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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 03:00

 
« Il y a 23 ans nous partions de presque rien », soulignent Jacqueline et Paul Van Melle.  Aujourd’hui, le bilan d’Inédit nouveau est impressionnant : 7858 pages publiées, 10238 textes inédits de 1001 auteurs différents, et 13164 échos d’actualité, dont plus de 4858 recensions de livres.

Si je lis en premier lieu la rubrique «  à tous mes échos », c’est que Paul Van Melle m’y révèle à chaque fois des poètes et des revues insoupçonnés. De plus, les poèmes participant du règne de la lenteur, leur lecture exige des intervalles, des interludes d’inattention, afin de mieux les cerner.

*

C’est avec plaisir que j’apprends que Paul Van Melle estime « parfait » le changement de format et de présentation du Bulletin Ça ira.

Une longue étude de Rik Sauwen nous en apprend immensément plus sur Michel Seuphor en parlant de ses premiers temps : « De Berckelaers à Seuphor : une jeunesse anversoise dans les années vingt ». Cela décrit en détail l’état des intellectuels dans l’après-guerre de 14-18. On sait quel séisme cela a provoqué en France avec Dada et le surréalisme, tous ces jeunes dégoûtés des horreurs guerrières. En Belgique aussi, on n’a pas assez analysé l’effet produit sur les intellectuels flamands par la répression des écrivains et artistes accusés de collaboration pour avoir maintenu les principes qui avant cette boucherie unissaient flamands et francophones pour les idéaux de respect des langues et des œuvres. N’oublions pas que De Coster, Verhaeren, Neuhuys et bien d’autres francophones étaient « flamingants » ! Les excès et les erreurs ont commencé là, on ne le dit hélas plus aujourd’hui.

Signalant l’étude de Piet Tommissen sur Dada, Van Melle souligne que les Mededelingen van het CDR apportent « des éléments importants à notre connaissance des mouvements d’avant-garde ».

*

Un beau texte de Michel Lemercier, spécialiste de la poétesse Rose Ausländer, démontre la justesse de l’exergue emprunté à Alain Bosquet : ‘L’insupportable supériorité du rêve est de n’avoir à fournir aucune preuve’. Épinglons également une page de journal du poète Michel Passelergue (°1942), longtemps professeur de mathématiques en banlieue parisienne, membre du Groupe de Recherches Polypoétiques et du comité de rédaction de Phréatique, la revue mythique (1980-2001) du groupe.

La vocation internationale d’Inédit nouveau est confirmée par l’infatigable Colette Rousselle, qui traduit « Landstreicherherberge » de Herman Hesse, tandis que l’excellent traducteur et passeur Rüdiger Fischer révèle Herbert Sleegers (°1932) au public francophone (« Niederrhein Ansicht ») ; Cathleen et Pierre Flaherty-Vella sont les co-auteurs de la version française de « Kandinsky Journey » de la poétesse australienne Kathe Gallacher.

Signalons enfin « Le sang est une chanson de veine » du  poète Haïtien Coutechève Lavoie Aupont (°1982), texte étrange, proche, me semble-t-il de l’écriture automatique ; « Awalé », de Christophe Pairoux (°1974) ; « Leçon de ténèbre » de Jean-Claude Davreux ; et enfin « Marche du serpent philosophe » de Jean-Michel Tartayre. 

Excellent, ce numéro de janvier d’Inédit nouveau.

Henri-Floris JESPERS

 

Inédit nouveau, no 228, janvier 2009, 11 av. du Chant d’Oiseaux, B 1310 La Hulpe.

Participation aux frais : 35 € pour dix numéros à verser au compte bancaire 001-1829313-66 de Paul Van Melle.

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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 22:28


En couverture : Lino de Paul Joostens, publiée hors-texte dans : Paul Joostens, Salopes. Le quart d’heure de rage ou Soleil sans chapeau (Anvers, Ça Ira, 1922).

 

3 Henri-Floris Jespers, En-tête

5 Roland Beyen, « Il suffit que les metteurs en scène cessent de jouer au dramaturge... »

14 Henri-Floris Jespers, Paul Joostens, Paul Neuhuys & Alain Germoz

17 Alain Germoz, Paul Joostens

22 Henri-Floris Jespers, In memoriam Marie-Jo Gobron

Notes de lecture

36 Alain Germoz, Le Contraire de la chose ; Yves Bossut, L’art, un sens à ma vie ; Mélanie Alfano, La Lanterne sourde 1921-1931 ; La tortue-lièvre ; Bulletin de l’Académie royale de langue et de littérature françaises ; Romaneske.

Signalement

46 Jan Bucquoy

 

Bulletin de la Fondation Ça ira

Rédaction : Robin de Salle, Henri-Floris Jespers, Luc Neuhuys, Thierry Neuhuys, Rik Sauwen.

Design et mise en page : Laurent Anciaux.

Correspondance rédactionnelle : Henri-Floris Jespers, Marialei 40, B 2018 Antwerpen.

Mail : hfj@skynet.be

 

Coût de l’abonnement pour l’année 2009 (4 numéros)

Membre adhérent : 25 €

Institution : 35 €

Membre protecteur : 50 €

À verser au compte de la Fondation Ça Ira :

Dexia banque - 068-2287225-89

Virements internationaux :

Codes IBAN : BE45 0682 2872 2589

& BIC : GKCCBEBB

 

Le bulletin est édité avec l’aide de la Communauté française de Belgique

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 22:07

J’ai placé au pied de l’arbre

tous les attributs de Noël:

Marie, Joseph, le bœuf et l’âne

et, dans sa crèche, l’enfant nu.

 

L’arbre est tombé – mal soutenu –

et toute la sainte famille,

et les mages et les bergers

éparpillés sur le tapis.

 

Où sont les anges? Envolés?

En deux morceaux l’enfant Jésus.

Et me voici à ma vraie tâche:

recoller tout l’espoir du monde.

 

                          Paul NEUHUYS

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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 06:02

Dans Les Féeries intérieures, son blogue dédié à Saint-Pol Roux le Magnifique et ses contemporains, Mikaël Lugan évoque Francis Jammes (1868-1938).

2008 n'est pas seulement le cent-quarantième anniversaire de sa naissance ; 2008 est aussi le cent-dixième anniversaire de la parution de De l'Angelus de l'aube à l'Angelus du soir au Mercure de France et le soixante-dixième anniversaire de sa mort.

*

Le 6 février 1970, Paul Neuhuys (1897-1984) notait dans son journal :

J’entre à l’Albertine1, couvert de neige, pour ma causerie sur les « Poètes de la Belle Époque » parmi lesquels figurera Francis Jammes lequel fredonnait jadis :

 

Dis-moi dis-moi guérirai-je

de ce qu’il y a dans mon cœur ?

Ami, mon ami, la neige

guérit-elle de sa blancheur ?

 

Bonhomme de neige, je me suis secoué à l’entrée.

*

À l’époque de la revue fantôme Le Melon bleu, sous l’occupation allemande de 14-18, Paul Neuhuys et ses amis se réunissaient chez Marie Gevers (1883-1975) à Missembourg. Ils étaient « tous entichés » de Francis Jammes, poète qu’ils lisaient « avec délices ».

Les deux poètes que nous aimions alors pour leur simplicité, sensibilité, sincérité, étaient Francis Jammes et Max Elskamp, deux poètes chez qui nous trouvions des affinités électives.

*

Dans sa conférence sur les « Poètes de la Belle Époque », Neuhuys témoignera de son attachement à la poésie de Jammes.

Je sais bien qu’aujourd’hui on vous dira que tout est faux dans Francis Jammes : une sensiblerie à fleur de peau. Je veux bien. Mais qu’est-ce que la poésie ? Une flamme invisible qui charme d’une manière inattendue.

Alors supposons un instant que vous soyez un public de music-hall et que vous voyez apparaître Yvette Guilbert, la plus fine diseuse du siècle, telle que l’a silhouettée Toulouse-Lautrec, vêtue d’une longue robe fourreau blanche et strictement gantée de noir jusqu’aux coudes, et qu’elle nous récite, toute vibrante, le poème de Jammes : C’était affreux… J’hésite, d’abord parce que je ne suis pas Yvette Guilbert, et ensuite parce que c’est vraiment trop affreux :

 

C’était affreux ce pauvre petit veau qu’on traînait

tout à l’heure à l’abattoir et qui résistait

 

et qui essayait de lécher la pluie

sur les murs gris de la petite ville triste

 

Ô mon Dieu ! il avait l’air si doux

et si bon, lui qui était l’ami des chemins de houx.

 

Ô mon Dieu ! vous qui êtes si bon

dites qu’il y aura pour nous tous un pardon

 

et qu’un jour, dans le ciel en or, il n’y aura

plus de jolis petits veaux qu’on tuera,

 

et qu’au contraire, devenus meilleurs,

sur leurs petites cornes nous mettrons des fleurs.

 

Ô mon Dieu ! faites que le petit veau

ne souffre pas trop en sentant entrer le couteau…

 

Est-ce sensiblerie ? ou flamme invisible qui charme d’une manière inattendue ? N’oublions pas que nous sommes à une époque bruissante de colifichets, où les dames portent de grands chapeaux dans lesquels elles enfoncent de longues épingles pour les maintenir sur d’épaisses voilettes, une époque de voilettomanie…

*

Les Féeries intérieures publièrent un bel hommage à Jacques Izoard qui fut « un idéoréaliste, un poète magnifique. Un familier de Saint-Pol-Roux ».

HFJ

http://lesfeeriesinterieures.blogspot.com

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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 15:31

Voici l’en-tête de la nouvelle livraison du Bulletin de la Fondation ça ira qui sortira de presse dans les prochains jours.

 

La publication  1961 d’un fascicule consacré à Paul Joostens dans la collection Monographies de l’art belge, éditée par le Ministère de l’Instruction Publique, avait été précédée de péripéties désolantes. Pour Paul Joostens ce fut un calvaire, et il mourut avant d’avoir eu la joie de voir paraître celle que Paul Neuhuys lui consacra. Cette odyssée a été longuement évoquée dans notre bulletin no 18.

Joostens avait, à l’origine, confié à Alain Germoz la tâche de la rédiger. C’est ce texte, dûment autorisé par Joostens mais demeuré inédit, que nous situons et publions ici.

*

À l’occasion de l’attribution du prix triennal Michel de Ghelderode à Roland Beyen, le lauréat retraça les grandes lignes de sa quête patiente mais passionnée du dramaturge.

Dans son édition monumentale de la Correspondance de Michel de Ghelderode, Beyen souligne que Paul Neuhuys fut un des meilleurs amis de Ghelderode de 1931 à 1940 et de 1945 à 1949. Leur complicité éclate dans une correspondance combien révélatrice.1

Malgré une rupture navrante en 1950, Neuhuys gardera un souvenir ému de Don Miguel, comme en témoigne le poème  ‘À la mexicaine’, in memoriam Michel de Ghelderode, paru en 1967 dans son recueil Septentrion.

La mort de saint Louis décida des croisades.

Jeanne au bûcher boucla la guerre de Cent Ans.

C’est pourquoi don Miguel des Noires Cavalcades

commence de trouver ce quiétisme inquiétant.

 

Il est des fleurs qui font l’école buissonnière:

ah! vivre dans l’instant parfumé d’une fleur

dont le seul nom, Malène, évoque une atmosphère

où la peur de jouir nous fait jouir de peur!

 

Le taureau entre en coup de vent; son poids l’entraîne

à se voir libre, enfin, après le noir cachot.

Quatre sabots poudreux patinent dans l’arène:

toute vie est un cri entouré de sanglots.

 

Le scribe dans le vent aime entasser des pages.

Plus en état de distinguer le beau du laid,

il lui faut le plus insupportable tapage

pour dire qu’il s’est fait librement ce qu’il est.

 

Corolle de saphir, tambourin d’émeraude,

grand nymphéa ou nymphéatzin du Natal,

pour nous restituer ce colosse de Rhodes,

il sied que ‘tzin’ demeure un suffixe amical.

*

Mélanie Alfano évoque l’aventure de La Lanterne sourde dans un livre tout récent (voir les ‘Notes de lecture’).

Paul Neuhuys apparaissait parfois aux réunions des Lanterniers. C’était un ‘personnage important’, souligne Robert Goffin dans ses attachants Souvenirs à bout portant (1979) :  il représentait le groupe anversois des ‘révoltés de la poésie échappée au Parnasse’.  De retour d’Égypte, Paul Vanderborght, chef de file et inspirateur des Lanterniers, s’adressa le 16 septembre 1929 à Neuhuys : ‘Je vous demande donc de ne pas oublier la promesse que vous m’avez faite de consacrer une conférence jeune et vivante, digne de vous et du poète anversois, à Max Elskamp. Seriez-vous prêt pour le début de Novembre ? Faites un petit effort et donnez-moi la joie de vous présenter, une fois de plus, à un public avec lequel j’ai moi-même perdu contact.

La conférence fut annoncée dans le quotidien bruxellois Le Soir du 28 octobre 1929 :   ‘Lundi, à la Maison des Artistes, Grand’Place, le jeune poète anversois, Paul Neuhuys évoquera la figure de ce maître aux allures médiévales, et synthétisera son œuvre.’ 

Selon le même journal, la séance de la Lanterne sourde connut ‘le plus vif des succès’ : Paul Neuhuys ‘parla de son maître et ami, avec une émotion de choix et dans une forme des plus pures.’ 2

*

Ce furent Paul Neuhuys (en 1965) et Jan van der Hoeven (en 1988) qui attirèrent mon attention sur Marie-Jo Gobron. Son fils Jean-Noël m’annonce le décès de ce poète et collagiste effacée mais fière de son indépendance, tant dans son œuvre que dans sa vie. Nous lui tressons une couronne funèbre.

Le chanteur Wannes van de Velde 3, guitariste flamenco, écrivain, homme de théâtre et traducteur de Ghelderode, est décédé le 10 novembre (voir le blogue de la Fondation ça ira du 10 novembre : www.caira.over-blog.com). Il avait un lien posthume mais non moins tout particulier et solide avec Paul Neuhuys. Nous l’évoquerons dans le prochain bulletin.

*

Paul Neuhuys prédisait le règne de la sorcellerie électronique. N’hésitez donc pas à vous inscrire gratuitement à la newsletter de notre blogue : www.caira.over-blog.com (colonne de droite).

De plus, nous envisageons de publier une infolettre personnelle à l’attention de nos lecteurs. Afin de pouvoir vous l’adresser, veuillez communiquer votre e-mail à l’adresse suivante : hfj@skynet.be.

*

Bòna annada en provençal, bon any nou en catalan, pace e salute en corse, un an nou fericit, comme disent les Roumains.

Henri-Floris JESPERS

 

1  Henri-Floris JESPERS, Correspondance entre Neuhuys et Ghelderode, in Bulletin no 3, pp. 5-28; ‘Michel de Ghelderode et Paul Neuhuys: témoignages d’une amitié’, in Jan HERMAN, Lieven TACK, Koenaard GELDOF, Lettres ou ne pas Lettres. Mélanges de littérature française de Belgique offerts à Roland Beyen, Presses Universitaires de Louvain, Leuven, 2001, pp. 270-294.

 

2 Cf. Henri-Floris JESPERS, ‘Max Elskamp et Paul Neuhuys : correspondance inédite’, in Textyles no 22, pp. 67-81.

 

3 Cf. Bulletin no10, pp. 35-42.

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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 15:11

‘Michel de Ghelderode entre deux chaises’, tel est le titre de l’essai particulièrement éclairant de Roland Beyen que publie Romaneske, la revue de l’association des romanistes louvanistes (Vereniging van Leuvense Romanisten, VLR). Dissipant les malentendus, démythifiant et démystifiant les instrumentalisations hâtives ou partisanes, l’infatigable éditeur de la correspondance de Ghelderode esquisse avec une rigueur exemplaire la synthèse des rapports du dramaturge à la langue néerlandaise, aux littératures néerlandaise et française de Belgique et, pour terminer, au mouvement flamand et à la Belgique.

Beyen avance qu’il n’est pas impossible que le purgatoire que Ghelderode traverse en ce moment

soit dû partiellement à sa position d’écrivain “assis entre deux chaises”: il se peut que, suite à l’évolution de la Belgique, il déplaise aux Flamands pace que “Flamand de langue française” et aux francophones parce que son œuvre exalte trop la Flandre (du passé). Il est possible aussi que la publication de sa volumineuse correspondance et de ses articles et interviews parus jadis en néerlandais et/ou sous des pseudonymes, n’a pas arrangé les choses, d’autant plus que ses terribles diatribes anti-belges et ses diatribes anti-tout, tantôt cruelles comme son théâtre, tantôt amusantes, tantôt d’un primarisme horripilant, souvent blessantes, sont souvent citées hors de leur contexte, pour leur caractère sensationnel.

(À propos de Ghelderode, voir nos blogs des 10 octobre ; 5, 8, 10, 11 et 15 novembre.)
HFJ 

 

Romaneske, driemaandelijks tijdschrift, XXXIII (2008), 2. Benedict Vanclooster, Meibosstrat 23, B 8820 Torhout. benedictvanclooster@scarlet.be

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 21:07

Les diatribes viscérales de Paul Joostens contre toutes les formes d’ordre établi sont légendaires. Elles émaillent sa correspondance, font l’objet de grotesques qui témoignent souvent d’une belle envolée et nourrissent une rancœur rarement mâtinée d’ironie. L’establishment artistique, dont Joostens s’estime la victime, n’est jamais épargné.

Ite ad Jozef, un pamphlet datant de la fin des années trente, dirigé contre Jozef Muls, conservateur du Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers, en est un bel exemple.1

Cela n’empêche pas Joostens de rechercher avec acharnement la reconnaissance de cet establishment tant méprisé.

Paul Joostens dans les années 1930

Depuis la fin des années quarante, le Ministère de l’Instruction publique commanditait une série de Monographies de l’art belge, éditée par De Sikkel. Émile Langui, François Maret et Auguste Corbet siégeaient au comité de rédaction. Paul Joostens jugeait à juste titre inacceptable leur indifférence à l’égard de son œuvre. L’attitude de la direction-générale des Beaux-Arts était d’ailleurs depuis belle lurette une épine dans le pied du peintre.

Convaincu de l’influence de la presse, Joostens s’adresse en 1949 à Hubert Lampo, responsable  de la page culturelle du quotidien socialiste Volksgazet et, au début des années cinquante, à Alain Germoz, rédacteur au quotidien libéral Le Matin, qui mettront son œuvre en valeur.2

Considérant une monographie ‘officielle’ comme un brevet de reconnaissance, Joostens convainc Alain Germoz de s’ériger en redresseur de torts et l’envoie en éclaireur pour tâter le terrain. Le 1er novembre 1953, celui-ci fait savoir à Joostens

que le Ministère a établi sa liste pour les monographies futures et qu’il est imposscible d’y changer quoi que ce soit. L’année 1954 devra donc se passer d’un Paul Joostens. Ces messieurs ont de la fermeté — et l’air de savoir ce qu’ils veulent.3

Un an plus tard, une nouvelle offensive est amorcée. C’est en termes martiaux que Germoz se présente au rapport du peintre :

L’intérêt de la lutte gît dans le fait que les meilleures pièces font feu sur la seule cible qui subsiste et qui est non seulement inaccessible à l’art du précité mais lui est carrément hostile. L’entreprise ne sera donc pas facile.4

L’offensive se termina par une défaite.

J’espère que cela n’entamera pas plus le monde joostensien que le mien. Je ne dirai pas que je m’en fiche, au contraire, j’y trouve un stimulant pour déclencher une nouvelle offensive. Il s’agira cependant d’attendre (une fois de plus), de patienter. L’ennemi s’appelle Émile Langui.5 C’est le big boss de la collection des monographies et il te déteste. Il a en outre une phobie d’Anvers dont je ne connais pas les raisons. (Il me semble qu’il faut au moins être Anversois pour pouvoir exécrer cette ville comme il sied.) C’était le dernier obstacle à vaincre et il s’avère irréductible.6


Emile Langui, "l'ennemi"

Joostens était d’autant plus amer que ses cadets, surtout sa bête noire, Jan Vaerten, et des artistes tels Gaston Bertrand, Luc Peire, Rik Slabbinck avaient déjà eu droit à leur monographie, et que Marstboom et Lismonde étaient inscrits au programme...

En fin de compte, ce sera grâce aux efforts de Roger Avermaete que le comité de rédaction se décide enfin à inclure Joostens dans son programme. Celui-ci confie la rédaction de la monographie à Paul Neuhuys. En septembre 1957 il insiste de ne surtout pas s’inspirer de Corbet, auteur de la monographie sur Marstboom dans la même collection.7

Alain Germoz, à qui Joostens avait initialement confié cette tâche, n’avait pas été averti de ce revirement. Peu après le déménagement de Joostens vers la rue Vénus en août 1958, Germoz fut à sa grande surprise reçu sur le pas de la porte par un Joostens apparemment gêné et confus, prétextant une visite pour ne pas le recevoir. « Je me rendis immédiatement compte qu’il y avait anguille sous roche », témoignera Germoz.8

Le 19 novembre 1958, Alain Germoz adresse une lettre de mise au point au peintre :

Mon cher Paul,

J’apprends à l’instant que les patients efforts de Roger Avermaete et d’Alain Germoz n’ont pas été vains et que le Ministère se décide enfin à t’admettre — ce qu’il aurait dû faire depuis longtemps — dans sa collection de monographies.

J’apprends aussi — ou n’est-ce qu’une rumeur de méchantes langues ? — que ton choix pour le texte n’est plus le susnommé Germoz. Cela me surprend dans la mesure où je me trouve déjà engagé dans cette aventure — puisque j’ai fait les premières démarches, que je suis fréquemment et à diverses occasions revenu à la charge, et que, d’autre part, j’ai écrit un texte que tu as, il y a quelques années, lu et approuvé. Je croyais donc que ce n’était que partie remise — quitte à compléter le texte.

Où en sommes-nous à présent ? J’aimerais connaître ton point de vue.

En attendant le plaisir de te revoir, bien cordialement. 9

Joostens ne répondra pas…

La courte étude de Neuhuys paraîtra en 1961. Joostens n’aura pas eu la joie de voir paraître cette monographie tant espérée.

*
Alain Germoz nous a gracieusement autorisé à  publier le texte de sa monographie avortée que Joostens ‘avait accepté avec un brin d’enthousiasme puis s’est empressé de demander un texte à Neuhuys sans m’en informer’.

J'ai compris que Joostens ait préféré s'adresser à Paul Neuhuys, ce qui me paraissait logique, parce qu'ils se connaissaient de longue date, étant de la même génération. Il a voulu jouer sûr et lâcher le blanc-bec. Je ne lui en ai pas voulu pour ce choix,  mais pour m'avoir laisser faire, et lui-même faire semblant de m'accepter, alors qu'il savait déjà que ce serait pour rien. Lâcheté ? Ce n'est pas tellement son genre. Alors ? Hypocrisie, fausseté ? Cela lui  ressemble davantage. Le Temps passe, effaçant ces menus incidents. J’ai compris la raison de son choix, pas la manière et les rencontres hypocrites qui suivirent. 10

Le texte d’Alain Germoz paraîtra dans le numéro 36 du Bulletin (décembre 2008).


Henri-Floris JESPERS

 

1 Ce texte révélateur a été édité et daté par le poète Werner Spillemaeckers. Cf. Paul JOOSTENS, ‘Ite ad Jozef’, in Artisjok, I, 2, 30 avril 1968, pp.31-36; Werner SPILLEMAECKERS, ‘Datering van “Ite ad Jozef’, ib., pp. 36-39.

2 Henri-Floris JESPERS, ‘Lampo, Neuhuys & Joostens’, in Bulletin de la Fondation Ça ira, no 15, 3ème trimestre 2003, pp. 17-24 ; ‘Paul Joostens : « Le chef-d’œuvre est né. Alleluia », ib., no 18, 2ème trimestre 2004, pp. 2-38.

3 Lettre d’A. Germoz à P. Joostens, 1 novembre 1953. Collection privée, Hasselt.

4 Lettre d’A. Germoz à P. Joostens, 25 novembre 1954. Collection privée, Hasselt.

5 Émile LANGUI (1903-1980), conseiller artistique au ministère de l’Instruction Publique depuis 1938, terminera sa carrière comme administrateur-général des Beaux-Arts.

6 Lettre d’A. Germoz à P. Joostens, datée « Anvers et contre tous. ». Collection privée, Hasselt.

7 Lettre de P. Joostens à  P. Neuhuys, 30 septembre 1957.Collection privée, Bruxelles.

8 Témoignage oral d’A. Germoz,  11 février 2003.

9 Lettre d’A. Germoz à P. Joostens, 19 novembre 1958. Collection privée, Hasselt.

10 Lettre d’A. Germoz à Henri-Floris Jespers, 26 novembre 2008.

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 18:34

Tintin, Milou, le Roi... et moi.


Jan Bucquoy est sur le point de quitter la Belgique pour rejoindre la France.

Jan prétendra plutôt l’inverse et dira que c’est la Belgique qui le quitte. Ce pays, qui fut toujours sa principale source d’inspiration, semble au bord de l’implosion.

Toutefois, il emmène avec lui la Belgique : son départ est tout sauf une fuite, mais plutôt une internationalisation de son concept belge avant que la Belgique ne disparaisse.

La quête de l’identité belge a toujours été au centre du travail de Jan Bucquoy. Être belge... de quoi s’agit-il?
Les deux pieds sur terre et un sourire d’une oreille à l’autre, il s’attaque aux tabous, notamment belges. Son œuvre est fondé sur une rébellion, sur une insatisfaction quant au fonctionnement de notre société, au comportement humain dans une société moderniste. Homme de spectacle, Jan Bucquoy n’a jamais hésité à énoncer son mécontentement à sa façon.

Quel endroit se prête mieux que les Marolles pour faire cette exposition? Ce quartier, populaire avant tout, avec son caractère nettement Bruxellois (et alors aussi un peu belge), avec sa Place du Jeu de balles, où l´on peut facilement s’imaginer Tintin à la recherche de l’aventure et où l´on pourrait, aprèsavoir fureté, encore trouver un slip de Baudouin.Le 12 décembre Jan Bucquoy nous a promis une vraie soirée belge (à partir 18h30) avec des bières locales et des amuses-bouches offerts par le restaurant le  de plus belge de Bruxelles: le ´Restobières´.

 

La galerie [mana.art] se réjouit déjà de vous accueillir pour cette exposition personnelle de Jan Bucquoy du 12 décembre 2008 au 11 janvier 2009, rue de Renards, 28 BXL.

 

Jan Bucquoy et Henri-Floris Jespers, 20 september 2007

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 19:41


Éditée à Montréal par Pierre Boulay et Gilles Petitclerc, La Tortue-lièvre publie le poème de Paul Neuhuys spécialement composé pour l’ouverture de l’exposition de papiers collés (1920-1957) de Paul Joostens à la galerie Saint-Laurent à Bruxelles en septembre 1957. Ce poème que Joostens aimait beaucoup est repris dans le catalogue de l’exposition ainsi qu’un texte de Jean Dypréau, Secteur dada. Placé en tête du Bulletin ça ira 18 (2ème trimestre 2004), il introduit un dossier consacré à cette exposition de Joostens.

 

Paul Joostens

 

Sa répugnance au pacte conjugal

cette concession à perpétuité.

Il me montre un tableau

qui représente une chambre à coucher

où le lit nuptial est remplacé par une souricière

et me lit des fragments de son Tagebuch :

le journal d’un sexe âge et nerfs.

 

Un ange de Memling

l’attend dans l’ascenseur de l’Innovation

et il existe au rayon des jouets

de ces objets exquis qu’on appelle poupées.

 

Père d’Ogive

Roi de Poeseloesie

C’est un enfant de colère.

 

La Tortue-lièvre fut le Bulletin de la galerie Lumière Noire jusqu'en avril 1996. Ouverte en 1991, la galerie sera un haut-lieu de diffusion du surréalisme et du mouvement Phases au Québec, accueillant entre autres Jean-Louis Bédouin, Anne Éthuin, Édouard Jaguer et Jean-Claude Charbonel. Après la fermeture de la galerie, la revue ‘continue à galoper, trotter ou trottiner, suivant son humeur du moment’. Elle explore tous les chemins de la poésie, et le ‘surréalisme est dans ses territoires de promenade’.

Dans le même numéro, des textes de France Elysées, Madeleine Novarina, Gabriel & Marcel Piqueray, Gilles Petitclerc, Octavio Paz, Jean-François Chabrun, Artur Cruzeiro Seixas, Yves Elléouët et Édouard Jaguer ainsi que des illustrations d’Osvaldo Borda, Lubomir Kressa, Jacques Halpern, Tony Pusey, Adrien Dax, Roland Giguère, Mário Henrique Leiria, Amparo Segarra, Jacques Matton, Václav Tikal, Aline Gagnaire et Wifredo Lam. En couverture, un dessin de Perahim.

HFJ

 

La tortue-lièvre, no 67 (Vol. XIV, no 2), avril 2008, 18 p. ISSN 1201 - 5482

2075, av. Lincoln, app. 9, Montréal (Québec) H3H 1J1, Canada.

tortue.lievre@sympatico.ca

Jacques Matton (1939-1969), Sans titre, dessin, 1964

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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 17:12


Il y a un an, le 15 décembre 2007, Henri Chopin donnait au Palais des Beaux-Arts une performance mémorable, qui allait aussi être sa dernière apparition publique. Décédé deux semaines plus tard à l'âge de 85 ans, Chopin laissait derrière lui un corpus énorme, constitué d'enregistrements, d'œuvres graphiques, d'écrits, de films et d'innombrables publications issus de sa double activité d'artiste et d'éditeur. Né en 1922 à Paris, il était l'un des fondateurs de la poésie sonore et une véritable légende, ayant traversé le XXe siècle et ses avant-gardes avec une vitalité sans égal. Explorateur de l'univers sonore de la voix et du corps par l'enregistrement et l'amplification, Chopin aura aussi publié les œuvres de Burroughs, Hausmann, Gysin, des membres de Fluxus et de beaucoup d'autres.
Commandé par Chopin lui-même, qui en avait d'avance décidé la longueur (plus de 3 heures!), le film de Frédéric Acquaviva et Maria Faustino De Henri à Chopin, le dernier pape se présente comme un témoignage sur les diverses activités de l'artiste, que l'on retrouve en performance dans des lieux institutionnels ou underground, chez lui en train de créer ses dernières œuvres plastiques, en interview à l'hôtel, dans une galerie qui accueille une rétrospective de son œuvre...

Un hommage à l'un des poètes majeurs du XXe siècle, qui jusqu'à son dernier souffle aura gardé l'énergie de la jeunesse.

 

Palais des Beaux-Arts, rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles

18 décembre, 19h30

Tickets : 5 €.

Voir sur ce blog :

Hommage à Henri Chopin, 27 janvier

2002: Chopin à Beaubourg, 27 janvier

Chopin à Bruxelles, 28 janvier.

Chopin: Nul n’est prophète en son Paris, 28 janvier.

Henri Chopin: Paul Neuhuys, Ça ira and Dada (9 livraisons parues entre le 14 mai et le 1er juin).

La poésie sonore d’Henri Chopin fut bel et bien révolutionnaire, 11 juin.

Mosaïque pour un chaman, 14 juillet.

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