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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 19:53

Il faut être reconnaissant à René Fayt, conservateur honoraire de la Réserve précieuse des bibliothèques de l'Université Libre de Bruxelles, d'avoir réuni et présenté les lettres (1922-1934) de Pascal Pia (1903-1979) à Franz Hellens (1881-1972). Fourmillant d'allusions au Disque vert, aux titres qui l'ont précédé ou suivi, ainsi qu'à leurs nombreux collaborateurs, cette correspondance éclaire tout particulièrement l'étendue du réseau littéraire du jeune Pascal Pia et le fonctionnement de celui de Franz Hellens. Mais surtout, comme René Fayt en émet le souhait dans son « Liminaire », ces missives permettent « de mieux connaître la déconcertante et séduisante personnalité de l'auteur [...], l'énigmatique Pascal Pia ».

*

Contrairement à ce que suggère René Fayt (p. 14), ce n'est pas par son ami Eddy du Perron (1899-1940) que Pia fit la connaissance de Paul Neuhuys (1897-1984) et qu'il collabora à Ça ira. En effet, les premiers contacts de Pia avec Ça ira datent de septembre 1921, et la première rencontre de Pia avec Du Perron se situe en mars ou avril 1922. En fait, Pia connut Paul Neuhuys à Anvers en septembre 1921 et collabora à Ça ira, dont il sera le dépositaire à Paris à partir du numéro 17 (mars 1922). Mais ce fut en effet grâce à Du Perron que Pia connut Paul van Ostaijen (1896-1928) « un sympathique poète, de nationalité belge et de langue batave ».

*

Les lettres de Pia à Paul Neuhuys (1897-1984) sont inédites à ce jour. Antérieures à celles adressées à Hellens, ces longues missives sont révélatrices à plus d'un titre. Elles expriment non seulement des opinions critiques tranchées sinon acerbes sur les contemporains, mais nous renseignent également sur les sujets qui occupent Pia en 1921-1922 (le tabac et ses usages, le Pimandre, Basile Valentin, Bernard le Trévisan, Brunetto Latini, Pic de la Mirandole, Marsile Ficin, Paracelse, Jérôme Cardan, les vieux alchimistes et astrologues, les romanciers érotiques romains...) .

Il y est aussi question – comme dans la correspondance éditée par René Fayt – du projet de publier Poétariat ou L'immorale Vie de Safran Corday de René Edme aux éditions Ça ira. Après la mort de ce poète, sa femme demanda que le livre ne parût point. Il fut fait selon sa volonté et elle détruisit le manuscrit original. C'est à Georges Schmits que nous devons la publication de ce texte aussi remarquable qu'encore largement ignoré. (René EDME, Poétariat ou L'immorale Vie de Safran Corday. Avant-propos par Georges Schmits. Préface par André du Bief. Éditions Complément [Complément à la bibliothèque de Pascal Pia], s.l., 1982. Tirage: trente exemplaires sur Hollande van Gelder et nonante exemplaires sur papier offset.)

*

Les 38 missives de Pascal Pia à Maurice van Essche (1890-1964), échelonnées du 7 septembre 1921 au 20 janvier 1923, sont conservées aux Archives et Musée de la vie culturelle flamande (Letterenhuis-AMVC) à Anvers. Les douze lettres à Paul Neuhuys (échelonnées du 7 septembre au 27 mars 1974) reposent dans les archives de la Fondation Ça ira. L'AMVC conserve également les copies de 35 lettres de Van Essche à Pia. Je n'ai pas encore localisé les lettres de Neuhuys à Pia. C'est là le chaînon manquant. La publication de ces correspondances, à laquelle nous nous attachons, permettra de déterminer de manière décisive la chronologie exacte des contacts de Pia en Belgique.

*

Publiant et annotant avec toute l'érudition que nous lui connaissons les lettres de Pia à Hellens, René Fayt contribue à éclairer le rôle de passeur de Pia, Satrape du Collège de 'Pataphysique, personnage combien attachant, joyeusement mystificateur, intellectuel intransigeant mais effacé, et qui a – je dois le reconnaître – toujours hanté mon imaginaire. Ami de Malraux, de Du Perron et de Camus, loin des feux de la rampe, il incarne toute la rigueur détachée qu'exige la passion de la littérature – maîtresse ingrate et implacable dont il ne faut attendre aucune faveur.

Henri-Floris JESPERS


Pascal PIA, Au temps du Disque vert, lettres à Franz Hellens (1922-1934). Texte établi et présenté par René FAYT, Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC), s.l., 2006, 108 p., 20 €. ISBN 2 – 908295-80-6.

Quelques repères:

À propos de Pascal PIA:

Georges SCHMITS, 'Pascal Pia et la Belgique', in: Jean-José MARCHAND, Marcel ARLAND, Marc BERNARD et al., Pascal Pia, Paris, Les Lettres Nouvelles Maurice Nadeau, 1981, pp. 31-58.

À propos de Maurice VAN ESSCHE:

Henri-Floris JESPERS, 'Maurice Van Essche. Dossier provisoire', in: Bulletin de la Fondation Ça ira, no 22, 2ème trimestre 2005, pp. 9-42.

Henri-Floris JESPERS, 'Maurice Van Essche. Dossier provisoire (II)', in: Bulletin de la Fondation Ça ira, no 24, 4ème trimestre 2005, pp. 2-37.

À propos d' E. Du Perron:

Henri-Floris JESPERS, 'Du Perron à Bruxelles', in: Bulletin de la Fondation Ça ira, no 23, 3ème trimestre 2005, pp. 1-5.

Kees SNOEK, 'Eddy du Perron et Odilon-Jean Périer: un réseau de relations littéraires dans les années folles', in: Bulletin de la Fondation Ça ira, no 23, 3ème trimestre 2005, pp. 6-35.

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 17:30

Amie de longue date du peintre Dan van Severen, Lucienne Stassaert consacra un cycle de poèmes aux dessins de Van Severen, intitulé “Al nader en nader” (Lucienne Stassaert, Afscheidsliedjes, Leuven Uitgeverij P, 2001), dont la traduction française a été publiée dans le Cahier international de littérature Archipel (no 15, 2000).

 

Plus dénué, dénudé

 

Il situe le temps

sous le signe

d'une croisée

 

s'assure

de la liberté

et cède à la lumière

 

l'échappée dépouillée

d'un blanc silence

qui le met en mouvement

 

*

Comment à plusieurs reprisess

sa main, hésitante,

ouvre l'espace

 

découvre la trace d'un signe

enfin

l'inexprimable

 

habite la blancheur

avant de se lover, toujours plus absent,

sur un inéluctable point de fuite

*

Dan, parmi le deuil

d'une paix perdue

ce qui, vivace

 

se retire

contient un signe

qui se déride, cruciforme

 

dans tes mains,

jusqu'à atteindre

la limite de ta vie

 

afin de léguer sa qualité

dans une abondance

d'absence

 

l'affranchir

de tout ce qui lie

à la douleur la vacuité

 

Lucienne STASSAERT

(traduction du néerlandais: Henri-Floris Jespers)

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 05:36

On doit toujours s'excuser de parler peinture.

Paul Valéry

 

Le décès de Dan van Severen a été annoncé le dimanche 15 février. Né le 8 février 1927 à Lokeren, Van Severen a étudié la peinture à l'école Sint-Lucas de Gand pendant la seconde guerre mondiale, avant de poursuivre ses études à l'Institut des Beaux-Arts d'Anvers. Dans les années 1950, il réalisa un grand nombre d'œuvres, où dominent les teintes de gris sur des fonds bleus ou bruns. Son vocabulaire pictural était basé sur les formes géométriques simples: carrés, rectangles, ronds, ovales. Co-fondateur du groupe Hessenhuis-G58, Dan Van Severen a ensuite vécu à Bruges et à Gand, où il a enseigné la peinture à Saint-Luc (Benoît van Innis sera l'un de ses disciples). Ses fils ont eux aussi choisi une carrière artistique. Maarten (1956-2005) était concepteur de meubles et architecte d'intérieur, tandis que Fabian est designer.

*

Olivier Duquenne souligne:

À l’instar de Malevitch, l’art abstrait de Dan Van Severen se transforme en degré zéro des formes, il dépasse l’horizon pour aller vers l’évidence d’un monde d’inspiration suprématiste, libéré des diktats des objets. Tous les pionniers de l’art abstrait, Kandinsky, Mondrian ou Malevitch, étaient à leur façon des mystiques. Ils accordaient à l’art une valeur éthique qui confinait à la transcendance. Ainsi, pour Dan Van Severen, c’est la pureté géométrique des formes qui nous guide vers la contemplation du Beau idéal. Le peintre nous montre l’invisible comme le poète narre l’indicible.

Peintre érudit, Van Severen se plaisait à citer Paul Klee: “L'art ne représente pas le visible, il rend visible”.

*

Dans les années soixante, j'ai assisté en compagnie du poète Hugues C. Pernath (1931-1975) à de nombreux vernissages de Dan Van Severen, Mark Verstockt et Guy Vandenbranden qui, formant une équipe informelle mais cohérente, se manifestaient régulièrement en Belgique et aux Pays-Bas. C'était l'époque effervescente et sémillante des pollinisations croisées, des galeristes éclairés pour lesquels un succès d'estime comptait autant sinon plus qu'un succès commercial, l'époque des échanges d'idées stimulants et enthousiastes, des vernissages festifs, exubérants et roboratifs.

Établissant sa réputation d'artiste majeur, Van Severen participe à la Biennale de Saô Paulo (1967), à Dokumenta (1968) et la Biennale de Venise (1970). Jan Hoet et Yves Gevaert furent les curateurs de la première rétrospective itinérante de l'œuvre de Van Severen (1982, Gand, Eindhoven, Amsterdam).

*

Les dessins de Dan Van Severen se distinguent par un dépouillement sévère. Renonçant à toute couleur et à tout artifice, l’artiste s’attachera et s’attaquera avec une extrême rigueur à la seule pureté d'un trait furtif de crayon ou de fusain sur le papier vierge.

Le trait peut sembler précis, il procède d’une hésitation comme égarée dans le grain du papier. Le geste peut sembler définitif, il naît d’une (in)certitude à la fois dévastatrice et obsédante. Posée, supposée et proposée, la ligne est tracée à l’infinitif : toutes formes conjuguées et regroupées.

*

Dan Van Severen réalisa de nombreux livres d'artistes, entre autres avec Lucienne Stassaert, Leonard Nolens et Roland Jooris. Signalons enfin les publications initiées par Jean Marchetti: Signes et mots (2002), La croisée des chemins (2002) et Lignes (2007).

Henri-Floris JESPERS

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 04:27

Dans la foulée des notes de lecture à propos du livre de Mélanie Alfano (cf. Bulletin 36, pp. 41-44), c'est au tour de René Fayt d'évoquer La Lanterne sourde, ce mouvement artistique et littéraire en prise directe avec son temps (1921-1931).

Durant les années folles, surtout dans les milieux d'avant-garde, des liens étroits se tissèrent entre les lettres française et néerlandaises de Belgique. Il n'est donc pas étonnant de rencontrer ici Paul van Ostaijen, l'un des directeurs des Compagnons de la Lanterne Sourde.

Marcel Lecomte se souviendra jusqu'à la fin de sa vie de l’effet de surprise produit par Van Ostaijen chantant ses poèmes lors de sa conférence à La Lanterne Sourde sur « Le renouveau littéraire en Belgique ». Henri-Floris Jespers évoque également la critique désinvolte d'Odilon-Jean Périer consacrée à l'anthologie Poètes belges d'Esprit Nouveau (1924), composée par Paul Vanderborght, ainsi que la conférence sur Max Elskamp que Paul Neuhuys prononça à la tribune de la Lanterne sourde en 1929. Enfin, Jespers signale des publications récentes qui éclairent les réseaux littéraires de ces passeurs infatigables et éclairés que furent Pascal Pia et Franz Hellens, tous deux liés d'amitié à Paul Neuhuys.

Dans son livre L'Art, un sens à la vie (cf. Bulletin 36, pp. 39-41), Yves Bossut relate une visite effectuée au domicile des Scutenaire. Soulignant combien le souvenir peut être tronqué par le temps, Philippe Dewolf apporte une correction significative à ce témoignage évocateur des rites secrets de l'auteur d' « Une force sans justice ».

Nele Bernheim, historienne de la mode, souligne l'importance de la Maison Norine, l'incontestable précurseur de la mode d’avant-garde belge, qui à partir des années 1980 acquit une notoriété mondiale. « Aucun récit sur la relation entre l’art et la mode ne peut être considéré comme complet sans Norine. »

Durant les roaring twenties, la Maison Norine fut en effet un haut-lieu de convergence artistique. Simone Périer souligna en 1969 que la couturière Norine, compagne du flamboyant Paul-Gustave Van Hecke,

Elle la première, et seule, s'est rebellé contre cette intégrale servitude […] aux couturiers parisiens. […] Chaque collection de Norine est une création personnelle, une œuvre originale... et tout comme l'on reconnaît une robe de Patou, de Chanel ou de Lanvin on se mit aussi à reconnaître une robe de Norine.

Nele Bernheim est historienne de la mode. Ayant obtenu un Masters à la Fashion Institute of Technology de New York, elle prépare une thèse intitulée Couture Norine, Brussels : The Embodiment of the Avant-Garde, 1916-1952. Ses recherches bénéficieraient grandement de tout apport d’archives et de créations de la maison Norine. Toute personne disposant de quelque matériel pertinent est priée de la contacter à info@nelebernheim.org.

*

Nele Bernheim rend également justice à Van Hecke, inspirateur en premier, père spirituel et inventeur du style de Norine. Personnage plus grand que nature, incarnant toutes qualité et tous les défauts des gay twenties, affairiste et généreux, Van Hecke fut également un grand passeur devant l'éternel. Directeur des revues Het roode Zeil, Sélection et Variétés, homme de théâtre et poète animateur de l' Atelier d’Art contemporain Sélection, cet inlassable propagandiste des peintres expressionnistes flamands sera épaulé dans ses entreprises, dans les années vingt, par son ami André de Ridder.

Paul Neuhuys se souviendra des années folles comme des plus belles de sa vie. Dans ses mémoires, il souligne que ce fut Georges Marlier qui l'introduisit à Sélection.

Plutôt qu’un mouvement, la revue Sélection me paraissait destinée à défendre les intérêts de collectionneurs.

Le plus beau souvenir de mon passage à Sélection fut aussi un pèlerinage, mais non littéraire cette fois, un pèlerinage vers une colonie d’artistes, ceux qu’on appelle le groupe de Laethem : Permeke, De Smet et Van den Berghe. Je me revois à la kermesse du village d’Afsnee, pleine de villageois endimanchés, De Smet dans sa vareuse de laine blanche à col roulé, sa tenue de canotier sur la Lys. Il y avait là le comité de rédaction de Sélection, dont je faisais partie, au complet : Van Hecke, De Ridder, Mesens, Marlier…

De dandy à dandy, Neuhuys adresse le 18 août 1926 un exemplaire de son roman Les dix Dollars de mademoiselle Rubens à Paul-Gustave van Hecke, orné d’un quatrain :

Comme on donne aux pauvres enfants neurasthéniques

un ours articulé, un lapin mécanique

si je vous adresse un de ces livres, ce n’est que

pour mon plaisir et non pour le vôtre, Van Hecke !

  Pégé interpréta cet envoi au pied de la lettre et ne prit pas la peine de découper son exemplaire...

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 00:19

Le mercredi 8 avril, Nele Bernheim et les frères Luc et Thierry Neuhuys ont présenté le 37e numéro du Bulletin de la Fondation ça ira à la Fleur en papier doré à Bruxelles.

Introduisant Nele Bernheim (cf. le blogue du 30 mars), Luc Neuhuys rappela que ce fut il y a un peu plus de 59 ans, le vendredi 13 janvier 1950, que le légendaire Geert Van Bruaene, tenancier de la Fleur en papier doré, assista à la représentation du Soleil noir.

Il était venu à Anvers avec son ami Camille Goemans pour assister à la création de la pièce de mon père que j'avais mise en scène au Théâtre du Foyer. Étudiant à l'ULB à l'époque j'ai revu quelques fois Geert Van Bruaene pour lui remettre, de la part de mon père, des livres, ou inversement pour ramener des livres de Bruxelles à Anvers … Je me souviens d'un homme aussi véridiquement discret que sincèrement chaleureux.

Consacré à la Maison Norine (1916-1952), un haut-lieu de convergences artistiques durant les années folles à Bruxelles, l'exposé de Nele Bernheim, historienne de la mode, fut suivi avec attention par un public averti.

Nele Bernheim s'est attachée à cerner les synergies qui se sont opérées dans la création du style Norine. Grâce à des recherches têtues et approfondies, en Belgique et aux États-Unis, Nele Bernheim a réussi à mettre méticuleusement en carte le réseau des collaborations artistiques qui créèrent l'image de marque de la Maison Norine et, plus particulièrement, les apports multiples de René Magritte.

Remerciant l'orateur, Thierry Neuhuys évoqua le caractère inédit des révélations de Nele Bernheim qui constituent une contribution décisive à l'histoire de la mode, une discipline par trop négligée en Belgique. En conclusion, il présenta le sommaire du Bulletin 37.

Nele BERNHEIM, Norine Couture, Bruxelles: L’art dans la mode, la mode dans l’art.

René FAYT, Paul Vanderborght et le mouvement de « La Lanterne sourde ».

Henri-Floris JESPERS, Quelques digressions à propos de La Lanterne sourde.

Philippe DE WOLF, Vétilles.

Henri-Floris JESPERS, In memoriam Wannes van de Velde; obiit Dan Van Severen.

Notes de lecture

Pascal PIA, Au temps du Disque vert. Lettres à Franz Hellens (1922-1934). Texte établi et présenté par René FAYT.

F. DASSETTO et G. HERMANT (eds), Eddy Du Perron. Un écrivain néerlandais à Gistoux dans l'entre-deux-guerres 

Manu VAN DER AA, Ik heb de liefde liefgehad. Het leven van Alice Nahon.

En bref

Jean DYPRÉAU, La lueur des mots.

Mark VERSTOCKT, La genèse de la forme.

Parmi le nombreux public: Werner Adriaenssens (Musées royaux d'Art et d'Histoire), Ray van Asten, Jan en Klaartje Bernheim, Mike Carremans, Nadine Chanvillard, Simon Delobel (Verbeke Foundation), Marie-Jeanne Dypréau, René Fayt (conservateur honoraire de la Réserve précieuse des bibliothèques de l' ULB), Christiane Geurts-Krauss, Christian van Haesendonck, Frank Hendrickx (Galerie ArteVentuno), Christa Huijgens (vzw Geert van Bruaene), Henri-Floris Jespers (Centrum voor Documentatie & Reëvaluatie), Jeanine Lambrecht (prof. ém. VUB), Claudine van Laer (asbl Le petit Gérard), Paula Mortelmans (Parlement flamand), Francis Mus (KUL),Christine Neuhuys (Fondation ça ira), Peter Pauwels, Emmanuel van de Putte (CEFF-SFV), Hans Rombaut (Nationaal Biografisch Woordenboek), Robin de Salle (président de l'asbl Le petit Gérard), Rik Sauwen (Bulletin ça ira), Sergio Servellón (Musée Felix de Boeck), Jan Struelens, Koen de Visscher (société coopérative Het Goudblommeke in papier), Arnout Wouters (société coopérative Het Goudblommeke in papier).

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 06:47



Dormir


Dormir dormir à la fois bien et mal –

Notre lit est le train qui de nuit glisse

À travers des pays marqués sur nulle carte –

Le Grand Inconnu plus fort que Fantômas

A maquillé les numéros des wagons

Pour le compte du redoutable patron

Qui attend à la prochaine station:

L'inquiétude pour le jour de demain.


Si tu cries nous sommes perdus –

Laisse ma main débloquer les freins –

Nous glissons

Nous passons

À côté du wagon blanc fantôme

Des West-Indian-Bananas

Perdu sur la voie du Nord

C'était ainsi prévu par le Maître –

Faisons semblant de dormir

Le bonheur est au bout du sommeil

Le train est à bout de tout –

Ma main qui a froid et qui sent la nuit

D'avoir travaillé dehors

Se repose sur ta hanche.

Paul-Gustave VAN HECKE

(Poèmes 1920-1923, p. 71.)

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 06:27

Paul-Gustave van Hecke inspirateur en premier, père spirituel et inventeur du style de Norine”, dédia son recueil Poèmes 1920-1923 (Anvers, éditions Sélection, 1924) à sa compagne Norine. Tout comme comme Paul Joostens et Paul van Ostaijen, Van Hecke était entiché du septième art. Van Ostaijen n'aimait pas Van Hecke. Il le considérait comme un “agioteur littéraire” et s'exclamera en conclusion de sa critique particulièrement acerbe de Poèmes 1920-1923: “À bas le modernisme métèque” (Vlaamsche Arbeid, XV, 1, janvier 1925, pp. 30-34).

Le poème “Cinéma” (pp. 90-91) est prémonitoire: après la Seconde Guerre mondiale, Van Hecke lancera le Festival du Cinéma de Bruxelles et sera distributeur de Pathé en Belgique.


Cinéma

Mes parents

Plus que moi fervents

Des épisodes par kilomètres

En veulent pour leur argent

Et ainsi respectent leur habitude et la mienne

En m'emmenant dormir au cinéma.


Soudain

Enfin

Dans ma boîte crânienne

Au milieu de la séance

Aiguë jouissance

J'ai mal à l'imagination

Déclic de silence

Dans ma tête à l'abandon -

Le dernier film remue

Buées et vibrations perdues

Dans le gris de mes yeux

Qui plus loin que l'écran

Sont déjà avec eux:

Agfa

Ali-Baba

Monte-Cristo

Charlot

Keraban

Nick Carter

Fatty

Caligari

Tom Mix

Le siffleur tragique

Le grand inconnu

Le maître du rail

La terre du diable

Marianne la femme aux seins de cuivre

Ou l'empoisonnement par le vert-de-gris

Et la main coupée pour la bague-mystère

Qui toute la nuit dernière

A tracé des mots animés

Sur mon sommeil agité -

Cinéma cinéma cinéma Pathé!

Paul-Gustave VAN HECKE

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 03:46

Le Petit Gérard et Ça ira ont le plaisir de vous inviter

à la présentation du 37e numéro du Bulletin de la Fondation Ça ira

le mercredi 8 avril à 18h à

La Fleur en Papier doré,

53-55 rue des Alexiens, 1000 Bruxelles.

Programme:

Bienvenue au nom de l'asbl Le Petit Gérard: Robin de Salle, président.

Présentation du Bulletin de la Fondation Ça ira: Luc et Thierry Neuhuys

Henri-Floris Jespers introduit Nele Bernheim:


Norine Couture, Bruxelles: L'art dans la mode et la mode dans l'art“



Nele Bernheim, historienne de la mode, souligne l'importance de la Maison Norine, l'incontestable précurseur de la mode d’avant-garde belge, qui à partir des années 1980 acquit une notoriété mondiale.

« Aucun récit sur la relation entre l’art et la mode ne peut être considéré comme complet sans Norine. »

Durant les roaring twenties, la Maison Norine fut en effet un haut-lieu de convergence artistique. Simone Périer souligna en 1969 que la couturière Norine, compagne du flamboyant Paul-Gustave Van Hecke,

Elle la première, et seule, s'est rebellé contre cette intégrale servitude […] aux couturiers parisiens. […] Chaque collection de Norine est une création personnelle, une œuvre originale... et tout comme l'on reconnaît une robe de Patou, de Chanel ou de Lanvin on se mit aussi à reconnaître une robe de Norine.


Nele Bernheim rend également justice à Van Hecke, inspirateur en premier, père spirituel et inventeur du style de Norine. Personnage plus grand que nature, incarnant toutes qualité et tous les défauts des gay twenties, affairiste et généreux, Van Hecke fut également un grand passeur devant l'éternel. Directeur des revues Het roode Zeil, Sélection et Variétés, homme de théâtre et poète animateur de l' Atelier d’Art contemporain Sélection, cet inlassable propagandiste des peintres expressionnistes flamands sera épaulé dans ses entreprises, dans les années vingt, par son ami André de Ridder.

Nele Bernheim est historienne de la mode. Ayant obtenu un Master à la Fashion Institute of Technology de New York, elle prépare une thèse intitulée Couture Norine, Brussels : The Embodiment of the Avant-Garde, 1916-1952. Ses recherches bénéficieraient grandement de tout apport d’archives et de créations de la maison Norine. Si vous disposez de quelque matériel pertinent, prière de la contacter via internet info@nelebernheim.org.


Norine et Paul-Gustave van Hecke, 1962


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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 19:12


Eddy du Perron (1899-1940), écrivain d'une stature internationale né aux Indes néerlandaises; séjourna pendant quelques années, entre 1926 et 1932, au château de Gistoux qu'il évoquera dans son ouvrage majeur, Het land van herkomst (traduction française: Le pays d'origine, Paris, Gallimard, 1980). Pascal Pia lui rendit visite en 1927. Il lui adressera le poème suivant:

De Gistoux si j'étais le maître,


J'entretiendrais vingt compagnons:

On regarderait les veaux paître,

On chercherait des champignons,

On entendrait des philosophes;

Puis quelques dames théosophes

Embelliraient notre souper.


J'aurais, de papa, l'ectoplasme

Déposé comme un cataplasme

Sur le rebord du canapé.

Les armoires seraient hantées,

Le parquet craquerait souvent,

Les dames seraient éhontées;

Les philosophes, décevant

Les espoirs universitaires,

Tiendraient, dans leurs barbes austères,

Des propos, de sens dépourvus.

On parlerait de fouterie,

De nèfles, de menuiserie;


On se noierait dans l'imprévu.

Des discours bannissant l'emphase,

Pour ne point sentir l'avocat,

On composerait mal ses phrases,


On avalerait l'avocat

En même temps que ses syllabes.

On aurait des chevaux arabes

Et des juments de percherons

Qu'on prendrait en photographie

Après leur avoir lu Sophie

Arnould et le Décameron.


Commentant ce poème cité par Du Perron dans une lettre du 30 août 1930, Kees Snoek, le biographe de Du Perron (Kees SNOEK, E. du Perron, het leven van een smalle mens, Amsterdam, Nijgh & Van Ditmar, 2005, 1245 p.), nous apprend qu'il est né de l'histoire qu'avait racontée Du Perron à Pia concernant une voyante dont le talent avait produit une vive impression à Gistoux. L'avocat dont il est question se réfère aussi bien à la profession qu'à la liqueur à base de jaune d'œuf qui porte ce nom aux Pays-Bas et en Belgique flamande. C'était l'alcool préféré de la mère d'Eddy, Marie Mina Madeline du Perron-Bédier de Prairie. Pascal Pia parle dans une lettre de la fantaisie et de la liberté d'expression qui étaient habituelles dans l'entourage de Du Perron. Il fait état de la poésie libertine ou franchement pornographique qu'Eddy aimait écrire pour amuser ses amis, comme par exemple ses « Stanza's voor Sofie » (« Strophes pour Sophie »), auxquelles Pia semble faire allusion dans l'avant-dernier vers de son poème. 

Je me permettrai toutefois de suggérer que Pia fait ici bel et bien état de la cantatrice et actrice Sophie Arnould (1740-1802), célèbre par son esprit remarquable et ses bons mots, dont Albéric Deville a fait un recueil: Arnoldiana, ou Sophie Arnould et ses Contemporaines. Recueil choisi d'Anecdotes piquantes, de Réparties et de bons Mots de Mlle Arnould; précédé d'une Notice sur sa Vie et sur l'Académie impériale de Musique (1813); les frères Edmond et Jules de Goncourt l'utilisèrent largement pour leur livre Sophie Arnould : d'après sa correspondance et ses mémoires inédits (1893).

*

Le château de Gistoux fut en effet, pendant quelques années, une plaque tournante, un lieu de rencontre entre les éléments avancés de la littérature française et néerlandaise, tout comme la Taverne du Passage (Cf. Saskia DE BODT et Frank HELLEMANS, Taverne du Passage. Nederlandse schilders en schrijvers in België, Rekkem, Ons Erfdeel, 2006, 123 p.) Du Perron reçut à Gistoux le gratin des écrivains néerlandais de l'époque: Rein Blijstra, Menno ter Braak, Anthonie Donker, Jan Greshoff, Hendrik Marsman, Adriaan Roland Holst, Jan Slauerhoff, Simon Vestdijk, Constant van Wessem ainsi que le poète flamand Jan van Nijlen, sans oublier, bien sûr Franz Hellens et Paul Méral, ce Casanova sans scrupules, pittoresque aventurier des lettres évoqué par Hellens dans son roman Moreldieu (1946) sous le nom de Morel (Hellens se met en scène sous le nom de Genevoix, Du Perron y figure sous les traits de Le Breton). Et sans oublier non plus Carl Willink, peintre constructiviste avant de s'affirmer tête de file du réalisme magique néerlandais. Tous ces personnages figurent dans: Eddy Du Perron. Un écrivain néerlandais à Gistoux dans l'entre-deux-guerres, publication exemplaire du Cercle Historique de Chaumont-Gistoux.

Kees Snoek, professeur de langue et civilisation néerlandaises à la Sorbonne et Philippe Noble, directeur du Réseau Franco-Néerlandais de l'enseignement et de la recherche au pôle universitaire de Lille Nord/Pas-de-Calais, ont collaboré à cet ouvrage; Felice Dassetto, professeur émérite à l'UCL et Geneviève Hermant, en collaboration avec Monique et Maurice Jamar, les actuels propriétaires du château, évoquent avec précision la mémoire de Du Perron à Gistoux; quant à Francette Masset, elle évoque les amis de Du Perron à Gistoux. Signalons enfin l'interview combien révélatrice de Jan Grootaers (°1921), ancien professeur à la faculté de Théologie de la KULeuven, dans laquelle il souligne combien Du Perron a aidé, à maints égards, sa génération à se détacher du poids des traditions et des institutions.

Henri-Floris JESPERS


Felice DASSETTO et Geneviève HERMANT (eds), Eddy du Perron. Un écrivain néerlandais à Gistoux dans l'entre-deux-guerres, Actuel / Cercle Historique de Chaumont-Gistoux, 2008, 114 p., ill., ISBN: 978-2-87302-065-1.

Cercle Historique de Chaumint-Gistoux, rue d'Inchebroux, 2, B 1325 Chaumont-Gistoux.


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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 16:24

À l'invitation de la Lanterne sourde, Paul Neuhuys fit le 28 octobre 1929, à la Maison des Artistes, 19, Grand' Place à Bruxelles, une conférence sur 'Max Elskamp ou La poésie est un jeu dangereux'. Ce n'était pas la première fois qu'il occupait cette tribune.

De retour d'Egypte, Paul Vanderborght l'avait relancé:

Je vous demande donc de ne pas oublier la promesse que vous m'avez faite de consacrer une conférence jeune et vivante, digne de vous et du poète anversois, à Max Elskamp. Seriez-vous prêt pour le début de Novembre? Faites un petit effort et donnez-moi la joie de vous présenter, une fois de plus, à un public avec lequel j'ai moi-même perdu contact.


Ce fut à cette occasion que Neuhuys prit contact avec l'éminent folkloriste Émile Van Heurck, membre avec Elskamp et Edmond de Bruyn du Conservatoire de la Tradition populaire, précurseur du Musée du Folklore à Anvers, qui lui adressa une lettre dont deux extraits méritent assurément d'être cités:

Elskamp ne se déplaçait guère. Il avait l'imagination vive et parlait d'abondance de ses longs voyages en mer et de son commerce avec les marins. Mais il n'avait pas été beaucoup plus loin que Paris et je crois qu'il n'avait vu de la mer que ce que nous voyons quand nous sommes au littoral ou quand, par un beau dimanche d'été, nous allons jusqu'à Flessingue.

[…]

Hélas, aujourd'hui Max Elskamp est bien oublié de ses amis d'Anvers et d'ailleurs. Il achève dans une cruelle solitude sa lamentable vieillesse. Mais gardez-vous d'attribuer à la poésie ou au surmenage le mal impardonnable dont il souffre dans son cerveau et dans sa chair. J'en connais depuis de bien longues années l'origine et, croyez-le, la poésie ni le surmenage n'ont rien à y voir.



La conférence de Neuhuys sera annoncée dans le quotidien bruxellois Le Soir du 28 octobre 1929:

Le grand poète mystique et ingénu Max Elskamp est, on le sait, malade depuis quelques années déjà. Les jeunes écrivains, toutefois, ne l'oublient pas et lui consacrent un culte particulier. Lundi, à la Maison des Artistes, Grand'Place, le jeune poète anversois, Paul Neuhuys évoquera la figure de ce maître aux allures médiévales, et synthétisera son œuvre.


Selon le même journal, la séance de La Lanterne sourde connut 'le plus vif des succès'. Paul Neuhuys 'parla de son maître et ami, avec une émotion de choix et dans une forme des plus pures'.8 Mais il ne tint pas compte de l'injonction de Van Heurck de ne pas attribuer à la poésie ou au surmenage le mal d'Elskamp, comme en témoigne le compte-rendu paru dans l'hebdomadaire Pourquoi Pas?:

C'est Paul Neuhuys, poète curieux, fantaisiste, au jeu mesuré, qui s'était chargé d'évoquer l'œuvre d'Elskamp, une page combien émouvante de la poésie. Et quelle chose atroce que de penser que le maître d'Anvers, bien malade, moralement atteint, est aujourd'hui incurable! Les paroles de Neuhuys ont résonné dans un silence poignant. L'esprit du maître s'est élevé trop haut, dans un ciel trop ouvert. Il est retombé sur le sol. La poésie est un jeu dangereux. Elskamp avait écrit: Nous n'irons plus au ciel / Nos ailes sont coupées... Il faut louer Paul Neuhuys et maints poètes jeunes de chez nous d'avoir, eux aussi, voué à Max Elskamp un culte si fervent.


Toute sa vie, Neuhuys est resté fasciné par Elskamp, le 'maître mystérieux' qui l'a poussé 'sur l'épineux sentier poétique'.

Henri-Floris JESPERS

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