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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 04:14

 

GuttFrickx.jpg

Il faut que je rattrape une bourde. Jeudi, me fiant à ma mémoire, je notais ici que les néo-surréalistes belges regroupés autour de Tom Gutt ne prisèrent guère l'étude de Robert Frickx et Michel Joiret sur La poésie française de Belgique de 1880 à nos jours (1977).

En fait, c'est à l'occasion de la parution de La littérature belge d'expression française de Robert Burniaux et Robert Frickx (Presses universitaires de France, collection “Que sais-je”, no 1540) que parut en mars 1974 L'odeur de la nourriture, un pamphlet de huit pages signé conjointement par Yves Bossut, Tom Gutt, Claudine Jamagne, Michel Thyrion et Jean Wallenborn.

En exergue, une citation de Saint-Pol-Roux donne le ton :

Les Trous-du-cul, ce sont maints Critiques Modernes. Et ce qui sort de ces princes en us lorsque grince l'anus qui leur tient lieu de bouche, quelquefois c'est du vent, des crachats plus souvent, de la merde toujours. (1)

*

Les signataires soulignent que MM. Burniaux (1924-1988) et Frickx (1927-1998),

consciemment ou non (non, sans doute), servent une entreprise qui n'est pas neuve, et qui est de réduction du surréalisme et plus généralement de ce qui brise avec ce qui brise l'homme. Le ton varie, le fond demeure. Ce n'est plus (sauf chez M. Poulet dans Pan) le hurlement blessé de la haine, c'est le ton sentencieux, patelin, supérieur, tranchant au besoin, compréhensif, narquois parfois ou, pire, complice de l'ânerie pseudo-savante […]. (p. 1)

Au reste, c'est tant par ce qu'ils disent que par ce qu'ils taisent […] que ces messieurs à nos yeux se condamnent – et, espérons-nous, aux yeux de la bourgeoisie du cœur, de la tête et du fric, puisque nous dénonçons les pas qu'ils font sur le terrain du savoir objectif, de l'information à froid et neutre, et non pas sur le nôtre, qui est celui de la révolte et où d'ailleurs ils s'enliseraient. Qu'ils manipulent tant qu'ils veulent ce qui nous dégoûte. Mais non pas ce que nous aimons, à la limite ce que nous sommes. Mais non pas cette part de nous qui est la seule qui nous vaille de vivre. Mais non pas la poésie, l'amour, la liberté. Il nous plaît de prendre la main dans le sac ce duo de faussaires ratés. (p. 5).

Les deux (f)auteurs, mais surtout Robert Frickx, avait déjà été pris à partie dans l'hebdomadaire satirique Pan du 2 janvier 1974 :

Ils se sont mis à deux pour rédiger, à l'intention de la collection Que sais-je, un panorama de « la littérature belge d'expression française » : Robert Burniaux et Robert Frickx, à peine moins inconnus sous leurs noms de plume respectifs de Jean Muno et Robert Montal.

Mais reprendre son patronyme réel offre des avantages. Car Robert Frickx, poète de qualité moyenne (niveau chanson vaguement littéraire) et professeur à l'Université de Bruxelles (V.U.B.), peut voir en Robert Montal un « spécialiste de René Ghil et de Rimbaud ». Belle générosité : le Rimbaud est son mémoire de licence rapidement revu qui traficote le thème de l'adolescence. Quant au René Ghil, un lyrique si illisible que le sujet restait vierge, c'est sa thèse de doctorat froidement accueillie lors de sa soutenance.

Les signataires de L'odeur de la nourriture en rajoute :

 

Puisqu'il paraît que M. Frickx se trouve en première ligne, arrêtons-nous un instant à lui. Dans l'ordre de l'essai, l'on devait à ce monsieur « L'adolescent Rimbaud » (Les écrivains réunis, 1954) qui est une pitié, un « Rimbaud » (aux éditions universitaires, 1968) qui est une honte, et une besogne sur René Ghil (Labor, 1962) qui n'existe pas. (p. 7, note 10).

*

Pour l'édification des ignares”, Tom Gutt & Co soulignent que le surréalisme "n'entretient avec la littérature que des rapports d'ironie”.

Paradoxal donc, ce sérieux mortel dont témoigne leur pamphlet...

Henri-Floris JESPERS

(1) En 1896, Saint-Pol-Roux publie la première version de La Dame à la faulx. Ereinté par la critique, il répond par un pamphlet mordant, L'Air de trombonne à coulisse (1897), dont voici le refrain :

Les Trous-du-cul, ce sont maints Critiques Modernes. Ils ont deux fesses, disons faces, l'une de miel pour les faiseurs d'ignominie, l'autre de fiel pour les beaux gestes du génie. Les Trous-du-cul, ce sont maints Critiques Modernes. Et ce qui sort de ces princes en us lorsque grince l'anus qui leur tient lieu de bouche, quelquefois c'est du vent, des crachats plus souvent, de la merde toujours.


Cf. "Christian Bussy & les surréalistes bruxellois", 17 février 2008 :

http://caira.over-blog.com/article-16729407.html

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Published by ça ira! - dans surréalisme
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