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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 18:00

 

C’est un vendredi treize

qu’avec le chiffonnier

le rempailleur de chaises

joua sa femme aux dés.

 

Amélie

était anémique

comme une homélie

académique.

 

Tandis que sans fard

s’ouvrait au hasard

votre nénuphar

Madame Putiphar.

 

Gai! Gai! carguons les voiles...

landerirette, landerira,

et dansez en rond les étoiles:

pipes de tir de l’au-delà.

 

Paul NEUHUYS

(Le Marchand de sable, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1931)

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 12:00

 

On ne fait plus de largesses aux poètes

Ils cassent des pierres au lieu d’enfiler des perles

L’avion part d’un éclat de rire

Tout pour les uns, rien pour les autres

Spectacle révoltant

La poésie?

 

C’est un article si peu demandé

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 06:00

 

Arbre, boîte à musique

que ta fantaisie est logique

j’habite une maison tournante

au bord d’un trottoir roulant

 

Mon pardessus de détective

me met sur la piste du bonheur

et chaque objet que je touche

change la forme de l’Univers

 

Ami, la tête me chante

au rythme de mon sang

L’instant est rare où l’habitude

ne farde pas la réalité

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 17:00

 

L’écran blanc troue les ténèbres

On entend le battement précipité d’une paupière

Un mouvement agite le public

comme un dormeur qui se retourne dans son lit

pour chasser son rêve

Miracle

le pain se coupe lui-même en tartines

Un monsieur rit comme une petite folle

L’Assassinat de la Danseuse

Une jeune fille pleure comme une vieille bête

Cyclone en Californie

Le film emprunte à la lumière

sa vitesse incorruptible

pour entrouvrir sur l’inconnu

une lucarne féerique

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 15:00

 

Un joli fleuve peint en vert

de déroule devant Anvers

 

L’ara se perche, ébouriffé,

à la terrasse d’un café

 

Un marin, les mains dans les poches,

se mire dans la fontaine proche

 

Son père était de Chicago

il y vendait des escargots

 

L’enfant grandit sur l’océan

à bord d’un navire géant

 

Il rencontra, lors d’une escale,

une princesse du Bengale

 

Ce souvenir lui mord le cœur

comme le cri du remorqueur

 

Depuis, il traîne sur la terre

un amour que rien ne peut taire

 

Il est revenu de Moscou

un mouchoir rouge autour du cou

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 05:14

 

Accordéon, Cheptel, Hippocampe, Banquise

Ô mots tirés en l’air comme des coups de feu

Chacun vient à son tour sur la terre conquise

Renouveler du sort l’inépuisable jeu

 

En vain te pares-tu d’un cœur artificiel

Dans le miroir d’argent nage une nuque blonde

Rien ne peut déranger le système du ciel

Et le clown désolé fait rire tout le monde

 

Fusez, rires d’enfants; coulez, larmes de mère

La jonque de l’amour chavire entre les fleurs

Dieu regarde s’ouvrir les tombes éphémères

Et naître des saisons l’éternelle fraîcheur

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 05:07

 

Nicolas Pauvoiseau naquit en 1900

d’une mère wallonne et d’un père flamand

A six ans, cet enfant était si maladroit

qu’en mangeant sa tartine il se mordait les doigts

Sur les bancs de l’école il rencontra Félix

Félix qui de sa brève existence fut l’x

Nicolas se voua dès son jeune âge aux lettres

pensant qu’écrire était sa seule raison d’être

A vingt ans il coucha avec l’une des filles

d’un professeur d’Histoire et de Géographie

Elle était laide mais il la trouvait si belle

qu’il ne l’appelait pas autrement que Cybèle

Les parents s’en étant occupés, leur idylle

se termina par des larmes de crocodile

et tandis qu’il passait ses vacances à La Haye

Nicolas épousa sa cousine Aglaë

Dès qu’il fut en ménage, il comprit que la femme

ne peut suffire à étancher la soif de l’âme

Il partit pour Paris et retrouva Félix

qui de ses cendres renaissait comme un phénix

Ensemble ils rêvaient de leur enfance passée

n’ayant pour dormir qu’une armoire renversée

Félix s’enivrait jusqu’à rouler sous la table

Bref c’était devenu un être insupportable

Un jour il déclara, dédaigneux de Paris

qu’il voulait devenir roi nègre et disparut

Nicolas resta seul. Être ou ne pas être

le froid entrait par les interstices de la fenêtre

Il avait publié un receuil:‘Dernier cri’

que l’on se plut à reconnaître bien écrit

Gloire et amour lui avaient souri un instant...

il se donna à la mort à l’âge de trente ans.

Paul NEUHUYS

(L'Arbre de Noël, Anvers, éditions Lumière, 1927)

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 02:51

 

PaulNeuhuystwee.jpg

Glanés dans l'œuvre (et dans les carnets inédits) de Paul Neuhuys (1897-1984), voici une seconde collection d'aphorismes à l'attention des amateurs et des curieux. En grec ancien, ἀφορισμος, substantif dérivé du verbe αφοριζειν («définir, délimiter») signifie au sens propre «délimitation» d'où : «séparation», «distinction».

 

Le bonheur, c'est un fruit qui se gâte à le vouloir garder.

*

Je ne connais que deux sortes de critiques : les enfileurs de perles et les enculeurs de mouches.

*

Droit de cuissage, ceinture de chasteté ? Les « anciennes valeurs » font douter de la « nouvelle vague ».

*

J'appelle maladie poétique, une maladie au-dessus de toute thérapeutique.

*

Le bonheur est que tout pourrait être bien pire.

*

Le fruit du poète a le goût de l'aveu.

*

Du côté des morts nous serons moins seuls.

*

Joyeuse d'être jolie et jolie d'être joyeuse.

*

Le chien rit avec sa queue.

*

Pas d'humanité sans animalité.

*

Le bonheur ça file

comme l'oiseau bleu

ce n'est pas facile

d'avoir ce qu'on veut

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 02:40

 

Neuhuys.Boudens.jpg

Luc BOUDENS, Paul Neuhuys, xylographie (2000) inspirée du portait de Neuhuys par Floris JESPERS (1923)


Glanés dans l'œuvre (et dans les carnets inédits) de Paul Neuhuys (1897-1984), voici une première collection d'aphorismes à l'attention des amateurs et des curieux.

En grec ancien, ἀφορισμος, substantif dérivé du verbe αφοριζειν («définir, délimiter») signifie au sens propre «délimitation» d'où : «séparation», «distinction»...

 

Ce que j'aime dans l'aphorisme, c'est l'euphorie métaphorique.

*

Tout s'arrange le mieux quand tout tourne au plus mal.

*

Rares sont les oiseaux qui vivent de leur plume.

*

En amour ma première impression fut la bonne.

*

Le roman de l'amour impossible est partout.

*

Trois genres de femmes : la charmante, la charmeuse et la charmeresse.

*

Improviser, c'est puiser dans le panier à provisions.

*

Je cours sur mes 75 et je n'ai jamais couru aussi vite.

*

Les femmes n'aiment pas être trompées, surtout dans leur attente.

*

Nœud comme nœud coulant et huis comme huis clos.

*

Voyant, voyeur, voyou, vieillard émerveillé.

*

S'il n'y avait pas de mauvaise poésie, il n'y en aurait pas de bonne.

*

En poésie nous sommes tous comme Villon, le chétif escholier.

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 04:08

À l'invitation de la Lanterne sourde, Paul Neuhuys fit le 28 octobre 1929, à la Maison des Artistes, 19, Grand' Place à Bruxelles, une conférence sur "Max Elskamp ou La poésie est un jeu dangereux". Ce n'était d'ailleurs pas la première fois qu'il occupait cette tribune.

De retour d'Egypte, Paul Vanderborght l'avait relancé le 16 septembre 1929:

Je vous demande donc de ne pas oublier la promesse que vous m'avez faite de consacrer une conférence jeune et vivante, digne de vous et du poète anversois, à Max Elskamp. Seriez-vous prêt pour le début de Novembre? Faites un petit effort et donnez-moi la joie de vous présenter, une fois de plus, à un public avec lequel j'ai moi-même perdu contact.

elskamp-voor-letterbak1.jpg

Max Elskamp (1862-1931) dans l'atelier de sa presse privée


Ce fut à cette occasion que Neuhuys prit contact avec l'éminent folkloriste Émile Van Heurck, membre avec Elskamp et Edmond de Bruyn du Conservatoire de la Tradition populaire, précurseur du Musée du Folklore à Anvers, qui lui adressa le 23 octobre une lettre dont deux extraits méritent assurément d'être cités:

Elskamp ne se déplaçait guère. Il avait l'imagination vive et parlait d'abondance de ses longs voyages en mer et de son commerce avec les marins. Mais il n'avait pas été beaucoup plus loin que Paris et je crois qu'il n'avait vu de la mer que ce que nous voyons quand nous sommes au littoral ou quand, par un beau dimanche d'été, nous allons jusqu'à Flessingue.

[…]

Hélas, aujourd'hui Max Elskamp est bien oublié de ses amis d'Anvers et d'ailleurs. Il achève dans une cruelle solitude sa lamentable vieillesse. Mais gardez-vous d'attribuer à la poésie ou au surmenage le mal impardonnable dont il souffre dans son cerveau et dans sa chair. J'en connais depuis de bien longues années l'origine et, croyez-le, la poésie ni le surmenage n'ont rien à y voir.

 

La conférence de Neuhuys sera annoncée dans le quotidien bruxellois Le Soir du 28 octobre 1929:

Le grand poète mystique et ingénu Max Elskamp est, on le sait, malade depuis quelques années déjà. Les jeunes écrivains, toutefois, ne l'oublient pas et lui consacrent un culte particulier. Lundi, à la Maison des Artistes, Grand'Place, le jeune poète anversois, Paul Neuhuys évoquera la figure de ce maître aux allures médiévales, et synthétisera son œuvre.

 

Selon le même journal, la séance de La Lanterne sourde connut 'le plus vif des succès'. Paul Neuhuys 'parla de son maître et ami, avec une émotion de choix et dans une forme des plus pures'. Neuhuys ne tint toutefois pas compte de l'injonction de Van Heurck de ne pas attribuer à la poésie ou au surmenage le mal d'Elskamp, comme en témoigne le compte-rendu paru dans l'hebdomadaire Pourquoi Pas?:

C'est Paul Neuhuys, poète curieux, fantaisiste, au jeu mesuré, qui s'était chargé d'évoquer l'œuvre d'Elskamp, une page combien émouvante de la poésie. Et quelle chose atroce que de penser que le maître d'Anvers, bien malade, moralement atteint, est aujourd'hui incurable ! Les paroles de Neuhuys ont résonné dans un silence poignant. L'esprit du maître s'est élevé trop haut, dans un ciel trop ouvert. Il est retombé sur le sol. La poésie est un jeu dangereux. Elskamp avait écrit: Nous n'irons plus au ciel / Nos ailes sont coupées... Il faut louer Paul Neuhuys et maints poètes jeunes de chez nous d'avoir, eux aussi, voué à Max Elskamp un culte si fervent.

 

Toute sa vie, Neuhuys est resté fasciné par Elskamp, le « maître mystérieux » qui l'a poussé « sur l'épineux sentier poétique ».(1)


Henri-Floris JESPERS

 

(1) Cf. Henri-Floris JESPERS, 'Vlaanderen: van droom tot nachtmerrie', in Gierik & Nieuw Vlaams Tijdschrift, no 76, automne 2002, pp. 60-77 ; 'Max Elskamp et Paul Neuhuys : correspondance inédite', in Textyles, Revue des lettres belges de langue française, no 22, Bruxelles, Le Cri, 2003, pp. 67-81 ; 'Max Elskamp: van droom tot nachtmerrie', in Mededelingen van het CDR, nr. 34, 26 octobre 2004, pp. 2-5 ; 'Max Elskamp en het Volkskundemuseum', in ib., no 35, pp. 6-9 ; 'Max Elskamp en zijn vrienden', inib., no 36, 23 novembre 2004, pp. 9-14 ; et ib., no 37, 7 décembre 2004, pp. 14-16.

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