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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 05:05


L’écrivain flamand Roger Avermaete (1993-1988), qui sera membre de l’Institut de France, publie en 1929 à l’Églantine à Bruxelles une Petite fresque des Arts et des Lettres dans la Belgique d’aujourd’hui. Il y consacre une chapitre à la poésie de langue néerlandaise, dont nous publions ici les premiers paragraphes.

« Deux tendances dominantes caractérisent, à leurs débuts, l’œuvre des nouveaux poètes. D’abord ce qu’ils ont appelé eux-mêmes l’ « humanisme » de leurs vers. Il importe de comprendre cet « humanisme », non dans l’acception courante, mais dans une conception de vie basée sur l’amour de l’humanité. Le poète nouveau chante les hommes, ses frères. Quelle que soit sa souffrance et malgré la tristesse des temps, il garde intacte sa foi en l’homme. Le meilleur représentant de cette tendance fut Wies Moens. Emprisonné pour avoir donné à dix-huit ans une signature à un quelconque manifeste jugé subversif en haut-lieu, il donne des vers qui sont d’un bel idéalisme et d’une émotion sincère. On a pu croire un moment qu’un grand poète était en gestation. Malheureusement l’ « humanisme » de Wies Moens évolue bientôt vers un mysticisme religieux, ce qui n’est pas un défaut en soi quand il est nourri par un tempérament de feu. Wies Moens est tombé dans la bondieuserie niaise et ses cris éperdus ne parviennent plus à nous émouvoir. Il a rejoint Marnix Gysen qui puisa toujours dans une religiosité éperdue le motif unique de son exaltation. Paul Verbruggen cherche aussi dans sa foi le thème de son inspiration, mais avec moins de lyrisme verbal que Gysen et plus d’émotion intime. Karel van den Oever, transfuge de la prosodie traditionnelle, vint apporter à ces jeunes sa conviction de poète catholique. Victor J. Brunclair, Frank van den Wyngaert, Gaston Burssens ont débuté comme Wies Moens sous le signe de l’ « humanisme ». Chez eux aussi l’ « humanisme » dura le temps qu’on pouvait croire qu’un monde nouveau allait sortir des horreurs de la guerre. Victor J. Brunclair, plus cosmique qu’humaniste, est le plus puissant. Ses poèmes témoignent d’une discipline plus sévère que ceux de ses compagnons. On y relève aussi des influences allemandes. Son tour d’esprit sarcastique le prédisposait à une évolution rapide vers des sujets plus immédiats et plus directs. Van de Wyngaert et Burssens ont remisé la trompette de prophète des temps nouveaux, pour se donner à des travaux moins ambitieux, ce qui, par un détour, les a fait retrouver la poésie de l’autre tendance : le modernisme sans préoccupations sociales.

Le poète le plus important de par son influence est Paul van Ostayen, mort depuis peu. »

Contrairement à Paul Neuhuys (1897-1984), qui se déclarait « toujours extrêmement attiré par les extrêmes », Roger Avermaete se voulait extrêment méfiant envers tous les extrémismes plastiques et littéraires.

Le rôle de Roger Avermaete a souvent été évoqué dans les bulletins de la Fondation Ça ira.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)  

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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 05:21

Gauchez débute dans le roman en 1925, « mais il en est resté à l’esthétique d’avant 1914 », constate Avermaete.[1] Son premier roman, Cacao, bientôt suivi de La Maison sur l’eau (1926), connaîtra des tirages totalisant plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires.[2] La « couleur locale », au sens hugolien du terme, imprègne les romans historiques de Gauchez, qui ne sont d’ailleurs pas sans intérêt pour les curieux : Le Réformateur d’Anvers (1928)  met en scène l’entrepreneur rapace Gilbert van Schoonbeke (1519-1556), créateur de la « Nieuwstad », et Tanchelin (+ 1115) évoque bien sûr le fameux hérésiarque qui instaura une éphémère république théocratique à Anvers.[3]

Signalons également Quand soufflait l’ouragan (1948), roman en cinq volumes dont les titres sont bien éloquents : La ville nue ; La geôle sous le soleil ; L’armée du maquis ; V.V.V. ; On les a eus.[4]

En dix ans, de 1920 à 1930, Gauchez aura publié à ses frais « environ deux cent soixante-cinq romans, essais ou recueils de poèmes ».[5] Il engouffre une fortune dans cette entreprise éditoriale ainsi que dans sa volumineuse revue qui, malgré ses ambitions affichées, « ne parvint jamais à jouir d’une autorité ».[6] 

Que Gauchez ait effectivement fait preuve de ce que Neuhuys qualifie poliment d’ « éclectisme illimité » explique l’oubli dans lequel ses entreprises ont sombré.  Reconnaissons-lui toutefois le mérite d’avoir édité Michel de Ghelderode, Marie Gevers, Franz Hellens, Paul Neuhuys et Marcel Thiry (Le Goût du Malheur, roman paru en 1922, qu’il désavouera et retranchera de sa bibliographie).

Après dix ans, les difficultés s’avérèrent insurmontables, et Gauchez se vit contraint de cesser son action. Un an plus tard,  en 1931, dans un virulent pamphlet d’un goût des plus discutable, Antoine Dorville traitera La Renaissance d’Occident de

corbeille à papier trouée où s’accumulèrent ls vieux chapeaux, les fausses barbes et les mégots de pseudo-littérateurs. Quoi que volumineuse, sa revue n’eut jamais la moindre parcelle d’autorité. Elle termina d’ailleurs sa peu reluisante carrière par un krach de dimension.[7]

Malgré « l’horrible charabia » des poèmes de Muscles d’or (1930), malgré un roman comme La Servante au grand cœur (1931), « livre stupide, assommant, idiot, gorgé d’une fausse simplicité », le féroce Dorville estime l’œuvre de Gauchez « belle infiniment », même si « beaucoup d’âneries déparent » une production trop abondante. Il ne désapprouve pas le critique, apprécie l’écrivain du Roman du grand veneur (1929) et ne cache pas son admiration pour le poète des Rafales (1917) et d’Ainsi chantait Thyl (1919). Dorville est tout aussi excessif dans l’éloge que dans le dénigrement.

En 1939, Paul Neuhuys publiera dans Le Matin une chronique dans laquelle il traite de trois romans de Gauchez : Le Démon, Tignasse et Par-dessus les Moulins.[8] Tous les symptômes de la « lotharingite aiguë » sont bien présents. Il souligne que Gauchez a « le grand mérite d’aimer la Belgique ».

Il en a saisi si spontanément la mentalité régionale que la Belgique romancée par M. Gauchez, loin de nous apparaître comme la terre ingrate d’irréductibles contradictions, se fond en une synthèse harmonieuse et devient comme le symbole du rapprochement germano-latin, ce qui est, je crois la plus pure raison d’être historique de notre race.

Parcourant avec Gauchez la région d’Entre-Lys-et-Escaut, qui englobe sur un espace de quelques kilomètres « la ville la plus française et la ville la plus flamande de Belgique, je veux dire Tournai qui fut autrefois, sous Clovis, la capitale de la France, et Courtrai qui fut, de tout temps, le berceau et le rempart de la plus noble culture flamande, celle de Gezelle, de Peter Benoit, de Styn Streuvels », Neuhuys signale « les miliciens mystiques de Dinaso ».

Luc BOUDENS, Portrait de Paul Neuhuys, bois gravé, 2000

Bel exemple de cette fascination qu’exerça dans les milieux francophones, de Pierre Nothomb à Christian Dotremont, l’ « homme d’État impérial », Joris van Severen, le leader fasciste du Verdinaso, ancien nationaliste flamand puis partisan d’une plus grande Belgique, assassiné par la soldatesque française en 1940.

M. Gauchez a compris que son tempérament s’accorde moins avec les rampantes combinaisons politiques ou les maigres chantages littéraires, qu’avec ces simples évocations régionales qu’il sait animer d’une singulière puissance affective.

[...]

À l’heure où tant de forces étrangères nous poussent furieusement à nous méconnaître, M. Gauchez qui, pendant la guerre, a servi dans les armées du Roi, fait table rase de toutes nos basses querelles, pour nous apprendre à mieux évaluer nos ressources nationales.

Illustrant parfaitement que de la littérature à la politique il n’y a qu’un pas, partisan convaincu de la politique gouvernementale de neutralité, encouragé par ses amis in litteris, Neuhuys signera le fameux « manifeste de septembre [1939] ».[9] Il déchantera rapidement. Nous y reviendrons dans un prochain bulletin.

En 1954, Gauchez tirera le portrait de Neuhuy en « littérateur et homme d’action ».[10] Dans cet article fourmillant d’inexactitudes factuelles, il signale que Neuhuys « considère avoir atteint l’expression verbale de ses vœux dans Uphysaulune[11] .

L’année suivante, commentant la parution de Salutations anversoises[12], il note « l’originalité persistante qu’apporte à M. Paul Neuhuys sa fantaisie, à la fois très personnelle et toujours inattendue ».[13]

Dans un entretien avec Neuhuys, Koninckx se souviendra de « l’infatigable, le tonitruant, l’encombrant Maurice Gauchez » :

Pierre-Louis FLOUQUET, Portrait de Maurice Gauchez, bois gravé, 1928

Tu te rappelles Gauchez, lorsqu’il habitait la rue Haute à Anvers et qu’il nous recevait balzaciennement enveloppé dans un froc monacal. Son principal souci était de faire vivre matériellement les écrivains belges, de les sortir de leur coin confidentiel : Mal lui en prit.

Nous avions là une grande vitalité au service de nos lettres et qu’en avons-nous fait ? Un grotesque de plus à notre actif. À Gauchez, nous préférions Rency...

[...]

En 1930, La Renaissance d’Occident a suspendu sa publication et Gauchez y aura laissé jusqu’à son dernier sou. La Belgique est une erreur dont il faudra se corriger.[14]

À lire les témoignages de contemporains, il est évident que Ghelderode s’est trompé. S’il est un souvenir que Gauchez a bien laissé, c’est celui d’un bon garçon.

Henri-Floris JESPERS



[1] R. AVERMAETE, o.c., p. 180.

[2] M. GAUCHEZ, Cacao, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1925 ; 28me mille, éditions Rex,  Louvain; La Maison sur l’eau, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1926 ; 18me mille, Louvain, éditions Rex.

[3] M. GAUCHEZ, Le Réformateur d’Anvers, Anvers, Burton, 1928 ; Tanchelin, Anvers, Incomin, 1936.

[4] L. GAUCHEZ, Quand soufflait l’ouragan, Bruxelles, éditions Wellens-Pay, 1948.

[5] Georges DOPAGNE, o.c., p. 10.

[6] R. AVERMAETE, o.c., p. 205.

[7] Antoine DORVILLE, Anvers tout nu… Pamphlet, Wilrijck-Anvers, La Critique, 1931, p. 22.

[8] Paul NEUHUYS, Trois romans de Maurice Gauchez, in Le Matin, 30 avril 1939.

Maurice GAUCHEZ, Le démon, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1937; Tignasse, Louvain, Neggor, 1938 ; Par-dessus les moulins, Louvain, Neggor, 1938.

 
[9] À propos du “Manifeste de septembre”, cf. J. GÉRARD-LIBOIS & José GOTOVITCH, L’An 40. La Belgique occupée, Bruxelles, CRISP, 1971, pp. 36-42.

[10] Maurice GAUCHEZ, Paul Neuhuys, littérateur et homme d’action, in Le Matin, coupure de presse non datée, coll.HFJ.

[11] P. NEUHUYS, L’Herbier magique d’Uphysaulune, Anvers, Ça ira, 11949. Cf. Henri-Floris JESPERS, Uphysaulune, le fabuliste des fleurs, in: ça ira, no 20, 4ème trimestre 2004, pp. 2-18.

[12] P. NEUHUYSn Salutations anversoises, Lyon, Les Ecrivains réunis, 1954. Préface de Norge.

[13] M. GAUCHEZ, Quelques poètes récents de Belgique, in Le Matin, 11 juin 1955.

[14] Willy KONINCKX, l.c., p. 46.

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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 18:44


Du samedi 15 au vendredi 28 septembre 1951, Wout Hoeboer (1910-1983) expose 29 tableaux et 18 dessins dans les salles B + C de la Galerie Saint-Laurent, 12 rue Saint-Laurent à Bruxelles.

Liste des œuvres:

Sous le pseudonyme « Williams », Wout Hoeboer rédigera une « Introduction » à son exposition. Les exemplaires de ce feuillet plié étant rarissimes, nous publions ici ce texte dans son intégralité.

 
La forme est exprimée dans l’art pictural suivant l’inspiration du peintre, pour arriver à produire ses impressions les plus indépendantes. L’art pictural permet différentes formes sous différents caractères, assemblés en harmonie ou en opposition. De là découle que les formes extériorisées ne doivent pas nécessairement reflèter la réalité, mais peuvent représenter des formes-pensées. Ceci ouvre la voie à la liberté d’expression et donne aux travaux leur fonction personnelle.

Elle provoque une situation, apporte une émulation personnelle, peut se maintenir, et être en liaison avec l’abstraction.

Chaque forme aura son droit d’expression lorsqu’elle est combinée à d’autres formes plus actives ou passives.

Ensemble elles rempliront le rôle qui leur est dévolu. L’idée et la forme, chacunes très différentes à tous points de vue, détermineront la tension émanant de l’œuvre.


Représenter des formes-pensées ?

En 1901, les  théosophes Annie Besant et C. W. Leadbeater publient un volume largement illustré, produit de leurs investigations clairvoyantes, Thought Forms, qui connaîtra de nombreuses rééditions et sera rapidement traduit en plusieurs langues. La version néerlandaise, Gedachtenvormen, paraît en 1903, la version française en 1905: Les Formes-pensées.

L’analyse de forme et de couleur de Mondrian, Théo van Doesburg et Janus de Winter fut influencée par cet ouvrage largement commenté dans les milieux artistiques hollandais. Quant à Wassily Kandinsky, Gedankenformen (1908) constitue indéniablement l’une des sources de ses travaux.

L’emploi par Hoeboer du terme « formes-pensées » ne peut être fortuit...

Henri-Floris JESPERS

A propos de Hoeboer, cf. le blog du 21 mai.

Visitez également le blog de la revue Connexion (voir le lien)

www.mededelingen.over-blog.com

et

www.wouthoeboer.org/

 

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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 05:08
V

Gauchez publie en 1920 le premier roman de Frans Hellens, En écoutant le bruit de mes talons, qu’il estimera prudemment « né d’une broderie cérébrale et neurasthénique autour d’un thème plus ou moins réel ». Il mettra Hellens en garde contre le « danger d’obéir à la mode » :

S’il n’y prend garde, il y perdra ses meilleures années et, comme toute œuvre enfantée du commerce avec la mode, cette vile prostituée, est infailliblement vouée à la destruction, que M. Hellens, tant qu’il est temps encore, mesure l’abîme vers lequel le précipite sa maladive manie : suivre un courant, une école, un snobisme, si, comme feu Clément Pansaers ou comme feu Guillaume Apollinaire, on n’en fut point l’initiateur, le promoteur, est toujours une preuve d’infériorité intellectuelle, de défaillance de l’imagination et d’énervement des sens créateurs.[1]

 

Cérébralité, neurasthénie, manie maladive, snobisme esthétique : sous la plume féconde et facile de Gauchez, nous retrouverons tous les poncifs de la critique de la décadence en tant que  dégénérescence pathologique, telle que formulée par Max Nordau dans un ouvrage retentissant qui exercera une influence funeste dans plusieurs disciplines : Entartung (1892 ; trad. fr. : Dégénérescence, Paris, Alcan, 1894).

Il sera donc également question, à propos de Mélusine (1920) cette fois, de « la fatigue intellectuelle née d’un excès de civilisation », de « l’ébranlement nerveux consécutif aux violences de la guerre », de « l’indifférence de la logique et de la grammaire », d’ « imposer à la place des déductions normales et des psychologies régulières, une épilepsie pseudo-mécanique » :

N’allons pas croire ce qu’en juillet 1920 écrivait M. Jean Epstein que, plus une époque est fatiguée, plus elle est intelligente : cet aphorisme, excuse des vicieuses décadences, n’avait qu’une valeur de boutade, elle amena la confusion sur un seul plan intellectuel de toutes les impressions en même temps que l’analogie remplaçait le déduction et que l’idée fixe neurasthénique envahissait tout.

[...]

Mélusine appartient évidemment à une littérature de transition [...] Depuis, [...] la vogue d’une heure est oubliée et la fantaisie de café-concert dont ce roman est farci n’est plus qu’un tas de risibles défroques amassées dans le vestiaire d’un théâtre à grand spectacle et à luxueuses mises en scène.

[...]

La vogue pseudo-littéraire du Proustisme,  la théorie psycho-scientifique des refoulements et de la libido freudiennes [...] devaient séduire un cerveau aussi fasciné que le sien par la mode, le neuf, l’originalité, le bizarre. [2]

 

Signalant l’empire de la mode sur l’œuvre de Franz Hellens, Gauchez se défend bien d’entendre diminuer la valeur de l’écrivain. En effet, malgré les réserves formulées, la conclusion n’en n’est pas moins péremptoire :

Homme de lettres des plus intéressants, cas pour ainsi dire unique dans la littérature actuelle de Belgique, M. Hellens [...] peut ne pas plaire, peut être discuté : il est incontestablement un des meilleurs écrivains de notre pays. [3]

 

Cet essai consacré à Hellens révèle de manière exemplaire la personnalité critique de Gauchez. Conservateur par tempérament et par goût de l’ordre, profondément ancré dans le dix-neuvième siècle, ce détenteur de critères immuables et intemporels est fermement convaincu de la solidité de son travail. Marqué par la fraternité des armes, ce bon vivant recherche les contacts humains qui priment sur les divergences esthétiques. S’il se méfie par nature de tout radicalisme littéraire, il aura la largesse d’esprit (et le bon sens pratique) de ne pas combattre ouvertement les tendances modernistes, tout en gardant ses distances. C’est qu’il se veut avant tout rassembleur au service de cette défense et promotion passionnelles des «lettres belges » qui sera la grande affaire de sa vie.

Dressant en 1928 le bilan de la littérature française contemporaine en Belgique, Roger Avermaete émet un jugement sévère :

Ainsi, si nous regardons la production des jeunes d’avant-guerre qui sont les aînés d’aujourd’hui, non pas avec les yeux complaisants d’un scoliaste de bonne volonté, mais avec la curiosité de quelqu’un qui regarde la littérature de Belgique comme celle de Pologne, il faut dire que de toute cette production il ne reste pas grand’chose et que, sans doute, il n’en restera rien.[4]

À ce propos, il constate que Gauchez, « apologiste moins clairvoyant qu’enthousiaste », accable d’ « éloges excessifs des figures de second plan ».[5]

En cette même année 1928, Paul Neuhuys, rescapé de l’avant-garde après un conversion illustrée par les deux romans cités plus haut, qualifie Gauchez d’ «écrivain qui a voulu ramener nos lettres au sentiment de leur véritable tradition ».  Cette véritable tradition c’est, selon la formule d’Eekhoud, « être soi ». 

Un programme aussi absurde déclenche inévitablement sur notre aigre phonographe national un concert d’insinuations désobligeantes. Mais en dépit de l’action déprimante du milieu où il vit, Gauchez parvient à se maintenir dans un état d’enthousiasme lyrique que ses ennemis eux-mêmes ne peuvent prendre en défaut. Cette confiance lui vient de sa perspicacité professionnelle. Il est seul à poursuivre l’action entreprise jadis par Camille Lemonnier qu’il rappelle par bien des côtés. Laissez venir à moi les petits écrivains. On peut lui reprocher sans doute un éclectisme illimité mais on ne saurait l’accuser d’avoir déserté cet idéal si injustement décrié : l’émancipation de nos lettres.[6]

Ce qui n’était pas pour déplaire à Neuhuys, qui reconnaîtra plus tard avoir souffert de « lotharingite aiguë », c’est que Gauchez , comme le rappelle Willy Koninckx

prétendait ni plus ni moins qu’à faire craquer rabelaisiennement les cadres d’une littérature belge représentée par quelques cuistres racornis, battre le rappel de ce qu’il appelait La Renaissance d’Occident, et, lui aussi, ressusciter l’impossible Lotharingie du Téméraire, rêve de tout Belge qui se respecte.[7]

 

Henri-Floris JESPERS

A suivre)



[1] Maurice GAUCHEZ,  À  la Recherche d’une Personnalité, o.c., pp. 183- 196 ; p. 188.

[2] Ib., p. 189; 192; 195.

[3] Ib., p. 196.

[4] Roger AVERMAETE, Petite fresque des arts et des lettres dans la Belgique d’aujourd’hui, Bruxelles, L’Églantine, 1928, p. 169.

[5] Ib., p. 196.

[6] P. NEUHUYS, Écrivains belges d’aujourd’hui, Anvers, Éditions, « Quand-Même, 1928. Cité d’après P. NEUHUYS, Soirées d’Anvers. Notes & essais, [Anvers], Pandora, 1997, pp. 160-161.

[7] Willy KONINCKX,  Reportage rétrospectif, in Les Soirées d’Anvers, troisième cahier, Anvers, Ça ira, 1962, p. 45.

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 05:02

Au début des années cinquante, Paul Neuhuys et Willy Koninckx constateront qu’il est de bon ton d’ignorer Maurice Gauchez (1884-1957), l’animateur de La Renaissance d’Occident. Aujourd’hui le souvenir de Gauchez et de ses entreprises s’est totalement estompé. Dans le Berg et Halen, il n’est que furtivement évoqué en sa qualité d’ « animateur inamovible » d’une amicale des écrivains combattants.

Nous lui devons un portrait bien enlevé de Neuhuys, paru en 1928, qui nous renseigne sur une ô combien éphémère tentative du poète de tâter du journalisme :

Nous imaginons M. Paul Neuhuys : nous l’imaginons comme nous l’aperçûmes, voici cinq ou six ans, pour la première fois. Dans la salle de rédaction où quelqu’un venait d’annoncer « un nouveau », un jeune homme très distingué, un peu « talon rouge », fit son entrée. Il se présenta à la ronde, cynique et timide : « Neuhuys! », s’inclina et s’assit à la grande table centrale. On lui passa des papiers. Pendant deux heures et quelques minutes, le « nouveau » remua, lentement,  silencieusement, des piles et des piles de journaux. Puis il se leva, sans bruit, glissa posément son siège sous la table, salua poliment les uns et les autres, et, désormais, ne reparut plus jamais dans ce bureau de rédaction.

Il y en a qui sont journalistes

Et qui attendent les incendies dans une salle de rédaction

devait dire plus tard, dans un poème dédié à ses amis, ce « reporter » mort-né.[1]

 

Au lendemain de la Grande guerre, Gauchez se voulut rassembleur. Fondateur du groupe La Renaissance d’Occident[2] qui se réunissait tous les dimanches au café Le Diable au Corps, rue aux Choux à Bruxelles, il avait créé non seulement la revue du même nom, mais également une troupe de théâtre, « Les œuvriers de la Renaissance d’Occident ». 

Max Deauville témoigne :

Il ramassa les isolés que nous étions et les réunit en un amalgame hétéroclite qui constitua le groupe de La Renaissance d’Occident. Il y avait un peu de tout là-dedans. Les uns apportaient avec eux la nostalgie de Londres ou de Paris, ou même du midi de la France, où ils avaient vécu pendant les hostilités, soit comme blessés ou pour quelque autre raison. D’autres comme Théo Fleischman, Wyseur, Jacques Kervyn de Meerendré, Frenay-Cid, Charles Conrardy, Maurice Gauchez et moi-même, avions vécu dans la guerre elle-même. Et alors ? Qu’y avait-il autour de nous? Il n’y avait plus de milieux littéraires, pas de groupes, rien à quoi pouvoir s’accrocher. C’est alors que surgit la voix de Gauchez : clamans in deserto! [3]

 

Gauchez avait fait ce qu’il est convenu d’appeler « une belle guerre ». Engagé volontaire dans les autocanons dès le 3 août 1914, éclaireur, prisonnier, condamné à mort, il s’évade et rejoint le front de l’Yser où il sera blessé et gazé à plusieurs reprises. Il publie à Paris un témoignage sur la campagne de 1914, le premier reportage de guerre de Belgique, préfacé par Henri de Régnier[4], et deux volumineux recueils de poèmes de guerre qui seront primés[5]. Après l’armistice, il est nommé professeur de rhétorique au Lycée d’Anvers et il reprend ses activités au journal Le Matin où, selon le témoignage de Willy Koninckx, « il était vraiment l’homme à tout faire ».

S’il est une qualité que l’on ne peut dénier à Gauchez, polygraphe et animateur, c’est d’avoir été toute sa vie doté d’une gigantesque puissance de travail soutenue par un enthousiasme débordant. « Travailler semble être sa devise, note en 1923 le jeune écrivain aujourd’hui oublié, figure emblématique de la Résistance et futur ministre communiste Fernand Demany :

Il paraît tantôt à cette rédaction du Matin d’Anvers, brodant sur l’actualité le laïus qu’un journal réclame chaque jour, tantôt au théâtre, sa large carrure gainée dans le smoking de rigueur, tantôt en rue, pressé, essouflé, rouge, une serviette bourrée sous le bras, tantôt dans les réunions littéraires où il serre des mains, sans – chose à signaler – distribuer de perfides coups d’épingle, tantôt à la chaire où il enseigne aux jeunes gens la littérature, tâche qui l’envoûte comme un sacerdoce.[6]

 

C’est aux éditions de La Renaissance d’Occident que paraît en 1926 le premier roman de Neuhuys, Les Dix Dollars de Mademoiselle Rubens. À la fin novembre de la même année, il termine un second roman,  La Conversion de Pittacus. Grâce à Maurice Gauchez, « un éditeur providentiel » lui achète le manuscrit « à beaux deniers comptants ». Ces deux romans consacrent le retour à l’ordre. [7]

C’est l’époque où Neuhuys écrit à son ami Mesens :

Tous, nous nous décevons mutuellement. Voilà bien l’état actuel du mouvement moderne. Qui donc remédiera à cette situation, et par quelle révolution de nous-mêmes reprendrons-nous conscience de notre véritable rôle ? [8]

 

Dans Mémoires à dada, ouvrage posthume, Neuhuys affirme que c’est par à La Renaissance d’Occident qu’il fit la connaissance de Gelderode.

J’avais en effet assisté à la première de Barrabas, joué en flamand dans une salle de patronage, rue du Presbytère à Anvers, et en avais donné une critique fort élogieuse pour un numéro de 1926. À la suite de cet article, j’entrai en correspondance avec Ghelderode avant d'aller le trouver dans la maison jouxtant le cimetière qu’il occupait alors à Schaerbeek. [9]

 

Si, dans le sens le plus large, ce fut bien par La Renaissance d’Occident qu’il fit la connaissance de Ghelderode, il ne s’agit pas moins d’un téléscopage de souvenirs.

Rétablissons donc la chronologie et les circonstances exactes. [10]

Le 3 novembre 1927, Neuhuys adresse à Ghelderode un exemplaire de La Conversion de Pittacus, lui suggérant de lui faire parvenir en échange, « celui de vos ouvrages que vous jugez le plus représentatif ». Le 11 novembre, il écrit prendre « un plaisir intense » à lire La Mort du Docteur Faust et Vénus. Ces deux petites volumes avaient paru aux Éditions de « La Flandre Littéraire » ; La Mort du Docteur Faust, « tragédie pour le music-hall et in prologue et trois épisodes » fin mars de 1926; Vénus, « tragi-farce en 1 acte » venait de sortir de presse.

Le 2 mai 1928 paraît le premier numéro de l’hebdomadaire Le Rat. Neuhuys y consacre un article à Ghelderode dans lequel il mentionne Escurial et La Transfiguration dans le cirque. Ces deux pièces venaient de paraître le 15 avril sous le titre Théâtre vol. II aux éditions de La Revue d’Occident avec une préface de Maurice Gauchez.

Ce ne sera qu’en avril 1929 que Neuhuys consacrera sa « Lettre d’Anvers » publiée par La Renaissance d’Occident à Barabbas, qu’il avait vu représenté à Anvers par le Vlaamse Volkstooneel dans la traduction de Jan Boon. [11]

 

Pierre-Louis FLOUQUET, Portrait de Michel de Gelderode, bois gravé, 1928

Maurice Gauchez appréciait le théâtre de Ghelderode qu’il a d’ailleurs bien caractérisé:

[...] la fusion qu’ il opère instinctivement entre l’humour et la farce, la féerie fantasmagorique et fantaisiste du music-hall ou du cirque, l’ample splendeur du lyrisme idéal et le vérisme singulier de l’observateur, inaugure un théâtre neuf d’où sortira la formule scénique de notre époque.[12]

 

Gauchez ne négligera aucun effort pour attirer l’attention du public sur Ghelderode, lui ouvrant largement les colonnes de sa revue et publiant ses œuvres en volume : L’Histoire Comique de Keizer Karel telle que la perpétuèrent jusqu’à nos jours les gens de Brabant et de Flandre (préface de Max Deauville, 1923) ; Oude Piet (1925) ; Les Mystères de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ (1925) ; Kwiebe-Kwiebus (1926) ; Théâtre vol. II. La transfiguration dans le Cirque – Escurial (préface de Maurice Gauchez, 1928) ; Théâtre III. Don Juan. Drama-farce pour le music-hall – Christophe Colomb. Féerie dramatique (illustration de Pierre-Louis Flouquet, 1928) et enfin, Trois acteurs et un drame (1929).

Inutile de souligner, qu’en bonne dialectique ghelderodienne, après avoir été porté aux nues, Gauchez sera, comme Clément Pansaers, la victime de la méchanceté maladive du grand dramaturge qui le qualifia de : « cacographe », « illisible gribouilleur », « imbécile maculé d’encre », « pauvre type qui ne laissera rien, pas même le souvenir d’un bon garçon... ».[13]

Ghelderode prenait plaisir à se prétendre descendant d’un allumeur de bûcher du moyen âge.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)



[1] Maurice GAUCHEZ,  À la Recherche d’une Personnalité, Bruxelles, éditions de La Renaissance d’Occident, 1928, p. 279.

[2] Le groupe est fondé par Gauchez le 1er octobre 1919, et comprend : Maurice Bladel, Léon Bocquet, Michel Coenraets, Charles Conrardy, Max Deauville, Fernand Demany, Jean Fischbach, M. de Ghelderode, Jacques Kervyn de Meerendrée, Willy Koninckx, René Lyr, Georges Linze, Camille Poupeye, L. de Nave, Gaston-Denys Périer, R. De Smet et Marcel Wyseur.

[3] Cité dans la biographie sur www.maxdeauville.be.

[4] Maurice GAUCHEZ, De la Meuse à l’Yser: ce que j’ai vu, Paris, Arthème Fayard, 1915.

[5] Maurice GAUCHEZ, Les Rafales, Paris, Eugène Figuière, 1917. Prix Davaine 1918 de l’Académie française ; Ainsi chantait Thyl, Paris-Zurich, Crès et Cie, 1918. Prix des Indépendants 1918.

[6] Citation empruntée à Georges DOPAGNE, Maurice Gauchez, Bruxelles,  Le Livre belge d’aujourd’hui, 1937, p. 67.

[7] Paul NEUHUYS, Les dix Dollars de Mademoiselle Rubens, Bruxelles, La Renaissance d’Occident, 1926 ; Paul NEUHUYS, La Conversion de Pittacus, Bruxelles, Éditions Colombia, 1927. Préface de Maurice Gauchez. Cf. Henri-Floris JESPERS, Retour à l’ordre et inquiétude identitaire, in : Bulletin de la Fondation Ça ira, no 16, 4ème trimestre 2003, pp. 6-14.

[8] Lettre de P. Neuhuys à E.L.T. Mesens, Anvers, 29 mars 1927. Collection Getty Research Institute, Los Angeles, E.L.T. Mesens Papers, 1917-1976, 920094.

[9] Paul NEUHUYS, Mémoires à dada, Bruxelles, Le Cri, 1996, pp. 95-96.

[10] À propos de cette chronologie, cf. Henri-Floris JESPERS, Michel de Ghelderode et Paul Neuhuys : témoignages d’une amitié, in Jan HERMAN, Lieven TACK, Koenraad GELDOF (ed.) : Lettres ou ne pas Lettres. Mélanges de littérature française de Belgique offerts à Roland Beyen, Presses Universitaires de Louvain, Leuven,  2001, pp. 279-294 ; 282-284.

[11] Paul NEUHUYS, Lettre d’Anvers. Une représentation du Vlaamsche Volkstooneel, in La Renaissance d’Occident, avril 1929, pp. 119-122. Repris dans : P. NEUHUYS, Soirées d’Anvers. Notes & essais, [Anvers], Pandora, Cahier 5, novembre 1997, pp. 135-138.

[12] Maurice GAUCHEZ,  À  la Recherche d’une Personnalité, o.c., p. 168.

[13] À propos des rapports de Ghelderode avec La Renaissance d’Occident, cf. Roland BEYEN, Michel de Ghelderode ou  la hantise du masque,  Bruxelles, Académie royale de langue et de littérature françaises, 1980, 3e édition, pp.158-193.

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 22:53



Au sommaire :

Paul NEUHUYS, Mai 68.

Paul NEUHUYS, Le Fric et l’Afrique.

Léon CHENOY, Le Zèbre handicapé de Paul Neuhuys (1923).

Paul NEUHUYS, Le Feu sur la banquise de Léon Chenoy (1925).

Henri-Floris JESPERS, Dossier portatif : Maurice Gauchez & Paul Neuhuys.

Maurice GAUCHEZ, À la recherche d’une personnalité (1928).

Notes de lecture : Henri Chopin ; Geert Van Bruaene.

En bref: Paul Van Melle, Wout Hoeboer, Clément Pansaers, le Théâtre de l’Homme.

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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 22:22

Apprenant le décès d’Henri Chopin (18 juin 1922 – 3 janvier 2008), Kurt de Boodt évoquait la dernière performance d’Henri Chopin en Belgique, le 15 décembre 2007 au Studio du Palais des Beaux-Arts à Bruxelles :

Henri Chopin stond achter en op de scène scherp. Aan het slot verkondigde hij dat hij nog 16 jaar zou leven. Hij beloofde ook vlug naar België terug te komen. Aan ons land bewaarde hij de beste herinneringen, o.a. dankzij de contacten met Paul en Freddy de Vree, en Herman Sabbe. “Mij maak je niet wijs dat er zoiets als een ziel bestaat,” zei hij. Chopin geloofde enkel in het lichaam, maakte sonore poëzie met hart en… lijf. Met zijn adem, mond- en neusholte, ja, zelfs met de haartjes in zijn neus. En met de analoge hulp van micro, taperecorder, geluidsprekers. Aan het begin van zijn optreden gaf de taperecorder ogenschijnlijk de geest. Na wat gemopper van Chopin en een pijnlijke stilte kwam een Bozar-technicus cooltjes het podium op, en kreeg met één duw of klop het ding weer aan de praat. Nu heeft het lichaam het laten afweten. Onwezenlijk.

C’est à la même occasion que Frédéric Acquaviva confia à Robin de Salle que la poésie sonore n’intéresse pas grand monde en France.

 Henri Chopin - Radiophonics 2003 Bruxelles, 2 décembre 2003. Photo: (c) Kris Kenis.

Dans la dernière livraison de L’art même (no 39),  Denis Gielen publie “Deux ou trois choses que je sais d’Henri Chopin”. Il constate que celui-ci, « contrairement à un André Breton, n’a jamais désiré être le pape d’aucun mouvement » et « qu’à l’instar du Lettrisme et du Situationnisme »,

sa poésie sonore fut bel et bien révolutionnaire au sens politique où elle n’eut de cesse de s’en prendre au conditionnement de notre pensée par les mots. À considérer enfin les déconstructions linguistiques au sein des mouvements contre-culturels des années 1960, du Nouveau Roman à l’Art conceptuel en passant par la Nouvelle Vague, elle est même devenue l’une des influences historiques les plus fécondes. 

&

Le musicien Joachim Montessuis souligne (www.mouvement.net) que Chopin restera un exemple de ceux, « trop rares » , qui sont allés « jusqu’au bout ».

C’était tout de même un sacré énervé. Souvent virulent, l’air de rien. Je le trouvais assez peu compris et apprécié en France, par les poètes comme par les musiciens, alors qu’il était une sommité extrêmement respectée internationalement. [...] Toute une génération était en train de le découvrir grâce à Internet, le milieu du noise l’accueillait à bras ouverts [...].

À la même adresse, Florent Delval nous rappelle que Chopin a été beaucoup plus loin qu’Isidore Isou :

Henri Chopin nous a quittés peu de temps après Isidore Isou [...]. L’un comme l’autre n’auraient pas aimé se voir cités côte à côte dans la même phrase. Pourtant, tous deux ont participé à la dernière avant-garde historique. Avec le Lettrisme, Isou a tenté de proposer un système alternatif à celui imposé par la Société, totalité où la poésie s’est finalement perdue jusqu’à devenir anecdotique. Dans son délire, le maître d’école régentant son petit groupe n’a pu tolérer Henri Chopin, sauvage énergumène, chantre d’un illettrisme radical quand Isou, qui se débarrassait de la grammaire et du lexique, mimait encore des phrases. [...] On se souviendra d’un texte [...] où Chopin, sourire en coin, ironise sur un Barthes appelant à une nouvelle poésie. Quelque peu désabusé, Chopin ne prendra jamais la peine de crier : « Regardez, elle est là, devant vous ! », trop fier pour s’accommoder des chapelles de l’époque. On comprend la rancœur qui émaille certains de ses témoignages ou de ses manifestes. Rares sont en effet, les tirages qui comportent plus de trois chiffres. Mais, au gré des modes, la poésie sonore est revenu récemment sur le devant de la scène, ayant droit aux faveurs du Palais de Tokyo, de La Ménagerie de Verre, de Beaubourg… Pendant ce laps de temps, Henri Chopin a pu se produire devant une nouvelle génération, dont les applaudissements chaleureux saluaient l’homme et toute sa carrière.

&

Le quotidien The Guardian consacra une importante nécrologie à Chopin (5 février 2008). Frédéric Acquaviva remet en mémoire ce qui fut une expérience constitutive de la poésie sonore telle que la pratiquait Chopin :

Towards the end of the second world war, Henri Chopin, who has died aged 85, escaped from a forced labour camp in Olomouc, in what is now the Czech Republic, after it had been bombed. He then spent time with the advancing Red Army, until, recaptured by the Germans, he and inmates of concentration and extermination camps were sent west on a Nazi "death march".

Thousands died on those journeys and it was then that he listened to the voices of his fellow marchers, sounds which would infuse his work for the rest of his life.

In the 1950s Henri created sound poetry, capturing breaths and cries made by his voice and body. He was, said his friend William Burroughs, an "inner space explorer", but the Frenchman remained a solitary figure, outside any artistic grouping, almost the only exponent of his art, and almost certainly the only poet to record sounds and movements by swallowing a microphone. He then remixed the results in recording studios in France, and, following the route of his performances, in Sweden, Germany and Australia.[...]

Henri also created many graphic works on his typewriter: the Typewriter poems (also known as dactylopoèmes) feature in international art collections such as those of Francesco Conz in Verona, the Morra Foundation in Naples and Ruth and Marvin Sackner in Miami, and have been the subject of Australian, British and French retrospectives.

Henri was considered by many a new Antonin Artaud, but head and shoulders above that French playwright, poet, actor and director. At the time of his death, he was in his wheelchair still performing works, which will remain great memories for those who heard him.

&

L’importance capitale de la guerre, de la captivité, de la déportation et de la marche de la mort est également souligné à www.zintzen.org. Pour Chopin qui, de son propre aveu, avait vu des milliers de cadavres, il s’agissait de pratiquer une « poésie » qui fût présence tangible du dessaisissement, de la décomposition du corps vivant (« Dichtung als präsente Entäusserung des lebendigen Körpers »).

Auch wenn es pathetisch klingen mag , so sei noch einmal auf die psychischen und physischen Grenzwerte der Kriegserfahrung hingewiesen: Sei’s in den Obsession mit den Basal- Materialien wie Filz und Fett eines Joseph Beuys, sei’s im entmenschten Schrei eines Antonin Artaud, sei es in der geradezu medizinisch-pathologischen Audio-Auto-Biopsie eines Henri Chopin. Wie sich für die “Generation Dada” nach dem Ersten Weltkrieg die instrumentelle Sprache und deren linearer Sinn versagte (ebenso wie die Gegenständlichkeit in der Malerei), so verantwortete der “Zivilisationsbruch” durch Zweiten Weltkrieg und Holocaust eine weitere “broken language”.

“Ich wollte”, so Chopin 2004, “eine ungreifbare Sprache finden, eine Sprache, die von den Mächtigen weder kontrolliert noch zensuriert werden kann”. Sprache - im engeren Sinne Poesie - hat sich auf dem Wege ihrer Zersplitterung in Laute ( sowie in ihrem JETZT-Charakter der unmittelbaren Performance) weiter der Musik angenähert. Und erfüllt damit - paradoxerweise kraft Zerstörung - die uralte Sehnsucht der Dichtung, ins Reich der körperlosen musikalischen Harmonie einzugehen.

&

Et c’est ici l’occasion de citer en conclusion l’article de synthèse de Michel Giroud, créateur du Musée des Muses Amusées et de l’Institut International de Poésie Totalement Totale:

...Henri Chopin n’a cessé d’ouvrir les voies/voix à des espaces inexplorés, au delà de tous les langages enregistrés, au delà des musiques modernes et expérimentales, par delà tout système de notation, vers des espaces sans normes, sans classification, sans définitions, sans bornes, vers des espaces de transformations permanentes, grâce à l’utilisation systématique du micro, du magnétophone, du montage, de la table de mixage et des amplificateurs. Mais Henri Chopin ne produit pas une nouvelle musique malgré des apparences trompeuses : il n’est pas une conséquence des principes de la musique concrète de Pierre Schaeffer et des expérimentations de Pierre Henry des années cinquante. Henri Chopin est un individu (dans le sens de Stirner : l’unique et sa propriété) qui a toujours refusé les réductions absurdes à des mouvements, à des ismes, ou des écoles ; ce que l’on perçoit, ce sont les vibrations bio-psychiques d’Henri Chopin construites par Henri Chopin à partir des énergies captées électroniquement (modifiées, amplifiées, transformées) de son propre corps. Un langage au delà des langues instituées, un langage d’avant les langues (des signes sonores, des signaux énergétiques et ludiques comme les baleines et les dauphins), un langage au delà des langues, un langage des souffles, un langage de l’âme (anima), une respiration libre des énergies cosmiques que nous sommes, sans drapeau ni appartenance, énergies d’êtres vivants, irréductibles, inassimilables, solitaires, individus cosmiques étranges, énigmatiques mais solidaires, en résonnances avec tous les individus qui ont osé sortir des règles et des carcans, des obédiences et obéissances, des soumissions et des compromissions, des complaisances et des académismes (traditionnels ou expérimentaux). Avec Henri Chopin c’est Basta et Lâchez tout : la plongée dans l’inconnu, l’exploration de l’espace intérieur de la voix, l’autre face de la voix, une sorte de navigation sous marine, une espèce de spéléologie des grottes et des tunnels inexplorés de la glotte, de l’œsophage et du ventre et des poumons là d’où sort et se fabrique le pneuma (le souffle). Henri Chopin est l’explorateur de l’infini du corps pneumatique, grâce à l’outillage électronique, mais sans jamais se soumettre aux triturations bruitales. Il reste vivant, vibration énergétique (énergie) de l’âme cosmique pulsative. (Alpina, août 2004)

&

Le septième et dernier numéro de la Collection OU, livraison bilingue anglaise et française parut en septembre 1977. Chopin y publia un essai relatant sa découverte de la revue Ça ira! et de l’œuvre de Neuhuys. La version anglaise, due à la plume de Jean Ratcliffe-Chopin, est mise en ligne sur ce blog.

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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 06:22

Existe-t-il seulement un poète du nom de Paul Dewalhens ? J’en doute. Dewalhens est un mythe. Le mythe du centaure. Un centaure qui cavale par monts et par vaux, qui rue des quatre fers sur la carte du Tendre. Rien ne le rebute, ni du rocailleux ni du broussailleux. On se cache pour ne pas le voir. C’est l’explorateur d’une région fabuleuse.

Dewalhens est le précurseur du « pop’art » en Belgique. Il croit dur comme fer à l’efficacité des coloriages totémiques. Sa révolte est une révolte de peau-rouge, immense révolte contre la routine littéraire, militaire, publicitaire. Un poète est un spécialiste des mots. À cet égard, Dewalhens s’est acquis une maîtrise étonnante dans son art. Tout fait farine au moulin de sa rhétorique science, au point d’avoir établi, sur de grandes pages de papier journal, un véritable mur de la poésie.

Depuis Platon l’État craint d’être trompé par les poètes, et l’État a bien raison, car le poète est un frondeur, un terrible frondeur des valeurs établies et toutes tendues vers l’automatisme. C’est dans des images visuelles, dans des collages poétiques et des assemblages picturaux qu’il cherche à retrouver le véritable rythme du cœur.

Dewalhens est un centaure qui habite un temple grec à Tirlemont. Le seul interlocuteur valable qu’il rencontre dans son étroit cabinet d’archiviste est son ami Pirewit, une tête de mort, celle d’un jeune homme mort de la peste au dix-huitième siècle et qui tous les matins lui sourit de toutes ses dents :

« - Eh bien, Popol, tu as bien dormi ? J’ai appris que tu ne dormais pas bien, alors que moi je dors tout le temps... »

Un centaure qui parle avec les morts et qui s’ébroue parmi les tombeaux.

[...]

C’est le centaure explorateur d’une région particulièrement insolite, une région chimérique entre toutes où l’on ne s’aventure pas volontiers parce qu’il y règne un silence pétrifié. Celle qu’Apollinaire appelle la contrée où tout se tait : la Bonté.

Paul NEUHUYS

 

Ce texte de Paul Neuhuys a été publié en avant-propos de la plaquette Tombeaux de Paul Dewalhens (1902-1991), parue en décembre 1970 aux éditions de La Dryade.

Voici le tombeau de Paul Joostens :

 

Paul Joostens (1889-1960)

À Paul Neuhuys qui fut son ami

I

 

Au Xe t’aurais construit des cathédrales.

Dans ce monde affaibli, usé, croulant, vandale

tu n’érigeais plus que flamboyant bric-à-brac,

dégoûté dégoûtant la marionnette en sac.

Bois vermoulu, ressort rouillé,

ah de plastique ayez pitié !

 

Te voilà écroulé, gisant d’ultime escale,

sidéré dans les plis des vierges boréales,

libéré du malin, de son orchestrion

aux tons de bohémienne et sueurs de graillons.

Bridon flamand, belles catins,

ah vieux bidons, priez matin !

 

Dada sur le danger comme sur les sirènes,

cocardier colligeant le thuya dans les rênes,

les anges fustigeant les décors de pieds bots,

te voilà l’innommé à tire-larigot.

Boîte à boutons et d’allumettes :

retable – écho à turlurette !

 

II

 

Reproches de la fille du garde champêtre     à l’ombre de Paul Joostens

Ce montage d’objets hétéroclites

fait honte à mon corps de femme bénite.

Que me fait ce fil d’arroi

dont ne voudrait aucun roi

 

et cet ébouriffoir de pie-grièche

dont pas un mâle ne voudrait la mèche ?

C’est pour m’asseoir l’escabeau

et pour marcher mes sabots !

 

Ah lumière sur mes œufs à la coque,

salade et jambon de la belle époque !

Les râpes c’est pour les veaux,

le douteux verser à l’eau...

 

Je cueille juteux fardé de soleil

et prends mon plaisir couchée au vermeil.

Cher artiste tétraèdre

t’as trop rongé l’os à Phèdre !

Paul DEWALHENS

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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 17:25

La 34ème livraison du Bulletin de la Fondation Ça ira sort de presse la semaine prochaine. Dès nos premières publications, nous nous sommes attachés à situer l’œuvre et les activités éditoriales de Paul Neuhuys dans le contexte des mouvances littéraires et plastiques de ce qui fut qualifié dans les années vingt du siècle passé d’ « esprit nouveau », sans pour autant négliger les « avant-gardes » contemporaines, nettement pressenties par Neuhuys – de Dada à la poésie concrète et sonore. N’est-ce d’ailleurs pas grâce à sa perspicacité  – où devons nous dire : grâce à sa nonchalance appliquée, à son application nonchalante ? – qu’il nous a été donné de tracer des itinéraires reliant Clément Pansaers, Paul van Ostaijen, E. L. T. Mesens, Odilon-Jean Périer, Jean Cocteau, Eddy du Perron et Michel de Ghelderode à Pierre Garnier et Henri Chopin, en passant par André Blavier et Édouard Jaguer. Dans ce contexte, des acteurs soi-disant mineurs, mais non moins influents,  tels Maurice Van Essche, Willy Koninckx, Paul et Freddy de Vree furent évoqués.

C’est dans la même optique que nous consacrons un dossier à Maurice Gauchez, animateur omniprésent et déjà contesté dans les années vingt, poète et romancier bien oublié aujourd’hui, mais dont les activités débordantes ne furent pas sans influencer le coloris et la tonalité de la vie littéraire en Belgique. Il eut l’incontestable mérite de donner une tribune à Michel de Ghelderode qui, bien sûr, le reniera.


Pierre-Louis FLOUQUET, Michel de Ghelderode, bois gravé, 1928

En publiant un article de Paul Neuhuys consacré au Feu sur la banquise, un recueil de Léon Chenoy illustré par Pierre-Louis Flouquet, ainsi qu’un article de Chenoy à propos du Zèbre handicapé de Neuhuys, illustré par Floris Jespers, nous complétons le dossier du Bulletin 32 consacré à Chenoy, poète et critique injustement oublié.

Les « Notes de lecture » sont consacrées à Henri Chopin et à Geert Van Bruaene, et dans la rubrique « En bref » nous croiserons Clément Pansaers, Wout Hoeboer et Paul Van Melle.

En page deux de couverture, nous répétons chaque trimestre que Paul Neuhuys présageait la « sorcellerie électronique ». C’est dans cette logique que le blogue de ça ira a été créé le 27 janvier. Depuis, il rassemble 137 articles.  Inscrivez-vous gratuitement à la « newsletter ». Ainsi, vous serez immédiatement avisé par courriel de la parution de chaque nouvel article. Si vous désirez  faire diffuser une information ou placer une communication ou un commentaire, n’hésitez pas à nous contacter : hfj@skynet.be.

Signalons enfin que deux joueurs viennent renforcer notre équipe : le romaniste Rik Sauwen, initiateur de l’étude de dada en Belgique, et l’historien Robin de Salle, animateur de la revue Connexion.

Au sommaire :

Paul NEUHUYS, Mai 68.

Paul NEUHUYS, Le Fric et l’Afrique.

Léon CHENOY, Le Zèbre handicapé de Paul Neuhuys (1923).

Paul NEUHUYS, Le Feu sur la banquise de Léon Chenoy (1925).

Henri-Floris JESPERS, Dossier portatif : Maurice Gauchez & Paul Neuhuys.

Maurice GAUCHEZ, À la recherche d’une personnalité (1928).

Notes de lecture : Henri Chopin ; Geert Van Bruaene.

En bref: Paul Van Melle, Wout Hoeboer, Clément Pansaers, le Théâtre de l’Homme.

 

Pierre-Louis FLOUQUET, Maurice Gauchez, bois gravé, 1928

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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 05:46

La philosophie pacifiste et anarchiste individualiste de Henri Ner (1861-1938) s’exprime dans le roman Le crime d’obéir — titre programmatique s’il en est —, le premier texte qu’il signe d’un pseudonyme quasi anagrammatique qui le rendra célèbre dans les milieux anarchistes et libertaires : Han Ryner.[1]

Ce roman contient en quelques phrases le noyau même de sa philosophie :

Comme tous ceux qui prétendent commander, il obéit. Nous n’imposons que des volontés qui nous furent imposées. L’orgueil d’être Colonel se paie de l’humiliation de subir le Général. Toute autorité est chose chancelante, essaie de s’appuyer à une autorité qui lui semble plus solide.

Conférencier et orateur de talent, Han Ryner participe à partir de 1903 au mouvement des « Universités populaires ». Il fut élu en 1912 Prince des conteurs sous l’impulsion de J.-H. Rosny aîné et par les lecteurs de L’Intransigeant. À une époque, cette distinction était en vogue : il y eut un Prince des poètes (Paul Fort), un Prince de l’épouvante (André de Lorde), un Prince des humoristes (Gabriel de Lautrec) et un Prince des gastronomes (Curnonsky).

Durant la première guerre mondiale, il exprimera avec ténacité son universalisme pacifiste et antimilitariste dans un grand nombre de petites revues politico-littéraires.

&

De septembre 1920 à février 1921, Han Ryner publie dans Ça ira des articles et notes de lecture sur Pierre Jean Jouve, Banville d’Hostel et Florian Parmentier.[2]

De plus, les archives des Amis de Han Ryner conservent le manuscrit d’une note consacrée à  Réformisme ou Révolution de Charles Plisnier, « sans doute destinée à Ça ira » :

 Cette brochure ne donne pas les raisons d’être socialiste. Elle donne les raisons d’être révolutionnaire » Ces raisons telles que les expose M. Plisnier, me paraîtraient, si j’étais bourgeois, singulièrement fortes et embarrassantes ; mais, si j’étais socialiste, ah ! comme elles me sembleraient faciles et bourgeoises !

Révolutionnaires de sang et bourgeois bellicistes : vous êtes les mêmes.

La plaquette de Plisnier parut en janvier ou au début de février 1921, peu avant la création du Parti communiste belge, avec une importante préface par Charles Rappoport, vieux routier russe de la gauche. [3]

&

Ça ira signale la collaboration de Ryner à Notre Voix et à La Revue de l’époque, ainsi que la « superbe étude » de Pierre Larivière consacré à Ryner dans le numéro du 1er mars 1920 de L’Art libre (Bruxelles).

Maurice Van Essche signe une note enthousiaste sur Les Apparitions d’Ahasvérus :

C’est toujours avec un intérêt renouvelé que nous voyons apparaître un nouveau livre d’Han Ryner. Par la profondeur de sa pensée et aussi par la richesse inépuisable de son cœur ce philosophe est un des écrivains les plus grands de notre époque. Il ne fut pas grandi par les événements, ni par la poussée des cénacles. [...] La masse l’ignore, mais il n’est pas un esprit éclairé qui ne le connaisse et qui ne se soit retrempé à sa sérénité, à sa foi, qu’il a su maintenir intactes au-dessus de la fange des temps présents.[4]

Quant à Willy Koninckx, présentant Le Père Diogène, il se plaît à souligner la clairvoyance et la franchise de Ryner.[5]

&

Les éditions Ça ira publieront une conférence de Han Ryner, Les Artisans de l’avenir.[6] La correspondance de Maurice Van Essche (13 lettres) et Han Ryner (11 lettres), conservée au Archief en Museum voor het Vlaamse Cultuurleven (AMVC) à Anvers, s’échelonne du 2 juillet 1920 au 25 décembre 1921.

L’imprimeur de Ça ira ne semble pas avoir été particulièrement diligent, car le 14 août 1921, Van Essche s’excuse auprès de Pierre Larivière (né aux environs de 1884 - 25 février 1932), le dessinateur du frontispice, :

 ... vraiment confus du retard apporté par notre imprimeur à l’impression de la brochure de notre grand ami Han Ryner. Nous venons cependant de corriger les premières épreuves. Nous recevrons la seconde jeudi ou vendredi (après les fêtes anversoises) et l’enverrons immédiatement à notre ami pour qu’à son tour il puisse les vérifier. La parution de la plaquette ne tardera donc guère

 

Les Artisans de l’avenir paraît enfin début octobre 1921. Le prix de vente de la plaquette était fixé à 1,75 F ; les frais d’impression pour 1150 exemplaires s’élevaient à 553 F ; pour les éditions Ça Ira c’était un fort tirage, mais il s’agissait d’une co-édition avec Les Amis de Han Ryner.

&

Tout comme Barbusse, Rolland, Bazalgette, Edmond Picard et Xavier Privat, Han Ryner adresse un message aux organisateurs de la manifestation « démocratique et artistique » en hommage à Georges Eekhoud au Théâtre lyrique à Schaerbeeck, le 27 mars 1920. Willy Koninckx signalera cette « importante manifestation » dans Ça ira.

Du 17 au 20 avril 1922 se tient à Bruxelles un « Congrès Interstellaire » organisé par Pierre Bourgeois, manifestation rassemblant des « intellectuels indépendants dans un esprit de vaste fraternisation ». Han Ryner y donne une conférence.

Henri-Floris JESPERS



[1] Han RYNER, Le crime d’obéir. Roman d’histoire contemporaine, Paris, La Plume, 1900 ; réédition : Conflans, éditions de l’Idée libre, 1925, 254 p.

[2] « Un livre à aimer », no 6, septembre 1920, pp. 147-149 ; « Banville d’Hostel », no 9, décembre 1920, pp. 193-199 ; « P. J. Jouve : Romain Rolland vivant », no 10, janvier 1921, pp. 222-223 ; « Florian Parmentier : L’Ouragan », no 11, février 1921, pp. 238-240.

[3] Cf. Henri-Floris JESPERS,  Maurice Van Essche : Dossier provisoire (II), in Bulletin de la Fondation Ça ira, no 24, 4ème trimestre 2005, pp. 3-8.

[4] Maurice VAN ESSCHE, Notules, in Ça ira, no 7, octobre 1920, pp. 171-172.

[5] Willy KONINCKX, Notules, in Ça ira, no 9, décembre 1920, p. 207.

[6] Les Artisans de l’avenir: conférence prononcée à Paris, le 27 février, Salle Procope pour la première matinée de la guilde Les Artisans de l’avenir. — Paris, Amis de Han Ryner ; Eeckeren-Anvers, Ça ira, 1921, 42 p. Frontispice : Pierre Larivière.

 

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