Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 23:13

 

GhelderodeFLOU

Portrait de Michel de Ghelderode dessiné et gravé sur bois par

Pierre-Louis Flouquet, 1928


Que Paul Neuhuys avait contracté cette étrange affection que Jean Cocteau nommait solennellement “le mal rouge et or” est solidement attesté par sa correspondance avec Ghelderode, dont il publiera aux éditions Ça ira Masques ostendais (1934) et Le Cavalier bizarre (1938). Mais si le théâtre fut au départ de l'amitié de Neuhuys et Ghelderode, il en scellera la fin.

Malgré cette rupture navrante en 1950 (1), Neuhuys gardera un souvenir ému de Don Miguel, comme en témoigne le poème À la mexicaine,in memoriam Michel de Ghelderode paru en 1967:

 

La mort de saint Louis décida des croisades.

Jeanne au bûcher boucla la guerre de Cent Ans.

C’est pourquoi don Miguel des Noires Cavalcades

commence de trouver ce quiétisme inquiétant.

 

Il est des fleurs qui font l’école buissonnière :

ah ! vivre dans l’instant parfumé d’une fleur

dont le seul nom, Malène, évoque une atmosphère

où la peur de jouir nous fait jouir de peur!

 

Le taureau entre en coup de vent ; son poids l’entraîne

à se voir libre, enfin, après le noir cachot.

Quatre sabots poudreux patinent dans l’arène :

toute vie est un cri entouré de sanglots.

 

Le scribe dans le vent aime entasser des pages.

Plus en état de distinguer le beau du laid,

il lui faut le plus insupportable tapage

pour dire qu’il s’est fait librement ce qu’il est.

 

Corolle de saphir, tambourin d’émeraude,

grand nymphéa ou nymphéatzin du Natal,

pour nous restituer ce colosse de Rhodes,

il sied que ‘tzin’ demeure un suffixe amical. (2)

*

À la mexicaine”, en effet. Pour nous restituer Ghelderode (ce “colosse de Rhodes”) Neuhuys s'appuie sur le nahuatl, “parole claire”, “son divin” ou “langue des dieux”.

En nahuatl, le suffixe -tzin a originellement un sens diminutif, mais en nahuatl classique il est une marque de respect ou d'affection.

Parions que Neuhuys a joué sur les deux registres...

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

 

(1) Cf. Henri-Floris Jespers, 'Michel de Ghelderode et Paul Neuhuys : témoignages d’une amitié' in: Lettres ou ne pas Lettres, Presses Universitaires de Louvain, 2001, pp. 279-294 ; 285-292).

(2) Paul Neuhuys, Septentrion, Anvers, Librairie des Arts, 1967, p. 99.

SeptentrionII.jpg

Partager cet article

Repost 0
Published by ça ira! - dans littérature
commenter cet article

commentaires