € franco de port – pour la France et l'Europe. Il reste 5 exemplaires du no 1, 8 exemplaires du no 2, 13 exemplaires du no 3.)

La prochaine livraison, qui sera un essai de reconstitution de la bibliothèque du poète, inaugurera une nouvelle série, éditiée sous le haut patronage de la Société des Amis de Saint-Pol-Roux, qui vagira début septembre. Les adhérents recevront de droit les deux Bulletins annuels et les documents publiés par l'association. Il n'y aura donc plus d'abonnement possible, mais il sera toujours loisible, à toute personne ou institution ne souhaitant pas adhérer à l'association, d'acquérir les Bulletins au numéro.

(à suivre)

 

Mikhaël Lugan

33, rue Montpensier

64000 Pau

harcoland@gmail.com

www.lesfeeriesinterieures.blogspot.com

 

Partager cet article
Repost0
10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 23:29


Les poèmes de Corinne Hoex se distinguent par une extrême économie des moyens. Le titre de son nouveau recueil, Contre jour, souligne bien cet éclairage tel que la lumière frappe les objets du côté opposé à la direction dans laquelle on regarde. Cet éclairage tend à révéler un autre aspect des choses et des êtres, à en donner une compréhension nouvelle.

 

tes mains

seules

sortent

du lainage

lourdes

sur le plaid

qui t'emprisonne

 

fermées

sur le tracé

des paumes

 

un sphynx

dans son fauteuil

veille

sur ses énigmes

 

dans l'atelier

les toiles

inachevées

sont appuyées au mur

 

dehors

entouré de troènes

l'édifice

de métal rouge

que tu as forgé

 

Des vues, des aperçus, des jours, des ouvertures, voilà les formes sous lesquelles la poésie de Corinne Hoex perçoit les êtres et les choses. Comme un escalier, le poème se développe autour d'un espace vide. La construction et la respiration du poème sont conditionnées par les ouvertures que l'auteure aménage pour laisser passer le jour.

Tout comme la narratrice de Ma robe n'est pas froissée n'a même pas droit à un prénom, les poèmes de Contre jour annonce la couleur, “le blanc / d'avant la couleur”, cette “couleur / souterraine / où germe / le blanc”. La couleur de l'anonymat, celle de la dépersonnalisation. Paradoxalement, ce chiaroscuro tendant vers une monochromie savante fait fonction de révélateur. Teintée d'une profonde empathie et témoignant d'un sens aigu de l'observation, la poésie de Corinne Hoex, tout comme sa prose, explore les béances intérieures.

HFJ

 

Corinne HOEX, Contre jour, Bruxelles, Éditions Le Cormier, 2009, 57 p., 14 €. Avec cinq vignettes de Frank Vantournhout.

Corinne HOEX, Ma robe n'est pas froissée, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2007, 111 p., 12 €.

Corinne HOEX, Cendres, Noville-sur-Méhaigne, Éditions Esperluète, 2002, 51 p. Dessins de Bernard Villers.

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 03:35


Marcel Lecomte et Paul Neuhuys se retrouveront en 1934 dans le Florilège de la nouvelle poésie française en Belgique, composé par Norge et préfacé par Franz Hellens. De ce florilège “vivant, ébloui, sous sa belle couverture orange”, Neuhuys dira qu'il ne connaissait pas d'anthologie plus harmonieuse. Norge note que les poèmes de Lecomte “sont prononcés d'un ton confidentiel”:

C'est qu'ils ont des secrets à livrer. Mais ces secrets vont décevoir ceux dont l'oreille n'est sensible qu'aux révélations retentissantes et n'entend rien d'un langage allusif et concentré.

Les “proses”, les “récits” de Lecomte, (ce sont de précieux poèmes) ont guetté les plus subtiles connivences de l'air et des visages. Ils déchiffrent jusqu'à la minutie les significations effacées d'une saison banale ou d'une rue déserte. La même application faussement flegmatique – et parfois quelque peu narquoise – s'attache à découvrir la ligne obscure d'une aventure humaine, le sommeil d'une statue, le cri d'une pierre sous le talon, la sourde passion d'un geste. […] Ce rusé serrurier possède pour toutes les serrures des clés ténues. Et s'il néglige parfois de s'en servir, c'est qu'il a déjà deviné. […] (7)

*

Dans ses Mémoires à dada, Neuhuys signale s'être rendu un jour avec Marcel Lecomte chez Ghelderode.

L'entrevue fut glaciale et, le lendemain, je reçus une carte de Michel: “Cher ami, amène-moi une ordure, une merde, une charogne, mais ne m'amène plus Marcel Lecomte”. (8)

Neuhuys, de mémoire, fait ici allusion à la lettre de Ghelderode du 5 octobre 1937:

Ce qu'il ne faut plus jamais faire, c'est m'amener des gendelettres de l'espèce Lecomte, le plus répugnant de la ménagerie bruxelloise. M'entends-tu? Amène un crapaud, une merde, un phoetus avancé, mais jamais plus ce Lecomte! (9)

Goguenard, Neuhuys réagit le 9 octobre avec une pirouette:

Ce que tu me dis de Lecomte (à dormir debout) me frappe, car je ne le savais pas “avancé” au point d'en remontrer à un fœtus de crapaud égaré dans la merde? (10)

L'incident semble toutefois avoir frappé Neuhuys. Avec le recul, il confiera:

Je me perdis en conjectures sur l’animosité qu’il laissait paraître et demandai à Lecomte ce que Ghelderode lui reprochait : « Rien du tout, me répondit-il, nous sommes très bons copains »… Ainsi, une politique secrète faussait le sens de la gendelettrie bruxelloise et j’étais heureux de rentrer à Anvers reprendre ma place de brebis galeuse dans le bercail carthaginois. (11)

Marcel Lecomte et Michel de Ghelderode furent les deux amis de Neuhuys profondément impressionnés par Pansaers. Alors que le premier entretiendra fidèlement la mémoire de “Panse-à-herse”, le second se délectera d’un sordide assassinat posthume, publiant dans Temps mêlés une désolante Introduction aux Œuvres complètes de Clément Pansaers (1958). (12)

Ce fut Marcel Lecomte, il y aura bientôt quarante-cinq ans, qui me révéla lors d'une conversation au Petit rouge les œuvres de jeunesse de Pansaers publiées en néerlandais sous l'éloquent pseudonyme de Krekel, le grillon.

*

 

Lecomte s'était inscrit en 1919 à l'Université Libre de Bruxelles en candidature préparatoire au Droit. Il quittera l'université en 1926 avec un diplôme de candidature. En 1933, poussé par la nécessité d'un gagne-pain, il entre en fonction à l'Enseignement comme surveillant (maître d'étude) à l' École moyenne de Braine-l'Alleud et à celle de Schaerbeek en 1934, à l' Athénée royal d'Etterbeek en 1936). Il devient vite le souffre-douleur des élèves, “que sa silhouette pittoresque, sa voix lente, son profil un peu prognathe, portaient à la surexcitation”, dixit Pierre-Louis Flouquet. Estimant mener “une existence sans issue”, Lecomte souhaite s'installer à Paris.

*

Si les questions politiques ne paraissaient pas déterminantes aux yeux de Lecomte, au moins dans les années vingt, il sera membre actif de l'Association Révolutionnaire Culturelle (13) créée par Henri Storck (1907-1999) le 22 avril 1934, qui avait pour but de regrouper les intellectuels de gauche préoccupés par la montée du fascisme. La brochure-programme de l'A.R.C. fut rédigée par Lecomte et Nougé. Documents, l'organe de l'A.R.C., publia un important article de Lecomte et Mesens: “Mouvement de pensée dans la révolution”. En conclusion les deux complices affirment une “Prise de conscience définitive”:

Une esthétique marxiste, si elle pouvait être codifiée, serait aussi détestable que l'esthétique dans toutes ses phases passées. Ce que nous aimons dans les oeuvres du passé, ce n'est pas la part esthétique qu'elles contiennent, mais les apports en découvertes authentiques.

Si le dadaïsme est parvenu à ruiner la notion noble et désintéressée de l'art, fermentation des diverses couches bourgeoises qui se sont succédées depuis la Renaissance, nous n'avons plus à revenir au concept “art”. Car le surréalisme , qui est l'évolution constructive du dadaïsme, entend intégrer la poésie humaine à la vie même, c'est-à-dire qu'il se soumet donc implicitement au mouvement dialectique du devenir humain. Ses limites ne peuvent être que celles de l'homme par rapport à la terre et vice versa.

Parmi les tâches immédiates des surréalistes et de tous ceux qui, en somme, veulent défendre les valeurs de l'esprit au sein de la pensée matérialiste libératrice et non coercitive comme le sont les philosophies idéalistes et spiritualistes, il faut place en tête:

La lutte pour une autre connaissance, sans limitations.

La lutte pour une restitution intégrale du fond humain le plus authentique, étouffé jusqu'ici par d'hypocrites contraintes.

La lutte contre les religions et les idéologies protectionnistes, qui confectionnent pour l'homme des mythes propres à lui donner l'illusion d'une sécurité terrestre.

La lutte pour la défense inconditionnée de l'invention et de la découverte dans le Réel. (14)

*

La découverte dans le Réel”, n'est-ce pas là le thème central de l'œuvre de Marcel Lecomte? Encore faudra-t-il s'entendre sur les termes.

Henri-Floris JESPERS


(7) NORGE, Florilège de la nouvelle poésie française en Belgique, Bruxelles – Paris – Maestricht, éditions A.A.M. Stols, 1934, pp. XVII-XVIII.

(8) P. NEUHUYS, op. cit., p. 106.

(9) Roland BEYEN (ed), Correspondance de Michel de Ghelderode 1936-1941 , Bruxelles, Labor, 1996, p. 193.

(10) Ib., p. 196.

(11) P. NEUHUYS, op. cit., p. 106.

(12) Michel DE GHELDERODE, “Introduction aux Œuvres complètes de Clément Pansaers”, in Temps mêlés, Cahiers 31-32-33, 1958, pp. 34-40.

(13) Paul ARON, 'Les groupes littéraires en Belgique et le surréalisme entre 1918 et 1940', in Textyles, No 8, novembre 1991, p. 18, 21.

(14) Marcel LECOMTE & E.-L.-T. MESENS, “Mouvement de pensée dans la révolution”, in Documents 35, juin-juillet 1935, pp. 22-29.

Partager cet article
Repost0
13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 00:00


Depuis 2006, les éditions Le Cri publient les travaux du CIEL (Centre interuniversitaire d’étude du littéraire : www.ciel-litterature.be) qui rassemble des centres de recherche de l’ULB et de l’Ulg. Leur dernière publication émane d’une thèse portant sur la littérature francophone d’après-guerre (Bibiane FRÉCHÉ, Entre rupture et continuité : le champ littéraire belge après la seconde guerre mondiale (3 septembre 1944-8 octobre 1960) , Bruxelles, ULB : Faculté de Philosophie et Lettres, 2006, 463 p.). L’ouvrage en tant que tel, au format de poche, est bien structuré et écrit dans un langage pédagogique très lisible. Table des matières, bibliographie, index onomastique donnent au lecteur des outils très utiles pour se retrouver dans ce labyrinthe institutionnel. Regrettons par contre quelques accrocs dans l’impression de la publication qui allonge et colle les mots, dû à la mise en forme automatique.

Dans son introduction, Fréché argumente le choix d’étudier l'histoire de la littérature d'après-guerre. Selon elle, il n'existe pratiquement aucun ouvrage qui se soit exclusivement intéressé à l'après-guerre. De plus, cette période se caractérise par une « efflorescence presque inégalée » en raison du nombre de revues et de personnes impliquées dans la vie littéraire. Le contexte politique d’après-guerre est aussi propice au soutien de la littérature par l'instauration de l'État-Providence qui subventionne les arts et les lettres. Enfin, la littérature belge entre 1945 et 1960 se caractérise par des questions esthétiques, politiques et commerciales qui ont perdurées jusqu’à nos jours : le courant néoclassique (une esthétique qui recherche une pureté formelle et un désengagement des réalités sociopolitiques), le déficit de légitimation (débat autour de l'assimilation/dissimilation de la littérature belge par rapport à son alter ego français), l’exiguïté du marché local (ce qui entraîne une domination du marché français, une condition sociale des écrivains précaire et une difficile indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques et économiques).

Afin de ne pas omettre un élément-clé de son analyse, Fréché a choisi de structurer sa thèse en épousant la structure de la vie littéraire belge. D'une part, elle reconstitue la hiérarchie des institutions publiques qui ont œuvré pour les lettres. D’autre part, la seconde partie s'attache à l'homme de lettres en tant que tel à travers plusieurs thèmes: choix d'écriture, genre, esthétique, identité nationale, engagement public. Il s'agit de donner un panorama de la vie littéraire, le plus exhaustif possible quant aux acteurs qui l'ont animée et le plus fidèle quant à sa structuration institutionnelle. Le cadre d'étude n'englobe pas la littérature flamande car, selon Fréché, les écrivains francophones entretiennent peu de relations avec leurs homologues du Nord du pays à la Libération et parce que l'après-guerre est marqué par la séparation progressive des pouvoirs culturels.

Les premières années d’après-guerre sont marquées par la répression des inciviques et l’instruction de la population. Les cent premières pages illustrent le combat du Ministère de l’Instruction publique dans sa « croisade pour l’éducation civique » . Chaque étape dans le processus de concrétisation de chaque projet est expliqué en fonction des arguments institutionnels sans commentaire inutile. Après avoir rappelé le rôle du député socialiste Louis Piérard qui s’est battu pour le subventionnement culturel, Fréché a examiné à la loupe les deux grands chantiers qui ont été engagés : le Fonds national de la littérature et le Théâtre national. L’Académie royale de langue et de littérature réussit à garder le contrôle sur le premier chantier en s’occupant de sa gestion et de son Musée de la Littérature. Le projet d’une grande revue littéraire entièrement subsidiée par le fonds n’aboutira pas, privilégiant le saupoudrage de subsides à des revues tels que Le Thyrse, La Revue Nationale, Le Journal des Poètes, Marginales. L’analyse de Fréché est très précise puisque le lecteur a même droit à des analyses quantitatives sur les montants octroyés, le nombre de membres de commission affiliés à telle ou telle idéologie. La politique théâtrale fait l’objet de moins de saupoudrage puisque le Théâtre national se taille la plus grande part du gâteau. Chaque étape institutionnelle, chaque subside sont également analysés, comparés ; ce qui constitue un panorama inédit sur les choix cornéliens auxquels une autorité politique est confrontée. Bien que le budget de l’Instruction publique est resté stationnaire (environ 10 % du budget de l’État), Fréché fait remarquer que la politique des Beaux-Arts et des Lettres s’est réduit progressivement ( de 5,26 % en 1945 à 1,36 % en 1958) au bénéfice de l’enseignement. Les explications de Fréché sont interpellantes. Outre la réorganisation coûteuse de l’enseignement moyen, Fréché lie cette réduction de budget à la guerre froide ! « Les préoccupations culturelles, qui avaient acquis une place prépondérante à la Libération, repassent alors à l’arrière-plan. Le budget militaire monopolise vingt-cinq pour cent » du budget total de l’État.

Mais signalons que ces conclusions restent basées sur des sources parcellaires du Ministère de l’Instruction publique, dont la majorité des archives sont introuvables (p.14). Je signale que les archives du Théâtre national existent ; ce qui aurait pu par exemple constituer une alternative tout à fait louable pour parer à ce vide archivistique.

Face à ces projets fort marqués idéologiquement, les initiatives émanant des structures provinciales, communales, royales ou privées sont les plus intéressantes car elles touchent justement à des projets qui s’avèrent beaucoup plus personnalisés, un homme ou deux étant derrière ces initiatives. Quelques noms connus apparaissent comme animateurs culturels de poids : Roger Bodart, la Reine Elisabeth, Robert Catteau, Georges Rency, Sarah Huysmans, Emile Bernheim, Géo Libbrecht, Franz Hellens,…

La deuxième partie s’intéresse aux « gendelettres » (dixit de Ghelderode), et tout particulièrement à ces hommes qui, au-delà de leur production littéraire, se sont fait remarqués dans la sphère publique.

1.Le genre

Fréché prend parti pour l’étiquette « néo-classique » inventée par Marc Quagebeur et Roger Foulon (p. 155), pour définir la majorité des écrits d’après guerre qui « refusent que des facteurs extra-littéraires déterminent la littérature. (…) ils rejettent la mode et le succès commercial. Ils prônent plutôt un esthétisme désintéressé, gage d’une beauté durable. Pour eux, la valeur littéraire se mesure à son universalisme et à son intemporalité » ( p. 155). Selon Fréché, cette esthétique a été préparée durant la seconde guerre mondiale (cf. Le retour à l'ordre de Virginie Devillez) et trouve ses germes dans les préceptes du Groupe du Lundi (1936). Le « néoclassique » est dès lors assimilé à toute une série de clichés droitiers qui lui donnent une connotation négative. À côté du néoclassique, Fréché décrit avec détail toutes les initiatives mises en place pour promouvoir la poésie, des multiples manifestations du Journal des Poètes jusqu’à la Biennale internationale de Poésie d’Arthur Haulot. Enfin, Fréché évoque brièvement d’autres courants comme l’hyperclassicisme poétique, le réalisme magique, le roman policier, la littérature de jeunesse, la bande dessinée. Relevons qu’affirmer que la bande dessinée avant-guerre est « plutôt dominée par la bande dessinée américaine » est trop caricatural;que Fernand Dineur est l’inventeur de Tif et Tondu et non Will; qu’il n’y jamais a eu un « studio » Jijé mais plutôt l’hébergement des disciples de Jijé à Waterloo.

2.Littérature, identité et territoire

La deuxième approche s'attache à l’écrivain par rapport à la société, à l’identité belge et à son engagement dans la sphère publique ou politique. La question de l’identité belge est circonscrite par le débat entre les partisans d’une littérature française de Belgique (Manifeste du Groupe du Lundi) et ceux qui plaident en faveur d’une littérature belge d’expression française, thèse toujours encore actuellement soutenue par la Communauté française de Belgique.

3.L’homme public

La guerre a marqué les écrivains et un antagonisme fait clairement surface. Dans le camp des écrivains patriotes, citons Maurice Gauchez, Georges-Marie Matthijs, Paul Février, Géo Libbrecht, Arthur Haulot, Albert Ayguesparse, Roger Bodart. Le Thyrse et La Renaissance d’Occident peuvent s’intégrer dans cette logique. D’autre part, les collabos ou ceux « qui ont été inquiétés, à des degrés divers, pour les relations qu’ils ont entretenues avec les milieux de la collaboration intellectuelle » (p.244). Citons Marie Gevers, Evelyne Pollet, Henri Davignon ou ceux qui ont rejoint le journal Le Pan ( Ivan du Monceau de Bergendael, Robert Poulet, Paul Jamin, Louis Carette, Oscar Van Godtsenhoven, Baudouin van den Branden de Reeth, Georges Marlier). Au niveau strictement politique, il apparaît clairement une opposition entre le pilier catholique qui occupe pratiquement tous les postes d’institutions littéraires face au pilier socialiste qui peut se reposer sur des structures de solidarité socialistes (Synthèse, Association socialiste des écrivains et des artistes). L’absence du pilier libéral en raison d’une structure plus diffuse est une explication évasive, qui mérite un approfondissement de la question. Le surréalisme, quant à lui, se retrouve dans ce chapitre et est classé dans la section gauche littéraire et la sous-section « avant-gardes et communisme » ; ce qui est assez réducteur tout en accordant une place centrale à Christian Dotremont, l’homme qui fait la jonction entre le surréalisme, le surréalisme-révolutionnaire et Cobra.

Paul Neuhuys trouve sa place dans l’ouvrage en tant que protecteur d’une section provinciale des jeunesses littéraires de Belgique, comme président de la Fédération des écrivains flamands d’expression française ou comme rassembleur d’un petit groupe d’irréductibles qui végètent sur les restes de l’obscure revue d’avant-garde Ça ira...

Robin DE SALLE

Bibiane FRÉCHÉ, Littérature et société en Belgique francophone (1944-1960), Bruxelles, éd. Le Cri/ CIEL – ULB – Ulg, mars 2009, 381 p., 23 €.

 

Partager cet article
Repost0
8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 22:33

Paul Neuhuys (1981)

Le 15 septembre 1985, la BRT diffusa sur sa seule chaîne télévisée une émission intitulée Dada Tristesse, cadrant dans une série d’émissions littéraires Moeder Vlaanderen en haar Franstalige Kinderen (‘Mère Flandre et ses enfants francophones’), lancée par le producteur Dirk Christiaens. La série s’était donné pour objectif de familiariser le public flamand avec une partie peu visible de son patrimoine culturel, et ce dans une série de portraits d’écrivains tels Michel de Ghelderode, Jean Ray, André Baillon, Eugène Baie, Michel Seuphor, Neel Doff, etc. L’émission Dada Tristesse, sous-titrée L’Agenda d’Agénor, réalisée par Patrick Conrad, est sensiblement différente du reste de la série, vu qu’elle combine une fiction poétique de Patrick Conrad avec des fragments d’interview de Paul Neuhuys.

L’équilibre entre les deux composantes, fiction et témoignage, est précaire. Ainsi, selon le point de vue, est-il permis d’y voir le développement purement cinématographique et hautement stylisé de l’histoire d’un couple à la dérive servant de toile de fond à l’interview ou, au contraire, des fragments d’interview dans lesquels Paul Neuhuys tente d’expliquer le sens et l’esprit de Dada dans le rôle de décor sonore au jeu autodestructeur du couple.

En effet, l’interview passe à l’écran d’un téléviseur qu’un figurant aveugle tient sur les genoux. Le rôle de ce témoin, encombrant mais muet comme une carpe et que le couple ne semble pas voir, est tenu avec l’aplomb nécessaire par Pierre Drouot.

Conrad lui-même a défini son film comme « l’hommage cinématographique d’un poète à un collègue aîné ».

Compte tenu de l’esprit de la série, il n’est pas improbable, qu’au départ Conrad ait envisagé un autre type d’émission. Il faut se rappeler que quelques années auparavant il avait réalisé un portrait de Paul Van Ostaijen, basé sur trois témoignages. Ieder Mens die sterft is een Museum dat brandt (‘Tout homme qui meurt est un musée qui flambe’), diffusé en 1982, mettait en scène Olympe Gardien, la veuve de Floris Jespers, l’avocat René Victor, ancien collègue de Van Ostaijen à l’administration communale d’Anvers, et Paul Neuhuys, compagnon de combat dans l’avant-garde anversoise. Conrad leur avait mis en main l’ouvrage Kroniek van Paul Van Ostaijen, une chronologie illustrée de Paul Van Ostaijen, éditée par son biographe Gerrit Borgers. Et, en effet, les souvenirs coulèrent de source au vu de l’abondante documentation. D’attaque, le témoignage de Paul Neuhuys était d’un tout autre ordre que celui d’Olympe et de Victor, par sa vaste connaissance du sujet, mais plus encore par le ton: enthousiaste, spirituel, pointu, voire caustique, tout en restant éminemment précis. Il est clair – la mise en image de l’interview en témoigne – que Conrad n’attend qu’une bonne occasion pour donner à Neuhuys l’occasion de brosser un tableau haut en couleurs de l’avant-garde anversoise des années vingt.

Cette occasion se présente lors de l’exposition Paul Neuhuys et les Éditions Ça Ira, organisée par l’Association Promotion des Lettres belges de Langue française, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles entre le 8 juin et le 6 juillet 1984 (vernissage le 7 juin). Dans Le Carnet el les Instants de juin 1984 (n°18) nous lisons : « Cette expositon présentera la revue Ça Ira […], les Éditions Ça Ira [ainsi que] l’œuvre littéraire de Paul Neuhuys. » Trois publications sont également mises en vedette : L’Agenda d’Agénor, nouveau recueil de poésie de Paul Neuhuys, Essai de Catalogue des éditions Ça Ira, inventaire complet dressé par Pierre Fayt, et pour rappel On a beau dire, l’ anthologie publiée par Paul Émond aux Éditions Labor.

Patrick Conrad se propose donc d’interviewer Paul Neuhuys dans le cadre de l’exposition. Celle-ci servira de fil conducteur, au même titre que la chronologie de Borgers avait servi dans son film sur Paul Van Ostaijen.

Malheureusement, ce n’est plus le même Paul Neuhuys qu’il trouve en face de lui. Ce n’est plus le discoureur enthousiaste et primesautier, mais un être que la maladie a fragilisé, que la fatigue empêche de donner toute la mesure de son esprit heureusement encore vif.

L’état physique de Paul Neuhuys est loin d’être brillant, mais il accepte la gageure. Heureusement ses fils Luc et Thierry sont là pour l’assister. Ils le véhiculent dans sa chaise roulante, le long des panneaux explicatifs et des vitrines, soutiennent sa mémoire défaillante, sollicitent les anecdotes qu’ils connaissent presqu’aussi bien que lui. Ils sont là surtout pour veiller à ce que le candidat nonagénaire ne se fatigue pas trop.

de g. à droite: Luc et Thierry Neuhuys (2008)

Pour faciliter les choses, ce sont eux qui font l’interview,. On sent leur inquiétude, mais aussi leur joie lorsque la mémoire se dégrippe et les souvenirs reprennent un peu de leur éclat.

Le fait que l’exposition ait lieu dans cet horrible meccano qui dénatura pendant plusieurs décennies la salle des sculptures du Palais des Beaux-Arts n’était pas de nature à faciliter les prises de vues, certaines vitrines devenant inaccessible au poète dans son siège roulant.

Ces limitations ont probablement incité Conrad à opter pour la formule de l’hommage cinématographique tel qu’il existe.

Paul Neuhuys est mort le 16 septembre 1984, un peu plus de deux mois après l’exposition. L’interview dont nous vous soumettons la transcription intégrale est donc la dernière qui existe de lui. Elle nous montre un Paul Neuhuys, affaibli certes, se perdant parfois dans les dédales du souvenir, mais se resaisissant, car il veut témoigner.

Ce que le texte ne peut rendre est la présence aux côtés du poète de son arrière-petite-fille. Silencieuse, mais attentive, la fillette aux grands yeux se blottit contre lui, flattant d’une caresse ou d’un baiser discret ce bisaïeul évanescent.

Image émouvante, éminemment poétique, que le poète Conrad a eu le bon goût de ne pas couper.

Dada Tristesse fut couronné du Bert Leysenprijs et rediffusé le 5 mars 1987.

Rik SAUWEN



Bulletin de la Fondation Ça ira, No 38, juin 2009,, 64 p., ill.

Bulletin édité avec l'aide de la Communauté française de Belgique.

Abonnement (4 nos. par an): 25 €. Institution: 35 €.

à verser au compte de la Fondation Ça ira:

Dexia bank 068-2287225-89

IBAN: BE45 0682 2872 2589 & BIC: GKCCBEBB.

Administration: Fondation Ça ira, 50 Chaussée de Vleurgat, B 1050 Bruxelles.

Mail: ca.ira@skynet.be

Rédaction: Henri-Floris Jespers, Marialei 40, B 2018 Antwerpen.

Mail: hfj@skynet.be

Partager cet article
Repost0
18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 12:00

Revenons aux savants qui, bien sûr, ne pouvaient manquer à l’appel, parmi lesquels les inventeurs de nouvelles nomenclatures ne sont que les plus modestes. Rien que les titres des ouvrages recensés dans le Blavier me laissent rêveur sinon pantois, mais saisir ou même deviner la portée éventuelle de leurs apports à l’étude du magnétisme terrestre, de l’aimantation universelle ou de la périodicité des déluges, dépasse largement les limites de mon imagination critique. Signalons aux amateurs, et à toutes fins utiles, l’Anémogène, ou appareil reproducteur des courants atmosphériques (1827) de Mgr Rougerie, évêque de Pamiers, “inventeur, de fait, du processus de la simulation, appliquée à la prévision du temps” dixit Blavier…

Retenons deux documents poignants. Dans ses Reliquae. Œuvres posthumes (1851) le Dr Charles Le Fèvre, qui se suicida, victime d’une inflexible mélancolie hypocondriaque, note avec une implacable logique : “La vie est incontestablement un mal ; or, quoi de plus charitable que de la supprimer.”

François Fleuret, déjà cité dans ce feuilleton, avait mis au point le traitement dit “moral”, et s’indignait lorsqu’il s'avérait sans effet. C'est ainsi qu'il note à propos d’un malade :

Chaque jour, pendant deux mois, on lui a donné des douches, sans qu’il ait voulu céder sur aucun point. Tandis qu’il était au bain, on a appliqué devant lui le cautère actuel à plusieurs malades, et on l’a prévenu que, s’il ne changeait pas, on lui en ferait autant. Il n’a pas cédé à la peur du cautère. On lui a appliqué une fois au sommet de la tête, et deux fois à la nuque, un fer rougi au feu : il a souffert ces brûlures, sans renoncer à une seule de ces idées. Jamais le médecin qui le traitait n’a pu lui faire dire : 'Je suis Dupré, je ne suis pas Napoléon'.”

Le Blavier consacre d’ailleurs un chapitre à la condition asilaire.

La rubrique inventeurs et bricoleurs vous initiera, entre autres, aux mystères ou aux charmes de la théologie des chemins de fer, de la stéréoplastie, de l’harmonimètre H.P., du domitor, du ballon à bec, de l’orthoptère à caisson, des politicums (qui, comme le nom l’indique, sont des maisons de fous) et vous y ferez la connaissance de Georges-André Berthelot, inventeur, entre 1919 et 1936, d’un demi millier d’inventions brevetables et de “la solution du problème de la circulation urbaine, mondiale, rurale et routière, sans passerelles ni souterrains ni sens unique”. Il déclarait en toute modestie : “J’ai suffisamment de mérite pour obtenir : 1° la rosette, 2° le Prix Nobel de Physique, 3° le Panthéon, 4° ma statue, ou 500 milliards.”

Les inventeurs ou solutionneurs du mouvement perpétuel sont bien entendu légion. Par moments, le Blavier rappelle ce Catalogue d’objets introuvables de Carelman (Paris, Balland, 1969), fort apprécié par les véritables connaisseurs….

Les candidats aux élections, excentriques du suffrage universel, forment un cortège bigarré, tout comme le contingent de philanthropes, réformateurs sociaux, sociologues et autres casse-pieds.

Parmi la foule des romanciers et poètes, vous croiserez au passage Hyacinthe Dans,”le libraire libidineux, le maître-chanteur liégeois de Nanesse, dont Georges Simenon a fait l’un des héros de Les Trois Crimes de mes amis. En 1933, réfugié à Boullay pour échapper à une condamnation pour infraction en matière de presse, il tue sa mère et […] sa maîtresse […]. Son double crime accompli, il rentre aussitôt en Belgique, pour échapper à l’extradition et à la guillotine et, sur les conseils d’un avocat pour le moins léger…, il va commettre son troisième crime, abattant d’une balle de 6,35 un de ses anciens professeurs jésuites. La folie qu’il va simuler (?) au cours de son procès ne lui épargnera pas la prison à vie. Il devient, sous le nom de Gringoire, rédacteur en chef du Journal des prisons belges, auquel il collabore d’autre part sous le pseudonyme de Tristan Chevreuse, par de nombreux poèmes élégiaques.” Friands des nobles accents de Chevreuse, Magritte et ses amis s’amusaient à déclamer ses vers.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)


André Blavier, Les fous littéraires, Paris, Éditions des Cendres, 2000, 1152 p., 68,6 €.

Cf les blogue du 19 février 2008, du 16 et du 17 mai 2009.

Partager cet article
Repost0
17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 22:27

Nous avons vu que les savants reconnus n’hésitent pas à s’approprier et à exploiter à leur compte les découvertes d’honnêtes mais obscurs amateurs.

Mais il n'y a pas que les savants... On trouvera chez Tapon-Fougas, persécuté par la gent littéraire qui ne recule devant aucun moyen, cette préoccupation de “tirages formidables mais détournés qui enrichissent et illustrent ses adversaires.”

Ce n'était pas là, tant s'en faut, la seule obsession de François-Claude Tapon, dit Francisque Tapon-Fougas (°1810 - + peu après 1882), le “Thalès de Milet” ou encore le “Lamartine de l'Auvergne”. Il affirme qu'il “est constant qu'un large système de persécution au moyen de l'électricité, du galvanisme et de la chimie, est organisé par des hommes puissants pour porter atteinte à la liberté humaine, en paralysant, et détruisant à la longue, la faculté de penser et d'écrire de certains hommes... prétendus dangereux... et qui le sont peut être un peu... pour les puissants personnages.”

Les démocrates et les proscrits sont particulièrement visés. Victor Hugo, en exil, dit-il, est “empoisonné atmosphériquement” et il se dit lui-même menacé à tout instant par la vapeur de sulfure de carbone. “Cet agent chimique, explique-t-il, est un de ceux les plus généralement employés par les gens de l’Église chargés d’étouffer la pensée des hommes soi-disant dangereux pour la pieuse boutique.”

*

Il ne s’agit pas ici de conseiller, mais de donner des injonctions à lire... Citons donc cette belle page du Blavier, qui illustre bien sa richesse et sa finesse :

Tapon-Fougas est peut-être un cas unique — du moins parmi nos auteurs — d’une compensation, au fond bénéfique, d’un délire de persécution avec hallucinations cénesthésiques diverses […] en un délire euphorique d’interprétation et de grandeur littéraire : il se prend pour un grand dramaturge réformateur (indice de sa croyance dans le pouvoir de la littérature), un grand poète satirique et moraliste, un pamphlétaire et un publiciste redouté. Il tire orgueil de l’abondance de sa production, de sa puissance d’improvisation, dont il tient statistique. Tendances interprétatives : il se reconnaît dans des personnages littéraires célèbres : Thénardier, le colonel Fougas, etc.

L’évolution du délire semble se situer à l’époque où il publie Sur la mort d’Eugène Sue et Les Anti-Misérables. On ne trouve plus dès lors d’allusions aux batteries électro-galvaniques ni aux vapeurs jésuitico-ammoniacales. C’est maintenant la gent littéraire qui, jalouse, le persécute. On corrompt ses typographes […] pour dénaturer ses ouvrages et l’empêcher d’acquérir la gloire à laquelle il a droit. On le pille et s’enrichit sur son dos à l’étranger. […]. Il manifeste également le besoin de participer activement aux événements historiques ; il est constamment candidat, pas seulement à l’Académie, et fait état dans ses avertissements au Pouvoir de ses dons de prescience, qui lui permettent entre autres de prédire l’anéantissement de ses ennemis”.

(À propos de Tapon-Fougas, “Poète d’État”, cf. également André BLAVIER, Occupe-toi d’Homélies, Bruxelles, Labor, 1991.)

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)


André Blavier, Les fous littéraires, Paris, Éditions des Cendres, 2000, 1152 p., 68,6 €.

Cf les blogue du 19 février 2008, du 16 et du 17 mai 2009.

 

Partager cet article
Repost0