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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 02:11

 

JeanDeBoscherePHOTO.jpg

 

Jean de Boschère

Voici près de vingt ans que je ne me suis plus sérieusement penché sur Jean de Boschère, personnage pourtant combien attachant, auteur d'une œuvre fascinante et protéiforme.

Préparant l'édition de la correspondance inédite de Max Elskamp et Paul Neuhuys (cf Textyles, Revue des lettres belges de langue française, no 22, [2002], pp. 67-81), j'ai relu avec la plus vive attention la correspondance de Max Elskamp à Jean de Bosschère, éditée par Robert Guiette et publiée (en 1963 et 1970) par l'Académie de Langue et de Littérature françaises. (À l'instar de Christian Berg, je suis dorénavant partout la graphie modifiée du patronyme. Né Jean de Bosschère à Uccle [Bruxelles], l'auteur retrancha après 1944 une consonne de son nom, sans doute en vue de sa demande de naturalisation française, qu'il obtint en 1951.)

Vendredi, levant mon courrier, je découvre la réédition de Marthe et l'enragé de Boschère que m'adresse mon ami in litteris et collègue au Centre d'Étude des Francophones en FlandreChristian Berg, professeur émérite à l'Université d'Anvers, édition augmentée d'une “préface” d'Antonin Artaud, en fait un texte paru dans le numéro 168 (septembre 1927) de la Nouvelle Revue Française, en dépit des réticences de Jean Paulhan.

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Je m'empresse de signaler cette publication à l'attention de mes lecteurs, n'hésitant pas à piller sans vergogne (et sans les guillemets d'usage) l'excellente “lecture” de Christian Berg qui clôture ce volume.

*

Jean de Boschère (1878-1953), écrivain, poète, peintre, illustrateur et critique d'art, se présente à travers toute son œuvre comme un être rebelle et solitaire, bien qu'il comptât parmi ses amis Antonin Artaud, Jacques Audiberti, Balthus, Joë Bousquet, Max Elskamp, Oscar Venceslav de Lubicz-Milosz, Ezra Pound. Admiré par ses pairs, méconnu du public, il a traversé les grands mouvements littéraire du siècle sans s'y attarder, plus enclin à arpenter “les ténébreuses frontières de l'humain” qu'à se mêler à la foule.

Marthe et l'enragé, commencé pendant l'hiver de 1923-1924, est terminé à la fin de 1924. Boschère a voulu que le style du roman soit le reflet de la personnalité d'un narrateur malhabile mais sincère. C'est d'ailleurs ce style que Jean Paulhan jugeait “incorrect, non seulement du point de vue de la grammaire, mais de l'esprit” qui valut à Boschère d'essuyer un premier refus chez Gallimard.

Finalement l'éditeur de Suarès (que Boschère avait toujours considéré comme son mentor littéraire), Emile-Paul Frères, accepta de le publier. Paru en avril ou mai 1927, ce roman fut un fiasco commercial, malgré le soutien de quelques critiques influents comme Edmond Jaloux, Paul Fierens, Jean Cassou.

Suarès écrivit à son protégé le 11 août 1927:

L'Enragé a eu son effet sur les artistes et les écrivains: à ceux-là on fait cadeau des livres. Ceux qui les achètent n'ont pas été du même avis. La vente, paraît-il, a été presque nulle.

Christian Berg souligne que cet échec,

suivi de quelques autres, mit fin aux espoirs de Boschère de s'affirmer sur la scène parisienne à la fois comme peintre et comme écrivain et fut à l'origine d'un relatif isolement qui allait durer jusqu'à sa mort survenue à Chateauroux, en 1953.

Cette intégration ratée dans le champ littéraire et artistique parisien de la fin des années vingt est d'autant plus frappante qu'elle se situe en vif contraste avec l'éclatante réussite londonienne du Belge au début de la Première Guerre mondiale.

Quant à Paul Aron, il constate que

L'écriture de Boschère […] est chaotique, indifférente à la construction raisonnée, mais capable des emportements les plus lyriques ou des descriptions les plus émouvantes. Reconnu par Antonin Artaud, Jean de Boschère est aussi un poète et, dans ce domaine également, il manifeste une superbe indifférence aux modes et aux conventions.

(Christian BERG & Pierre HALLEN, Littératures belges de langue française. Histoire & perspectives 1830-2000, Bruxelles, Le Cri, 2000, p. 133)

En 1990, j'ai signalé un choix de poèmes de Boschère, traduits par Mark Braet en néerlandais : Als de stroop van de scholen nog aan de vingers kleeft (Bruges, Pablo Nerudafonds, 1990) – “Quand les sirops des écoles gluent encore les doigts...”

*

Artiste graphique, influencé dans ses débuts par Aubrey Beardsley, Boschère laisse de nombreux portraits de ses amis : Antonin Artaud, Jean Follain, Max Jacob, Henri Michaux, Jean Paulhan et André Suarès.

 

HFJ

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Dessin de Jean de Boschère illustrant son recueil Élans d'ivresse

(Paris, éditions Sagesse, 1935).

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Published by ça ira! - dans littérature
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