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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 11:01

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C'est avec émotion que j'apprends le décès, hier au petit matin, de Guy Vaes (Anvers, 29 janvier 1927). Son père écrivain René Vaes, faisait partie du groupe Lumière, qui était dirigé par son beau-frère Roger Avermaete. Par sa mère, Guy Vaes est le petit-fils de l'écrivain flamand Constant de Kinder, auteur du célèbre roman d'aventures Jan zonder Vrees. Cousin d'Alain Germoz (Alain Avermaete), Guy Vaes est l'auteur d'un classique de la littérature belge de langue française du vingtième siècle, Octobre long dimanche (Paris, Plon, 1956 ; réédité à Bruxelles, chez Jacques Antoine, 1979). Il fut élu à l'Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique en 1997.

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Le premier roman de Guy Vaes connaîtra une réception extrêmement élogieuse. Pascal Pia le jugera supérieur au Voyeur d'Alain Robbe-Grillet, Julio Cortázar (1914-1984) écrira à Vaes:

J'ai lu votre roman d'un trait. J'en sors comme quelqu'un qui a failli se noyer et qui, tout en respirant à pleins poumons, garde comme une nostalgie de cet état voisin de la mort, où il a touché une somme indicible, où son passé a défilé devant ses yeux fermés tandis que son futur s'amenuisait et devenait cendre et silence. […] Pendant des heures j'ai eu l'émotion et même la frayeur de découvrir en vous un écrivain d'une race qui pour moi appartient à la race des vrais rois.

VAESl'Envers

Guy Vaes ne publiera plus de roman avant L'Envers (Bruxelles, Jacques Antoine, 1983 ; Prix Rossel), une fascinante rencontre avec le caractère scandaleux des miracles... Après L'Usurpateur (Bruxelles, Labor, 1994), Vaes publie chez Luce Wilquin Les apparences (2001) – qui sont autant d'apparitions – et Les Stratèges  (2002), roman capital sorti d'un germe de L'Envers.

Si Guy Vaes continuera d'explorer les ressources du réalisme magique, il évitera toujours tout recours au fantastique.

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Guy Vaes débuta avec un recueil de poèmes, Ce qui m'appartient (Anvers, Orion, achevé d'imprimer le 24 décembre 1952). En 1981, il publia Le Millénium éclair, rehaussé de quatre lithographies originales de Jef Verheyen (tirage: 82 exemplaires), suivi en 1988 par Suite irlandaise, dont le tirage comportait 23 exemplaires, chacun d'eux illustrés de deux aquarelles originales de Nathalie Dasseville Lunine. En 2001, sous une élégante couverture rouge brique discrètement ornée en braille, paraît L'Œil pharaonique (Bruxelles, La Lettre volée).

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Remarquable essayiste, Guy Vaes publie en 1963 Londres ou le labyrinthe brisé (Anvers, Librairie des Arts, 1963 ; repris en 1986 dans Mes villes, Bruxelles, Jacques Antoine). Nourri de littérature américaine et anglaise, il publie en 1966 un fascinant essai sur le temps romanesque, La Flèche de Zénon (Anvers, Librairie des Arts, 1966 ; réédité en 1994 chez Labor).

Invité à occuper la chaire de poétique de l'Université de Louvain-la-Neuve, Vaes y prononcera en 1986 quatre conférence sur Le regard romanesque, un « envers du décor », traitant non seulement de la genèse d'Octobre long dimanche, mais également du temps dans le roman, de la poétique des villes et du roman métaphysique.

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Oisif de nature, paresseux par conviction (non sans quelque dandysme d'ailleurs), traumatisé par la perspective de devoir gagner sa vie, Guy Vaes choisit peu après la Libération pour le journalisme. Les chroniques de cinéma de Guy, qu'il qualifiait de petites mythologies d'un quotidien imagé, furent réunies en 2007 (Bruxelles, Le Cri / Académie royale de Langue et de Littérature françaises).

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

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Published by ça ira! - dans actualité
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commentaires

Philippe Mol 06/03/2012 15:36

Une erreur s'est glissée dans cet aperçu de la carrière littéraire de Guy Vaes: "Londres ou le labyrinthe brisé" (paru en 1963) a bien été réédité par Jacques Antoine, non sous le titre de "Les
cimetières de Londres" mais sous celui de "Mes Villes", avec un inédit sur la ville de Singapour, en 1986

ça ira! 08/03/2012 01:12



Vous avez bien sûr raison. Cela m'apprendra de citer de mémoire, sans reprendre les ouvrages en main... Merci pour votre attention, qui me permet de rétablir cette bourde.


HFJ