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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 19:18

La quatrième et dernière livraison de l’étude sur Dada de Piet Tommissen paraît dans le  numéro 128 (du 6 novembre) de Mededelingen, le bimestriel du Centrum voor Documentatie & Reëvaluatie. Elle est consacrée à Dada aux Pays-Bas.

Vous trouverez deux extraits de l’étude de Tommissen en ligne  : www.mededelingen.over-blog.com, 28 et 29 septembre.

L’éditorial consacré à Coca-Cain et Cola-Barack est illustré par RodeS.

 

Demandez un numéro d’essai gratuit : hfj@skynet.be

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 08:30

Tels sont ceux qui constituent la pléiade Dada. Mais il est malaisé d’être démonstratif vis-à-vis de Dada, car Dada est un retour à la vie inorganisée, par un mode d’expression dépouillé de toute habitude verbale. Dada se paie d’onomatopée.

Dans l’antiquité on disait de ceux qui avaient soulevé le voile des phénomènes physiques qu’ils avaient vu le grand dieu Pan. Les bouleversements de notre époque qui ont laissé apparaître une solution de continuité dans l’évolution de l’humanité ont fait surgir une littérature panique. Sans doute Dada est un mouvement pessimiste. Mais son pessimisme est fondé sur le danger des ambitions humaines. C’est dans la Rochefoucauld et dans Schopenhauer qu’il faut chercher les préliminaires d’une entente internationale. Dada est le seul lien possible parmi les hommes, puisque son principe fondamental consiste à n’avoir raison en rien. Méconnaître Dada c’est méconnaître son temps. Dans un siècle où Lénine échoue après Wilson, Dada n’a rien qui doive nous étonner. Les dadas perdent délibérément pied. Mais s’ils sont idiots ils ne sont pas stupides. Ils ne disent rien pour rire et ne prennent rien au sérieux.

Dada est une philosophie. Dada est une morale. Dada est un art, l’art d’être sympathique dans un temps où toute supériorité est devenue insupportable et où toute grandeur humaine semble une facétie.

Dada est la fleur des ruines, non pas la petite fleur bleue de l’optimisme que les poètes veulent cueillir dans les décombres d’une civilisation, mais une azalée, une aride azalée qui plutôt que d’implorer une pluie de sang cherche à s’abreuver de sécheresse.

Paul NEUHUYS

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 08:25

Clément Pansaers est le seul représentant de Dada en Belgique et il n’est guère probable qu’on lui en sache jamais gré chez nous. Pourtant nul aussi aisément que Clément Pansaers n’arrive à laisser flotter son esprit à la périphérie du monde raisonnable, dans les régions difficilement accessibles de l’absurde.

Le Pan-Pan au cul du Nu Nègre est la première tentative de Clément Pansaers. Ce titre peut vouloir signifier le « Nu Nègre » suivi du « Pan-Pan », mais je crois que Clément Pansaers appelle « pan-pan » un revolver. Alors ? Ce serait différent. Clément Pansaers écoute tous les bruits discordants qui nous environnent aujourd’hui. Il semble avoir fait le tour de toutes les idées comme en témoignent certaines phrases : (« Une muselière au rhéteur de la surbrute » etc.) et il donne finalement l’impression d’un phonographe désorganisé qui, arrivé au bout du disque, se met à battre la breloque. Clément Pansaers abuse des terminologies savantes. On songe par moment à l’écolier limousin de Rabelais mais il s’en justifie en disant : « Un chimiste raté vaut le philosophe — qui en évaporant des vocables découvre des principes. »

Dans Bar Nicanor, Clément Pansaers poursuit la même tendance mais à un degré encore plus violent. Clément Pansaers se lance dans les voluptés fortes. Dans la pièce intitulée Aéro il bouleverse les quatre points cardinaux. Il roule dans le vide, exécute des « virages en balançoire ». Les oreilles lui tintent à force de « brouter les bruits bruts en gammes interplanétaires ». Il esquinte son moteur pour en tirer le plus de rendement possible.

L’ivresse lui procurera les mêmes sensations hétérogènes. Il porte les lèvres à tous les électuaires et il scrute sa mi-ébriété pour mettre à nu la parcelle d’immatérialité qui palpite en lui. Il vante le caractère éminemment cosmopolite de la saoulographie. Résoudre l’existence c’est, selon lui, « se fiche une cuite incommensurable » jusqu’à ce que les murs se bousculent tandis que le principe de l’être poursuit « la course bigarrée vers la qualité pure, dénominateur infini ramenant à zéro pan-0. »

Des sensations perverties parcourent les zones érogènes. Il saccage la femme comme le ferait un enfant d’un jouet, par dépit de n’en point recevoir de plus merveilleux encore. Clément Pansaers fait songer à un des Esseintes répondant aux plus folles audaces de l’homme nouveau.

Clément Pansaers et son fils Ananga, 1921

Dans L’Apologie de la paresse, un ébranlement morbide semble résulter de ce constant effort d’intervention mentale. Des secousses soudaines comme des sonneries électriques crépitent dans sa tête. Clément Pansaers a été tour à tour « un dompteur de tribades », « un paria ès démolitions », « un violateur de l’identité humaine ».

Les hommes lui apparaissent comme des insexués. Avec une indifférence érasmienne il fait l’apologie de la paresse. Qu’est-ce que le cynisme, sinon la paresse ? La paresse est la condition souveraine de la raison humaine.

 

C’est fâcheux

mon encéphale est désaccordé.

Impossible de remettre mon entendement

au diapason des volitions cosmiques à la mode.

 

Il se résigne à sacrifier à la paresse :

 

Je te révolte ?

Toute révolte avorte.

 

À quoi bon s’insurger ? Faisons donc comme les autres. Au lieu de faire la révolution, faisons la grève générale. Tout est là. La paresse d’ailleurs s’étend jusqu’aux premiers éléments terrestres.

 

Morbidesse spasmodique

La mer et la terre

s’entrepénètrent

et la commotion est comateuse

 

« Fainéante » se dit Clément Pansaers en proie à une lassitude organique. Clément Pansaers est un homme moderne dans ce que cette expression peut atteindre de plus excessif.

Paul NEUHUYS

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 08:18


Francis Picabia ne songe pas aux réalisations. Il emploie à tout détruire une sécheresse systématique. On chercherait en vain, ailleurs, une absence plus complète de sens moral.

C’est dans le trouble consécutif à l’amour que Francis Picabia cherche à se former une conception de l’humanité dépouillée de toute illusion

 

Lisez mon petit livre

après avoir fait l’amour

devant la cheminée en caoutchouc

 

Il appelle ce petit livre : Pensées sans langage. Car il ne veut pas être dupe des mots.

Il ne discerne plus les valeurs. Amour, art, religion : réactions chimiques. C’est un dadaïsme physiologique. Le cœur ressemble à la prostate, le ventre au cerveau. Et Francis Picabia dira :

 

Les événements de ma vie

se passent dans la sauce

des pulsations de mon cœur

 

Dans la Fille née sans mère, poèmes accompagnés de dessins, il s’attache à voir fonctionner le mécanisme érotique. Il tient le désir pour la seule réalité et il n’est pas grand-chose à quoi il ajoute foi en dehors du zoïde séminal.

La vie, selon Picabia, n’est pas un « chou à la crème », c’est une « vieille boîte à musique » qui émet toujours le même refrain. Quant au prix qu’il attache aux connaissances humaines ? Les hommes pensent, dit-il, « en chinois libre ».

Francis Picabia éprouve un plaisir innocent à lancer des boules puantes dans les écoles et les académies. L’odeur des cacodylates ne semble plus l’incommoder.

Dans Jésus-Christ Rastaquouère, la philosophie si désabusée de Picabia semble vouloir un instant sortir de son incohérence. Mais si Picabia s’explique un peu plus clairement que de coutume, c’est pour retourner comme un gant le sens commun. Son esprit volontairement désorienté s’amuse à renverser l’échelle des valeurs. « Ce sont les mots qui existent, dit-il, ce qui n’a pas de nom n’existe pas. » Et par je ne sais quel dépit métaphysique il s’exerce avec une adresse de prestidigitateur à jongler avec les locutions traditionnelles :

 

Je ne donne ma parole d’honneur que pour mentir

Trichez donc, mais ne le cachez pas !

Trichez pour perdre, jamais pour gagner, car celui

qui gagne se perd lui-même, etc.

 

et il résume son opinion sur la vie sous la forme d’une petite histoire, « l’histoire d’un homme qui mâchait un revolver ! »

 

Cet homme était vieux déjà, depuis sa naissance il se livrait à cette étrange mastication ; en effet son arme extraordinaire devait le tuer s’il s’arrêtait un instant ; pourtant il était averti que, de toute façon, un jour, irrévocablement, le revolver partirait et le tuerait ; cependant, sans se lasser, il continuait de mâcher…

 

Francis Picabia, si étrange qu’il paraisse, est un poète tragique.

Paul NEUHUYS

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 08:15

Paul Éluard poursuit une transformation complète du langage. « Essayons, dit-il, c’est difficile, de rester absolument purs ». Le langage tel qu’il nous parvient par la force de l’usage ne signifie plus rien. C’est un bavardage qui, selon Paul Éluard, n’a plus aucune raison d’être et il veut instituer en poésie la simplicité la plus élémentaire.

Dans Les Animaux et leurs hommes… il s’efforce de rafraîchir sa vision du monde par des images simplifiées et des analogies initiales : le poisson dans l’air et l’homme dans l’eau. L’herbe devant la vache, l’enfant devant le lait. Paul Éluard ne veut retenir des choses que les rapports essentiels pour arriver à une pureté complète de sentiment. Voici un exemple de cette poésie élémentaire :

 

MOUILLÉ

 

La pierre rebondit sur l’eau,

            La fumée n’y pénètre pas.

                        L’eau telle une peau

            Que nul ne peut blesser

                        Est caressée

Par l’homme et par le poisson.

 

            Claquant comme corde d’arc

Le poisson, quand l’homme l’attrape,

            Meurt, ne pouvant avaler

Cette planète d’air et de lumière.

 

Et l’homme sombre au fond des eaux

                        Pour le poisson

            Ou pour la solitude amère

De l’eau souple et toujours close.

 

Ce qui offusque souverainement le parti-pris de simplicité de Paul Éluard, c’est « l’allure distinguée ». La poésie doit être, selon lui, quelque chose de « naïf comme un miroir ». Il conçoit une poésie où « le temps ne passe pas ». C’est difficile car l’homme se meut dans une atmosphère épaisse. Il dira dans ses Exemples : l’homme, le scaphandrier de l’air. Pourtant il perçoit confusément une unité universelle qui lui permet de déclarer : « J’ai traversé la vie d’un seul coup. »

Paul NEUHUYS

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 08:00


Louis Aragon n’a pas abjuré tout scrupule d’art. Il semble parfois même demeuré attaché aux anciennes formes prosodiques. Louis Aragon a néanmoins trouvé son salut en Dada. Il intitule son recueil Feu de Joie. C’est un feu de joie où il sacrifie toutes les vaines acquisitions de l’esprit pour un ordre de choses nouveau qui surgira des absurdes suggestions de la conscience. La couleur neutre — bitume ou réséda — n’est pas la couleur dominante chez Aragon. Nous y trouvons même des couleurs vives que les dadas n’affectionnent que médiocrement en général.

Aragon, dans une pièce intitulée Secousse, nous indique comment s’est produite une mutation brusque dans l’orientation de sa pensée :

 

BROUF

Fuite à jamais de l’amertume

Les prés magnifiques volants peints de frais tournent

            Champs qui chancellent

Le point mort

Ma tête tinte et tant de crécelles

Mon cœur est en morceaux le paysage en miettes

 

Le poète se souvient de son adolescence, de ces années contrariées par le latin et l’algèbre, et il résumera sa jeunesse dans ce poème : Vie de Jean-Baptiste A.

 

ROSA la rose et ce goût d’encre ô mon enfance

                        Calculez Cos &

                        en fonction de

                                   tg a/2

Ma jeunesse     Apéro qu’à peine ont aperçu

les glaces d’un café lasses de tant de mouches

Jeunesse         et je n’ai pas baisé toutes les bouches

 

Le premier arrivé au fond du corridor

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 MORT

Une ombre au milieu du soleil dort, c’est l’œil.

 

Mais maintenant que le poète s’est affranchi des étroites conventions humaines, un espoir flambe, un feu de joie à la lueur duquel il entrevoit des constructions neuves, des transformations salutaires.

 

Alors se lèveront les poneys

les jeunes gens

en bande par la main par les villes

 

Louis Aragon est parmi les dadas le seul qui semble préparer un terrain de conciliation entre les suggestions de la conscience et les exigences de la raison.

Paul NEUHUYS

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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 20:38


André Breton est aussi un théoricien du dadaïsme. Pour lui Dada répond à un besoin de liberté. Il s’insurge contre toute résignation. Toute conviction semble lui être une forme de renoncement. En explorant l’inconscient il est arrivé aux constatations les plus déconcertantes. Ainsi il dira :

« L’innocence n’est tolérée que sous sa forme passive. » Vertu chez la vierge, elle peut conduire au crime l’assassin. André Breton n’arrive plus à comprendre. Et il ne se sent plus à l’aise que dans l’atmosphère annulative créée par Dada : « Qu’est-ce que c’est beau, laid, grand, fort, faible, connais pas, connais pas. Qu’est-ce que c’est Carpentier, Renan, Foch, connais pas, connais pas, connais pas. »

Les Champs magnétiques écrits en collaboration avec Philippe Soupault sont à cet égard un livre singulier. Malgré l’incoordination radicale des idées, Les Champs magnétiques laissent une impression générale qui ne fait aucun doute. André Breton ne se sent plus attiré vers rien. Les mots sont rouillés et les choses ont perdu sur lui tout pouvoir d’attraction. Il se représente le monde comme un « terrain vague ». Il n’a plus faim pour les « friandises pourries » que lui offre la vie. L’habitude l’endort. Il est las de considérer l’univers selon des catégories mensongères et il se réfugie dans l’absurde.

Philippe Soupault cherche à s’affranchir des trois unités de nombre, d’espace et de temps, mais il se sent prisonnier entre les quatre points cardinaux.

Il intitule son recueil : Rose des vents. Il vise à cette ubiquité lyrique à laquelle tendait l’orphisme d’Apollinaire.

En faisant tourner la rose des vents sur son axe Soupault dédaigne la conception de l’univers telle que la lui inflige la matière grise de son cerveau. Pour résoudre toutes les oppositions il s’adresse à Dada.

 

Mes idées comme des microbes

dansent sur mes méninges

au rythme de l’exaspérante pendule

un coup de revolver serait une si douce mélodie

 

Il veut s’en aller hors de lui-même. Se délivrer du déterminisme. Il escalade les horizons. « J’ai cassé mes idées immobiles » dit-il. Les découvertes modernes lui laissent entrevoir toutes les probabilités métaphysiques. La tour Eiffel lance ses rayons aux quatre coins du monde. L’idée d’espace est une illusion que la matière impose à nos sens. Tout se meut sur un même plan. Il se persuade que le Gaurisankar est juxtaposé à Notre-Dame. Il s’ouvre simultanément à toutes les sensations.

Les mille interprétations dont les mots sont susceptibles se rencontrent dans son esprit à propos d’une vulgaire enseigne :

 

déménagements pour tous pays

 

Voilà, je crois, comme il faut comprendre ce qu’on appelle la plaisanterie dada.

Paul NEUHUYS

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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 20:33

C’est Tristan Tzara qu’il faut citer en tête du groupe dada dont le mouvement revêt un caractère international. Dada ne poursuit aucune forme artistique. Dada revendique l’idiotie pure. N’oublions pas que les dadas ont dépouillé les mots de leur caractère usuel et celui-ci ne saurait donc avoir un sens péjoratif. Cela revient à dire que Dada ne procède pas par les voies habituelles de la raison. Dada est une désorientation radicale du sens commun. À cet égard les dadas déploient une véritable ingéniosité à être idiots. Ils évitent avec soin tout ce qui n’est pas l’inversion des valeurs. Se libérer de toute acquisition intellectuelle afin de n’être plus dupe de soi-même, tel est l’objet que poursuit Dada. Pour bouleverser notre manière de voir, Dada modifie notre façon de parler. Il veut décoller les mots agglutinés par l’usage et qui s’attirent entre eux comme la limaille adhère à l’aimant. Tristan Tzara dans un de ses manifestes nous prescrit l’amusante recette que voici :

 

Pour faire un poème dadaïste

Prenez un journal

Prenez des ciseaux

Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème

Découpez l’article

Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-le dans un sac

Agitez doucement

Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre dans l’ordre où elles ont quitté le sac

Copiez consciencieusement

Le poème vous ressemblera

Et vous voilà un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incompris du vulgaire.

 

J’attire votre attention sur cette phrase : « Le poème vous ressemblera ». Tristan Tzara a raison. Par ce procédé les mots auront acquis une valeur intrinsèque. De nouveaux rapports se dessineront entre eux. Vous aurez créé le vide et vous découvrirez plus aisément la part d’inconscient qui détermine vos actions. D’ailleurs tous les écrivains qui ont voulu se recréer un vocabulaire selon leur intime vision du monde ont pratiqué mentalement cette opération.

Mais Dada a une signification plus générale. Il n’est point de domaine où ne s’étende son influence négative. En réalité Dada est un état d’esprit absurde auquel nul n’échappe. « Les vrais dadas sont contre Dada » et, en effet, qui ne caracole pas sur son dada à l’heure présente ? Francophilie, germanophobie ne sont plus que des variations de Dada à l’état positif. Dada a tout expérimenté et rien n’a pu satisfaire son besoin de diversité.

 

Dada est un microbe vierge

Dada est contre la vie chère

Dada

Société anonyme pour l’exploitation des idées

Dada a 391 attitudes et couleurs différentes suivant le sexe du président.

Il se transforme – affirme – dit en même temps le contraire – sans importance – crie – pêche à la ligne

Dada est le caméléon du changement rapide et intéressé

Dada est contre le futur. Dada est mort. Dada est idiot.

Vive Dada. Dada n’est pas une école littéraire hurle

Tristan Tzara.

 

L’idiotie pure est la panacée universelle. Les actes raisonnables ne procurent que des inconvénients. C’est ce qui permet à Tristan Tzara de conclure : « Souscrivez à Dada le seul emprunt qui ne rapporte rien. »

Paul NEUHUYS

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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 20:20

Avec Dada nous atteignons le suprême aboutissement du sentiment poétique moderne. Dada, ainsi qu’il m’est arrivé de le dire plaisamment, consiste à coucher par écrit les choses qui ne tiennent pas debout. Dada instaure une puissante logique négative. Il invertit radicalement la direction de l’intelligence. Dada n’a rien de commun avec tout ce que vous en pensez car Dada ne se pense pas. Ne haussez pas les épaules. Le scandale dada par sa puissance de négation a une signification très étendue. Apparemment c’est un mouvement créé par des esprits universels. De nos jours Pic de la Mirandole serait peut-être Dada. Dada n’est point un phénomène. Il répond aux exigences philosophiques de l’heure. Il cherche à se dissimuler la réalité objective pour plonger dans les profondeurs ultra-réalistes de l’inconscient. Le mouvement dada, aussi négatif qu’il paraisse, n’en est pas moins issu d’investigations transcendantes de l’esprit humain.

Qu’il nous suffise de rappeler le mathématicien Henri Poincaré dont la fameuse théorie de la commodité jeta la perplexité dans le monde savant. Selon Henri Poincaré, ce qui apparaît le plus essentiellement vrai à l’esprit de l’homme ne serait que le plus éminemment commode.

Ainsi les mathématiques et en particulier la géométrie euclidienne ne peuvent avoir, au point de vue absolu, aucun sens.

Nos conceptions les plus rigoureusement exactes sont en réalité approximatives. Le plus court chemin d’un point à un autre n’est pas, à y regarder de près, la ligne droite. De même il est discutable que la terre soit un polyèdre en rotation autour du soleil. Sans doute c’est ce que nos sens ont imaginé de plus commode mais peut-être sommes-nous immobiles et est-ce la réalité objective qui se meut autour de nous. Nous avons évidemment une tendance à choisir le principe le plus conforme au fragile agencement de nos organes, et toutes nos pensées reposent nécessairement sur la conception absurde que nous avons de l’espace.

Dans un ordre d’idées analogue, la philosophie de Bergson s’attache à la critique de l’idée de temps. Le dadaïsme est un résultat de la philosophie intuitive.

Bergson nous représente l’intelligence comme étant étroitement adaptée à la matière et, par le fait, incapable de percevoir la durée et l’étendue en tant que qualité pure.

Seule l’intuition a des chances de résoudre ces antinomies en dédaignant l’intelligence au profit de l’instinct.

Puisque le cerveau ne peut se représenter le temps et l’espace que dans les limites de la matière, il importe de ne pas se rendre à l’évidence du monde sensible, mais de s’en remettre à ce que Bergson appelle les « données immédiates de la conscience ». C’est en obéissant à cette impulsion profonde que nous pouvons nous évader des grossiers concepts de la raison humaine. Au lieu de nous en tenir à la vision commune du monde, procédons à une exploration du monde inorganisé où tout est en perpétuelle création.

L’individu est, selon la philosophie de Bergson, « la combinaison variable du passé ».

Le principe d’identité doit faire place à « l’élan vital » qui reflète le changement incessant de l’univers et qui déborde toute canalisation.

Telle est, en bref, cette philosophie près de laquelle tant de systèmes antérieurs perdent, en grande partie, leur signification.

Dada ne serait donc pas autre chose que cet effort pour se libérer des concepts relatifs de la raison humaine. Il s’agit pour lui d’abolir les catégories. C’est pourquoi Dada ne veut rien tirer au clair. Il lui suffit d’entrevoir par instants de lointaines lueurs d’absolu dans les débris mouvants que laisse après soi l’élan de vie.

Paul NEUHUYS

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 04:08

Dada, comme l’affirmait Clément Pansaers, a voulu être le mot d’ordre d’un certain esprit.

Dada, microbe vierge, existait bien avant qu’il ne fût identifié à Zurich pendant la première guerre mondiale.

On peut parler de diaspora Dada.

Déjà le dadaïsme est une dégradation de Dada.

Dada est fondé sur les données immédiates de la conscience qui ne sont pas celles de l’intelligence. C’est la conscience qui nous met en garde contre une déviation vers l’auto-destruction tandis que l’intelligence est soumise à un atavisme créé par la civilisation.

Pansaers parle à ce sujet de « déblayage brutal », et serait en droit de s’écrier aujourd’hui : « Qu’est-ce que c’est Sartre, Breton ? Connais pas, connais pas. » Car ce qui attire dans dada c’est à fois le nihilisme et le juvénilisme.

Entre l’existentialisme, démission devant l’absurde, et le surréalisme, rémission par le merveilleux, il y a Dada, qui est le fléau de la balance.

Le code dada s’établit sur un critérium clair et net : Les individus se ressemblent par leur dissemblance. L’individu seul est nature et peut condenser sa pensée en un mot, un geste, un objet.

Mais aussitôt qu’un groupe de dadaïstes ne songea plus qu’à épater la galerie, il perdit sa raison d’être et devint Tam-Tam Réclame.

Et Pansaers de nous expliquer qu’il se retira du groupe dans la nuit du 25 avril 1921, après une réunion orageuse, suivi de près par Francis Picabia.

Mais, conclut-il, malgré tout Dada a existé et existe. « Comme toujours certains attendent des œuvres, comme il y en a encore qui attendent le Messie. Et qu’importe qu’elles ne soient qu’une curiosité... provisoirement. »

(1958)

Clément Pansaers, Bar Nicanor, 1921

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