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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 21:03

La danse (de salon) était, avec le jazz et la théosophie, une vraie passion pour Mondrian.

En 1916 déjà, à l’époque de Laren (1), ses amis artistes le surnommaient «  de dansende madonna » et il épatait tout le monde par ses pas savants et sa manière de se déplacer, sans mouvements apparents « ..en zonder iets anders te bewegen dan nauwelijks zijn voeten » ( J.Greshoff, cité par Lien Heyting).

Dans son « Trialoog », paru en sept épisodes dans De Stijl (2), Mondian disserte sur la danse dans laquelle les pas s’opposent les uns aux autres et visent finalement une grande unité. Quant au journaliste hollandais qui lui rend visite en 1922, il ne manque pas de noter que, dans l’esprit de Mondrian, des danses comme le tango et le fox-trott diffusent une idée nouvelle de l’équilibre basé sur les contraires (3).

Pendant ces années (1918-1922), Mondrian a écrit énormément, il y a même souvent passé plus de temps qu’à peindre, cherchant notamment à définir et à fonder cette « Nieuwe Beelding », nouvelle vision, nouvelle plastique épurée, qu’il tentera de présenter par un procédé pédagogique, comme cette discussion de trois comparses aux vues opposées, dans son trialogue.

Dans ses goûts de danseur, il évoluera conformément à ses choix « plastiques » : il avait suivi avec assiduité des leçon de tango, mais il s’en détournera peu à peu, irrité par l’élément tragique et sentimental de cette musique.

Mais son goût pour la danse reste intact. Seuphor rapporte que « la danse était son délassement favori. Les visiteurs hollandais le savaient bien. Pour lui faire vraiment plaisir, il fallait le conduire après un bon repas, dans un dancing distingué.

À New-York, âgé de soixante-dix ans, il continuait à danser beaucoup et affectionnait particulièrement la musique la plus nouvelle. » (4)

Ses deux dernières toiles s’intituleront Boogie-Woogie. Mais il a, incontestablement, eu une période tango !

Jean-Marie AENDEKERK


(1) Les exploits de danseur de Mondrian à Laren sont merveilleusement rapportés par Lien HEYTING dans De Wereld in een dorp – Schilders, schrijvers en wereldverbeteraars in Laren en Blaricum 1880-1920, Amsterdam, Meulenhoff, 1994, pp. 230 à 232.

(2) Voir plus précisément De Stijl, 1918, Nr 5, blz. 53.

Dans sa monographie sur Mondrian, Michel Seuphor a fourni une excellente traduction française de l’ensemble du « Trialoog », qui vient de faire l’objet d’une adaptation théatrale, apparemment réussie bien qu’assez statique. (Victory Boogie-Woogie, Theater de Vest, Delft, mars 2009, metteur en scène Gerardjan Rijnders.)

(3) Nieuwe Rotterdamsche Courant, donderdag 23 maart 1922.

(4) Michel SEUPHOR, Mondrian, Paris, Librairie Séguier, nouvelle édition 1987, pp.130-131.

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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 00:00


Depuis 2006, les éditions Le Cri publient les travaux du CIEL (Centre interuniversitaire d’étude du littéraire : www.ciel-litterature.be) qui rassemble des centres de recherche de l’ULB et de l’Ulg. Leur dernière publication émane d’une thèse portant sur la littérature francophone d’après-guerre (Bibiane FRÉCHÉ, Entre rupture et continuité : le champ littéraire belge après la seconde guerre mondiale (3 septembre 1944-8 octobre 1960) , Bruxelles, ULB : Faculté de Philosophie et Lettres, 2006, 463 p.). L’ouvrage en tant que tel, au format de poche, est bien structuré et écrit dans un langage pédagogique très lisible. Table des matières, bibliographie, index onomastique donnent au lecteur des outils très utiles pour se retrouver dans ce labyrinthe institutionnel. Regrettons par contre quelques accrocs dans l’impression de la publication qui allonge et colle les mots, dû à la mise en forme automatique.

Dans son introduction, Fréché argumente le choix d’étudier l'histoire de la littérature d'après-guerre. Selon elle, il n'existe pratiquement aucun ouvrage qui se soit exclusivement intéressé à l'après-guerre. De plus, cette période se caractérise par une « efflorescence presque inégalée » en raison du nombre de revues et de personnes impliquées dans la vie littéraire. Le contexte politique d’après-guerre est aussi propice au soutien de la littérature par l'instauration de l'État-Providence qui subventionne les arts et les lettres. Enfin, la littérature belge entre 1945 et 1960 se caractérise par des questions esthétiques, politiques et commerciales qui ont perdurées jusqu’à nos jours : le courant néoclassique (une esthétique qui recherche une pureté formelle et un désengagement des réalités sociopolitiques), le déficit de légitimation (débat autour de l'assimilation/dissimilation de la littérature belge par rapport à son alter ego français), l’exiguïté du marché local (ce qui entraîne une domination du marché français, une condition sociale des écrivains précaire et une difficile indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques et économiques).

Afin de ne pas omettre un élément-clé de son analyse, Fréché a choisi de structurer sa thèse en épousant la structure de la vie littéraire belge. D'une part, elle reconstitue la hiérarchie des institutions publiques qui ont œuvré pour les lettres. D’autre part, la seconde partie s'attache à l'homme de lettres en tant que tel à travers plusieurs thèmes: choix d'écriture, genre, esthétique, identité nationale, engagement public. Il s'agit de donner un panorama de la vie littéraire, le plus exhaustif possible quant aux acteurs qui l'ont animée et le plus fidèle quant à sa structuration institutionnelle. Le cadre d'étude n'englobe pas la littérature flamande car, selon Fréché, les écrivains francophones entretiennent peu de relations avec leurs homologues du Nord du pays à la Libération et parce que l'après-guerre est marqué par la séparation progressive des pouvoirs culturels.

Les premières années d’après-guerre sont marquées par la répression des inciviques et l’instruction de la population. Les cent premières pages illustrent le combat du Ministère de l’Instruction publique dans sa « croisade pour l’éducation civique » . Chaque étape dans le processus de concrétisation de chaque projet est expliqué en fonction des arguments institutionnels sans commentaire inutile. Après avoir rappelé le rôle du député socialiste Louis Piérard qui s’est battu pour le subventionnement culturel, Fréché a examiné à la loupe les deux grands chantiers qui ont été engagés : le Fonds national de la littérature et le Théâtre national. L’Académie royale de langue et de littérature réussit à garder le contrôle sur le premier chantier en s’occupant de sa gestion et de son Musée de la Littérature. Le projet d’une grande revue littéraire entièrement subsidiée par le fonds n’aboutira pas, privilégiant le saupoudrage de subsides à des revues tels que Le Thyrse, La Revue Nationale, Le Journal des Poètes, Marginales. L’analyse de Fréché est très précise puisque le lecteur a même droit à des analyses quantitatives sur les montants octroyés, le nombre de membres de commission affiliés à telle ou telle idéologie. La politique théâtrale fait l’objet de moins de saupoudrage puisque le Théâtre national se taille la plus grande part du gâteau. Chaque étape institutionnelle, chaque subside sont également analysés, comparés ; ce qui constitue un panorama inédit sur les choix cornéliens auxquels une autorité politique est confrontée. Bien que le budget de l’Instruction publique est resté stationnaire (environ 10 % du budget de l’État), Fréché fait remarquer que la politique des Beaux-Arts et des Lettres s’est réduit progressivement ( de 5,26 % en 1945 à 1,36 % en 1958) au bénéfice de l’enseignement. Les explications de Fréché sont interpellantes. Outre la réorganisation coûteuse de l’enseignement moyen, Fréché lie cette réduction de budget à la guerre froide ! « Les préoccupations culturelles, qui avaient acquis une place prépondérante à la Libération, repassent alors à l’arrière-plan. Le budget militaire monopolise vingt-cinq pour cent » du budget total de l’État.

Mais signalons que ces conclusions restent basées sur des sources parcellaires du Ministère de l’Instruction publique, dont la majorité des archives sont introuvables (p.14). Je signale que les archives du Théâtre national existent ; ce qui aurait pu par exemple constituer une alternative tout à fait louable pour parer à ce vide archivistique.

Face à ces projets fort marqués idéologiquement, les initiatives émanant des structures provinciales, communales, royales ou privées sont les plus intéressantes car elles touchent justement à des projets qui s’avèrent beaucoup plus personnalisés, un homme ou deux étant derrière ces initiatives. Quelques noms connus apparaissent comme animateurs culturels de poids : Roger Bodart, la Reine Elisabeth, Robert Catteau, Georges Rency, Sarah Huysmans, Emile Bernheim, Géo Libbrecht, Franz Hellens,…

La deuxième partie s’intéresse aux « gendelettres » (dixit de Ghelderode), et tout particulièrement à ces hommes qui, au-delà de leur production littéraire, se sont fait remarqués dans la sphère publique.

1.Le genre

Fréché prend parti pour l’étiquette « néo-classique » inventée par Marc Quagebeur et Roger Foulon (p. 155), pour définir la majorité des écrits d’après guerre qui « refusent que des facteurs extra-littéraires déterminent la littérature. (…) ils rejettent la mode et le succès commercial. Ils prônent plutôt un esthétisme désintéressé, gage d’une beauté durable. Pour eux, la valeur littéraire se mesure à son universalisme et à son intemporalité » ( p. 155). Selon Fréché, cette esthétique a été préparée durant la seconde guerre mondiale (cf. Le retour à l'ordre de Virginie Devillez) et trouve ses germes dans les préceptes du Groupe du Lundi (1936). Le « néoclassique » est dès lors assimilé à toute une série de clichés droitiers qui lui donnent une connotation négative. À côté du néoclassique, Fréché décrit avec détail toutes les initiatives mises en place pour promouvoir la poésie, des multiples manifestations du Journal des Poètes jusqu’à la Biennale internationale de Poésie d’Arthur Haulot. Enfin, Fréché évoque brièvement d’autres courants comme l’hyperclassicisme poétique, le réalisme magique, le roman policier, la littérature de jeunesse, la bande dessinée. Relevons qu’affirmer que la bande dessinée avant-guerre est « plutôt dominée par la bande dessinée américaine » est trop caricatural;que Fernand Dineur est l’inventeur de Tif et Tondu et non Will; qu’il n’y jamais a eu un « studio » Jijé mais plutôt l’hébergement des disciples de Jijé à Waterloo.

2.Littérature, identité et territoire

La deuxième approche s'attache à l’écrivain par rapport à la société, à l’identité belge et à son engagement dans la sphère publique ou politique. La question de l’identité belge est circonscrite par le débat entre les partisans d’une littérature française de Belgique (Manifeste du Groupe du Lundi) et ceux qui plaident en faveur d’une littérature belge d’expression française, thèse toujours encore actuellement soutenue par la Communauté française de Belgique.

3.L’homme public

La guerre a marqué les écrivains et un antagonisme fait clairement surface. Dans le camp des écrivains patriotes, citons Maurice Gauchez, Georges-Marie Matthijs, Paul Février, Géo Libbrecht, Arthur Haulot, Albert Ayguesparse, Roger Bodart. Le Thyrse et La Renaissance d’Occident peuvent s’intégrer dans cette logique. D’autre part, les collabos ou ceux « qui ont été inquiétés, à des degrés divers, pour les relations qu’ils ont entretenues avec les milieux de la collaboration intellectuelle » (p.244). Citons Marie Gevers, Evelyne Pollet, Henri Davignon ou ceux qui ont rejoint le journal Le Pan ( Ivan du Monceau de Bergendael, Robert Poulet, Paul Jamin, Louis Carette, Oscar Van Godtsenhoven, Baudouin van den Branden de Reeth, Georges Marlier). Au niveau strictement politique, il apparaît clairement une opposition entre le pilier catholique qui occupe pratiquement tous les postes d’institutions littéraires face au pilier socialiste qui peut se reposer sur des structures de solidarité socialistes (Synthèse, Association socialiste des écrivains et des artistes). L’absence du pilier libéral en raison d’une structure plus diffuse est une explication évasive, qui mérite un approfondissement de la question. Le surréalisme, quant à lui, se retrouve dans ce chapitre et est classé dans la section gauche littéraire et la sous-section « avant-gardes et communisme » ; ce qui est assez réducteur tout en accordant une place centrale à Christian Dotremont, l’homme qui fait la jonction entre le surréalisme, le surréalisme-révolutionnaire et Cobra.

Paul Neuhuys trouve sa place dans l’ouvrage en tant que protecteur d’une section provinciale des jeunesses littéraires de Belgique, comme président de la Fédération des écrivains flamands d’expression française ou comme rassembleur d’un petit groupe d’irréductibles qui végètent sur les restes de l’obscure revue d’avant-garde Ça ira...

Robin DE SALLE

Bibiane FRÉCHÉ, Littérature et société en Belgique francophone (1944-1960), Bruxelles, éd. Le Cri/ CIEL – ULB – Ulg, mars 2009, 381 p., 23 €.

 

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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 22:44


Frans Masereel, Autoportrait, bois, 1923

Les Archives et Musée de la Littérature (AML) ont été particulièrement bien inspirées en publiant la biographie de Frans Masereel (1889-1972). Originellement paru en 1995 en néerlandais aux éditions Houtekiet (Anvers), traduit en allemand aux éditions 8 à Zurich (1999), cet ouvrage fait le point sur une figure incontournable de l'histoire de la xylographie en Europe.

L’ouvrage compte une table des matières, un index onomastique, une bibliographie et quelques photos ou illustrations-clés qui complètent judicieusement le propos du livre. Alors que Roger Avermaete (cf. R. AVERMAETE, Frans Masereel, Antwerpen, éd. Mercatorfonds, 1976) nous avait habitué à des livres abondamment illustrés, ce qui casse le rythme de la lecture, Joris Van Parys (1944°) a choisi de privilégier le contenu, de s'en tenir à l'essentiel, c'est-à-dire de raconter le parcours d'un homme à travers ses choix techniques, politiques, philosophiques, esthétiques mais également à travers le regard de ses proches, ses amis artistes et ses promoteurs (imprimeurs, éditeurs). En annexe, le panégyrique de Masereel par Henry Van de Velde à l’occasion de sa première exposition rétrospective au Musée de Manheim (1929) constitue un document tout à fait remarquable.

La biographie est découpée en quatre parties: “Les années de jeunesse (1889-1915)”, “Genève (1915-1922)”, “Paris (1922-1940)”, “Avignon-Nice-Avignon (1940-1972)”. En examinant le nombre de pages consacrées à chaque période, il apparaît que l’auteur a choisi de privilégier la période genevoise et parisienne, en leur accordant chacune plus d’une centaine de pages par rapport aux trentaines de pages racontant ses années de début et de fin de vie. Remarquons que la période genevoise fait l’objet d’une plus grande attention encore que la parisienne en regard de la période écoulée. Car l’auteur a bien compris que l’acte fondateur, l’activité de Masereel qui va le lancer définitivement dans sa carrière est sa participation à La Feuille de 1917 à 1920. Ce quotidien indépendant “veut combattre la haine et les préjugés, en essayant de révéler la vérité et porter un jugement impartial sur tous les peuples belligérants sans distinction”. Militaristes, nationalistes, colonialistes, fabricants d’armes; tous sont dénoncés par La Feuille avec un dessin de Masereel en première page. Sa participation à La Feuille lui permet d’acquérir une renommée internationale.

Première période (1889-1915): Les multiples étapes qui construisent la personnalité de Masereel sont examinées avec précision: ses origines familiales et son éducation catholique; sa formation de typographe à l’École du Livre (Gand) et ses débuts difficiles à l’École des Beaux-Arts de Gand; son apprentissage de l’eau-forte chez Jules De Bruycker; la conscription et l'incorporation à la Garde Civique de Gand (1909); le voyage en Tunisie: l'admiration de Masereel à Paris pour l’hebdomadaire satirique L’Assiette au beurre et ses premières publications chez Le Rire et Les Hommes du Jour, et dans La Grande Guerre par les artistes et La Belgique envahie (1914) où il met en évidence les ravages de l’armée allemande. Son ralliement à la cause pacifiste anti-militariste, anti-haine des peuples, contre le revanchisme française aboutit à son arrivée à la Croix-Rouge en Suisse pour rejoindre Henri Guilbeaux et Romain Rolland. Van Parys nous brosse donc le portrait d’un jeune bourgeois francophone épris de flamingantisme pacifiste, agrémenté de multiples témoignages, d'anecdotes et de mises en contexte.

Seconde période (1915-1922): La période genevoise commence par la publication de dessins dans des revues pacifistes internationales à l’existence éphémère (Demain, Les Tablettes, La Feuille) et l’illustration de poèmes de Verhaeren. Il fait la connaissance d’écrivains (Jouve, Salives, Birioukov, Guilbeaux, Rolland), d’imprimeurs (Kundig) et d’éditeurs suisses (Jeheber, Rascher, Kundig) et allemands (Kippenberg). C’est surtout La Feuille qui va lui apporter une certaine notoriété d’une part négative de la part des patriotes français et belges et d’autre part, très positive de par l’estime de Romain Rolland et l’amitié de Stefan Zweig. Après la guerre, Masereel illustre les livres de ses amis Roland (Liluli) et Zweig (Der Zwang, Die Mondscheingasse) et publie son Livre d’heures qui lui vaut les compliments d’Henry Van de Velde. Mais l’après-guerre est surtout consacré à la fondation d’une maison d’édition (Éditions du Sablier) avec René Arcos, qui malgré le succès public, ne fut jamais une entreprise prospère. Signalons que Masereel entretient une liaison avec Thea Sternheim (la femme de Carl Sternheim, le protecteur de Clément Pansaers) et se lance également dans la création de costumes et de décors de théâtre sous la direction de Georges Pitoëff. Enfin, la période genevoise se termine par l’évocation du “Groupe des Cinq”, appellation inventée par Roger Avermaete pour distinguer cinq artistes flamands qui convergeaient dans leurs choix esthétiques graphiques: Jan-Frans Cantré, Jozef Cantré, Henri Van Straten, Joris Minne et Frans Masereel.

C’est ici qu’intervient la revue Ça ira qui publie la première gravure de Masereel en couverture de son deuxième numéro (mai 1920). À propos de cet épisode spécifique, Henri-Floris Jespers a reconstitué avec précision les éléments ou événements qui ont permis la publication de Masereel chez Ça ira une semaine avant Lumière ( cf. H.-F. JESPERS, Frans Masereel. Een documentair dossier met variaties, Schoten, éd. Djemma Galerie, 2003). Maurice Van Essche avait publié un mois plus tôt dans Ça ira un large plaidoyer contre la guerre et le capital, sous l’influence de la pensée de Romain Rolland. Dans le n° 2, Willy Koninckx encensait les éditions du Sablier dans “Les Poètes contre la guerre”, Paul Manthy fournissait une critique de Liluli de Rolland et Pays du Soir de René Arcos. Après la première année, les écrits pacifistes engagés de Ça ira s’estomperont pour faire place à l’esprit dada. En 1921, Masereel participe à deux expositions organisées par Lumière au Cercle royal artistique d’Anvers, qui rassemblent les plus dignes représentants de l’art graphique en Europe.

Il est étonnant que cet épisode belge ne fait l’objet que d’une dizaine de pages mais c’est pour mieux montrer le peu d’intérêt que suscite en Belgique le travail de Masereel. En effet, il faut attendre 1951 pour que la Belgique lui rende les honneurs en le nommant membre associé de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts, et en organisant de grandes expositions rétrospectives à Bruxelles, Gand et Liège.

Troisième période (1922-1940): À Paris, Masereel expose à la galerie Billiet et expérimente d’autres techniques picturales (peinture, aquarelle, cinéma d’animation). Malgré le peu de succès actuel de ces œuvres non-graphiques, il est important que Van Parys nous montre un aspect moins connu de sa démarche artistique car cela permet au lecteur d’appréhender l’œuvre de Masereel dans son intégralité.

En mai 1929, Masereel peut rentrer en Belgique pour retrouver sa famille à Gand et se faire acclamer en avril 1930 lors d’une cérémonie d’hommage organisée par Henry Van de Velde, le Groupe Libre et le groupe Lumière. Mais son retour en Belgique n’est que passager. Les socialistes Camille Huysmans et Emile Vandervelde avaient bien tenté de le faire revenir au pays, mais il avait fallu attendre la loi d’amnistie de 1929. Dix-huit ans d’exil, cela laisse des traces. Sa vie est désormais en France. L’analyse de Van Parys clôt la question de l’absence de Masereel en Belgique. Tout est ici clairement argumenté, documenté, circonstancié, comparé avec d’autres cas similaires (comme celui d'Henry Van de Velde par exemple); ce qui donne un coup de projecteur sur l’arbitraire d’une autorité publique qui juge ses “traîtres à la patrie”. Le mérite de Van Parys est de montrer toute la rhétorique primaire régnant dans les périodes d’après-guerre, qui provoque des erreurs de jugement. 1929 est également l’année de la première rétrospective Masereel à Mannheim, qui rassemble deux cents œuvres. L’année suivante, quinze expositions individuelles vont suivre à travers toute l’Europe: Amsterdam, Moscou, Cologne, Munich et Hambourg. Cette période est également marquée par ses deux voyages en Russie en 1930 et 1936.

Quatrième période (1940-1972): Les années d’occupation se suivent au gré de ses multiples pérégrinations à travers la France à la recherche de paix, de sécurité. On apprend ainsi ses démarches pour fuir en Amérique du Sud, qui n’aboutiront pas. C’est à Avignon qu’il trouvera un temps refuge. Dans le palais des Papes, il organise son atelier grâce à l’archiviste Chauveau. Il se réfugie ensuite dans un vieux moulin en Lot-et-Garonne pour atterrir enfin au Château de Boynet qu’il occupe jusqu’en 1949. Après la guerre, il devient professeur à l’école d’art de Sarrebruck de 1949 à 1951, date de son départ pour Nice où il rencontre Picasso. Les années 50’ et 60’ sont des années d’expositions rétrospectives, de reportages télévisés, de remises de prix, de voyages en Europe, en Chine et d’un deuxième mariage.

En conclusion, Masereel ne pouvait trouver pas mieux que Van Parys pour écrire sa biographie. Et si certains passages peuvent paraître laborieux à lecture, pêchant par trop de contextualisme ou de détails privés, l’ensemble apparaît comme une reconstitution très fidèle de ce qu’aurait pu être la vie du xylographe. Chaque activité, chaque lettre, chaque dessin est mis en regard de tel ou tel événement politique, telle prise de position de rédacteurs ou artistes qui ont pu l’influencer. Rien n’est laissé au hasard. Ce qui frappe le plus à la lecture de cette remarquable biographie, c'est la quasi absence de Masereel en Belgique, où l'historiographie de l'art ne retient souvent que son passage chez Lumière, comme si pour ne pas être ignoré, il fallait nécessairement résider au pays.

À ce propos, rappelons une anecdote symptomatique. Masereel était très populaire en Chine. Cinq ans après sa mort, lors d’une rencontre diplomatique entre la Chine et la Belgique, Mao-Tsé-Toung s'enquerre de l'artiste. Le premier ministre Léo Tindemans lui répond “qu'il se porte très bien”...

Les recherches de Joris Van Parys ont permis de rendre hommage à un artiste de renommée internationale et nous faire découvrir sa carrière dans son intégralité.

Robin DE SALLE


Joris VAN PARYS, Frans Masereel. Une biographie, Bruxelles, éd. Luc Pire / AML, collection Archives du Futur, 2008, 441 pages, 27 €. (Préface: Jacques De Decker)

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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 22:33

Paul Neuhuys (1981)

Le 15 septembre 1985, la BRT diffusa sur sa seule chaîne télévisée une émission intitulée Dada Tristesse, cadrant dans une série d’émissions littéraires Moeder Vlaanderen en haar Franstalige Kinderen (‘Mère Flandre et ses enfants francophones’), lancée par le producteur Dirk Christiaens. La série s’était donné pour objectif de familiariser le public flamand avec une partie peu visible de son patrimoine culturel, et ce dans une série de portraits d’écrivains tels Michel de Ghelderode, Jean Ray, André Baillon, Eugène Baie, Michel Seuphor, Neel Doff, etc. L’émission Dada Tristesse, sous-titrée L’Agenda d’Agénor, réalisée par Patrick Conrad, est sensiblement différente du reste de la série, vu qu’elle combine une fiction poétique de Patrick Conrad avec des fragments d’interview de Paul Neuhuys.

L’équilibre entre les deux composantes, fiction et témoignage, est précaire. Ainsi, selon le point de vue, est-il permis d’y voir le développement purement cinématographique et hautement stylisé de l’histoire d’un couple à la dérive servant de toile de fond à l’interview ou, au contraire, des fragments d’interview dans lesquels Paul Neuhuys tente d’expliquer le sens et l’esprit de Dada dans le rôle de décor sonore au jeu autodestructeur du couple.

En effet, l’interview passe à l’écran d’un téléviseur qu’un figurant aveugle tient sur les genoux. Le rôle de ce témoin, encombrant mais muet comme une carpe et que le couple ne semble pas voir, est tenu avec l’aplomb nécessaire par Pierre Drouot.

Conrad lui-même a défini son film comme « l’hommage cinématographique d’un poète à un collègue aîné ».

Compte tenu de l’esprit de la série, il n’est pas improbable, qu’au départ Conrad ait envisagé un autre type d’émission. Il faut se rappeler que quelques années auparavant il avait réalisé un portrait de Paul Van Ostaijen, basé sur trois témoignages. Ieder Mens die sterft is een Museum dat brandt (‘Tout homme qui meurt est un musée qui flambe’), diffusé en 1982, mettait en scène Olympe Gardien, la veuve de Floris Jespers, l’avocat René Victor, ancien collègue de Van Ostaijen à l’administration communale d’Anvers, et Paul Neuhuys, compagnon de combat dans l’avant-garde anversoise. Conrad leur avait mis en main l’ouvrage Kroniek van Paul Van Ostaijen, une chronologie illustrée de Paul Van Ostaijen, éditée par son biographe Gerrit Borgers. Et, en effet, les souvenirs coulèrent de source au vu de l’abondante documentation. D’attaque, le témoignage de Paul Neuhuys était d’un tout autre ordre que celui d’Olympe et de Victor, par sa vaste connaissance du sujet, mais plus encore par le ton: enthousiaste, spirituel, pointu, voire caustique, tout en restant éminemment précis. Il est clair – la mise en image de l’interview en témoigne – que Conrad n’attend qu’une bonne occasion pour donner à Neuhuys l’occasion de brosser un tableau haut en couleurs de l’avant-garde anversoise des années vingt.

Cette occasion se présente lors de l’exposition Paul Neuhuys et les Éditions Ça Ira, organisée par l’Association Promotion des Lettres belges de Langue française, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles entre le 8 juin et le 6 juillet 1984 (vernissage le 7 juin). Dans Le Carnet el les Instants de juin 1984 (n°18) nous lisons : « Cette expositon présentera la revue Ça Ira […], les Éditions Ça Ira [ainsi que] l’œuvre littéraire de Paul Neuhuys. » Trois publications sont également mises en vedette : L’Agenda d’Agénor, nouveau recueil de poésie de Paul Neuhuys, Essai de Catalogue des éditions Ça Ira, inventaire complet dressé par Pierre Fayt, et pour rappel On a beau dire, l’ anthologie publiée par Paul Émond aux Éditions Labor.

Patrick Conrad se propose donc d’interviewer Paul Neuhuys dans le cadre de l’exposition. Celle-ci servira de fil conducteur, au même titre que la chronologie de Borgers avait servi dans son film sur Paul Van Ostaijen.

Malheureusement, ce n’est plus le même Paul Neuhuys qu’il trouve en face de lui. Ce n’est plus le discoureur enthousiaste et primesautier, mais un être que la maladie a fragilisé, que la fatigue empêche de donner toute la mesure de son esprit heureusement encore vif.

L’état physique de Paul Neuhuys est loin d’être brillant, mais il accepte la gageure. Heureusement ses fils Luc et Thierry sont là pour l’assister. Ils le véhiculent dans sa chaise roulante, le long des panneaux explicatifs et des vitrines, soutiennent sa mémoire défaillante, sollicitent les anecdotes qu’ils connaissent presqu’aussi bien que lui. Ils sont là surtout pour veiller à ce que le candidat nonagénaire ne se fatigue pas trop.

de g. à droite: Luc et Thierry Neuhuys (2008)

Pour faciliter les choses, ce sont eux qui font l’interview,. On sent leur inquiétude, mais aussi leur joie lorsque la mémoire se dégrippe et les souvenirs reprennent un peu de leur éclat.

Le fait que l’exposition ait lieu dans cet horrible meccano qui dénatura pendant plusieurs décennies la salle des sculptures du Palais des Beaux-Arts n’était pas de nature à faciliter les prises de vues, certaines vitrines devenant inaccessible au poète dans son siège roulant.

Ces limitations ont probablement incité Conrad à opter pour la formule de l’hommage cinématographique tel qu’il existe.

Paul Neuhuys est mort le 16 septembre 1984, un peu plus de deux mois après l’exposition. L’interview dont nous vous soumettons la transcription intégrale est donc la dernière qui existe de lui. Elle nous montre un Paul Neuhuys, affaibli certes, se perdant parfois dans les dédales du souvenir, mais se resaisissant, car il veut témoigner.

Ce que le texte ne peut rendre est la présence aux côtés du poète de son arrière-petite-fille. Silencieuse, mais attentive, la fillette aux grands yeux se blottit contre lui, flattant d’une caresse ou d’un baiser discret ce bisaïeul évanescent.

Image émouvante, éminemment poétique, que le poète Conrad a eu le bon goût de ne pas couper.

Dada Tristesse fut couronné du Bert Leysenprijs et rediffusé le 5 mars 1987.

Rik SAUWEN



Bulletin de la Fondation Ça ira, No 38, juin 2009,, 64 p., ill.

Bulletin édité avec l'aide de la Communauté française de Belgique.

Abonnement (4 nos. par an): 25 €. Institution: 35 €.

à verser au compte de la Fondation Ça ira:

Dexia bank 068-2287225-89

IBAN: BE45 0682 2872 2589 & BIC: GKCCBEBB.

Administration: Fondation Ça ira, 50 Chaussée de Vleurgat, B 1050 Bruxelles.

Mail: ca.ira@skynet.be

Rédaction: Henri-Floris Jespers, Marialei 40, B 2018 Antwerpen.

Mail: hfj@skynet.be

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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 01:03

Entre minuit et une heure, Éric Lange ('Allô la planète') s'est entretenu au téléphone avec Éric Aubrahn et Lili .

Lili est une archéologue française, guide certifiée Unesco et exploite avec son époux Tadéo un 'gîte de charme' à l'île de Pâques. Tadéo est un pascuan descendant d'une famille importante de longue lignée de la tribu royale Miru, de Rapa Nui.

Eric Aubrahn est l'auteur de la pièce Coup de foudre à l'île de Pâques, à l'affiche au théâtre des Déchargeurs (voir notre blogue du 29 mai).

Théâtre: Coup de foudre à l'île de Pâques

 


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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 19:39

Jadis les arbres étaient des gens comme nous” – tel est le thème de l'exposition de Petrus De Man (°1955) chez Polad-Hardouin à Paris.

En vingt ans, Petrus De Man a eu vingt-cinq expositions individuelles et à participé à d'innombrables expositions de groupe. Depuis quinze ans, il connaît pas mal de succès, que ce soit à Paris ou à Bruxelles, à Anvers, à Cologne, à Bologne ou à Barcelone.

Ça m'a forcé à beaucoup travailler et j'en suis très satisfait. Aujourd'hui, je continue à exposer, mais j'ai besoin d'alterner avec des périodes tournées vers l'intérieur. Exposer, c'est être dans le mouvement, dans le spectacle, la vanité, la représentation et les applaudissements. Bien sûr cela flatte mon ego et cela m'encourage et me stimule, mais après, je ressens une nécessité de m'isoler dans mon atelier pour me retrouver grâce au dessin, mon seul et unique refuge.


Petrus De Man se considère avant tout comme dessinateur.


Je préfère travailler sur le papier plutôt que sur la toile et avec une pointe plutôt qu'avec un pinceau, qu'il s'agisse d' un crayon, d'une craie ou d'un fusain sur le papier ou d'une aiguille sur le cuivre. Cela donne toujours une ligne comme résultat. C'est ainsi que je préfère délimiter les formes plutôt que de les remplir comme le ferait un peintre. Pour le dessin, je recherche les papiers rugueux et solides et je travaille au fusain – et de temps en temps aussi au pastel et à l'aquarelle. La gomme et le papier de verre sont aussi pour moi des instruments très utiles. J'efface, j'estompe, je recommence, je superpose des formes et j'adore m'acharner sur elles pour les dompter.

*

Sans titre, 2009 – 210 x 100 cm – aquarelle et pastel sur papier

 

Polad-Hardouin art contemporain

86 rue Quincampoix

75003 Paris

11 juin – 18 juillet 2009

La galerie est ouverte du mardi au samedi de 11 heures à 19 heures sauf jours fériés.

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 19:16



Éric Aubrahn aime les défis et l’éclectisme. Il joue Molière, Racine, Corneille, Audiberti, Shakespeare et de nombreuses créations (entre autres La soupe aux orties de Roger Défossez, m.e.s. Xavier Lemaire, 2004). Au cinéma, il travaille avec Krzysztof Kieslowski, Laurent Bouhnik, Olivier Megaton... Éric Aubrahn fut un des Nouveaux sur Canal + et il apparaît dans de nombreux téléfilms. Et depuis quelques années il collabore à l’écriture de scénario.

*

En finale d'Un coup de foudre à l'île de Pâques, “fable romantique, ethnologique et renouvelable” d'Éric Aubrahn, la très belle nouvelle L'homme qui plantait des arbres de Giono affirme qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, suffit pour faire surgir du désert un pays de Canaan...

*

Distribution
De Éric Aubrahn – Jean Giono
Mise en scène de Éric Aubrahn
Avec Kên Higelin

Descriptif

L’amour et le bonheur sont-ils au bout, du bout du monde ?

L’île de Pâques est perdue au milieu de l’océan, comme notre planète est perdue au milieu de l’univers…

Franck, cadre dynamique, rencontre Clara, ethnologue et archéologue, et en tombe fou amoureux.

Il la suit sur l’île de Pâques où elle se consacre à l’étude des civilisations disparues.

Pour la séduire, Franck décide de sauver le monde ! Jusqu’où l’amour les entraînera-t-il ?

*

Les Déchargeurs, 3, rue des Déchargeurs - Paris 1er M° Châtelet.  Rés. : 0892 70 12 28

Jeudi, vendredi, samedi à 20 heures du 21 mai au 11 juillet 2009. 

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 00:44

Une ombrelle et un parasol sont les seuls accessoires présents sur la scène du Théâtre-Poème, dépouillée comme aux toutes grandes heures des spectacles qui y sont donnés depuis plus de quarante ans.

 

Le parasol est de ceux que l’on voit sur les plages, mais d’une étoffe poudreuse, sable à lui seul. Ouvert et tourné vers le public, il forme une sorte d’écran derrière lequel, de temps à autre, émerge une voix, celle de Willy qui répond à Winnie ; l’illusion, très troublante, dure jusqu’à la fin d’Oh les beaux jours.

 

Le soir de la représentation à laquelle nous avons assisté, nous sortions d’une nuit d’orage zébrées de milliers d’éclairs. Or, le fond sonore d’Oh les beaux jours est aussi marqué par le roulement du tonnerre qu’on entend parfois de loin, parfois de près comme si la foudre venait de tomber à deux pas. Ces coups de foudre se métamorphosent parfois en coups de feu pareils, qui sait, à ceux que l’on s’échange dans une vie de couple, comme s’il fallait en finir malgré le fait que chaque jour de la vie de Winnie soit une belle journée de plus, un peu comme quand on dit « encore une de faite ».

 

À l’égal d’elle-même dans ce rôle qui lui va comme un gant, Monique Dorsel est prisonnière de la scène, le bas du corps pris comme dans des sables mouvants, ce qui réduit d’autant ses possibilités de jeu.  Cependant, ce qui passe par sa voix tient du prodige : Monique Dorsel fait une fois de plus la preuve de son art de la variation, où les finales des phrases et des mots sont toujours nettes. Cette voix peut se faire tour à tour rieuse, indignée, grosse comme la mer par mauvais temps, enfantine et délurée, désirante, impérieuse, explosive, torrentielle ou encore gourmande. Ce spectacle résonne des échos de Molly Bloom, autre monologue mythique qu’elle a porté au Théâtre- Poème en 1969.

 

La mise en scène de Charles Gonzales est en accord parfait avec ce qui se dit dans le texte de Samuel Beckett et Monique Dorsel était tout à fait fondée de nous dire, à l’issue du spectacle, qu’elle vit Oh les beaux jours comme un pas de deux. Il y a aussi quelque chose de désespéré dans la chanson que Samuel Beckett a prévue pour Winnie, L’Heure exquise extraite de l’opérette La Veuve Joyeuse de Franz Lehar, un déchirement qui vient de la distorsion entre l’utopie et la réalité.

 

 

Philippe DEWOLF

À l’affiche du Théâtre Poème jusqu’au 31 mai.

30 rue d'Écosse, 1060 Bruxelles
Tél. : 02 538 63 58   Fax : 02 534 58 58
E-mail : theatrepoeme@skynet.be

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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 05:00

Connexion s’associe exceptionnellement avec la galerie Mana.art (36 rue des Renards 1000 Bruxelles) à l’occasion de l’exposition de Jan Scheirs (°1973) qui se tient jusqu'au 31 mai.

Robin de Salle s'est entretenu avec le peintre à propos de son apprentissage, de ses choix picturaux et de se démarche artistique.

Je ne ne suis pas rapidement content”, déclare Scheirs. D'ailleurs,

Un peintre ne doit jamais être satisfait. À un certain moment, il faut pouvoir dire: “Stop, je m’arrête ici, cela suffit.” Mais être satisfait? J’ai déjà une nouvelle toile en vue, et je me dis: “Ceci et cela, je puis le faire mieux”. Ce n’est que de temps en temps que je pense: “Ce n’est pas possible, c’est moi qui ai fait ça?”. Mais cela m’arrive très rarement.”

Ne manquez pas cette exposition qui se déroule jusqu'au 31 mai 2009. Horaire d’ouverture : de vendredi à dimanche de 10h30 à 17h30.

À l’occasion de la rétrospective de Jan Bucquoy à la galerie Cent Titres, Robin de Salle jette un coup d'œil rétrospectif sur une année riche en production de ce “fou du Roi” qui exposa également à la galerie Mana.art et auquel Connexion consacra un « spécial Dolle Mol ».

http://www.manaart.org

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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 03:32


En couverture: Jan Scheirs, Interrogatoire sans masque, 2005


L'intérêt de Connexion pour les arts plastiques ne se dément pas. Le rédacteur en chef souligne que “les chroniques de Henri-Floris Jespers sont de plus en plus demandées par les lecteurs”. Cette fois-ci, dans la chronique sur la galerie Saint-Laurent, Jespers revient sur un peintre déjà souvent évoqué dans la revue : Wout Hoeboer. Nous connaissions son parcours, son esprit dadaïste, nous découvrons cette fois-ci l’influence de la théosophie sur sa conception de la peinture.

Dans le cadre de la rubrique consacrée à La Fleur en Papier doré, Jespers continue ses recherches sur le réseau Van Bruaene et tout particulièrement sur Marc. Eemans, ce collaborateur qui n’en reste pas moins un surréaliste de la première heure.

Avec la publication de l’histoire des ateliers Mommen, cette cité d’artistes ten-noodoise fondée par Félix Mommen, patron d’une fabrique de matériel pour artistes, un nouveau chantier est mis en place. Robin de Salle publie ses premières conclusions.

La cité Mommen a commencé intéresser les médias alors qu’elle fut sur le point de disparaître. Un groupe d’habitants à de la cité décida d’organiser une exposition collective du 23 avril au 16 mars 2004 pour avertir le public de l’expulsion imminente et révoltante de leurs ateliers, devant être réaménagés en appartements de haut standing. L’historien retrace le cours des événements qui ont amené les journalistes mais également les historiens à orienter l’histoire des ateliers Mommen. Par une analyse critique, basée sur de nombreuses sources inédites, certains faits apparaissent sous un autre jour.

Connexion, numéro 18, mai 2009. 46/2 rue Blaes, 1000 Bruxelles.

revueconnexion@yahoo.fr

Abonnement pour cinq numéros: 30 € à verser au compte 001-3244284-01.

Prix à la pièce: 6 €

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