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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 04:22

Je ne voudrais, ni par la critique, ni par la louange, alourdir les pages de ce livre que, loin du tumulte, un poète jeune a rêvé.

Les fleurs de bonne volonté, comme les appelle Laforgue, parlent d’abord par elles-mêmes, et encore, elles sont douées d’un charme si subtil, qu’elles se disent, toutes, en rendant leur parfum.

Ce sont aussi, du reste, les fruits que nous goûtons, à même les branches qui les portent, qui nous paraissent les plus suaves, parce qu’alors – et surtout à ainsi les cueillir, – on sent mieux que c’est leur fraîcheur native et impolluée qui se donne; et, on peut en penser de même des livres que font les poètes, et en déduire, que: tout commentaire, quel qu’en soit le prétexte, loin d’ajouter à la valeur du poème, n’est qu’un apport étranger qui ne peut que lui nuire, parce que nécessairement situé hors de lui.

Les seules contingences qui puissent éventuellement avoir une action effective sur le poème, sont celles qui président à sa genèse; le poème naît sous une étoile qui l’influe, comme il développe une ambiance que le poète subit.

Il en est, en effet, de l’âme des poètes, comme de celle que l’on prête aux roseaux: elle prend vie à tout vent, pour s’émouvoir chantante et mélodieuse, au gré de l’instant en la paix qu’il apporte, ou dans la douleur qu’il élit.

Le décor de la vie la subjugue, l’ambiance du milieu la domine, et, comme elle est aimante, en conséquence elle subit l’objectivité qui l’environne, mais dans une si ineffable communion, qu’elle y puise, à même son émoi, la raison de son inspiration.

C’est aussi qu’elle est devant le monde, comme sont les lèvres au bord du vase et qui, sitientes, appètent l’ivresse, dans la liqueur de la coupe qui leur est tendue.

C’est encore que l’âme du poète ne s’ouvre que pour donner vie à ses songes, comme l’arbre ou la plante n’épanouit ses fleurs que pour faire ses graines ou son fruit.

Or, ainsi s’avère, une fois de plus, la parole évangélique qui dit du verbe, qu’il se fait chair; et il s’en suit qu’on peut en déduire que, fruit du rêve, tout poème n’est, en sa somme, qu’une idéale moisson de l’âme, faite dans le champ du temps, du monde et de la vie et dont la variable richesse se dénonce, autant par le chant du Moissonneur lui-même, que par la qualité de la gerbe qu’il engrange.

Aoûteron dans les sillons du rêve, le poète, en effet, s’il moissonne, n’engendre néanmoins pas la moisson, car c’est en dehors de lui, ou de son effort, qu’elle lève, monte et mûrit, au gré des contingences, pauvre ou riche, débile ou abondante.

La part créatrice qui revient donc au poète, dans la genèse du poème, est, par conséquent, nécessairement limitée, et bornée autrement que par la seule étendue de son génie ou la puissance de son inspiration.

Il conviendrait, en effet, d’envisager le poème comme une cristallisation essentielle du rêve, dont l’ordonnance serait, en quelque sorte, comme préétablie, et en conséquence, par rapport au poète, substantiellement fixée hors de lui.

Tout rêve, en l’attente de l’accueil que peut lui faire notre âme, est, du reste, situé dans le temps et l’espace, où il ne se différencie de ce qui matériellement nous entoure, que par une objectivité virtuelle, inaccessible à nos sens, mais perceptible par notre pensée.

Il existe donc ‘ce pays des rêves’, qui, moins qu’on le croit, est un postulat poétique, dont on a du reste quelque peu abusé, et qui correspond jusqu’à un certain point aux Limbes qu’ont entrevus, par aperception, les âmes averties.

Or, c’est là, et là seulement, que le poète se sent, ou se retouve, dans sa terre d’élection. Car il sait que l’homme vit dans deux des plans de l’Universalité: l’un, qui est le plan apparent, celui de son habitat coutumier, et où, par les jours clairs, le soleil projette, en noir sur le sol, l’ombre de sa chair; l’autre, infiniment plus subtil, où il n’accède conscient, qu’aux heures élues, ou encore, inconsciemment, quand le sommeil l’abstrait, mais sans maîtrise alors, sur une fin ou un but.

Harmonies incréées: musiques, rythmes, lumières; parfums, chants et couleurs, existant en essence, instaurés en puissance, mais sans règne et sans couronne; chair épandue du rêve parce qu’informulée, c’est vous, là-bas, à l’heure élue, que va chercher le poète, vous ouvrant son âme en tout amour, pour que vous y trouviez le moule prédestiné où vous incarner; pour vous donner cette joie ou cette douleur d’ être, mais qui s’appelle pourtant la vie.

Et, les livres des poètes sont ainsi des actes de foi, en même temps qu’ils sont des actes d’amour, et, mieux que par toute démonstration liminaire, le lecteur s’en convaincra en parcourant les pages de ce livre.

Max Elskamp

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Published by ça ira! - dans littérature
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