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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 20:46

 

Stendhal et la rectification de l'enthousiasme, tel est le titre de la première plaquette parue en 1920 aux éditions à Anvers, un essai de Léon Chenoy (1890-1961), écrivain oublié mais attachant à qui j'ai consacré un dossier en 2007.

La seconde publication, datant de 1921, illustre le généreux engagement politique de la revue Ça ira! et des éditions éponymes: Réformisme ou révolution de Charles Plisnier (1896-1952, premier lauréat belge du Prix Goncourt en 1937), avec une préface de Charles Rappoport (1865-1941).

Le quatrième volume, L'Apologie de la paresse de Clément Pansaers (1885-1922), également publié en 1921, témoigne du rapprochement du groupe anversois avec Dada (qui culminera dans le numéro 16 de la revue, Dada, sa naissance, sa vie, sa mort, novembre 1921).

Enfin, Le Canari et la cerise de Paul Neuhuys (1921) consacre la conversion du poète à l' « esprit nouveau ».

Neuhuys1922.jpgPäul Neuhuys (1922)

Après avoir été quasiment ignoré dans l’Histoire des lettres françaises de Belgique (1958), dirigée par Joseph Hanse et Gustave Charlier, voilà que Neuhuys a droit à une notice avec photo dans Littératures belges de langue française (1830-2000). Histoire et perspectives (2000), ouvrage dirigé par Christian Berg (Université d'Anvers) et Pierre Halen (Université de Metz). Paul Aron (Université Libre de Bruxelles) y qualifie Paul Neuhuys de « poète fantaisiste, amoureux de la langue et des images, qui trace sa voie à l'écart de toutes les modes littéraires », de « critique attentif à toutes les manifestations de la nouveauté »et d' « éditeur perspicace » (p. 117). Christian Berg souligne (p. 400):

Neuhuys proclame que la poésie actuelle « poursuit un art vivant oublieux d’un savoir mort » et qu’elle doit épanouir avant tout « l’inépuisable don de vivre ». Préceptes qu’il mettra en œuvre dans ses premiers recueils, Le Canari et la cerise (1921) et Le Zèbre handicapé (1923). Dans ces suites d’instantanés, d’enchaînements incongrus de mots, de rimes ou d’assonances, le monde arrive par fragments, évoqués au gré de la fantaisie du poète, mêlés à ces bribes d’aventures qui semblent toujours prêtes à dériver vers on ne sait quel inattendu. Pour Neuhuys, le monde est absurde, et il est donc permis au poète de l’appréhender avec la plus totale liberté.

*

À l’occasion de la parution du Canari et la cerise, Neuhuys verra son nom accolé à celui de Paul Van Ostaijen(1896-1928), figure emblématique de l'avant-garde flamande, dans la revue De Goedendag (Lamasse d'arme, référence à la bataille des éperons d'or qui opposa l'armée du roi Philippe IV de France aux milices communales flamandes avec l'appui de milices venant de Namur et de Zélande le 11 juillet 1302 près de Courtrai). Le critique non identifié y traite Neuhuys de « blasé pétri d’une mélancolie à la Heine », de poète qui a rejoint « la bande de ceux qui, face aux mystères de la vie, ont perdu les pédales. » Un poème comme « Bulletin climatérique » constitue un effort cérébral à poser au Dada. Tout comme chez Van Ostaijen, « l’ennui du viveur n’est que le masque d’un spleen lancinant ».

Quand Jean Weisgerber (Université Libre de Bruxelles) avance que « Van Ostaijen et Neuhuys poursuivent des voies parallèles qui les mènent à Dada… », il s’approprie le vocabulaire de la critique unanime qui, en 1921, traita aussi bien Bezette stad que le Canari et la cerise d’œuvres dadaïstes. S’ils furent certes l’un et l’autre passagèrement attirés sinon captivés par la sensibilité dada, Neuhuys et Van Ostaijen récusèrent toutefois cette qualification. Dada fut pour eux un instrument d’épuration personnelle — « le décrottage Dada », dira Rik Sauwen.

*

PréfaçantLe pot-a-feu mongol (Paris, Belfond, 1980), Alain Bosquet souligne que Paul Neuhuys contribua « à donner à l'avant-garde de Belgique son goût et son parfum inimitable. »

Henri-Floris JESPERS


Paul NEUHUYS, Le pot-au-feu mongol, Paris, Belfond, 1980, 174 p.

Les Avant-gardes littéraires en Belgique. Sous la direction de Jean Weisgerber. Bruxelles, Labors, 1991, 449 p.

Littératures belges de langue française (1830-2000). Histoire et perspectives. Sous la direction de Christian BERG et Pierre HALEN. Bruxelles, Le Cri édition, 2000, 701 p., ill.

Histoire de la littérature belge francophone 1830-2000. Ouvrage dirigé par Jean-Pierre BERTRAND, Michel BIRON et. al. Paris, Fayard, 2003, 668 p.


Àpropos de Neuhuys et de Van Ostaijen, cf.entre autres les blogues du :

14 février 2008

http://caira.over-blog.com/article-16624945.html

3 mai 2008

http://caira.over-blog.com/article-19268038.html

26 février 2008

http://caira.over-blog.com/article-17058878.html

15 juillet 2009

http://caira.over-blog.com/article-33853904.html

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Published by ça ira! - dans littérature
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