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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 11:25

 

DeBeer.jpg

Bois original gravé par Gaston de Beer (1890-1953)

En compagnie de Luc et Thierry Neuhuys j'ai assisté à la soutenance de thèse de mon jeune mais non moins savant ami Matthijs de Ridder (°1979). Je me réjouis de pouvoir lire bientôt son livre consacré à la rencontre entre le jazz et la littérature, Rebelse ritmes (« Rythmes rebelles »).

*

À ma connaissance, Paul Neuhuys (1897-1984) fut le premier en Belgique francophone et flamande à évoquer le jazz dans un poème paru dans Le Canari et la cerise (1921) que j'ai traduit en néerlandais en étroite collaboration avec mon compagnon de route Luc Boudens.

 

jazz-band

    Dans ce

    salon

    où l’on

    danse

j’arbore mon rire

orchestre

     des plantes

         des lampes

     décor fiabesque

fausses amours     gaieté d’emprunt

Un mastodonte auprès d’un colibri

trouve le temps moins long

Les guêpes, les guêpes

Pick-pocket opérant à la faveur des jeux olympiques

Le pianiste tripotant et ventripotent

Un offcier raconte ses frasques

Un ami me présente sa maîtresse

un autre une cigarette

Le nègre saboule son banjo

le rythme de mon pouls

les cellules de mon cerveau

je cherche un équilibre

Le calabrisme ou la cachucha.



Pendant un solo de hautbois

un monsieur fait du remue-ménage

C’est un négociant en bois

cela se lit sur son visage.



Un souvenir gracieux comme un parasol

et l’âme, incane canéphore,

frissonne toute en son entéléchie.

Le mur suinte

Les guêpes, les guêpes

Ce que j’ai

le spleen clown du dandy

J’ai sommeil

quel intérêt cela a-t-il?

Allons prendre l’air

mon rire claque comme un drapeau mouillé.

*

La publication imminente du livre de Matthijs de Ridder m'a irrésistiblement incité à relire Robert Goffin (1898-1984), poète injustement tombé dans l'oubli, éminent avocat, professeur d'histoire du jazz à la New School for Social Research et citoyen d'honneur de la Nouvelle-Orléans. L'achevé d'imprimer de son recueil Jazz-band mentionne le 30 novembre 1922.

GoffinJazzBand.jpg

Robert GOFFIN, Jazz-band. Poèmes avec préface de Jules ROMAINS et bois originaux gravés par Gaston DE BEER, Bruxelles, Éditions des “Écrits du Nord”,

Université Libre de Bruxelles, 1922, 101 p.

 

En 1958, Goffin qualifiait Neuhuys de « vieil ami et de jeune poète ».... Quant à Neuhuys, le Rimbaud vivant  de Goffin lui fut une révélation qui lui inspira une pièce de théâtre demeurée inédite. La contribution de Goffin aux études rimbaldiennes est d'ailleurs fondamentale.

GoffinRimbaud.jpg

Robert GOFFIN, Rimbaud vivant. Documents et témoignages inédits. Avant-propos de Jean CASSOU, Bruxelles, Les Cahiers du Journal des Poètes, 1937, 230 p.

Je dois à Emma Lambotte (1878-1963), confidente de Laurent Tailhade (1854-1919), égérie de James Ensor (1860-1949) et amie de Paul Neuhuys de connaître l'œuvre de Robert Goffin. Elle me fit don en 1962 de l'exemplaire de ...Sources du Ciel(Paris, Nizet, 1962, avec un dessin de Félix Labisse) que Goffin lui avait adressé.

Henri-Floris JESPERS

 

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Published by ça ira! - dans littérature
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