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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 05:42

 

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Alexandre Dumas

Anarchiste de droite, aristocrate de gauche, Guy Impériali est un personnage attachant.

« L'essence de la noblesse est un livre qui honore son auteur ». Évoquant ce compliment de Thierry Neuhuys dans Floraire ou Les herbes de l'oubli, Impériali confesse :

Cette phrase me paie de bien des peines. On est si seul aujourd'hui quand on écrit vraiment, c'est-à-dire avec son âme et ses couilles. Ne pas contribuer inutilement à l'abattage des forêts.

Impériali tint parole. Il semble bien avoir mené de front plusieurs projets, mais ne publia que quelques textes. Découragement ? Désespérance ? Désillusion dans un monde désenchanté ?

Paul Neuhuys rencontra Impériali chez Franz Hellens. L'auteur de Bass-Bassina-Boulou et de Réalités fantastiques avait du flair, comme en témoigne un lettre qu'il adressa à Impériali :

Vous écrirez, si je ne me trompe, des choses belles, valables et durables, si vous ne tombez pas d'emblée dans une sorte de découragement qu'aucun échec ne saurait justifier chez une nature vraiment appelée.

*

Cocteau soulignait :

Il y a des œuvres longues qui sont courtes. L’œuvre de Wagner est une œuvre longue qui est longue, une œuvre en étendue, parce que l’ennui semble à ce vieux dieu une drogue utile pour obtenir l’hébétement des fidèles.

Si l'œuvre d'Impériali est courte et fragmentaire, elle n'en est pas moins compacte et dense, ne contribue donc pas à l'hébétement et moins encore à l'ennui. Elle mérite assurément d'être réunie en un (mince) volume, ne fût-ce que pour sauver de l'oubli des commentaires pénétrants et perspicaces sur l'œuvre d'Alexandre Dumas et de Jack Kerouac ; ou le parallèle d'Athos, mousquetaire désabusé, et de Sherlock Holmes, archétype du « private detective »....

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Jack Kerouac

Tout comme Guy Vaes (1927-2012), lui aussi lié d'amitié avec Paul Neuhuys, Impériali était amateur de polars :

Quand je lis certains romans policiers anglo-saxons, j'ai l'impression de participer à une fête secrète, à une vie mythique. Le policier français me communique inexplicablement une sensation de veulerie dans le vécu. Je me sens en sûreté dans le policier anglais, c'est-à-dire dans le monde feutré dont je rêve.

À ce propos, il citera une lettre de Raymond Chandler (1888-1959) adressée à son éditeur Dale Warren :

P. Marlowe a autant de conscience sociale qu'un cheval. Il a une conscience personnelle, ce qui est tout différent.

Il y a même un cinglé qui m'a informé que je pourrais écrire un excellent roman prolétarien ; dans mon univers limité un tel animal n'existe pas, et s'il existait, je serais le dernier à aimer cela, étant par tradition et patiente recherche un snob accompli. P. Marlowe et moi, nous ne méprisons pas les classes supérieures parce qu'elles prennent des bains et ont de l'argent ; on les méprise parce qu'elles sonnent faux. (7 janvier 1945)

*

Amateur de romans policiers, Impériali partageait également avec Guy Vaes (et Alain Germoz) le goût de la bande dessinée.

Après le décès de son demi-frère Guy Impériali, le peintre Philippe Biermé (°1945) retrouva cinq lourdes caisses contenant de précieux documents et souvenirs témoins de la vie bien remplie d'Edgar P. Jacobs (1904-1987), le père de Blake et Mortimer....

Lors de la séance publique de l'Académie royale de Langue et de Littérature françaises du 15 janvier 2005, Guy Vaes rendra hommage à Jacobs : « La bande dessinée est une manière d'opéra ».

Henri-Floris JESPERS

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Published by ça ira! - dans littérature
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