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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 01:43

 

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Le facteur, une espèce en voie de disparition, délibérément sacrifiée telle qu'elle l'est à l'autel sanglant de la sacro-sainte libéralisation des marchés (lisez: l'appât frénétique et dévastateur du gain), m'a remis lundi deux livres de Nicole Verschoore en main propre (façon de parler, puisque nous avons tous les mains sales, que nous le voulions ou non).

Je termine, émerveillé, la lecture de son Autobiographie d'un siècle.

Un siècle qui est le mien, une autobiographie imaginaire qui, dans son étrangeté délibérée mais sincère, est la mienne.

Ce septième ouvrage de Nicole Verschoore illustre en mineur, mine de rien, cette « sérénité crispée » dont nous parle René Char. Métissant les genres avec une adresse toute personnelle, elle nous donne un livre, qualifié de roman, dont la lecture m'a réconforté.

En attendant une réflexion plus attentive dans la prochaine édition papier du Bulletin de la Fondation ça ira, je soumets d'ores et déjà à votre attention quelques extraits de la préface:

Avant même que l'internet ne révolutionnât les habitudes, volontairement, par souci d'égalité sociale, les programmes scolaires s'appauvrirent. Les cours d'histoire et de littérature ancienne s'anémièrent. L'enseignement remplaça la mémoire du passé par l'apprentissage de méthodes de gestion de l'actualité. La notion de patrie disparut presque totalement, ainsi que celles des devoirs envers les aînés, de la discipline imposée, du respect de l'autorité et de soi, le tout remplacé par des valeurs de réflexion, de décision et de choix personnels. Ce n'était pas mal vu, puisqu'on craignait les foules sans personnalité. […]

Ceux qui, en Europe, ne vivent pas de travaux intellectuels ou de réflexion personnelle, s'ils se cherchent, ne se situent plus comme avant dans une appartenance évidente, connue et fixe. Les responsables qui ont rayé des programmes scolaires l'enseignement détaillé du passé et de l'écrit traditionnel que nous appelons la littérature, n'ont pas prévu les conséquences de leur absence. Sans réelles attaches, l'individu qui se cherche s'intéressera à tout ce qui se présente, n'importe quoi : courants de pensée, religions primitives, totalitarismes politiques. Le message du visuel remplit les vides. Il envahit à tel point le panorama quotidien qu'il en efface bon nombre de détails qui, dès lors, échappent à l'observation. Dès l'enfance, le regard est fixé sur l'information extérieure, de sorte que le temps de l'observation personnelle se raccourcit. Et celui de la réflexion.

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Nicole Verschoore (°1939) est docteur en philologie germanique de l'université de Gand. Assistante du professeur Herman Uyttersprot (dont la contribution à l'édition de l'œuvre de Franz Kafka fut remarquée, sinon décisive et lui valut la plus haute distinction dans l'Ordre du Mérite de la République Fédérale allemande), boursière du Fonds National de Recherche Scientifique, Nicole Verschoore choisit en 1973 une carrière de journaliste. Collaboratrice puis rédactrice responsable de la culture au quotidien libéral Het Laatste Nieuws (jusqu'en 1988), ensuite chroniqueur de la vie musicale à Bruxelles jusqu'en 1994, l'année de la publication de son premier roman chez Gallimard, Nicole Verschoore prendra la direction de l'hebdomadaire gantois Le Nouveau Courrier(1994-1999).

L’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique a décerné le Prix Michot à Nicole Verschoore pour sa trilogie romanesque La Passion et les hommes(1928-1958).

Henri-Floris JESPERS

Nicole VERSCHOORE, Autobiographie d'un siècle, Bruxelles, Le Cri,, 2010, 178 p., ,16 €.

Bibliographie

Le Maître du bourg, Paris, Gallimard, 157 p., 1994 ; 20002.

Vivre avant tout !, Bruxelles, Le Cri, 2006, 203 p., 21 €.

Les Parchemins de la tour, Bruxelles, Le Cri, 2004, 215 p., 20 €.

Le Mont Blandin, Bruxelles, Le Cri, 2005, 139 p., 18 €.
La Charrette de Lapsceure
, Bruxelles, Le Cri, 2007, 158 p., 19 €.

L'énigme Molo, Bruxelles, Le Cri, 2009, 158 p., 14 €.

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Published by ça ira! - dans littérature
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