Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 22:03

Le poète Paul van Ostaijen (1896-1928) est sans conteste la figure la plus marquante des lettres néerlandaises de Belgique entre les deux guerres. Il introduit dans la poésie l’unanimisme français avec un premier recueil, Music-hall,  en 1916, et l’expressionnisme humanitaire allemand avec Het Sienjaal (Le Signal), en 1918. 

 Entré comme commis à l’administration de la Ville d’Anvers en mars 1914, il y affiche, à partir de 1916, sous l’occupation allemande, ses convictions politiques. Le mouvement flamand s’était scindé en deux fractions antagonistes. Les passivistes, d’une part, très largement majoritaires, comptaient mettre en veilleuse les revendications flamandes pendant la durée de la guerre. Les activistes, quant à eux, entendaient au contraire les faire progresser, fût-ce avec l’appui de l’occupant. À l’instar de la quasi totalité des écrivains flamands de sa génération, Van Ostaijen choisit l’activisme. Son rôle politique est pratiquement inexistant, mais il jouit d’une solide réputation auprès des étudiants.

Tout comme celles de Clément Pansaers, exprimées dans sa revue Résurrection en 1917-18, les convictions de Van Ostaijen sont conforme à la politique allemande qui flamandise l’université de Gand, dont les cours reprennent le 24 octobre 1916, et qui décrète la séparation administrative de la Flandre et de la Wallonie le 21 mars 1917. En janvier 1918 Van Ostaijen est condamné à trois mois de prison ferme pour avoir injurié le cardinal Mercier lors d’une manifestation. Craignant des poursuites à cause de sa collaboration à la presse activiste, il quitte Anvers en octobre 1918 pour s’installer à Berlin, où il fréquente les peintres Fritz Stuckenberg, Lyonel Feyninger, Arnold Topp, Heinrich Campendonck ainsi que Georg Muche.

Confronté à la misère et au climat pré-révolutionnaire de l’époque, marqué par la répression de l’insurrection spartakiste, il rompt avec l’idéalisme naïf et grandiloquent de la poésie « humanitaro-expressionniste ». Entre 1918 et 1921, il écrit De Feesten van angst en pijn (Les fêtes de l’angoisse et de la douleur). Ce recueil, qui ne paraîtra qu’après sa mort, est un véritable règlement de compte avec sa poésie antérieure. En 1920 et 1921, il compose Bezette stad (Ville occupée), œuvre complexe et d’une grande rigueur, dans laquelle il développe une typographie rythmique toute personnelle. Hansjürgen Bulkowski, le traducteur allemand de Bezette stad (Besetzte Stadt, München, 1991), souligne que Van Ostaijen, grand amateur de cinéma, est l’auteur du seul scénario issu du groupe dada berlinois, De bankroet-jazz (Le Jazz-Banqueroute, repris dans Le Dada pour cochons), écrit la même année, et qui ne sera publié qu’en 1954. 

Bezette stad paraît à Anvers en avril 1921. Quelques semaines plus tard, à la mi-mai, Van Ostaijen retourne dans sa ville natale. Entre-temps, il avait été condamné in absentia à huit mois de prison pour sa collaboration au quotidien activiste Antwerpsche Courant. Le 7 juin, il se présente devant le tribunal. Le 15 juillet, il bénéficie d’une remise de peine dans l’affaire du cardinal Mercier. Durant son service militaire dans les troupes d’occupation belges en Allemagne (décembre 1921-décembre 1922), il est définitivement mis hors cause dans l’affaire du Antwerpsche Courant.

Au retour de son service militaire, il s’installe à Anvers comme marchand d’objets d’art en chambre avant de s’associer avec Geert Van Bruaene à la direction de la galerie bruxelloise La Vierge Poupine, d’octobre 1925 à mars 1926. Amateur d’art averti, il publie des dissertations critiques et théoriques dans Valori Plastici, Das Kunstblatt ou encore Sélection. Outre des gravures anciennes, de Lucas van Leyden et de Brueghel en particulier, ainsi que des estampes japonaises, il collectionne des peintures de Heinrich Campendonck, Frits van den Berghe, Juan Miro, René Magritte, Paul Joostens et Floris Jespers, des dessins, des bois et des eaux-fortes de Braque, de Feininger et de Juan Gris. Il achète des peintures à Irène Lagut, fréquente Max Ernst, dont il acquiert des dessins. Il vend une toile du peintre allemand à Tristan Tzara, achète un Juan Gris à Éluard et négocie l’achat d’un Picasso de la période bleue. . Van Ostaijen publie des grotesques :  De Trust der Vaderlandsliefde (Le trust du patriotisme) en 1925, illustré Arnold Topp, et Het Bordeel van Ika Loch (Le bordel d’Ika Loch) en 1926, illustré par René Magritte.  A la même époque, il se lie d’amitié avec Edgar du Perron, fréquente le groupe proto-surréaliste bruxellois et collabore à Marie. Journal bimensuel pour la belle jeunesse édité par E. L. T. Mesens.

Enfin, il définit sa poétique dans un texte capital en 1927 : Gebruiksaanwijzing der lyriek (Mode d’emploi du lyrisme : « On ne peut oublier que notre but est d’atteindre à une forme de poème qui maintient complètement et de la manière la plus réelle le processus qui va de l’émotion au poème. Le processus constitue pour nous, le poème. »

Dans un recueil de ses poèmes écrits entre 1920 et 1928, Eerste boek van Schmoll (Premier livre de Schmoll) paru après sa mort, Paul van Ostaijen manifeste une poésie « expressionniste organique », une « poésie pure », notion qu’il défend bien avant qu’Henri Bremond ne la formule en 1926 : « « Un poème qui est pur porte en soi comme l’expression de l’extase, les causalités de son développement ; il les porte en soi, exclusivement en soi. »

Miné par la tuberculose, il quitte Anvers le 6 septembre 1927 pour un sanatorium privé à Miavoye-Anthée, dans la province de Namur, et décède le 18 mars 1928, à l’âge de 32 ans.

Henri-Floris JESPERS

 

Ville occupée (Bezette stad, 1921), traduit du néerlandais par Willy Devos, nouvelle typographie de Marc Herman. [Anvers], Éditions de « Antwerpen 1993 », 1993, 152 p.

Poèmes, traduit du néerlandais et présenté par Henry Fagne. [Bruxelles], Éditions Henry Fagne, « Poètes néerlandais », 1967, 16 p.

Nomenclature. Poèmes 1916-1928, traduit du néerlandais et présenté par Henri Deluy. [Tours], Éditions Farrago, 2001, bilingue, 96 p.

Le Dada pour cochons, Paris, Textuel, 2003. Traduction par Jan Mysjkin et Pierre Gallissaires.

&

Etienne Schoonhoven, Paul Van Ostaijen. Introduction à sa poétique, avec un choix de poèmes, [Anvers], Éditions des Cahiers 333, 1951, 144 p.

Paul Hadermann, « Van Ostaijen et Apollinaire », in Septentrion VIII, 1, 1979, pp. 38-50.

Paul Hadermann, « Un pionnier de l’avant-garde en Flandre : Paul Van Ostaijen », in Septentrion XV, 3, 1986, pp. 25-29.

Thomas Vaessens, « Un “programme double et contrastif” pour la poésie. Aspects de la poétique de Paul Van Ostaijen », in Études germaniques XXXXIX, 4, 1994, pp. 429-442.

Henri-Floris Jespers, « Neuhuys et Van Ostaijen: rencontres manquées et affinités », in Bulletin de la Fondation Ça ira, no 17, 1er trimestre 2004, pp. 3-24.

Henri-Floris Jespers, « Inédit : À propos d’une « lettre ouverte » à Paul Van Ostaijen menacé d’une correction », in Bulletin de la Fondation Ça ira, no 17, 1er trimestre 2004, pp. 25-44.

Henri-Floris Jespers, « Paul van Ostaijen ; profession de foi poétique », in Connexion, no 2, décembre 2006, p. 20.

 

 

 

 

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 05:01

Le hasard qui, comme nous le savons tous, n’existe pas mais fait toujours bien les choses, me ramène à l’adresse http://mamilitance.blog.lemonde.fr/

À ma grande surprise, j’y ai lu le 3 février 2007, un poème de mon ami Hugues C. Pernath (1931-1975) dans la traduction d’Irina Paslariu-Lambert, « L’orgueil » (De hovaardigheid). En 1980, j’ai édité les œuvres poétiques complètes de Pernath (Verzameld Werk, Anvers, Pink Editions & Productions, 415 p.)

C’est avec plaisir que je cite ici le commentaire du blogueur que je salue ici :

« Les Lettres Nouvelles, la revue de Maurice Nadeau, étaient remarquables pour ces numéros spéciaux qui donnaient de bonnes photographies de la littérature d’un pays ou d’une langue. Ces numéros en forme d’anthologie étaient un peu à la littérature ce que les sondages sont aujourd’hui à la politique. Le hasard me fait feuilleter ce numéro forcément hollandais le jour où François Hollande est allé à Thouars (Deux-Sèvres) pour l’inauguration des nouveaux locaux de la section du PS suivi d’un grand métingue. J’ai séché ce grand rendez-vous d’un homme et de son peuple. Pas motivé. Pas envie de traverser le département dans le sens de la longueur à bord d’un des autocars affrétés par le parti. Je n’arrive pas, décidément, à me sentir limaille de fer attirée par l’aimant comme tout bon militant doit subir l’attraction de son chef de file quand il passe à proximité…

Pernath lui ne fut pas militant mais militaire. Militaire de carrière. Mais il quitta l’armée après 13 ans de services pour se faire libraire, écrivain, traducteur et poète. J’aime sa vision désabusée de la condition humaine, sa manière de questionner le rapport de l’individu au monde, à dieu (écrit avec minuscule) et surtout à la médiation entre créature et créateur. Sans doute cette langue respectée mais qu’il ne parlera jamais… Une manière de logos impraticable – mais pas incompréhensible – par l’humain qui va et vient comme la marée entre sa plénitude animale et son ouverture sur la transcendance, dans cette zone de confins et de confrontation, cet espace ténu de finitude qu’est la vie… J’aime la joie qui se dessine in fine, dans le refus de la seule triviale sustentation. »

À la ville, Pernath masquait sa sensibilité exacerbée par une désinvolture feinte ; au théâtre, par une rigidité hautaine dans l’écriture. Consumé par ce feu froid, cette gangrène de l’âme que Baudelaire qualifiait d’espèce nouvelle d’aristocratie, il s’appliquait à animer un univers figé par la fulguration soudaine d’une électricité froide. Mais que de renoncements, que de retenue, quelle immense pudeur ne décèle-t-on pas dans cette œuvre obsédante, inquiétante parfois, toujours portée par une démarche audacieusement prudente. La foudre sous la neige.

Pour Pernath, le langage est le lieu même, le moteur et le véhicule des malentendus. Il s’appliquera donc à pratiquer un idiome unique, exceptionnel et irréductible, une langue à maltraiter avec respect : il n’en viole point le corps, mais le souffle qui l’instaure et l’anime. Exemple du doute méthodique, « comme un détachement qui aurait gardé les pieds sur terre », le blogueur cite également la fin du poème « La volupté qui doute » (De twijfelende wellust).

Paul Neuhuys souligne dans le XIIième cahier des Soirées d’Anvers (juillet 1965)  que Pernath représente

« ce que le ‘verfijnde Vlaming » (le Flamand raffiné) fait en ce moment de meilleur. » 

Les deux poèmes cités dans mamilitance.blog.lemonde.fr/ parurent dans le numéro spécial « Écrivains néerlandais. Pays-Bas et Belgique flamande » des Lettres Nouvelles, daté d’avril-mai 1975 (pp. 205-209).

Pernath ne fut pas militant mais militaire, souligne le blogueur. Hugues a pourtant connu sa période de militance, et nous y reviendrons. Militaire ? Certes, tout comme le situationniste de la première heure Walter Korun, futur général aviateur Piet de Groof, et le peintre Dan van Severen.

Henri-Floris JESPERS

 

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 04:20

C’est à cette époque, dans les trois ou quatre années qui suivirent la victoire de 18, que Paul Neuhuys contribue à donner à l’avant-garde de Belgique son goût et son parfum inimitables. L’un de ses chefs-d’œuvre, Le Canari et la cerise, participe du même esprit. Comment le définir ? Paul Neuhuys recueille sans doute les échos du dadaïsme ; celui-ci, en pays flamand – on peut dire aussi dans l’atmosphère hanséatique -, ne saurait hériter du nihilisme roumain de Tzara, ni de la tendance à l’Apocalypse des expressionnistes allemands. Il leur préfère l’absurde, notion qui ne sera à la mode que quinze ans plus tard, et il l’imprègne d’une vieille tradition flamande, qui est la satire, héritée aussi bien de Peter Breughel que de Charles de Coster. Il faut se moquer avec rage et douceur à la fois : il ne faut pas détruire pour autant, la force de vie étant irremplaçable.

Seul à représenter ce pli de l’âme et de la chair, Paul Neuhuys construit son œuvre à l’abri des modes, néglige le surréalisme, et jette sur l’existence, dans les années 30, un regard de parfait et tendre persiflage, comme dans La Fontaine de Jouvence.

Dans sa maturité Paul Neuhuys peut apparaître comme un Jean Cocteau plus douloureux, plus profond, plus grave sous ses rictus. Il a aussi de l’inutilité d’être une vue où le désespoir se cache sous des jeux délicieux. Il est à la poésie allusive et fantaisiste ce que Michel de Ghelderode est au théâtre ; tout au plus ne croit-il pas indispensable d’avoir recours aux images baroques. Pas d’illusion ! telle semble la morale – et les poètes flamands du XVe siècle ne tremblaient-ils pas de moralismes extorqués à leur âme par quelque diable mal caché ? – de ses poèmes, à condition qu’on puisse bien entendu ajouter : « sauf celle, suprême, de l’art, donc du verbe impeccablement ciselé ». Jean Paulhan, connaisseur entre les connaisseurs, ne s’y est pas trompé, qui considérait, dans les années 50, Paul Neuhuys comme l’un des poètes les plus inspirés et les plus dérangeants d’alors : ne l’a-t-il pas invité à collaborer à la Nouvelle Revue Française ?

Ce livre-ci est né de l’admiration que le signataire des ces lignes a éprouvée à la lecture du dernier recueil de Paul Neuhuys, Octavie, paru en 1977 : dans le domaine de la nostalgie sous cape, qu’a-t-on écrit de plus poignant et de plus gifleur depuis Apollinaire ? La France poétique est paresseuse, ingrate, presque incompétente. Il lui manquait un Paul Neuhuys : que ce florilège un peu ascétique lui apporte la gloire et l’affection.

Alain BOSQUET

Printemps 1979

 

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 04:40

L’étude des minorités et du phénomène minoritaire dans le monde prend une ampleur de plus en plus grande, au point de devenir un domaine de recherches à part entière. En Belgique aussi, les minorités font l’objet d’un nombre croissant d’analyses sociologiques, politiques, historiques, etc., et les chercheurs se relayent pour tenter de donner une vue d’ensemble fouillée des minorités qui peuplent le pays. Ainsi voit-on se multiplier les études sur les germanophones de Belgique, les Flamands de Wallonie ou encore les minorités issues de l’immigration. Dans ce nouvel enthousiasme pour l’étude des minorités, subsiste un domaine inexploré car encore largement tabou :  l’étude des francophones en ce qui constitue l’actuelle Région flamande de Belgique.

 La frilosité des chercheurs à se pencher sur une telle étude s’explique probablement, entre autres, par la rupture qu’elle représente avec les paradigmes aussi bien corporatistes que communautaires de l’historiographie et de la sociologie belges actuelles. Par rapport à la dimension corporatiste, il est à noter que, à aucun moment de l’histoire, les francophones en Flandre ne sauraient être identifiés à tel ou tel pilier sociopolitique en particulier. Ils sont dispersés politiquement et ne constituent pas un électorat unifié, ce qui ne favorise pas l’intérêt pour leur étude, alors qu’une telle complexité devrait au contraire constituer un stimulant pour le chercheur. Par rapport à la dimension communautaire, ils ont été effacés de la nouvelle société flamande par, entre autres, l’instauration du principe de territorialité. Pourtant l’existence ‘sociologique’ des francophones en Flandre défie la pertinence de ce principe, un défi que les chercheurs belges n’ont que timidement relevé. Il est d’ailleurs frappant que, là où l’étude des minorités émane généralement d’un réflexe endogène, cela n’a nullement été le cas pour les francophones en Flandre qui semblent souvent résolus à contribuer à leur propre effacement. Le carcan intellectuel consciemment ou inconsciemment inspiré par la logique institutionnelle est en réalité incompatible avec la mission d’analyse du phénomène qui devrait être celle de la science.

Par ailleurs, il se peut que, comme pour d’autres problématiques telles la persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre, l’épuration de la collaboration, la débâcle belge au Congo, l’historiographie belge se trouve, une fois de plus, à la croisée des chemins. En effet, l’aboutissement des objectifs du mouvement flamand historique et la diversité croissante de la société flamande permettraient-ils enfin le recul nécessaire à un examen scientifique approfondi de la présence francophone en Flandre ? Avec le retrait des dernières générations de politiciens flamands de l’avant-Belgique fédérale, s’annonce peut-être une période moins enflammée, moins émotionnelle ou, en tout cas, plus propice à une approche rationnelle et objective. Une telle démarche permettrait aux habitants de la Région flamande actuelle, néerlandophones, francophones et autres, de reconsidérer leur propre histoire, leur propre réalité sociologique et leur propre culture dans toute sa variété.

Le Centre d’étude des francophones en Flandre (CEFF) se consacrera ainsi à l’étude résolument scientifique et multidisciplinaire des locuteurs de la langue française depuis leur apparition sur le territoire actuel de la Région flamande et de la Région Bruxelles-Capitale jusqu’au temps présent, et ceci dans toutes leurs expressions. Dans ce but, le CEFF initiera et/ou encadrera des recherches, en collaboration notamment avec les institutions scientifiques dont relèveront les chercheurs concernés. Il rassemblera, conservera et mettra à disposition tout document et objet de quelque nature que ce soit, provenant d’associations ou de personnalités qui ne désirent pas les garder.

Le CEFF constituera aussi une bibliothèque dotée des œuvres de référence se rapportant directement ou indirectement à son objet d’étude. Il encouragera la recherche en mettant cette documentation à disposition des chercheurs ainsi qu’en les invitant à rendre public le fruit de leurs recherches par voie de conférences, publications, expositions, etc.

 

 

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 01:20

Dans le cadre des  « Middagen van poëzie en proza » (Midis de la poésie et de la prose), je fais le  22 avril une conférence au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles – bruxelloisement rebaptisé « Bozar ». Co-producteur : « Bozar Literature » : « Bozar » dans l’idiome de Beulemans et « literature » dans la langue de l’Empire.

Le poète Frank de Crits, traducteur en néerlandais d’entre autres Achille Chavée et William Cliff, m’introduit. Nous nous connaissons depuis 45 ans.

Je parle d’André de Ridder, grand passeur sous la face de l’Éternel, initiateur en Flandre de l’interview littéraire, de la biographie romancée et du roman urbain, promoteur avec son ami Paul-Gustave van Hecke de l’expressionnisme flamand ; de Maeterlinck, ce monument que l’on ne salue plus qu’au passage, par politesse ; de Paul Neuhuys, poète pour toutes les saisons ; de Paul Willems, homme de théâtre certes, mais surtout prosateur, dont le dernier livre, Le pays noyé, est une dénonciation poétique mais non moins acerbe de la globalisation marchande ; de Michel Seuphor, dont les poèmes de la seconde moitié des années vingt sont trop injustement négligés. Après une courte incursion du côté de chez Remy de Muynck, dit Saint-Rémy, je constate que le temps me fait défaut. J’abandonne donc à contrecœur Roger Avermaete, Jacqueline Ballman, Marc. Eemans, Alain Germoz, Geert van Bruaene, Guy Vaes et Nicole Verschoore à leur sort…

Avermaete est présent sur ce blogue (4 avril), tout comme Germoz (20, 21 et 22 avril), Van Bruaene (31 janvier ; 15 février ; 12, 18, 22, 28 et 29 mars) et Nicole Verschoore (26 février). Après la conférence, je rencontre Christian Angelet, Kurt de Boodt, Marie-Jeanne Dypréau, Gaëtan Faïk, Clara Haesaert, Marga, Paula Mortelmans, Luc et Thierry Neuhuys, Emmanuel van de Putte, Robin de Salle, Nicole Verschoore et Elza Willems-De Groodt.

&

Emmanuel van de Putte, un des initiateurs du CEFF/SFV (Centre d’étude des francophones en Flandre / Studiecentrum Franstaligen in Vlaanderen), m’a été chaudement recommandé par un de mes collègues de la Commission des lettres de la province d’Anvers, le professeur Ludo Simons. Il participera en août au VIIIème congrès de l’Association des cercles francophones d’histoire et d’archéologie de Belgique.

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 02:35

Je reprends le Point d’Orgue de Pansaers. Il faut le dire autrement qu’avec le nez fouineur de la curiosité. Hilarité pure. Pendre son manuscrit en serviettes hygiéniques. Ouvrir un music-hall du rire pour consoler la sentimentalité. Moi qui suis né catastrophe

C’est une œuvre 100 % dada.

C’est l’onirologie de Maeterlinck qui est à l’origine du surréalisme. Surréalisme de Nadja, L’Âge d’homme, La Marge ? Tout ça fait trop hôpital au bord du canal. Les cris sanglants de femmes entassées.

 

En Chine triomphe le « chouan laid ».

 

Anniversaire de ma femme. Avons à déjeuner madame Albert-Birot, Henri Chopin et le libraire Petithory. Madame Pierre Albert-Birot me dit que dans l’ouvrage de Sanouillet sur Dada ce qu’il y a de plus intéressant c’est l’index.

 

Turin est la ville la plus surréaliste du monde : la ville de Chirico. Portiques déserts, l’oiseau sur la balustrade, des statues qui se dorent au couchant. Maeterlinck accourant sur des patins à roulettes comme un maître d’hôtel dans sa villa d’Orlamonde. Accorder une grande valeur à l’isolement. Vous n’entendrez jamais un surréaliste dire du mal de Maeterlinck. Le surréalisme est né dans les serres chaudes du désenchantement.

 

La révolte estudiantine se généralise. Credo de la violence. Le bestiaire intérieur. Plus on chuchote, plus ils chahutent au grand jour ! Toujours sincères et souvent courageux. Un nouvel élan se lève parmi les jeunes contre une société basée sur le seul profit. Société de surconsommation. Coefficient de contestation. De Gaulle crie à la chienlit. Crise de l’autorité. L’université doit être dirigée par ceux que cela concerne — il ne s’agit pas de faire des étudiants des « nains » ingénieux dont on fait ce qu’on veut — et non par des grosses légumes qui prennent leur indigestion pour une gestion.

 

Voyage en Bretagne. Paris par Laon. Les abords de la Sorbonne où l’on peut lire encore des slogans comme celui-ci : « La culture est l’inversion de la vie ».

 

Peut-on parler de la permanence de l’esprit dada parmi les jeunes ? Peut-être. Mais dada n’est pas un état d’esprit, c’est l’esprit qui souffle où il veut. C’est avant tout le sens de l’éphémère et le sentiment de l’insaisissable.

À ceux qui viennent me demander des précisions sur Pansaers et la signification de Dada à l’époque « vibrante » de Ça Ira et des années folles, et qui veulent retrouver un écho dada chez les zazous, les provos ou les hippies, je ne puis que répéter ce que j’ai dit plus haut : Dada est une diaspora qu’on ne rencontre qu’à l’état sporadique. Les dadas sont rares, n’est pas dada qui veut, et la plupart des critiques restent allergiques à Dada.

Peut-être retrouve-t-on quelque chose de dada chez le socratique Paul Colinet d’Arquennes, lorsqu’il déclare que l’écureuil a une vie plus agréable que la moule parquée ; chez Boris Vian, lorsqu’il ne veut retenir que L’Écume des jours, ce qui surnage du temps — le piano cocktail dont le clavier déclenche un carillon de liqueurs est une invention dada.

 

Et puis il y a cette Sorbonne que j’ai revue après cinquante ans, couverte d’inscriptions baroques, de slogans du plus curieux effet : « La culture est la négation de la vie », « Ne prenez pas l’ascenseur, prenez le pouvoir ». Quel pouvoir ? Le pouvoir du mépris ou celui de l’imagination ?

Ce vieux Quartier latin où j’ai vécu jadis a gardé son caractère cosmopolite et m’a semblé plus que jamais être le centre d’attraction des étudiants du monde entier. Au point que j’ai cru entrevoir parmi eux l’étranger, le rastaquouère picabiesque qui, par la magie des mots et la courbe des paraboles, est venu une fois de plus bouleverser toutes les catégories logiques. Dada en voulant n’être rien semble avoir changé tout.

Paul NEUHUYS

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 01:37

Le dé est le symbole du hasard ; la plume, le symbole de l’effort littéraire ; les filles voltigeantes sont le symbole de la mer ; Saint Nicolas, le symbole de la crédulité enfantine ; le parapluie de Louis-Philippe, le symbole de la médiocrité toujours prête à écimer ce qui la dépasse, etc...

L’art consiste à hausser la réalité jusqu’au symbole, ou évocation d’une autre réalité.

Lorsqu’on me dit d’un poète qu’il a pris conscience de la gravité de son art, je crains fort qu’il ne soit ennuyeux et qu’il ne sache faire la part du feu ni du jeu.

Paul NEUHUYS (1968)

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 01:34

D’autres jeux encore s’offrent à notre attention par exemple :Le jeu des féminins phonétiques :

 

Le croup          La croupe

Le mors           La mort

Le toc              La toque

Le fil                La file

Le mec            La Mecque

Le brick           La brique

Le croc            L’accroc

Le festival        La fesse estivale etc...

Paul NEUHUYS (1968)

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 02:03

Ça ira reste un trésor de souvenirs plutôt qu’une source de l’avenir. Son no 33 réédite l’étude de Paul Neuhuys sur Paul Joostens, dont la revue a souvent déjà parlé en détail. Dans ces « Joostensiana » de 1960 le poète anversois insiste sur les nouveautés introduites et la fin de son ami, lorsque Joostens, disait par exemple que « les écrivains, jadis Dada, n’ont pas le droit de ressusciter Dada ou de prolonger leurs expériences selon la terminologie jadis trouvée par Dada. » Très juste selon moi, mais son indifférence finale lui a fait conclure : « la vie est bête, bête, bête, et tout m’est indifférent... » Henri-Floris Jespers, lui, analyse « les Bulletins politiques de Clément Pansaers ». Qui dans sa revue Résurrection, en 1917-18, interprétait à sa manière le fédéralisme belge déjà organisé alors par l’occupant allemand. Jespers rappelle que cette idée avait été lancée par le poète wallon Albert Mockel... en 1897 ! Sans défendre Pansaers, je crois que Jespers se trompe en le traitant d’ « agent d’influence » pour les consignes de l’occupant. Ses rapports avec un Sternheim sont de poète à mécène, c’est tout. Il était plus Dada que beaucoup d’autres dans sa vie. Je découvre dans la revue les rapports de Neuhuys avec Roger Avermaete à propos de l’éphémère revue Le Rat. À lire avec précaution, car Neuhuys adopte la légende de la Belgique « nation ratée », alors qu’il faut parler d’un État aussi complexe que France, Allemagne ou Grande-Bretagne ! Mais pas d’une nation ! La mémoire de l’inventeur de la « poésie sonore », Henri Chopin, mort en janvier, est évoquée aussi. (50 chaussée de Vleurgat, B 1050 Bruxelles)

La francophonie n’est évidemment pas la tasse de thé des doubles Mededelingen 113-114 de Henri-Floris Jespers. Mais cela ne l’empêche jamais de rendre hommage à des auteurs comme le lettriste Isidore Isou (avec une longue étude de Piet Tommissen) ou le poète oral Henri Chopin, qui viennent de disparaître tous deux. Sans compter ses articles dans Connexion. Je serais plutôt gêné que les francophones parlent si peu (quand ils le font !) des lettres néerlandaises. Même le très parisien et tant traduit Hugo Claus, à qui Y. M. Dangre dédie un poème, « Le dernier chanteur ». Autre poème : « Als » (si) de Rik Lanckrock, d’après Kipling, évidemment. (Marialei 40, B 2018 Antwerpen)

Paul VAN MELLE

Rubrique « à tous mes échos », p. 16, 17.

Inédit nouveau, no 222, mai 2008, 32 p., ill.

Participation aux frais : 35 € pour 10 numéros de la revue (8 de 32 pages, 2 de 62 ; ne paraît pas en juillet et août) à verser au compte bancaire 001-1829313-66 de Paul Van Melle, 11 av. du Chant d’Oiseaux B 1310 La Hulpe.

www.mededelingen.over-blog.com

 

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article
26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 01:57

La revue Connexion 13 consacre pratiquement tout son numéro à un personnage étonnant, qui ne s’est jamais pris pour un génie, à l’inverse de la plupart des poètes et autres acteurs de la vie artistique, Geert Van Bruaene, celui que l’on appelait « le petit Gérard », un des plus représentatifs personnages du surréalisme bruxellois, et qui s’intitulait lui-même « le petit homme du rien ». C’est Henri-Floris Jespers qui lui consacre un dossier extrêmement complet, qui m’a permis de découvrir encore de nombreux détails d’une vie bien remplie de toutes les aventures possibles, car il fut presque tout : acteur de théâtre (en flamand), galeriste, bistrot, aphoriste et bien plus encore. Je ne l’ai pas connu, mais par la bande Mariën, Dotremont ou Noiret, ainsi que les camarades des environs de Gabrielle Petit (sic) m’ont rendu proche de leurs groupes respectifs. Et Van Bruaene était toujours présent en filigrane dans nos conversations, tant ce farfadet occupait de place dans les imaginaires surréaliste, situationniste, Cobra et autres, plus présent que s’il en était ! Comme il est curieux que tous ces groupes, informels surtout, n’aient eu de contacts que par certains d’entre eux, souvent sans contact avec les autres. C’était une constellation sans autre lien que l’absolue liberté de chacun, très loin des groupes fermés à la française. Je veux croire que les Belges sont encore plus individualistes que quiconque. Ce qui pour moi est un beau compliment, même si j’apprécie les contacts... mais si possible de jeu et de hasard ! Le blog, en fin de livraison, m’a un peu déçu. J’ai préféré la mention de Mesens, même si l’on ne dit pas qu’il fut un mécène comme ceux qu’eut le groupe de Breton pour la France. Prière de ne pas oublier les braves payeurs ! (46/2 rue Blaes, B 1000 Bruxelles)

Paul VAN MELLE

Rubrique « à tous mes échos », p. 12

 

Inédit nouveau, no 222, mai 2008, 32 p., ill.

Participation aux frais : 35 € pour 10 numéros de la revue (8 de 32 pages, 2 de 62 ; ne paraît pas en juillet et août) à verser au compte bancaire 001-1829313-66 de Paul Van Melle, 11 av. du Chant d’Oiseaux B 1310 La Hulpe.

www.revueconnexion.over-blog.com

 

Repost 0
Published by ça ira!
commenter cet article