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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 02:48


Guy Vandenbranden, Composition, 1968

Robin de Salle publie une interview avec Sofie Van Bruystegem et Jim Segers, deux membres actifs de l'asbl Citymine(d) qui s'efforce entre autres à créer un réseau artistique qui échappe aux circuits institutionnels ou commerciaux traditionnels. En dix années d’existence, l’initiative locale bruxelloise qu’était City Mine(d), est devenue un mouvement urbain international (Bruxelles, Londres, Barcelone) où de nombreuses initiatives ont pu voir le jour. City Mine(d) joue un rôle de pionnier dans la création de nouvelles formes de liens économiques, sociaux, politiques et culturels dans la ville.

Dans le cadre des recherches sur la Galerie Saint Laurent à Bruxelles, Connexion a déjà évoqué Paul Joostens et Michel Seuphor. Cette fois-ci, Henri-Floris Jespers évoque longuement le peintre Guy Vandenbranden (°1926), “un artiste exceptionnel, un personnage hors pair”. Formé à l'académie libre L'Effort à Bruxelles, Vandenbranden réalise au début des années cinquante des toiles d'une abstraction poussée. Sous l'influence de Mondrian et de Vasarely, il opte dès 1952 pour le constructivisme. Membre du groupe Art abstrait (1952), il est co-fondateur avec Jo Delahaut (1911-1992) et Pol Bury (1922-2005) du groupe Art abstrait-Formes (1956) et Art construit (1960). Co-signataire du manifeste de la Nieuwe Vlaamse School en 1960, Guy Vandenbranden est co-fondateur du Centre international d'Études d'Art Constructif. Mentionné, en 1957, au prix Jeune Peinture belge, Vandenbranden remporte en 1958 le prix Hélène Jacquet.

Vandenbranden est fortement présent dans l'espace public. Ses peintures et reliefs constituent en effet autant de projets à réaliser en format monumental, comme en témoignent la fresque au Centre Culturel de Strombeek-Bever ou le vitrail (1982) de la gare de l'Ouest du métro de Bruxelles. Composé de quinze éléments consécutifs, ce vitrail s'intègre à l'architecture: la composition est une partie essentielle du mur lui-même et remplit en même temps une fonction lumineuse. Peintures murales, constructions et compositions diverses de Guy Vandenbranden sont intégrées à l'Hôpital Universitaire d'Anvers (UZA), qui abrite également des œuvres d'entre autres Wim Delvoye, Jan Fabre, Paul van Hoeydonck et Panamarenko. L'école juive Tachkemoni à Anvers conserve également des œuvres marquantes de Vandenbranden.

Les peintures de Vandenbranden affirment une autonomie souveraine, fondant une “gaya scienzia”, une liberté joyeuse qui ne peut se maintenir que par l'implacable développement logique de règles librement consenties. Il ne s'agit pas de l'expression la plus individuelle d'une émotion intime, mais du développement inexorable d'un concetto intellectuel, d'un disegno interno – dessin et dessein. Il n'est pas question d'en tempérer la rigueur ou de tenter de s'y soustraire. […] Les peintures de Vandenbranden constituent des champs autonomes et participent du règne de la quantité. En effet, les volumes inaugurent des perspectives étranges et tronquées, et la construction géométrique, qui relève d'une élaboration minutieuse et quasi mathématique (Vandenbranden applique le modulor du Corbusier), suscite un trompe-l'œil perpétuel. Mais il ne s'agit pas de présences ou de valeurs qualitatives, c'est-à-dire chargées de sens, mais de volumes purement quantitatifs, de plans télescopés, d'aplats suscitant des contrastes simultanés. [...] Vandenbranden est sans conteste le plus passionné des abstraits froids, frôlant parfois cette dissonance concordante chère aux maniéristes de la Renaissance.”

Guy Vandenbranden et Henri-Floris Jespers, VECU, 1978

Connexion ouvre un nouveau dossier sur Van Bruaene et sur La Fleur en Papier doré. Quatre chroniques sont d’ores et déjà en chantier. La première livraison est consacrée à Marc. Eemans (1907-1998), la “brebis galeuse” du surréalisme bruxellois, ami de Van Bruaene depuis les années vingt et habitué de la Fleur.

Les relations d'Eemans avec le premier groupe surréaliste belge font l'objet de l'essai d'Henri-Floris Jespers, qui souligne que la sympathie qu'éprouvait Eemans pour Van Bruaene avait quelque chose de touchant.

Eemans pratiquait avec virtuosité l'anecdote malveillante mais, curieusement, je ne l'ai jamais entendu prononcer une seule parole fielleuse à propos de Van Bruaene.”


Marc. Eemans, L'amie tragique, 1928


La lecture n'est pas une activité limitée à un lieu et à un temps déterminé et sa pratique peut prendre de multiples formes. “Lecture, totalité et petites banalités”, tel est le titre de la chronique du bibliothécaire Rony Demaeseneer (très actif dans le milieu littéraire: Festival Passa Porta, Midis de la Poésie, Le Carnet et les Instants...) consacrée à la lecture à voix haute, une pratique qui revient à la mode mais qui plonge ses racines dans les pratiques orales du passé.

Serait-il si inconcevable d’imaginer réintroduire la lecture à voix haute dans nos habitudes quotidiennes ? Pourquoi ne pas tenter l’expérience ? Celle, par exemple, d’élever la voix, de faire entendre aux autres passagers du métro, serrés comme nous aux heures de pointe, les beaux mots de l’auteur qui nous fait chavirer. Plutôt que de subir le compte-rendu précis des plaintes intimes de notre voisin, éructant dans le micro baladeur de son portable, ne pourrions-nous pas, à notre tour, lui infliger, avec emphase, quelques passages du Journal de Jules Renard ou certaines brèves de comptoir de l’ami Gourio. Mais nous préférons, peut-être, nous taire et écouter les basses tonitruantes claquant dans un MP3 dernier cri. Sans pousser la voix jusque là, arrêtons-nous, le temps d’une correspondance, sur quelques lieux et initiatives qui permettent à cette oralité de s’exprimer, de s’appréhender.”

L'importance du témoignage oral est abondamment illustré par l'excellent ouvrage de Clémentine M. Gaïk-Nzuji, Tu le leur diras. Le récit véridique d'une famille congolaise plongée au cœur de l'histoire de son pays (Bruxelles, éd. Alice, 2005), auquel Robin de Salle consacre un compte-rendu bien charpenté.

Signalons enfin les croquis de RodeS et les photos d'Agathe Kitoko.


Connexion, numéro 17, avril 2009, 46/2 rue Blaes, 1000 Bruxelles.

revueconnexion@yahoo.fr Abonnement pour 5 numéros: 30 € à verser au compte 001-3244284-01. Prix à la pièce : 6 €

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 14:53


Marcel Lecomte (1962). (Phot. J. Warmoes)


Voici pour la première fois rassemblée en un seul volume toute l'œuvre poétique de Marcel Lecomte (1900-1966). Ce livre, en librairie le 20 mai, contient les recueils: Démonstrations, Applications, Le Vertige du réel, Lucide, Le Règne de la lenteur, Le Cœur et la Main, Connaissance des degrés, La Figure profonde, Feuillets détachés et deux textes les accompagnent. Le premier est signé par Philippe Dewolf, également concepteur de la présente édition, et le second par Colette Lambrichts qui a cotoyé Marcel Lecomte à Bruxelles dans les années soixante.

Grand ami de Magritte, à qui il fit découvrir le travail de Giorgio de Chirico, proche de Jean Paulhan, Marcel Lecomte participe au premier groupe surréaliste belge (“Correspondance”, 1924-1925). Il est non seulement auteur de poèmes mais aussi de contes, nouvelles, récits, et de nombreuses chroniques littéraires et artistiques.

*

Marcel LECOMTE, Poésies complètes, Paris, La Différence, 2009, 253 p., 20 €. Édition établie et présentée par Philippe Dewolf. Postface de Colette Lambrichs. Avec deux dessins de René Magritte.

*

Le premier recueil de Marcel Lecomte, Démonstrations, parut en 1922 aux éditions Ça ira à Anvers.

L'amitié qui liait Lecomte à Paul Neuhuys (1897-1984) sera prochainement évoquée ici.

*

Spécialiste ès sciences occultes

il habitait une cité imaginaire

place déserte

arcades calcinées

hautes portes transparentes

sur un horizon mouvant


Poète qui n’a de compte à rendre à personne

sinon de provoquer le quotidien

dans une disposition jamais vue

La télé l’insupporte et l’auto l’incommode


Attentif à l’Apologie de la Paresse

promoteur de la Ralentie

sa seule hâte est d’assurer

le Règne de la Lenteur

Paul NEUHUYS

L'Agenda d'Agénor, Anvers, Ça ira, 1984, p. 24.

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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 12:00

Revenons aux savants qui, bien sûr, ne pouvaient manquer à l’appel, parmi lesquels les inventeurs de nouvelles nomenclatures ne sont que les plus modestes. Rien que les titres des ouvrages recensés dans le Blavier me laissent rêveur sinon pantois, mais saisir ou même deviner la portée éventuelle de leurs apports à l’étude du magnétisme terrestre, de l’aimantation universelle ou de la périodicité des déluges, dépasse largement les limites de mon imagination critique. Signalons aux amateurs, et à toutes fins utiles, l’Anémogène, ou appareil reproducteur des courants atmosphériques (1827) de Mgr Rougerie, évêque de Pamiers, “inventeur, de fait, du processus de la simulation, appliquée à la prévision du temps” dixit Blavier…

Retenons deux documents poignants. Dans ses Reliquae. Œuvres posthumes (1851) le Dr Charles Le Fèvre, qui se suicida, victime d’une inflexible mélancolie hypocondriaque, note avec une implacable logique : “La vie est incontestablement un mal ; or, quoi de plus charitable que de la supprimer.”

François Fleuret, déjà cité dans ce feuilleton, avait mis au point le traitement dit “moral”, et s’indignait lorsqu’il s'avérait sans effet. C'est ainsi qu'il note à propos d’un malade :

Chaque jour, pendant deux mois, on lui a donné des douches, sans qu’il ait voulu céder sur aucun point. Tandis qu’il était au bain, on a appliqué devant lui le cautère actuel à plusieurs malades, et on l’a prévenu que, s’il ne changeait pas, on lui en ferait autant. Il n’a pas cédé à la peur du cautère. On lui a appliqué une fois au sommet de la tête, et deux fois à la nuque, un fer rougi au feu : il a souffert ces brûlures, sans renoncer à une seule de ces idées. Jamais le médecin qui le traitait n’a pu lui faire dire : 'Je suis Dupré, je ne suis pas Napoléon'.”

Le Blavier consacre d’ailleurs un chapitre à la condition asilaire.

La rubrique inventeurs et bricoleurs vous initiera, entre autres, aux mystères ou aux charmes de la théologie des chemins de fer, de la stéréoplastie, de l’harmonimètre H.P., du domitor, du ballon à bec, de l’orthoptère à caisson, des politicums (qui, comme le nom l’indique, sont des maisons de fous) et vous y ferez la connaissance de Georges-André Berthelot, inventeur, entre 1919 et 1936, d’un demi millier d’inventions brevetables et de “la solution du problème de la circulation urbaine, mondiale, rurale et routière, sans passerelles ni souterrains ni sens unique”. Il déclarait en toute modestie : “J’ai suffisamment de mérite pour obtenir : 1° la rosette, 2° le Prix Nobel de Physique, 3° le Panthéon, 4° ma statue, ou 500 milliards.”

Les inventeurs ou solutionneurs du mouvement perpétuel sont bien entendu légion. Par moments, le Blavier rappelle ce Catalogue d’objets introuvables de Carelman (Paris, Balland, 1969), fort apprécié par les véritables connaisseurs….

Les candidats aux élections, excentriques du suffrage universel, forment un cortège bigarré, tout comme le contingent de philanthropes, réformateurs sociaux, sociologues et autres casse-pieds.

Parmi la foule des romanciers et poètes, vous croiserez au passage Hyacinthe Dans,”le libraire libidineux, le maître-chanteur liégeois de Nanesse, dont Georges Simenon a fait l’un des héros de Les Trois Crimes de mes amis. En 1933, réfugié à Boullay pour échapper à une condamnation pour infraction en matière de presse, il tue sa mère et […] sa maîtresse […]. Son double crime accompli, il rentre aussitôt en Belgique, pour échapper à l’extradition et à la guillotine et, sur les conseils d’un avocat pour le moins léger…, il va commettre son troisième crime, abattant d’une balle de 6,35 un de ses anciens professeurs jésuites. La folie qu’il va simuler (?) au cours de son procès ne lui épargnera pas la prison à vie. Il devient, sous le nom de Gringoire, rédacteur en chef du Journal des prisons belges, auquel il collabore d’autre part sous le pseudonyme de Tristan Chevreuse, par de nombreux poèmes élégiaques.” Friands des nobles accents de Chevreuse, Magritte et ses amis s’amusaient à déclamer ses vers.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)


André Blavier, Les fous littéraires, Paris, Éditions des Cendres, 2000, 1152 p., 68,6 €.

Cf les blogue du 19 février 2008, du 16 et du 17 mai 2009.

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 22:27

Nous avons vu que les savants reconnus n’hésitent pas à s’approprier et à exploiter à leur compte les découvertes d’honnêtes mais obscurs amateurs.

Mais il n'y a pas que les savants... On trouvera chez Tapon-Fougas, persécuté par la gent littéraire qui ne recule devant aucun moyen, cette préoccupation de “tirages formidables mais détournés qui enrichissent et illustrent ses adversaires.”

Ce n'était pas là, tant s'en faut, la seule obsession de François-Claude Tapon, dit Francisque Tapon-Fougas (°1810 - + peu après 1882), le “Thalès de Milet” ou encore le “Lamartine de l'Auvergne”. Il affirme qu'il “est constant qu'un large système de persécution au moyen de l'électricité, du galvanisme et de la chimie, est organisé par des hommes puissants pour porter atteinte à la liberté humaine, en paralysant, et détruisant à la longue, la faculté de penser et d'écrire de certains hommes... prétendus dangereux... et qui le sont peut être un peu... pour les puissants personnages.”

Les démocrates et les proscrits sont particulièrement visés. Victor Hugo, en exil, dit-il, est “empoisonné atmosphériquement” et il se dit lui-même menacé à tout instant par la vapeur de sulfure de carbone. “Cet agent chimique, explique-t-il, est un de ceux les plus généralement employés par les gens de l’Église chargés d’étouffer la pensée des hommes soi-disant dangereux pour la pieuse boutique.”

*

Il ne s’agit pas ici de conseiller, mais de donner des injonctions à lire... Citons donc cette belle page du Blavier, qui illustre bien sa richesse et sa finesse :

Tapon-Fougas est peut-être un cas unique — du moins parmi nos auteurs — d’une compensation, au fond bénéfique, d’un délire de persécution avec hallucinations cénesthésiques diverses […] en un délire euphorique d’interprétation et de grandeur littéraire : il se prend pour un grand dramaturge réformateur (indice de sa croyance dans le pouvoir de la littérature), un grand poète satirique et moraliste, un pamphlétaire et un publiciste redouté. Il tire orgueil de l’abondance de sa production, de sa puissance d’improvisation, dont il tient statistique. Tendances interprétatives : il se reconnaît dans des personnages littéraires célèbres : Thénardier, le colonel Fougas, etc.

L’évolution du délire semble se situer à l’époque où il publie Sur la mort d’Eugène Sue et Les Anti-Misérables. On ne trouve plus dès lors d’allusions aux batteries électro-galvaniques ni aux vapeurs jésuitico-ammoniacales. C’est maintenant la gent littéraire qui, jalouse, le persécute. On corrompt ses typographes […] pour dénaturer ses ouvrages et l’empêcher d’acquérir la gloire à laquelle il a droit. On le pille et s’enrichit sur son dos à l’étranger. […]. Il manifeste également le besoin de participer activement aux événements historiques ; il est constamment candidat, pas seulement à l’Académie, et fait état dans ses avertissements au Pouvoir de ses dons de prescience, qui lui permettent entre autres de prédire l’anéantissement de ses ennemis”.

(À propos de Tapon-Fougas, “Poète d’État”, cf. également André BLAVIER, Occupe-toi d’Homélies, Bruxelles, Labor, 1991.)

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)


André Blavier, Les fous littéraires, Paris, Éditions des Cendres, 2000, 1152 p., 68,6 €.

Cf les blogue du 19 février 2008, du 16 et du 17 mai 2009.

 

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 14:00


En annexe à l’introduction, André Blavier consacre de longues notes, entre autres à l’hugophilie / hugomanie, au cas Lombroso, aux écrits bruts, au néologisme pathologique, à la glossolalie, à la folie comme thème et à l’hétérodoxie dans les sciences. Il subdivise ensuite son encyclopédie des folies en douze rubriques ou sections .

Lingua adamica (langue originelle ou primordiale) et langue universelle sont les deux pôles de la Myth(étym)ologie.

Charles-Joseph de Grave, ancien conseiller du Conseil en Flandres, membre du Conseil des Anciens, etc., auteur de ce grand “classique” qu’est la République des Champs Élysées, ou Monde ancien (1806), figure en bonne place dans cette section myth(étym)ologique. De Grave situait le monde antique (y compris l’Atlantide) en Belgique, patrie des Élyséens qui civilisèrent les anciens peuples, y compris les Égyptiens et les Grecs. Homère et Hésiode sont originaires de cette terre Belgique, dont le passé semble avoir inspiré plus d’un fou littéraire.

Blavier cite bien sûr Bécan (Goropius Becanus, 1519-1572), qui affirmait que la langue cimbrique ou flamande fut la langue d’Adam, mais également le traité d’Adrian van Schrieck (Van ‘t beghin der eerster volcken van Europen, 1614) où il est démontré que les Flamands étaient venus de Palestine dans les pays humides, en flamand keltige, d’où Kelten ou Celtes, bien avant l’apparition des Grecs et des Romains, et que leur langue était un dialecte directement dérivé de la langue primitive hébraïque. M. Nemery, quant à lui, souligne l’Unité d’origine des langues populaires en Belgique (1933) : les langues wallonnes et flamandes dérivent d’un idiome archaïque unique.

Nous y reviendrons dans une prochaine livraison.

*

La rubrique Quadrateurs voit défiler les mordus de “ma-thèmes-à-tics”, chatouillés par les grands problèmes. Plus d’une centaine d’appelés recensés par Blavier — d’un “pauvre de naissance” et “ignorant de profession” à un colonel d’artillerie en retraite — ont résolu la quadrature du cercle.

Quant au théorème de Fermat, seule une élite s’y attaque, e.a. D. K. Popoff (Sophia, 1908, 8 p.), qui déclare humblement s’occuper de mathématiques pour sa propre distraction ou Pascal-A. Brun, auteur d’une Démonstration rigoureuse de l’énigme diophantienne dite Théorème de Fermat (Haïti, 1954, 21 p.) La “grande proposition” est d’ailleurs censée démontrée par le héros du roman de Rosny Jeune, Le Destin de Martin Lafaille, 1945).

*

La gravitation universelle, la cause des marées, des vents, de la pluie, des neiges, des grêles, des tempêtes – et les moyens de les prédire ; la constitution du soleil, des comètes et leurs queues, voilà les principales préoccupations des Astronomes et météorologistes.

L’abbé L.-P. Matalène, dans L’Astronomie nouvelle, prouve de la manière la plus claire que le soleil n’a pas un mètre de diamètre ; quant à Vénus, l’auteur lui attribue très exactement un diamètre de 34 mm. La terre est plus grande que tous les corps célestes réunis en masse et elle occupe évidemment le centre du système solaire … et de l’espace. Le Blavier signale qu’Anatole France mentionne l’abbé Matalène dans Monsieur Bergeret à Paris. La curiosité aidant, nous avons consulté la 228e édition :

Ma mère nous appelait aussi pour dire bonjour à monsieur Mathalène […] qui avait un visage horrible. Jamais âme plus douce ne se montra dans une forme plus hideuse. C’était un prêtre interdit, que mon père avait rencontré en 1848 dans les clubs et qu’il estimait pour ses opinions républicaines. Plus pauvre que mademoiselle Lalouette, il se privait de nourriture pour faire imprimer, comme elle, des brochures. Les siennes étaient destinées à prouver que le soleil et la lune tournent autour de la terre et ne sont pas en réalité plus grands qu’un fromage. C’était précisément l’avis de Pierrot ; mais monsieur Mathalène ne s’y était rendu qu’après trente ans de méditations et de calculs. […] Monsieur Mathalène avait du zèle pour le bonheur des hommes qu’il effrayait par sa laideur terrible. Il n’exceptait de sa charité universelle que les astronomes, auxquels il prêtait les plus noirs desseins à son endroit. Il disait qu’ils voulaient l’empoisonner, et il préparait lui-même ses aliments, autant par prudence que par pauvreté.”

En 1847 J. M. Boisseau a trouvé le point d’appui d’Archimède et propose une Expérience pour ralentir et accélérer à volonté le mouvement journalier de la terre, consistant à faire marcher cent millions d’hommes et plus de dix millions d’animaux domestiques dans la direction de l’est. Ainsi, “on verra combien l’astre du jour sera en retard pour paraître à l’horizon et la preuve ou non que la terre obéit à la moindre force”.

Après avoir résolu une question angoissante dans son Pourquoi les poules chantent-elles après avoir pondu ? le chevalier A. de Longrée soumet en 1896 aux Académies de Bruxelles et de Paris une étude sur Tempêtes et cyclones et, en 1899, sur Les Soleils.

*

Ce sont surtout les persécutés, persécuteurs et faiseurs d’histoire(s) qui forment la cohorte la plus bariolée. Épinglons quelques “classiques”, comme ce Louis Hilton-Buchoz, dit la Poire Molle (1788-ca 1856), président d’une société “essentiellement philanthropique” qui propose une récompense de trois millions de francs à l’ouvrier assez habile pour inventer le dégorgeoir chicano-purgatif,

une machine à basse pression propre à faire rendre ou faire dégorger, promptement et sans effort, à tous les noirs suppôts de la basse et de la haute basoche tels que : notaires, avoués, huissiers de toute sorte, sans oublier agréés, agents de change, coulissiers, courtiers marrons, arbitres, hommes d’affaires, syndics, etc., etc., la tourbe entière en un mot ejusdem farinae ; une machine propre […] à faire vomir, dégorger, les incalculables sommes, les incommensurables propriétés dévorées, englouties par ces gargantualiques individus […]”

Quelques années plus tôt, un certain Désiré-Félix D. envoyait au roi et aux ministres un projet de loi qui autorisait “tout citoyen à tirer un coup de pistolet, chargé à sel, dans le derrière des notaires, des avoués et des avocats dont on peut avoir à se plaindre”. Vaste programme...

Les savants reconnus n’hésitent pas à s’approprier et à exploiter à leur compte les découvertes d’honnêtes mais obscurs amateurs.

Mais il n'y a pas que les savants...

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

 

André Blavier, Les fous littéraires, Paris, Éditions des Cendres, 2000, 1152 p., (68,6 €).

Cf les blogue du 19 février 2008; du 16 et du 17 mai 2009.

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 00:00


Fous littéraires” semble bien être devenu une appellation strictement contrôlée.

Ne sont retenus que les auteurs qui ont publié leurs extravagances, les “fous imprimés” (que les psychiatres citent d’ailleurs rarement), paranoïaques, paraphrènes et apparentés, mais apparemment sains d’esprit (en dehors de leur “dada’ exclusif), qui ne seront éventuellement internés que tardivement, et qui “ont tout le temps de mûrir une œuvre, puis de s’évertuer à la publier”, et qui “conservent suffisamment d’adaptation sociale et de liberté de mouvement pour affronter les multiples soucis de l’édition, évidemment à compte d’auteur”. Et ceci implique “une autre nécessité, d’ordre économique : le fou littéraire sera presque toujours un bourgeois aisé (…) qui se ruinera s’il le faut à ce jeu.”

Blavier souligne : “les mystiques sont quasi par principe exclus de nos travaux, poussassent-ils le mysticisme jusqu’à l’excentricité la plus marquée”. Il retient la formule de Charles Nodier, citée par Chambernac dans Les Enfants du limon (1938) : “Fou avéré qui n’a pas eu la gloire de faire secte”, et à laquelle le proviseur/pauvriseur ajoute :

Ce dernier point est un excellent critérium. Quiconque a eu des disciples ne saurait être considéré comme un fou littéraire. Celui-ci doit être resté un inconnu, aussi éliminerons-nous de nos listes primo tous ceux qui ont eu des disciples ou qui ont été reconnus comme ayant une valeur quelconque pour la critique ou le public ou même une toute petite partie du public ; secundo tous les mystiques, visionnaires, théosophistes et caetera dont les élucubrations peuvent se rattacher à d’autres qui celles-là sont plus ou moins admises et que la prudence nous conseille de ne pas traiter de folie à la légère…”

Les “fous littéraires” forment donc bien une catégorie à part, beaucoup plus restreinte que celle des sots littéraires…

Clôturant son échantillonnage du délire manuscrit, Blavier s’attache plus particulièrement au langage “l’un des éléments les plus subtils du psychisme humain”, soulignant qu’il “semble aller de soi” que sa fonction est “comme le baromètre ou le miroir des troubles de ce psychisme. […] Pour le malade, traduire sa pensée reviendra fréquemment à trahir sa ‘différence’…”

Et de souligner :

Des malades moins atteints peuvent ainsi prétendre à la prose. La règle métrique (peu de vers-libristes parmi eux) est comme le corset, l’orthopédie de l’expression. Plus analytique, la prose implique un minimum de contrôle et de liens logiques, tandis que le poète dévide au-to-ma-ti-que-ment la pelote de ses alexandrins ou de ses octosyllabes, qui sont les mètres les plus employés. Un aliéné criminel écrit au médecin-chef :

Je vous écris en vers, n’en soyez pas choqué

En prose je ne sais exprimer ma pensée.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

 

André Blavier, Les fous littéraires, Paris, Éditions des Cendres, 2000, 1152 p., (68,6 €).

Cf le blogue du 19 février 2008.

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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 22:53


Ne vous y trompez pas, “il ne conviendrait pas de traiter de 'fous littéraires' la multitude de rimailleurs gâteux peu ou prou, patriotes ou sentencieux, moralisateurs ou bêtifiants…” Les “fous littéraires” constituent une catégorie bien déterminée, et dans ce domaine André Blavier (1922-2001) fait autorité. Son encyclopédie du désordre, publiée en 1982 chez Veyrier, un éditeur aujourd’hui disparu avec son catalogue, était devenue introuvable.

Le Blavier — car on dit “le Blavier” comme on dit le Larousse, le Robert, ou le Grevisse — revient enfin, dans une belle édition sur papier bible, illustrée et reliée, et qui plus est, revue, corrigée et considérablement augmentée. “Une sorte de Pléiade des délirants, d’anthologie de l’aberration, d’encyclopédie de la névrose imprimée et de l’errance éditée”, dixit Pierre Lepape dans Le Monde.

D’emblée, André Blavier prend la précaution de souligner que “les textes cités sont bien entendu authentiques” et que “l’appellation de fou littéraire ne comporte, évidemment, rien de péjoratif.”

Cet “évidemment” n’a rien d’ironique, ni même de superflu…

Nullum magnum ingenium sine mixtura dementiae. Pas de génie sans un grain de folie, que de topiques remontent à cette petite phrase de Sénèque qu’il dit lui-même avoir empruntée d’Aristote...

Déblayant les scories de cette mythologie, Blavier traite de ce “problème mal posé”, celui “des rapports maintes fois posés, proposés, supposés et jamais résolus, entre la folie et le génie.”

Le grec “mania” signifie folie, démence, délire prophétique, transport, inspiration ou, plus particulièrement, folie d’amour ou folle passion. Chez Hippocrate, humeur sombre ou noire.

Sous l’influence des suffisances matamoresques de la psychiatrie et de la freudologie, les lexiques accordent aujourd’hui la priorité aux définitions relevant des glossolalies qui s’ignorent. Ils distinguent la manie, syndrome mental, du délire, état d’une personne caractérisé par une perte de rapport normal au réel et du verbalisme qui en est le symptôme. On est bien loin du délire aristotélicien.

Puisque délire il y a, Blavier esquisse une “très grossière” classification : “délire d’imagination (mais il est des pensants, des pesants pour qui l’imagination la plus bénigne est délire) ; délire d’interprétation et délire hallucinatoire et mythomaniaque (mais n’a-t-on pas écrit — ce doit être le regretté Sainmont — 'À la limite, tous les romanciers sont mythomanes' ?) ; délire d’invention, délire de revendication, dés-lyre…”

Lyres et délires, mais qu’il soit bien établi que le lyrisme se fait délire là où commence sa conviction.

Afin d’éclairer son discours, Blavier se borne à “quelques mises en place sommaires et approximatives selon la psychiatrie aussi classique qu’élémentaire”, sans qu’il ait “à décider si cette psychiatrie est elle-même nécessaire et suffisante”. Pour mieux marquer la gravité croissante des atteintes pathologiques, il schématise :

Le névrosé se demande s’il n’est pas en train de devenir fou ; le psychosé éprouve le besoin d’affirmer et de s’affirmer qu’il ne l’est pas ; le dément est indifférent à une question qu’il ne se pose pas, ou plus”.

S’attaquant à la monomanie, il constate :

Le malade ne déraisonne que sur un point, mais sur ce point — son point faible — il déraisonne sans trêve ni merci, avec une logique implacable, une dialectique inexpugnable, nourries qu’elles sont de l’acuité même de sa défiance. Il s’agit alors d’un 'délire d’interprétation systématique'. Le malade est un paranoïaque, un orgueilleux constitutionnel, méfiant d’abord, accusateur ensuite.”

Orgueil toujours, commente Blavier : le malade souffre d’une illusion délirante, soit d’être aimé, se croyant choisi par Dieu ou investi d’une mission personnelle et exclusive (“… nos fous littéraires se recruteront davantage parmi ces ambassadeurs des lendemains chantants …”), soit d’inventer, en “s’acharnant de préférence sur des problèmes réputés ou démontrés insolubles, se flattant de les avoir résolus et ne se faisant point faute de le faire savoir au monde”, soit d’être persécuté : “la Science officielle s’obstine à ne pas avaliser ce qu’ils ont découvert, voire à les tyranniser de toutes les manières, quand ce n’est pas à les dépouiller purement et simplement de leurs découvertes.”

Blavier reprend à son compte l’interrogation de Gaston Ferdière (“bourreau d’Artaud” selon la rengaine) : qu’est-ce qui distingue une passion normale d’une passion délirante ? Question cruciale, apparemment, mais que Blavier se garde bien de trancher. De toute manière :

une étonnante prolifération de désordres mentaux ou prétendus tels, favorisée par l’efflorescence des technocraties du béton, de la ouature, de l’informe-à-tics et autres gadgets biologiques et malodorants, incline de nos jours la psychiatrie à son propre examen de conscience. (…) Face surtout aux a priori métaphysiques, geysers d’aberration et partant de délectation, qui sous-tendent nécessairement toute interprétation, toute classification des constats cliniques. Mécanicisme versus vitalisme, organicisme versus psychologisme : voilà pourquoi les bavards ne sont pas muets… “

Et de citer avec délectation les Fragments psychologiques sur la folie (1834) de François Fleuret : ”Il ne m’a pas été possible, quoique j’aie fait, de distinguer PAR SA NATURE SEULE … une idée folle d’une idée raisonnable. J’ai cherché à Charenton, à Bicètre, à la Salpêtrière, l’idée qui me paraîtrait la plus folle ; puis, quand je la comparais à celles qui ont cours dans le monde, j’étais tout surpris, presque honteux, de n’y voir pas de différence."

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

 

André Blavier, Les fous littéraires, Paris, Éditions des Cendres, 2000, 1152 p., (68,6 €).

Cf le blogue du 19 février 2008.

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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 17:32

Fernand Verhesen estimait que si la liberté trouvait à se manifester dans un poème, il importait de ne pas la confondre avec l’expression débridée. Il attendait de la poésie qu’elle eût de la teneur et de la tenue, qu’elle témoignât aussi d’une certaine tension de la part du poète dans son rapport au monde. Le commerce avec Fernand Verhesen, dès lors qu’on lui proposait un texte, prenait assez rapidement de la hauteur où, tout comme à l’université, il y a des matières supposées connues. Quitte, pour un jeune auteur pétri d’illusions, à revoir ses classiques, des poètes de la Pléiade à Max Jacob.


Fernand Verhesen devinait également, chez celles et ceux qui travaillaient avec lui, l’existence ou non d’ « une colonne vertébrale » ; il l’évaluait selon la capacité de chacun à se tenir debout, à s’en tenir à une ligne. Il n’avait que faire des petits arrangements qui font le lit des grandes lâchetés, une mission ne pouvant souffrir la compromission.


En bien des occurrences, son attitude (mais il s’agit de bien autre chose) était à l’image d’une droiture d’autant plus exemplaire qu’il pensait que ce n’était là que chose normale. Ainsi a-t-il expliqué sa décision de mettre un terme à la publication du Courrier du Centre International d’Etudes poétiques par le souhait que nul ne pourrait se voir accusé d’avoir agi en prédateur du Courrier en se l’appropriant. Une aventure s’est donc achevée à laquelle il avait lié sa vie ; sur le moment, nous avions eu la vague impression que c’était une façon de faire ce que les Japonais appellent seppuku, car enfin, ce n’est pas sans éprouver de la mort dans l’âme que l’on se résout à l’irrévocable. Mais d’avoir lui-même mis fin au Courrier (et s’échange-t-on encore quelque courrier aujourd’hui ?) accroît le rayonnement de son entreprise puisqu’elle n’a pas été récupérée, ni galvaudée. Je doute cependant que ce genre de calcul lui ait effleuré l’esprit. Cela allait plutôt dans le sens du dépouillement qu’il a toujours recherché et auquel il s’est trouvé directement confronté dans le quotidien le plus immédiat des dernières années.


Comme éditeur, Fernand Verhesen savait que le public lecteur de poésie était des plus restreints, la reconnaissance du plus grand nombre étant inversement proportionnelle à la connaissance approfondie de quelques-uns. Il privilégiait la qualité et s’en tenait à des tirages limités qui présentent l’avantage de ne pas mobiliser énormément d’espace. Il avait, à l’initiative de Tom Gutt, réédité Magie familière de Roger Goossens. Gutt lui adressait de temps à autre un texte de son cru, sans jamais rien demander en retour.

 Né le 3 mai 1913, Fernand Verhesen est décédé le 20 avril 2009. 

Philippe DEWOLF

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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 03:40

Voici les statistiques du mois d'avril, enregistrées par over-blog.com:

Visiteurs uniques: 748.

Pages lues: 1.329.

Depuis la création du blogue, le 26 janvier 2008, nous avons publié 238 articles.

Visiteurs 9.240.

Pages lues: 22.414.

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 20:08



Xylographie du poète Guy Beyns (°1943)

 

L'éditorial de Paul Van Melle remet en mémoire que Michel de Ghelderode était sensible “à la fois au français le plus pur et aux parlers populaires de toutes origines, latins, hispaniques, flamands (je revendique cette appellation), wallons et bien sûr français”.

Il ne faut pas oublier que la langue n'est pas seulement un moyen de communication, mais autant une signature pour les écrivains. [...]

Il faut être artiste, écrivain à part entière, pour pouvoir se permettre les emprunts de Rabelais, Shakespeare, Ghelderode et même Raymond Devos aux parlers qui leur viennent à la bouche ou sous la plume. Même dans les élites (horresco referens) on ne peut confondre la parole de Marcel Proust ou de Mallarmé, immédiatement reconnaissables, avec la voix, le vocabulaire et la syntaxe pour le moins personnelle.

Les “parlers” plutôt que les langues, puisqu'il s'agit d'expressions métissées.

Van Melle rend hommage à son ami Claude Haumont (1936-2009), peintre et écrivain dont l'œuvre est importante et trop mal connue.

Dans sa tonifiante rubrique “à tous mes échos”, dont je suis un fan inconditionnel, Van Melle cite 'In hoc signo' du poète flamand Jan de Roek (1941-1971), 'une satire féroce de la société actuelle' écrite en 1970.

Comme de coutume, la dimension internationale n'est pas négligée. Au sommaire, Paul Celan, Tina Stroheker, Heloisa Helena Campos Borges et Ketty Alejandrina Lis, tous bien servis par des traducteurs chevronnés.

*

Paul Van Melle (°Schaerbeek, 1926) a fondé, avec son épouse Jacqueline, en 1985, le Groupe de Réflexion et d’Information Littéraires (G.R.I.L.) qui organisa plus de cent spectacles, colloques et séances d'analyse de textes. Il crée en 1986 le mensuel littéraire Inédit nouveau et, en 1988, les Éditions du Gril (plus de 70 volumes à ce jour). Le groupe s'est internationalisé.

Van Melle a obtenu en 1999 le grand prix de la critique poétique de la Société des Poètes français, fondée en 1902 par José Maria de Heredia, Sully Prudhomme et Léon Dierx.

HFJ

 

Inédit nouveau, no 232, mai 2009, 32 p., ill., 11 av. du Chant d’Oiseaux, 1310 La Hulpe. Abonnement (10 numéros, 380 pages): 35 € à verser au compte bancaire 001-1829313-66 de Paul Van Melle.

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