Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 01:18

Ce jeu qui nous vient d’Angleterre, consiste à répondre à la question : What must a woman be ? Que doit être une femme ?

Jeu de société très amusant et dans lequel on peut s’attendre aux réponses les plus abracadabrantes : Que doit être une femme - ? un sphinx aux yeux d’azur ? une duègne qui nous charme par son talent de harpiste ? la régulière d’un jockey ?

Or la réponse à cette question tient uniquement dans le vers célèbre de John Keats : Must not a woman be a feather on the sea ?

Que doit être une femme ? Plume à l’onde océane...

Paul NEUHUYS (1968)

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 01:58

FUN CITY.
Œuvres récentes de Luc Boudens & Piet Raemdonck.

Mixed media

Vernissage le vendredi 9 mai 2008 à 20h.
Discours: Axel Daeseleire
Musique: Viktor Perdieus (sax) & Nathan Wouters (bass)

Exposition du 10 mai au 15 juin 2008
ouvert samedi et dimanche de 14h à 19h

www.lucboudens.com

Piet Raemdonck
Kronenburgstraat 41a
2000 Antwerpen
0495 22 07 99
www.pietraemdonck.com

 

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 01:08

Bruxelles, huit heures du matin, avenue Louise.

Une longue colonnes de longues voitures dans un long tunnel, longues figures au long nez, longuement penchées sur des longueurs d’ondes, longues comme des bas nylon qui s’allongeraient au delà d’Arlon jusqu’à Toulon.

Je ne sais s’il existe une femme bonne. Mais je sais de bonne source qu’on trouve encore des bonnes à Bonn. Nous en avions une bonne, mais nos voisins, les Ratisbonne, nous l’ont ratissée.

Que le professeur Nasillard, en recevant le général Radote sous la coupole, se soit montré pompeusement cordial, je vous l’accorde :

Toutes ces cordes qui se décordent, s’encordent et se recordent dans la discorde comme dans la concorde ne nous ont plus permis de voir finalement lequel, au bout de la corde, était le récipient d’air !

Paul NEUHUYS (1968)

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 01:04
Il est curieux de constater que le livre le plus triste qui ait jamais été écrit ne fut au départ qu’un jeu de société.

Ce jeu se jouait dans les salons du grand siècle. Il consistait à inventer des maximes qui toutes se ramenaient à l’amour-propre. Le mot égoïsme n’existait pas encore.

Le duc de la Rochefoucauld se chargea de grouper ces maximes, de les rhabiller et de les publier dans un livre qui parut d’abord sans nom d’auteur.

Le mot égoïsme n’existait pas encore ; il fallut l’inventer quand l’amour-propre devint l’amour exclusif de soi.

Paul NEUHUYS (1968)


Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 01:01

Attention! nous crie l’Aristarquophile! Rapportez-vous à Huizinga: l’Homo Ludens, c’est de l’homme qui joue qu’il s’agit et qui joue d’une certaine manière...

L’homme qui, depuis l’enfance, veut se surpasser en force et en adresse, dans une gymnastique inspirée par la nature.

 

Le secret du mot jeu est dans joie et jeunesse. Depuis l’enfance, il est la trame de la vie.

Jeux néméens, Jeux icariens !

Saisir le surnaturel du songe.

 

Jeux innocents, jeux violents, jeux interdits...

Des jonchets à la corrida, de la corrida aux exercices guerriers, le choix est laissé au joueur mais, s’il est libre de choisir, il n’est pas libre d’échapper aux conséquences qu’entraînera ce choix.

Dans tout homme sommeille l’homo ludens.

Jeux de scène, jeux de hasard, jeux de société.

Huizinga est un humaniste dans la tradition d’Érasme et l’Homo Ludens qui date déjà d’il y a trente ans, 1938, apparaît comme une sorte d’écho à l’Éloge de la Folie.

Qu’il soit d’échecs, d’épreuves ou d’écritures, le jeu exige une certaine gravité. Rappelons à ce propos la morale de Bouffechiquette dans les Enfants de Colère : Il faut savoir jouer bravement le jeu de la vie.

 Paul NEUHUYS (1968)

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 00:03

Tonnelles et charmilles

 

Faut-il mouiller les ailes de Séville

Les palataliser ou les denteler ?

Séville, ville tranquille

 

Si le jerk flageole des guibolles

le slow tricote des rotules

 

Aller vers l’impalpable et le surnaturel

 

Gyroscope ésotérique de la créativité

 

Pour éviter

le style canonique et la correction pimbêche

recourir aux mille facettes des mots en liberté

 

Improviser   c’est puiser à pleines mains

dans le panier à provisions

 

&

 
Les mots tirés au hasard hors d’un chapeau claque

 

Coquecigrue et coquelourde sont des vocables

irrévocablement équivoques

 

Je ne sache pas que

le boulier compteur

se donne en spectacle

à l’ordinateur

 

Œdipe  œdème  se prononcent comme edelweiss

bésicles de béryl se contractent dans bril

 

Comme eût dit Montaigne

Saperdeboere    Sabre de bois

le gascon y parviendra

si le français n’y peut suffire

 

 
Paul NEUHUYS

L’Agenda d’Agénor, Anvers, Ça Ira, 1984


 

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 01:04

Conscient que la carte n’est pas le territoire, Germoz estime que le texte de pure création « peut, éventuellement, prendre en charge sa propre critique ». Les modèles sociologiques, structuralistes, psychanalytiques, philosophiques, linguistiques, historiques ou sémiologiques, la déconstruction postmoderniste ne sont que

vastes machines à poser des rails pour montrer la voie, ses croisements, ses bifurcations. Nous récusons ces aiguillages. Nous préférons les vastitudes où galope le cheval sauvage, libre de sa course ; les forêts, vierges ou non, mais sans tracé préconçus ; la mer enfin, mais sans balises.[1]

La mer, le cheval, la forêt – on les retrouve dans La sandale d’Empédocle : « le temps perdu à cavaler » (p. 11) ; « les courses folles » (p. 12) ; « le cheval du vent » (p. 13) ; « forêt lointaine de longue durée » (p. 22) ; « la mer immense » (p. 14) ; « le vent du large » (p. 18).

Et le poète de nous confier:

Ma parole est de haute mer et se cherche

Un passage des abysses à la cime des vagues. (p. 25)

La mer, le cheval, la forêt – hantise de l’éternel féminin aquatique, envol et extase, exigence d’intimité.

À la suite de Gaston Bachelard et de Claude Lévi-Strauss, Gilbert Durand souligne que « dans le royaume des images “toutes les métaphores s’égalisent” et que s’effacent les “préséances” de la logique ou de la chronologie en même temps que s’estompent les articulations de la raison et de l’ordre conceptuel. »

Esquissant une introduction à l’archétypologie générale, Gilbert Durand constate que la mer c’est « l’abyssus féminisé et maternel », « archétype de la descente et du retour aux sources originelles du bonheur ». Il y a assimilation de la mère et de l’eau, et cette féminité aquatique peut présenter un aspect négatif et redoutable.

 

L’aspect aquatique du cheval est souvent déterminant (pensons à l’allégorie de “Britannia rules the waves”, où les vagues bondissantes sont autant de rapides coursiers, ou au fameux tableau de Walter Crane, “Les chevaux de Neptune”). Le cheval est tout aussi bien la monture de Hadès, maître des Enfers, que celle de son frère Poseïdon (Pluton), dieu des mers et des navigateurs, « véhicule violent, coursier dont les foulées dépassent les possibilités humaines ». Le cheval aquatique semble bien se réduire au cheval infernal, messager du destin. Le galop — envol et extase — est toujours l’expression de l’effroi devant la fuite du temps. « Passage des abysses à la cime des vagues », la chevauchée relie les mondes que nous habitons simultanément.

Quant à la forêt, elle participe des symboles de l’intimité. Comme peut l’être la maison, la grotte ou la cathédrale, la sylve est « centre d’intimité dont l’horizon se clôt lui-même » . Ce paysage clos est constitutif du lieu sacré, « cosmisation de l’archétype de l’intimité féminoïde ».[2]

Et les oiseaux et les arbres qui peuplent les poèmes de Germoz constituent des variations métaphoriques sur les deux pôles de l’enracinement et de l’envol qui sous-tendent son travail poétique.

D’autres poèmes, comme par exemple “L’oubli”, renouent avec la thématique de l’oppression et de la déshumanisation, de l’univers totalitaire et clos, de la dialectique sartrienne du bourreau et de la victime qui nourrit le théâtre de Germoz dans les années cinquante :

Je n’avais rien à dire

Mais c’est des idées qu’on se fait

Ils sont en uniformes et posent les bonnes questions

Celles auxquelles tu ne sais pas répondre

 

Ils sont contents

De leur uniforme de leurs bonnes questions

Confortés par ton mutisme

Ils savent que tu craqueras comme les marches de l’escalier

(p. 27)

Les “scromphales”, qui font leur apparition dans L’ombre et le masque, réapparaissent en couverture de La sandale d’Empédocle et sont partie constituante du cycle “Petite suite à mi-voix & à dessins”.

Ces petits personnages ont un caractère incontestable. C’est la spontanéité de leur naissance, leur besoin organique d’exister sans qu’il y ait à discerner une raison ou un objectif autre que la volonté d’être un peu plus que le frémissement du trait dont ils sont issus. S’ils avaient du volume, on pourrait les croire sortis de la glèbe et se cherchant une forme proche de l’humain, parfois de l’animal ou du végétal, tentative inaboutie qui n’exclut pas les sentiments.[3]

Germoz souligne ; « Aux férus d’explications étymologiques, le mot scromphale risque de causer quelques problèmes. Comme tout ce qui est imprévisible et spontané. ». Il me confie que la naissance du scromphale, personnage dont l’étymologie (fantaisiste ?) est énigmatique, doit être considérée comme spontanée et irréfléchie. [4] Parfois, il se prend pour une lettre, voire dans l’élan, pour tout un alphabet. Il accompagne des poèmes d’un laconisme prégnant.

 

Usager parcimonieux

J’aime le peu

Le mot qui suffit

À son éclat

 

“Le moi composé”, telle est la définition dépréciative que donne Germoz de l’autobiographie.[5] Mais toute son œuvre est simultanéité et succession du “moi composé”, au pluriel.

Cocteau souligne qu’il y a des œuvres longues qui sont courtes (et d’autres, courtes mais hypnotiques et interminables). Mais Germoz, lui, est l’auteur (le facteur dirait Bachelard) de textes qui semblent courts, mais dont les ramifications multiples et diversifiées méritent largement cette approche attentive et consciencieuse qui leur a trop souvent été déniée. C’est que son œuvre participe d’une volonté d’effacement et de dépersonnalisation.[6]

Conscient que c’est pour quelques mordus qu’on se lance dans les opérations les plus despérées, Germoz constate :

 

Aujourd’hui, le riz con dé a un goût âcre et les cris de Paul McCartney ou de Harold Pinter se perdront dans le grand si lence hypocrite de l’indifférence intéressée. Que périssent nos valeurs, les pleutres sont au garde-à-vous.

 

Henri-Floris JESPERS

 

Alain GERMOZ, La sandale d’Empédocle, Auxerre, Rhubarbe, 2007, 71 p., 8 €. ISBN 2-91656597-02-6.



[1] Alain GERMOZ, La littérature malgré tout (II), in Archipel, no 2, 1993, p. 3.

[2] Gilbert DURAND, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Presses universitaires de France, 1963, pp. 69, 239-241, 263.

[3] Alain GERMOZ, Les scromphales et le besoin d’exister, in L’ombre et le masque, o.c.

[4] Étymologiquement, on peut y reconnaître la racine grecque Σρυ (sru), d’où ρυ (ru), couler et le substantif ομφαλος (omphalos), nombril. Le scromphale est donc en effet un personnage qui coule de source, issu du subconscient de son auteur.

[5] Alain GERMOZ, Le carré de l’hypoténuse, o.c., p. 6.

[6] « L'aphorisme n'a pas besoin d'un personnage, d'une psychologie, d'un lyrisme. Il n'a pas besoin non plus d'un auteur. » Alain BOSQUET, La fable et le fouet, Paris, Gallimard, 1995, p. 16.

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 01:02

En 1988, Germoz publie coup sur coup deux collections d’aphorismes, Le Carré de l’hypoténuse et Le Chat de Schrödinger, et un recueil de poèmes, Fragments d’une identité. Sous le titre Fin de règne, il réunit en 1991 deux pièces de théâtre, Le Toton (1952) et Le Témoin (1954). L’épigraphe en tête des trois contes repris dans Les Cercles de la Liberté (1990) indique tout aussi bien l’esprit de ces pièces, qui forment une trilogie avec Le Transfuge (1953). Il s’agit d’une courte citation du Marquis de Sade :

Il n’y a d’autre enfer pour l’homme que la bêtise ou la méchanceté de ses semblables.

« La plupart ont une morale de série B », déclare Germoz.[1] Moraliste, certes, dans la mesure où il observe les mœurs de ses contemporains. Et il n’est pas toujours tendre. Épinglons au passage, dans Le Carré de l’Hypoténuse[2] :

Tout homme au pouvoir est un fat qui ne croit pas à sa propre incompétence.

Il ne ferait pas de mal à une mouche. Il vise plus grand.

La francofolie est une maladie qui ravage de vastes régions cervicales chez des individus réputés sains d’esprit.

Un télévidiot.

Le français tel qu’on le parle :

— Comment va le suivi au niveau de ton vécu ?

Parfois, il s’agit moins d’un aphorisme que d’un apophtegme, parole mémorable ou pensée qui mérite d’être ciblée et cadrée dans le contexte de la réflexion globale de Germoz sur l’évolution artistique.

Le XXe siècle aura vu l’avant-garde tuer l’avant-garde et l’Art se dissoudre sous les coups de ceux qui en vivent. [3]

Soucieux de préserver l’essentiel, ennemi de toutes les théories extrémistes (« les convaincus m’ennuient autant qu’un mur d’usine ») autant que des platitudes du post-modernisme, Germoz entretient d’instinct une relation parfois ambiguë avec les avant-gardes, toutes récupérées sinon châtrées, proies de choix de la marchandisation culturelle.

L’avant-garde n’est qu’une étiquette pour une notion vague qu’on aimerait clicher mais qui fluctue dans le temps, ajoutant une illusion de plus aux collectionneurs invétérés que nous sommes. D’où une succession de soi-disant avant-gardes et de précurseurs qui n’en sont pas.[4]

Individualiste de nature et observateur par vocation, Germoz se méfie de l’avant-garde, terme militaire dénotant un collectif. Mais il laisse la parole à Michel Seuphor, à Marcel Mariën ou à Paul Neuhuys et, sensible au « non sens non dénué de sens », il repêche le « Fisches Nachtgesang » de Christian Morgenstern ou publie le « Sonnet du vieux poisson-lyre » de Georges Coppel ou les « Sonnets » de Renaat Ramon, abordant ainsi la poésie visuelle « qui se passe, littéralement, de mots ».

Henri-Floris JESPERS



[1] Alain GERMOZ, Le Carré de l’Hypoténuse, Bruxelles, PEHEL, 1988, p. 34.

[2] Ib., p. 15, 18, 22, 32, 33.

[3] Ib., p. 31.

[4] Alain GERMOZ, Du haut du gibet : Christian Morgenstern, in Archipel, no 22, p. 14.

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 01:00

Autodidacte issu d’un milieu ouvrier, Frans Buyens (1924-2004), est l’auteur d’essais et de monographies (Willem Elsschot, een inleiding tot zijn werk, 1951 ; Achilles Mussche, 1952 ; Andreas Latzko, 1954 ; Albert van Hoogenbemt, 1959 ; Emile Verhaeren, 1962) ainsi que de romans et de récits souvent autobiographiques (Over alle grenzen heen, 1956 ; Na ons de monsters, 1957 ; Bora de eerste, 1958 ; Een kooi op zoek naar vogels, 1977 ; De ontwenningskuur, 1978 ; Het houten paardje en het meisje van ijzerdraad, 1978 ; Tijd om gelukkig te zijn, 1986 ; Minder dood dan de anderen, 1985 ; Spiegels zonder kwik, 1987 ; Een jongen uit ’t Foort, 2000). Militant contre le militarisme, le racisme et pour la libre-pensée, il écrit des pamphlets et des essais politiques (Pamfletten en propere pijlen, 1957).

Cet écrivain injustement oublié s’imposera comme cinéaste engagé. Dès la fin des années 1950, il réalisera de nombreux documentaires, essentiellement pour la BRT. Il fut également réalisateur, scénariste ou producteur de films de fiction courts et longs. Buyens fut le compagnon de la danseuse, chorégraphe, réalisatrice et écrivaine Lydia Chagoll, docteur honoris causa de la Vrije Universiteit Brussel. La RTBF coproduit l’un des derniers documentaires commun au couple Buyens-Chagoll, intitulé Savoir Pourquoi, œuvre fondamentale en six épisodes et sans aucune concession aux modes médiatiques sur le fascisme, la déportation, la résistance. Ce Flamand souvent mal vu des siens et reçu mais avec circonspection par les francophones a réalisé un grand nombre de films que le conformisme culturel a empêché d’être diffusés comme ils le méritaient.

Écrivain, acteur, metteur en scène, scénographe, homme de théâtre complet, personnage incontournable, Tone Brulin (pseudonyme de Antoon Marie Albert van den Eynde, °Anvers, 1926) est l’auteur de plus de vingt pièces. De 1953 à 1963 il dirige le Nederlands Kamertoneel où il mêle théâtre de l’absurde et dramaturgie contemporaine. Après une carrière internationale (e.a. en Afrique du Sud, aux EU, à Curaçao et en Malaisie), il fonde en 1975 la compagnie Tie 3, le Théâtre du Tiers Monde en Europe. Metteur en scène et pédagogue apprécié, il a été invité dans des théâtres, des écoles et des universités un peu partout dans le monde. Prix triennal de l’État (1961), Arkprijs van het Vrije Woord (1986), Prix de la Communauté flamande (2006).

Cf Jan CALEWAERT et al., Een uitzonderlijk theaterleven, Unesco Cahier 2, Antwerpen, EPO, 2002.

ISBN 9789064452659

 

 

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 00:47










Chacun éprouve le même drame : il ne sait au juste qui il pourrait être. Parfois, il décide qu'il a trouvé. Il se met une identité : une camisole de force. Un uniforme d'amiral : ça finit par s'incruster sous la peau.

Alain BOSQUET, Interview 70, Paris, Éditions du Rocher, 2001, p. 13.

 

Dans sa somptueuse préface au nouveau recueil d’Alain Germoz (°1920), La sandale d’Empédocle, Werner Lambersy reconnaît avoir envie de parler du poète

avec l’intime conviction d’un jury le condamnant pour attentat au conformisme, pour comportement déviant et pour coups et blessures volontaires avec intention de donner la mort au crétinisme ambiant, au sectarisme littéraire et aux racismes divers [...].

Curieuse rencontre. La sandale d’Empédocle est également le titre d’un long poème de l’anthropologue algérien Habib Tengour (°Mostaganem, 1947), paru en 1993 dans la revue Po&sie[1] et repris dans le recueil États de chose suivi de Fatras et La Sandale d’Empédocle (2003).

Selon Nietzsche, Empédocle (entre 484 et 424 av. J.-C.), qui se jeta dans les fournaises de l’Etna, cette colonne du ciel, est « la figure la plus bariolée de la philosophie ancienne ». Il fut certes le plus excentrique des présocratiques.

Volonté de se tailler une réputation définitive par une disparition énigmatique ? La doxographie rapporte d’autres lectures, raillant une mort héroïque, calculée ou accidentelle. Quoi qu’il en soit les sandales d’Empédocle comme les souliers de Van Gogh ont frappé les imaginations et suscité nombre de commentaires, magnifiants ou dépréciatifs selon le cas.

À propos du poème de Tengour, qu’elle qualifie de « questionnement sur l’identité algérienne », Regina Keil-Sagawe constate :

Une sandale, une empreinte, une trace – voilà ce qui reste, quelques fragments à part, d’Empédocle.[2]

Et c’est bien là, semble-t-il, le sens que Germoz, qui se complaît dans le luxe du fragmentaire, attache à cette sandale qui fit scandale. Dans le poème qui donne son titre au recueil, il évoque

Le vent du large qui soulève la poussière

De ceux qui laissent des traces

Sur un arpent désert

et conseille d’apporter la sandale d’Empédocle

Au cordonnier du coin

Ou à ce cireur de chaussures

Qui te guette au passage à Rio

À Marrakech peut-être

(La sandale d’Empédocle, p. 18)

Pour Germoz, « tout homme n’est qu’une hypothèse ».

Même pour soi, les apparences sont trompeuses. L’air que je me donne... Qui ? ²            Moi ? Lequel ? [3]

Quand je m’écoute parler, j’ai envie de me contredire.[4]

 

Tentative souvent avouée, mais parfois insidieuse, de cerner ce phénomène insaisissable que l’on nomme « identité », l’œuvre de Germoz aboutit en quelque sorte à un non-lieu.

Se retirer

A pas feutrés

Libérer

Le rire sous cape

Se réserver

L’ultime éclat

Le grand écart

D’un sourire

Un grand éclat

De rire

(p. 54)

 

L’identité ne peut être que culturelle et liée à l’enfance : le biotope, les conditions de vie et l’entourage.

J’en ai gardé des nostalgies typiquement anversoises qui prennent racine dans les années vingt. L’importance de la rue, son spectacle quotidien, gommé à jamais ; l’allumeur de réverbères qui s’amenait à la tombée du soir, les petits commerces ambulants (le rémouleur, la vendeuse de moules, la chiffonnière, etc.), les servantes et femmes de ménage qui dès le jeudi, surtout le vendredi et  encore le samedi matin, nettoyaient le trottoir à grandes eaux, le marché au poisson avec ses matronnes (qui maniaient avec verve la métaphore pour exprimer leur mépris de la clien-tèle trop chic) dont les formes rubéniennes évoquaient les chevaux des nations, rubéniens jusque dans leur crottin. Ces chevaux placides et puissants, surtout visibles au port, ont quitté la scène, sans doute en même temps que l’allumeur de réverbère. Tous les hommes de métier étaient reconnaissables, le jeans n’ayant pas encore conquis la planète. Chaque dimanche, harmonies ou fanfares défilaient ou occupaient le kiosque derrière mon coin. Vu d’aujourd’hui, cela fait folklore et province. Ces souvenirs jouent sur la sensibilité. Comme le parler anversois, vulgaire mais très coloré. Comme tout Flamand qui se respecte, j’use du néerlandais dans les circonstances de la vie sans me poser de question et je suis particulièrement heureux lorsque je peux m’exprimer en anversois, dialecte dont la saveur excite mes sens. Il n’empêche que l’identité culturelle est tout autre chose.

Voulant bien concéder que joue un contexte politique ou idéologique, social aussi, historique également, Germoz souligne toutefois que l’identité culturelle, quant à elle, se compose d’éléments plus solides. Et là interviennent les lectures, toutes les lectures.

Il se peut que l’enfant mis à la sauce Vandersteen n’ait pas, n’acquière pas les mêmes goûts, les mêmes réactions (formation et déformation), le même genre de curiosité et de psychologie que l’amateur d’Hergé.

Je suis d’avant. J’ai donc pu aiguiser mon non-conformisme en suivant les aventures des

Pieds Nickelés (Louis Forton), en rêvant d’Amérique avec Zig et Puce (Alain Saint-Ogan), en découvrant les premiers Mickey et enfin l’âge d’or de la B.D. américaine.

De la vraie lecture pour enfants, on ne peut croire que la lecture de Dick Trom et de Toine Culot, constituera les mêmes assises que les héros de Jules Verne, Edmond About, Alexandre Dumas, Ponson du Terrail, Carwood, Karl May ou Constant de Kinder, mon grand-père.

La référence explicite de Germoz à la bande dessinée n’est pas gratuite. N’est-il pas l’auteur, avec son cousin Guy Vaes, d’une BD demeurée inédite ? Et ne sont-ils pas tous deux jusqu’aujourd’hui grands amateurs, non seulement de BD, mais également de romans policiers ? Il y a là une idiosyncrasie tout anglo-saxonne qui fait fi des clivages et des hiérarchies littéraires et artistiques, qui ne peut d’ailleurs surprendre chez ces deux grands amateurs de littérature anglaise et américaine.

Henri-Floris JESPERS



[1] No 64, Paris, Belin, pp. 77-87.

[2] Regina KEILl-SAGAWE, “Écrire comme si je pouvais mourir demain” - le poète-ethnologue Habib Tengour. In Études littéraires maghrébines, no 15 (1997), Paris-Rabat-Tunis, 1997, [Bulletin de Liaison de la CICLIM – Coordina-tion internationale des Chercheurs sur les littératures maghrébines], pp. 7-11.

[3] Alain GERMOZ, L’ombre et le masque suivi de Apologie de Caïn, Anvers, Archipel Édition, 2003, p. 19.

[4] Ib., p. 20.

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article