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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 08:22

“Attention ! Ne déplacez rien.” Le grand ordre caché du désordre apparent : partout, sur toute surface plane disponible (c’est-à-dire qui ne l’est plus), empilés et répartis, feuillets dactylographiés enluminés de repentirs, fragments de photocopies retouchées, fiches, petits papiers de toutes sortes et de tous formats, épreuves adornées de signes de correction, ces insectes qui mordent la marge de la page et qui sont à la composition, mais d’une manière plus clinique et définitive, ce que biffures, ratures et surcharges sont au manuscrit... Nous voilà bel et bien dans la cuisine de l’obsédé de précision, dans la boutique du brocanteur. Étal et étalage de l’homme fait de lettres. André Blavier prépare la réédition des Fous littéraires, livre-culte quasi mythique.


            Notre première rencontre avait eu lieu aux Biennales de la Poésie en 1964, où il m’avait interpellé, après une intervention que j’avais consacrée à rose mon chameau, livre-collage du poète et cinéaste Patrick Conrad. Blavier, esprit curieux, dans tous les sens du terme, m’interrogea longuement sur l’évolution de la poésie expérimentale de langue néerlandaise.

Patrick Conrad et Harry Mulisch au club VECU à Anvers, 1978

            Nous ne sommes pas programmés pour le hasard, ni même d’ailleurs pour la nécessité: trente-cinq ans plus tard, notre ultime entrevue à Verviers, programmée et même intéressée celle-là, fut en effet placée sous le signe de Paul Neuhuys, à qui Conrad avait rendu hommage en 1984 dans un émouvant documentaire télévisé. Ce fut alors que Blavier mit généreusement à la disposition de la Fondation Ça ira un jeu de photoco pies des lettres qu’il avait reçues de Paul Neuhuys.

            Blavier, estafette exemplaire de cette Belgique sauvage que Phantomas célébra dans son numéro 100-101, fut pour Neuhuys, casanier, timide et effacé, un point d’ancrage vital et essentiel. Toujours “extrêmement attiré par les extrêmes”, Neuhuys soulignera que Blavier “voit l’authenticité de la poésie dans une permanente dérision, un sarcasme, un humour, un parti pris de ne pas se prendre au sérieux.”

Henri-Floris JESPERS

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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 08:06

Jozef Deleu est citoyen d'un pays-frontière: la Belgique, qui appartient au monde latin comme au monde germanique.

            Il vit à Rekkem, son bureau est littéralement à deux pas de la frontière entre la Flandre occidentale belge et la Flandre française.

            Il est l'éditeur de deux revues : Ons Erfdeel et Septentrion dont l'objectif est de faire connaître, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de leurs frontières, la culture des Pays-Bas dans leur acception la plus large : de Leeuwarden à Wissant (Witzand, tout près de Tardinghen et Hervelinghen).

            Il a écrit comment "vivre la frontière" dans un livre qui porte ce titre. Traduit du néerlandais en français par Marnix Vincent, il a paru en 1999 à Lausanne, en Suisse (un autre pays-frontière) aux éditions L'Âge d'homme dans la collection Au Cœur du monde.

            Six Chants de l'arrière-pays, un grand poème d'amour et de mort, et un Choix de poésies y sont précédés d'une courte introduction en prose : Citoyen de la frontière, dans laquelle l'auteur proclame qu'il est devenu frontière, qu'il se sent traversé  par elle, qu'il n'imagine pas que l'on puisse vivre sans elle.

Tout en nous racontant l'histoire de son père né à Lille et de ses grands-parents qui émigrèrent de France en Belgique, il nous montre, par touches successives, combien tout est ambigu à la frontière, les noms que l'on donne aux lieux d'abord, mais aussi la façon dont on la ressent : une protection rassurante ou une limitation insupportable? une clôture ou un moyen d'évasion? un mur de désespoir ou la possibilité de refaire sa vie ?…

            À la question de savoir comment il vit la frontière, Jozef Deleu nous répond par celle de savoir ce que c'est que de ne pas la vivre, de ne la connaître que par ouï-dire, de se croire fait d'une seule pièce, taillé dans un même bois.

            Rares lui semblent être ceux qui ne sont pas taillés sur ce modèle courant, qui ne préfèrent pas ignorer les frontières, qui n'aimeraient pas les effacer…

            Peut-être pas si rares que ça, quand même, dans notre pays. Vivre la frontière nous rappelle ce que Paul Neuhuys écrivait à Michel de Ghelderode le 27 juillet 1931 à propos d'un personnage du Club des mensonges : "Ton Saint-Georges (…) cet homme-frontière, empalé sur un poteau indicateur, ton Saint-Georges victime de deux cultures qui lui sont également distantes, ton Saint-Georges, c'est toi, c'est moi, dont chacun se plaît à bafouer la posture ridicule et cruelle…"

            Pour Jozef Deleu vivre à cheval sur une frontière et en être conscient jour après jour est une source d'ins-piration. Il prône tour à tour la levée de toutes les frontières, comme son grand-père qui faisait fi de celle qui sépare ce qui est licite de ce qui ne l'est pas, pour qui la vie devait être une fête libre de toute limitation… et d'autre part, leur maintien, parce que, sans elles, il n'y aurait plus aucun ailleurs, plus d'échappatoire à la tyrannie, plus de diversité surtout, plus de différences.

            Maintenir les frontières ne veut pas dire qu'il faut s'y enfermer. Elles ne doivent exister que pour être défiées, que pour être franchies, que pour donner à chacun l'occasion, la liberté de s'ouvrir à la diversité, de se soumettre au charme des différences

            On aurait donc tort de croire que le pays idéal est sans frontière. Ce serait au contraire le véritable enfermement, irrémédiable, sans plus aucun rempart contre le nivellement, contre la paupérisation spirituelle, la déshumanisation croissante de notre temps, la réduction de l'homme à l'état d'objet démontable, interchangeable et surtout manipulable.

           Celui qui n'aborde les choses que par un seul biais n'arrivera jamais bien loin”, pensait Pascal.

            D'Héraclite il nous reste : “Embrassements, touts et non-touts, accordé et désaccordé, consonant et dissonant, et de toutes choses l'Un et de l'Un toutes choses.

            Jozef Deleu conclut : « La signification des frontières est pratiquement inépuisable, leurs charmes sont innombra-bles. À une époque où l'apparence triomphe et où il faut du courage pour donner encore un sens à quoi que ce soit, il n'est pas sans importance qu'il existe des personnes qui aiment les frontières, qui parlent avec un ravissement presqu'enfantin de leur appartenance à une communauté tout en étant remplies d'étonnement et de respect devant l'éventail de la diversité. »

Thierry NEUHUYS

(Extrait du Bulletin de la Fondation ça ira, no 5, 1er trimestre 2001.)

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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 20:26

Le numéro de septembre d’Inédit nouveau publie en couverture un dessin de Claude Haumont (°Jemmapes, 21 juin 1936), peintre, poète et essayiste passé par le surréalisme (il publie des proses dans Les Lèvres nues de Marcel Mariën) et tenté par les démarches situationnistes. En 1952, il découvre les œuvres de Turner, Constable et William Blake et à la fin de la décennie il s’engage dans la voie d’un expressionisme abstrait et lyrique où la figuration n’est pas tout a fait absente. Il se reconnaît dans Bertini, Degottex, Zao Wou-ki, Paalen, Toyen, et bien entendu, Henri Michaux. Il fait la connaissance des derniers survivants du groupe surréaliste du Hainaut se se liera d'amitié avec Achille Chavée et Armand Simon ainsi qu'avec André Balthazar, qui l'accueillera aux éditions du Daily-Bul en y publiant trois de ses recueils "poétiques". Dans la foulée il écrit trois poèmes pour illustrer cinq estampes gravées et imprimées de Gabriel Belgeonne, en octobre 1984.

 

Cavale et chacals

 

Il y a quelques mois, la découverte par le cinéaste belge Patrick Taliercio d’un texte en prose de Rimbaud (‘Le rêve de Bismarck’), paru sous la signature de Jean Baudry dans le numéro du 25 novembre 1870 du journal Le Progrès des Ardennes, a fait couler beaucoup d’encre. Et voilà que le journaliste et poète français Jacques Lucchesi publie un dizain inédit de Rimbaud, « l’un des rares pièces à avoir échappé aux multiples éditions de ses poésies complètes. Selon l’arrière-petite nièce du poète, Madame Sylvie Lacassin-Dunoyer [...], ce poème a vraisemblablement été écrit durant l’été 1871 [...]. »

Publiant cet inédit et une note de Lucchesi, Paul Van Melle souligne que le poème « est cette fois certifié par l’origine familiale ».

Quoi qu’il en soit, ces dix vers  d’À la Française ne provoqueront pas le tapage que suscita en 1949 l’affaire de La Chasse spirituelle, qui demeure bien sombre...

*

L’excellente et toujours abondante rubrique « à tous mes échos » de Van Melle, grand lecteur devant l’éternel, signale que le numéro 33 du Bulletin ça ira raconte le parcours

« d’un Maurice Gauchez, que j’ai peu aimé et que l’ami Jespers semble apprécier, tout en signalant lui aussi que ses choix d’auteurs de l’entre-deux guerres pour sa revue était sans doute plus amicaux que rigoureux ».

Si j’ai évoqué Maurice Gauchez, c’est qu’il a croisé le chemin de Paul Neuhuys à plusieurs reprises. Le versificateur me laisse passablement indifférent, à quelques rares poèmes près; le romancier a mal vieilli ; et si je consulte parfois le critique (Romantiques d’aujourd’hui, 1924 ; et À la recherche d’une personnalité, 1928), c’est pour mieux respirer l’air du temps. Nous avons en effet trop tendance à évoquer les années folles à travers le prisme des avant-gardes.

Prétendre que je « semble apprécier » Gauchez est sans doute excessif.

Que les activités de Gauchez, atteint de gendelettrie aiguë,  « ne furent pas sans influencer le coloris et la tonalité de la vie littéraire en Belgique » me semble incontestable, comme en témoignent une foultitude de banquets, de commémorations, d’hommages et de manifestations diverses dont il fut la cheville ouvrière. À propos de la revue Renaissance d’Occident, je souligne que Neuhuys fait « poliment » état de l’ « éclectisme illimité » de son animateur...

Constater que Gauchez eut le mérite, dès le début des années vingt, de donner une tribune à Michel de Ghelderode (qui, bien sûr, le reniera) ne me semble pas relever d’une appréciation particulière, mais uniquement d’une approche historique.

Si les entreprises de Gauchez ont sombré dans l’amnésie collective, elles n’en restent pas moins des témoignages passionnants de l’interaction des champs littéraires et du fonctionnement des réseaux dans les années vingt.

*

« À tous mes échos » me révèle la revue Amis de l’Ardenne qui, après avoir consacré en 2004 un numéro au « Grand jeu », traite dans une livraison récente de René Daumal, dont Le Mont analogue, ‘roman d’aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques’, me fut révélé au début des années soixante par Freddy de Vree.  

À propos des Mededelingen van het CDR, Van Melle signale un bel hommage à Hugo Claus. Il constate non sans quelque nostalgie que le temps des vrais dialogues semble bien révolu:

« Aujourd’hui on ‘maile’ ou ‘sessemesse’ en virtuel ! Il faudra revenir sur les ‘pink poets’, la ‘poesia visiva’ ou la poésie concrète. »

*

Signalons encore la traduction (en juxta) du poème ‘Ins Lesebuch für die Oberstufe’ de Hans Magnus Enzensberger; ‘Borbicule II’, une prose de Claude Haumont ; et enfin, l’éditorial de Paul Van Melle, consacré à Aimé Césaire et à la négritude.

Henri-Floris JESPERS

Inédit nouveau, no 224, septembre 2008, 32 p., ill.

Participation aux frais : 35 € pour 10 numéros de la revue (8 de 32 pages, 2 de 62 ; ne paraît pas en juillet et août) à verser au compte bancaire 001-1829313-66 de Paul Van Melle, 11 av. du Chant d’Oiseaux B 1310 La Hulpe.

A propos de Paul Van Melle, Inédit nouveau et Maurice Gauchez, voir les blogs du 26 avril, du 23 mai, des 5, 15 et 26 juillet.

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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 04:24

Le Centre d’étude des francophones en Flandre (CEFF) se consacre à l’étude résolument scientifique et multidisciplinaire des locuteurs de la langue française depuis leur apparition sur le territoire actuel de la Région flamande et de la Région Bruxelles-Capitale jusqu’au temps présent, et ceci dans toutes leurs expressions.

Le CEFF-SFV est soutenu par un Comité scientifique composé des personnes suivantes:

Christian Berg  (UA); Geert De Baere (Cour de Justice des Communautés Européennes, UA); Jacques Caron (Syddansk Universitet - Odense Universitet); Roel De Groof  (BRIO, VUB); Matthijs de Ridder  (UA); Henri-Floris Jespers  (Fondation Ça Ira); Chantal Kesteloot  (CEGES); Nathalie Kremer  (KUL, Sorbonne); Anne Morelli  (ULB); Marc Quaghebeur  (Archives et Musée de la Littérature Bruxelles); Frank Seberechts  (ADVN); Dave Sinardet  (UA); Herman Van Goethem  (UA); Piet Van de Craen  (VUB); Yannick Vanderborght  (FUSL, UCL); Astrid von Busekist  (Sciences Po); Christophe Verbruggen  (RUG); Hans Vandevoorde (RUG).

Conseil d'administration du CEFF:

Emmanuel Van de Putte (président), Paul Dirkx (vice-président), Eric Laureys (administrateur délégué), Céline Préaux (secrétaire), Bambi Ceuppens, Guy Vande Putte et Sophie Wittemans (administrateurs).

www.ceff-sfv.be/

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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 05:59

Septentrion publie le sémillant article qu’Alain Crugten, professeur émérite de littératures slaves à l’Université Libre de Bruxelles, consacre au vingt-cinquième anniversaire de la parution du roman Het Verdriet van België qui coïncide avec le décès de Hugo Claus.

Dès les premiers mois après la parution du Chagrin, il apparut que c’était un incontestable succès de librairie, non seulement en France, en Suisse et au Canada, où le public semblait surtout charmé par le caractère exotique inattendu, mais également en Belgique. L’original avait été un best-seller immédiat, un peu plus aux Pays-Bas qu’en Flandre (vingt-cinq ans après, tous tirages confondus, on doit atteindre à peu près 400 000 exemplaires). Malgré les échos nombreux, parfois à parfum de scandale mais le plus souvent enthousiastes, suscités par le Verdriet en Flandre, ce phénomène était passé totalement inaperçu aux yeux du public francophone de Belgique, preuve, s’il en était encore besoin, de l’indifférence en Belgique francophone à l’égard de la culture flamande. Cependant, lorsque parut la traduction française, les lecteurs francophones lui firent un accueil sans précédent, le livre de Claus devint en quelques mois à peine le roman le plus vendu de toute l’histoire de la librairie belge, plus de 25 000 exemplaires, sur ce marché étroit où, d’habitude, le chiffre de 5 000 est considéré comme un grand succès.

Ce record de vente en librairie constitue, à mon humble avis, un phénomène exceptionnel et peut-être symbolique. Vu l’âpreté et la mesquinerie des luttes linguistiques en Belgique, on peut apprécier à sa juste valeur le fait que ce soit le plus grand écrivain flamand de notre temps qui ait ainsi passionné les francophones, pourtant toujours si prompts à dénigrer ce qui se fait dans le nord du pays.

Justifiant sa stratégie de traduction, Alain van Crugten épingle en passant l’incompréhension de l’éditeur et de sa correctrice.

Les plus épatantes de ses retouches concernaient les soliloques de la grand-mère du héros, Mèreke. Ma « correctrice » prétendait mettre dans la bouche de cette brave femme inculte des imparfaits du subjonctif ! Il fallut donc que j’eusse bien de la patience pour avaler ces parisiennes couleuvres.

J’ai débarqué chez Claus avec ce texte amendé à la sauce française, il l’a feuilleté et, au bout d’une page de lecture, il m’a dit : « Je sens que je ne vais pas aimer cette dame. » Sans poursuivre la relecture commune plus avant, nous sommes convenus de concéder aux pauvres lecteurs français, prétendument trop bêtes pour les comprendre, la suppression d’une quantité de belgicismes, plus ou moins la moitié. Je me suis donc tapé la recorrection de mille pages de corrections indues, un mois de boulot. Puis, j’ai débarqué chez Julliard, mon manuscrit sous le bras et, dans l’autre main, un petit paquet qui sortait de chez Godiva ou Neuhaus. Je l’ai tendu à la zélée correctrice en disant : »Ceci n’est pas une boîte de chocolats, c’est un ballotin de pralines. »

&

Paul Neuhuys se plaisait à souligner que Montaigne se moquait « de la correction pimbêche du français écrit et de tout ce qu’on appelle aujourd’hui assez sinistrement l’écriture ».

Comme eût dit Montaigne

Saperdeboere     Sabre de bois

le gascon y parviendra

si le français n’y peut suffire

&

Het verdriet van België a fait l’objet d’un cahier anniversaire du quotidien flamand De Standaard. Le critique Marc Reynebeau y décrétait avec aplomb que l’utilisation de la langue par Claus rend le roman « à proprement parler intraduisible »... Van Crugten le remet laconiquement à sa place :

Or, toute personne quelque peu au courant du fait littéraire sait que chaque texte est à la fois traduisible et impossible à traduire ; cela fait depuis longtemps l’objet de colloques de savants « traductologues » et je ne vais pas vous ennuyer ici avec un exposé linguistique ou polémique.

&

Signalons encore « Les nouveaux trouvères: les poètes municipaux en Flandre et aux Pays-Bas » (Philip Hoorne) ; « La clef du monologue théâtral: la poussée d’un genre problématique » (Jos Nijhof), et un dossier consacré à Marguerite Yourcenar. Enfin, dans la rubrique « actualités », des notes de lecture entre autres à propos de l’enseignement du flamand ou du néerlandais dans le nord de la France; des éditions Actes Sud; de la traduction du roman de Kader Abdolah, Het huis van de moskee, parue chez Gallimard; du roman de Liliane Wouters, Paysage flamand avec nonnes (Gallimard); de la carrière d’Ivo van Hove, qui « électrocuta » le festival d’Avignon avec les tragédies romaines de Shakespeare.

Enfin, Septentrion signale que Lidewij Edelkoort, directrice et présidente du conseil d’administration de la Design Academy Eindhoven a été faite chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres, et que la choréographe flamande Anne Teresa De Keersmaeker a été élevée au rang de commandeur, la plus haute distinction dans cet ordre.

Henri-Floris JESPERS

 
Septentrion, revue trimestrielle, 37e année, 2008, no 2, 112 p., ill., 10 €.

Abonnements 2008 (4 numéros).

Belgique: 39 € à verser au compte 000-0907100-53 de l’association « Ons Erfdeel vzw », Murissonstraat 260, B 8930 Rekkem.

France: 41 € à verser au compte BNP Paribas

RIB : 30004 00530 00010183683 32

IBAN : FR76 3000 4005 3000 0101 8368 332

BIC : BNPAFRPPRBX

Hugo CLAUS, Le Chagrin des Belges (Paris, Julliard, 1985; Paris, Seuil, coll. "Points", 2003)

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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 00:13

C’est en 1957 que Franz Hellens avait recommandé à Paul Neuhuys Guy Imperiali, un jeune écrivain dont il avait lu et apprécié l’ébauche d’un roman : Les Cheveux blonds.

Paul Neuhuys partagea ce sentiment et l’écrivit à Franz Hellens :

« Il m’a lu dernièrement la première partie de son roman et j’y ai pu apprécier une qualité que j’aime : le goût de l’aveu, lequel va je crois toujours de pair avec le don de l’expression. Il y dépeint la malédiction d’une adolescence abandonnée, la sienne […] On y trouve aussi, parallèlement à la vie du pensionnat près de Rochehaut, une radiographie presque balzacienne de Bruxelles depuis l’antique Bruqzeele jusqu’au dandysme qui se reflète, faute d’un fleuve, dans les étangs d’Ixelles. C’est par ces moyens qu’Imperiali veut nous conduire vers ce qu’il appelle le domaine du fantastique social. »

Dans les mois et les années qui suivirent, Imperiali se lia d’amitié avec Paul Neuhuys, comme en témoignent toutes les lettres qu’il lui adressa pendant six ans.

C’est lui qui, le 19 juin 1960, suggéra à Paul Neuhuys de publier un livre collectif qui contiendrait trois ou quatre pièces de théatre.

« Le titre ? Les Soirées d’Anvers. Cela pourrait avoir un grand retentissement […] un aspect nouveau de vous-même serait découvert. (le théâtre de l‘Univers, quel programme !) »

Le premier cahier des Soirées d’Anvers parut en mars 1961. Au sommaire : Le Journal de Paul Joostens, Le Théâtre d’Uphysaulune, et Les “Filles à boire “ par Imperiali.

Ce fut sa première nouvelle publiée. Il y met en préambule dans la bouche de son héros :

« Je n’ai pas vécu jusqu’à présent. Il est temps de savoir pourquoi je suis sur cette saloperie de terre, cette charogne parfumée. »

C’est lui aussi qui, au cours de leurs fréquentes rencontres, ayant entendu Paul Neuhuys lui raconter ses souvenirs, l’avait convaincu d’écrire ses Mémoires. Le poète lui en ayant adressé les premières pages, une trentaine, il lui répond le 26 mai 1958, combien il les trouve attachantes par leur sincérité, et il l’écrira dans un article qui parut en 1959 dans la revue Synthèses : La Sincérité voluptueuse du poète, Paul Neuhuys.

 Fin 1958 le manuscrit des Mémoires était achevé sous le titre Ça ira, ç’a été. Imperiali en parla à Armand Henneuse, l’éditeur lyonnais “qui s’est montré très intéressé”, écrivit-il à Paul Neuhuys. Elles ne furent finalement publiés que quelques décennies plus tard comme partie d’un ouvrage plus vaste composé par Luc et Thierry Neuhuys durant les dernières semaines de la vie de leur père, et avec son assistance. Imperiali en fit la préface et lui trouva un nouveau titre : Mémoires à Dada (Bruxelles, Le Cri, 1996)

En 1958 également, Imperiali achevait son roman Les Cheveux blonds dans lequel il mettait un espoir énorme ; il ne cachait pas ses grandes ambitions : « Quand le destin parle si haut au dedans de vous, est-il possible de douter de lui ? » écrivait-il le 2 octobre 1957.

Franz Hellens proposa le manuscrit à deux éditeurs parisiens auprès desquels il était bien introduit. Mais Albin Michel et Denoël le refusèrent, ce qui fut un coup très dur pour le jeune auteur.

En 1963, une deuxième nouvelle, les Châtaigneraies de Bocognano, parut chez Julliard dans un des “Rendez-vous donné par Françoise Mallet-Joris à quelques jeunes écrivains”.

Imperiali publia encore trois ouvrages à compte d’auteur, particulièrement soignés : L’Essence de la noblesse / Réflexions sur la noblesse de l’âme et sur la noblesse tout court (s.d. - 1971 ?) Floraire ou les herbes de l’oubli (1975) et La Chose (1976).

Dans chacun des trois figure, outre des nouvelles, des essais et des aphorismes, une analyse perspicace d’un auteur qu’il aimait : Alexandre Dumas dans L’Essence de la noblesse, Jack Kerouac dans Floraire et Vitaliano Brancati dans La Chose.

Il fut fier de son nom, de la lignée dont il était issu, qui comptait des doges, des amiraux, un cardinal. Il en faisait état en paroles et en écrits.

C’est dans L’Essence de la noblesse qu’il explique peut-être le mieux ce vers quoi il aspire :

« Je ne me pique guère de philosophie et n’y connais rien. Mon domaine à moi est le domaine de l’âme sensible. […] ce petit livre est composé comme au XVIIIème, pour les amies et amis uniquement. Qu’ils sachent combien je les aime. L’âme noble de mes ancêtres s’élève parmi eux comme le Leviathan au milieu d’un champ de bataille, et dans la fumée je les aperçois et mon âme s’élance vers eux, et avec l’âme, le corps plein de feu pour tout ce qui est noble, vrai, humain, doux, juste, sensible. Cela justifie une certaine idée que l’on se fait de la mort. Du moins l’idée que je m’en fais les matins de tendresse. »

Dans « Un chômeur », le premier récit de La Chose, il écrit :

 « C’était un pauvre vieux. Je l’avais immédiatement remarqué parce qu’à moi, les vieilles gens, qu’ont un visage intéressant et que personne ne regarde, ça me remue jusqu’au tréfonds de l’âme. Façon de s’exprimer, faut voir si ça existe, ce truc qu’on nomme l’âme. »

« Vous avez du talent, lui avait écrit Franz Hellens vingt ans plus tôt, une faculté, un don de pénétrer l’âme même de la matière […] C’est cette vérité directe, sans efforts, quoique violente, qui me frappe dans l’expression de votre style. »

En 1961 il faisait dire à son héros dans Les Filles à boire :

« Oui, je crois que je continuerai à gueuler du fond de mon désert comme un Saint Jean de la Croix. C’est ça qui me console. Dois me persuader de cette vérité : plus on avance, plus on creuse une mort solitaire. Pas plus mal après tout. Un écrivain, c’est un type qui écrit avec sa vie, voilà à quoi on reconnaît un écrivain. »

Guy Imperiali, né à Bruxelles le 12 septembre 1934, y est décédé le 3 août 2004.

Henri-Floris JESPERS

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9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 02:04

Manifesta 7, biennale européenne d'art contemporain, se déroule du 19 juillet au 2 novembre 2008 à Trentino, région italienne du Sud-Tyrol. Pour la première fois, la biennale s'installe en Italie, avec la volonté de réunir nord et sud de l'Europe en englobant les lieux les plus significatifs de l'ensemble de la région au regard de l'industrialisation.

Parmi la nébuleuse de manifestations parallèles, signalons une exposition de POESIA VISIVA (Info: www.acp-kkw.com ) regroupant une pléiade de représentants italiens de cette poésie visuelle dont Paul de Vree se fit le héraut en Flandre dès la fin des années soixante. Paul Neuhuys s’y intéressa et la pratiquera épisodiquement, comme en témoigne son poème A bon entendeur, Phallus !, publié par Henri Chopin.

 

1975

Luc Fierens y expose trois oeuvres.

 

Communic

 

Glorious

 
Faces6

Après avoir publié des poèmes expérimentaux dans la revue Lotta poetica (Sarenco – De Vree), Luc Fierens (°Malines, 20 décembre 1961) se consacrera à partir de la seconde moitié des années 80 à la poésie visuelle et au Mail-art. Éditeur des POSTFLUXPOSTBOOKLETS (79 livraisons), artiste prolifique et protéiforme, il jouit d’une solide réputation internationale (http://www.vansebroeck.be )

Le livre d'artiste Bellezza Pericolosa paraît aux éditions Prego. Voir: http://clochart.blogspot.com/2008/06/luc-fierens.html )

Henri-Floris JESPERS

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 04:24

Fantasmagie est le bulletin trimestriel du Centre international de l’Actualité fantastique et magique, fondé à Bruxelles par Serge Hutin et Aubin Pasque,  en décembre 1958, avec comme autres membres fondateurs Jean-Jacques Gailliard, Marc. Eemans, Robert Geenens et Thomas Owen. Le premier numéro de la revue paraît en novembre 1959.

La première manifestation du groupe fut toutefois un numéro spécial de la revue anversoise De Tafelronde (1958, V, no 3-4, 63 pp.), le CIAFMA figurant en première de couverture comme co-éditeur.


Marc. Eemans témoignera :

Après la guerre, en dehors de l'abstrait, il n'y avait pas de salut. À Anvers règnait la Hessenhuis:  dans les années 50, c'était le lieu le plus avant-gardiste d'Europe. Pasque et moi avions donc décidé de nous associer et de recréer quelque chose d'"anti". Nous avons lancé "Fantasmagie". A l'origine, nous n'avions pas appelé notre groupe ainsi. C'était le centre pour je ne sais plus quoi. Mais c'était l'époque où Paul de Vree possédait une revue, Tafelronde.  Il n'était pas encore ultra-moderniste et n'apprit que plus tard l'existence de feu Paul van Ostaijen. Jusqu'à ce moment-là, il était resté un brave petit poète. Bien sûr, il avait un peu collaboré... Je crois qu'il avait travaillé pour De Vlag. Pour promouvoir notre groupe, il promit de nous consacrer un numéro spécial de Tafelronde.  Un jour, il m'écrivit une lettre où se trouvait cette question: "Qu'en est-il de votre "Fantasmagie"?". Il venait de trouver le mot. Nous l'avons gardé.

Les témoignages de Marc. Eemans sont souvent, non, dans la plupart des cas sujets à caution, comme je l’ai déjà irréfutablement démontré à plusieurs reprises. Méchante langue, imbu de sa personne, s’appropriant des mérites (et des relations amicales ou des contacts même superficiels) n’existant que dans son imagination, il traite ici Paul de Vree de « brave petit poète qui n’apprit que plus tard l’existence de Van Ostaijen ». Bien avant le numéro spécial consacré à ‘Fantasmagie’, De Vree avait publié des études innovatrices sur Van Ostaijen, alors qu’Eemans s’était limité à quelques « souvenirs » disons, par charité, quelque peu « magnifiés », comme il le fera plus tard à propos d’Eddy du Perron. Qu’il crédite Paul de Vree de la paternité du terme « fantasmagie », alors de se l’attribuer, n’en est que plus que plus crédible.

Henri-Floris JESPERS

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 19:02

Nous souhaitons entrer en contact avec des lecteurs et chercheurs attentifs à ce poète fort injustement oublié, qui fut également un remarquable collagiste.


Le 24 juillet nous avons publié ici une note de Paul Neuhuys sur Paul Dewalhens, auteur de la plaquette Tombeaux (Virton, La Dryade, 1970), dont nous avons extrait le Tombeau de Paul Joostens.

David Gullentops a publié une lettre inédite de Pansaers à Cocteau dans le Bulletin de la Fondation Ça ira (no. 21, pp. 26-28). Voici le Tombeau de Clément Pansaers et celui de Jean Cocteau :

Clément Pansaers

Ailes brisées de la beauté

Humour acide et dispersé

Proclamant dada l’anarchie

De vivre faux une manie.

 

Désordre sorti des charniers

Où pourrissait la liberté

Fallait horrifier la bourgeoisie

En déchirant la peau des mages.

 

Passant ricaneur décadent

Volontaire se fustigeant

De tant d’alogisme illusoire

 

Brelan fol de la mort aux rats

Ayant vomi dans les mangeoires

Pansaers plus jamais ne mordra.

 

Jean Cocteau

 

Tu ne clameras plus les cendres du bûcher

Ni le souffle de l’Ange à réchauffer la bise ;

Ni la vie bonne et bête en irréalité,

Charmeur, que tu peignais, ballets et vocalises.

 

Longue et belles mains, feux follets magiciens

Dans les failles du tain ; flammes de funambule

Qui sait les corridas d’opium et de vin,

Le mythe au sein d’Orphée et les perles de bulles ;

 

Te voilà envoûté sous des mille et mille ans,

Hors du bruit de machine et des coassements,

Le temps filant sa laine à l’entour de tes branches.

 

Le soleil s’est voilé des couleurs d’Arlequin :

Écoute bien les voix au goût de romarin,

Qui se lèvent du monde, immense page blanche...

 

Paul Dewalhens est né à Anvers le 7 juillet 1902, de parents tirlemontois. Il reçoit une éducation et fait ses études en français, ce qui ne l’empêchera pas de publier différents travaux dans les deux langues, le français et le néerlandais: monographies, études et essais sur l’histoire, les monuments, le folklore, les particularités de Tienen (Tirlemont). Enfance secouée par la guerre 14-18. Il se consacre à des activités commerciales et, nous apprennent quelques notes biographiques succintes, exerce plusieurs professions : «courtier en marchandises, pianiste, comptable, directeur d’hôpital, libraire et enfin archiviste de la ville de Tirlemont». Il a participé à la désastreuse campagne des dix-huit jours, en mai 1940, et a fait partie de la Résistance. Paul Dewalhens appartenait au cercle restreint des amis intimes de Neuhuys, comme en témoignage une volumineuse correspondance.

HFJ


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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 04:42

Roger Avermaete soulignait en 1929 que le poète le plus important de par son influence est Paul van Ostaijen (1896-1928).

C’est lui qui, nourri d’Apollinaire, a introduit le modernisme de la forme dans la poésie flamande. Ses poèmes, tout en prétendant reconstruire le monde à leur manière (ce qui est une autre ambition, difficile à atteindre) redisent de préférence certains aspects de la vie d’aujourd’hui : la vie des bars, la musique nègre. Il y a en lui l’étoffe d’un fantaisiste. C’est l’homme qui, sentant l’attendrissement proche, s’empresse de faire une culbute (les Français se contenteraient d’une pirouette). Ce n’est pas un grand poète, mais il a joué en Flandre un rôle comparable (toutes proportions gardées) à celui d’Apollinaire en France. Il a été le libérateur. Le vers libre, libre à un point que franchement ce n’est plus un vers du tout. L’orthographe simplifiée, qui fut adoptée par tous les jeunes. Les fantaisies typographiques, réminiscences du futurisme. Il n’a ni inventé, ni lancé cela le premier, mais il fut l’homme qui réunit tous ces éléments épars pour en forger une nouvelle poétique, basée sur l’exaltation de la vie moderne dans tous ses paroxysmes. Joignez-y son rôle d’initiateur à l’égard des arts plastiques. Il fut le panégyriste enthousiaste de toutes les formes d’art révolutionnaires : cubisme, futurisme, expressionnisme. Il fut le porte-parole attitré des premiers artistes anversois qui rompirent délibérément avec les apparences du monde sensible, les deux Jespers et Paul Joostens. Cette tendance trouve son aboutissant extrême en Geert Pynenburg, volontiers dadaïsant, mais auquel manque l’étoffe pour réussir dans ce genre exaspéré qui demande, pour arriver à un résultat, une puissance à la Cendrars. En somme, de ces œuvres chaotiques, trop fragmentaires, et sans doute d’exécution trop rapide, il ne reste aucun mouvement durable. C’est la littérature d’une période troublée, dont elle restera comme un film documentaire. Il aurait fallu une transmutation plus réelle des éléments de notre époque pour nourrir l’ambition d’en donner la synthèse. Les poètes flamands ont gardé une vision trop directe, partant impressionniste.


Paul van Ostaijen(1896-1928)

Cette page d’Avermaete est loin d’être la plus glorieuse ni la plus judicieuse de son œuvre. Elle traduit toutefois à souhait la vision de la critique « éclairée »[h1]  anno 1929.

HFJ

À propos de Van Ostaijen, cf. notre blog du 3 mai.

Plusieurs articles en néerlandais à consulter sur www.mededelingen.over-blog.com


 [h1] N no

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