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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 17:55

 

GhelderodeGindertael.jpg

Portrait de Michel de Ghelderode dessiné et gravé sur bois par Roger Van Gindertael, 1925


Tous les thèmes du retour à l'ordre se retrouvent dans la lettre du 11 novembre 1927 de Neuhuys à Ghelderode : la fidélité aux exigences raciques ; la « véritable modernité » ; la nécessité de se refaire une santé. Il s'agit bien (de l'amorce) d'une conversion. (1)

*

Le mercredi 2 mai 1928 parut le premier numéro de l'hebdomadaire Le Rat, lancé par les éditions Lumière dirigées par Roger Avermaete.

Publiées côte à côte, les nécrologies de Paul Van Ostayen et d'Odilon-Jean Périer scellent symboliquement la fin d'une époque.

Dans cette première livraison du Rat, Neuhuys évoque pour la première fois le théâtre de Ghelderode. Vu la rareté des collections publiques du Rat, je cite longuement ce billet qui contient ab ovo la vision de Neuhuys sur le dramatuge.

Le théâtre de Michel de Ghelderode se rattache à la véritable tradition de notre pays à laquelle appartiennent le Pan de Van Lerberghe, La Tentation de Saint-Antoine de Maeterlinck, Le Cocu magnifique de Crommelinck. On découvre toutefois chez Ghelderode un accent plus déchirant encore que chez ses prédécesseurs. Sans doute n'est-il point demeuré indifférent aux efforts cubistes et surréalistes de Jarry, d'Apollinaire et de Cendrars. Dans Escurial et La Transfiguration dans le cirque qui viennent de paraître aux éditions de la Renaissance d'Occident, son art emprunte au music-hall sa lumière déformatrice pour nous conduire au pays des clowns assassinés et des tragiques imbéciles. Ce pays – ah ! ça oui – nous le connaissons. Ghelderode ne perche pas comme Siméon le stylite au sommet de la poésie pure. Pas plus qu'il ne cherche à farder la réalité par un simple artifice de style. Il rêve d'assainir et non de corrompre sa race. Son pays, à force de le parcourir sur ses deux faces, lui est apparu comme un décor disloqué, Ghelderode est le spectateur blasé de sa propre catastrophe. […] Si Ghelderode était peintre, on accrocherait ses œuvres dans nos musées et on le surnommerait le Drôle. Mais il n'est qu'un pauvre petit écrivain belge. Dès lors, ses livres n'ont point de succès dans nos bibliothèques. Et ses pièces sont représentées à Paris par le « Vlaamsche Volkstooneel ».

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

 

  1. À ce propos, cf. Henri-Floris Jespers, « Retour à l'ordre et inquiétude identitaire », in Bulletin de la Fondation Ça ira, no 16, 4ème trimestre 2003, pp. 3-38 ; pp.6-8.

  2. Cf. également les blogues du 12 au 15 avril 2008 (via la case 'Recherche', remplir 'Retour à l'ordre').

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Published by ça ira! - dans littérature
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