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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 04:13

En compagnie de Luc Neuhuys, Thierry Neuhuys et Robin de Salle, j'ai assisté le vendredi 3 septembre à la soutenance de thèse de doctorat de Francis Mus (°1983) en la salle Juste Lipse de la Maison Érasme de la Katholieke universiteit Leuven.

Francis-Mus.jpg

Francis Mus

Les travaux de recherche de Francis Mus sont axés sur la dynamique (les transferts culturels, la construction identitaire et les dialogues littéraires) du modernisme et de la littérature de l'avant-garde historique en Belgique. Dans ce cadre, Francis Mus accorde une attention toute particulière à la position et la fonction de la langue, au bilinguisme et à la littérature en traduction. Soulignons d'emblée que la contribution de Francis Mus à l'analyse, à la contextualisation et à l'historiographie de L'Art libre (revue trop souvent négligée) est innovatrice et décisive.

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Francis Mus a soutenu (en français) une thèse en tous points remarquable : No man's land ou terre promise. Littérature et internationalisme dans les revues francophones et néerlandophones belges de l'immédiat après-guerre (1918-1923).

Trois revues ont tout particulièrement retenu son attention : L'Art libre, Lumière et Ça ira!, « Clarté » (la revue bien sûr, mais surtout le mouvement) faisant fonction d'intertexte. Dans un premier mouvement Francis Mus étudie l’articulation de deux modalités différentes d’une même acception de l’internationalisme et de la poétique littéraire sous-jacente. La première modalité a été celle de L’Art libre, qu'il considère comme configuration de base étant donné que la revue fonctionne comme le représentant officiel en Belgique de Clarté, qui thématise de façon explicite tout ce qui a trait à l’internationalisme.

La dominance de ce modèle s’est avérée à propos de Lumière, qui s’inscrit de prime abord dans un cadre clartéiste, pour ne développer que dans un second temps une modalité différente par rapport au modèle établi par L’Art libre. Celle-ci s’explique par l’inscription institutionnelle différente de Lumière. Le lieu d’énonciation change de Bruxelles à Anvers, de sorte que le statut de la littérature produite en Flandre (francophone et néerlandophone) évolue d’une problématique extérieure à une problématique intérieure. Ainsi, une problématique intra-nationale va influer sur une problématique internationale.

Au premier abord, Ça Ira !semblait adopter un modèle discursif apparenté à celui de Lumière : également publiée à Anvers et en français, nombre de ses collaborateurs avaient un passé commun avec le groupe de rédacteurs de Lumière.

Ça Ira ! ne serait-elle donc rien d’autre qu’un pendant de Lumière, formulant les mêmes idées, mais de façon plus radicale? Les premiers numéros semblent confirmer cette intuition, mais l’influence croissante de deux collaborateurs, Paul Neuhuys et Clément Pansaers, a fait bousculer l’orientation de Ça ira ! qui, petit à petit, opte pour une voie radicalement différente.

L’épithète « radical » peut être prise ici au pied de la lettre : la manière selon laquelle les concepts sont appréhendés remonte à une tradition tout à fait autre, qui donne un sens nouveau à ces deux signifiants polysémiques, « littérature » et « internationalisme » …

Un certain nombre de revues de langue néerlandaise s'inscrivent également dans la lignée de « Clarté ». Au delà des instabilités sémantiques du corpus, l'approche minutieuse de ce tronc commun constitue un apport appréciable à l'étude de ces quelques années d'effervescence de l'immédiat après-guerre, durant lequel les germes du retour à l'ordre sont déjà bien présents.

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Le doctorant a eu droit à un jury de soutenance de thèse particulièrement compétent dans le domaine des relations littéraires intra- et internationales : Reine Meylaerts et Lieven D'hulst (KUL), Michel Biron (Université McGill, Montréal) et (le « grand patron ») Jean-Marie Klinkenberg (Université de Liège), ainsi qu'Elke Brems (KUL) dont les approches de la littérature contemporaine de langue néerlandaise sont parfois innovatrices.

Proclamé docteur en littérature, Francis Mus fut chaleureusement applaudi par une nombreuse assistance.

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Published by ça ira! - dans littérature
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