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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 04:38

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ERRO, La révolution suisse (1965)

Ce n'est certes pas la première fois qu'Erró expose à Bruxelles. Il participa à l'exposition 'le rendez-vous des amis 1976' chez Fred Lanzenberg, galerie créée en 1966 sous l'appellation Rive Gauche avec le soutien d'Ileana Sonnabend (1907-1999), présentant des artistes Pop, tels que Andy Warhol, Roy Lichtenstein et Tom Wesselman et, dans la foulée, les Nouveaux Réalistes César, Niki de Saint Phalle et Martial Raysse. Ensuite, ce furent des expositions individuelles à la galerie Le Miroir d'Encre (1983; 1988) et, enfin, en 1995 au Salon d'art ('Quoi de neuf, docteur?').

*

'Horti-culte': tel est le titre du poème de Théodore Koenig dédié à Érro, repris dans le recueil La métamorose (Bruxelles, Phantomas, 1980):


L'inspiration érectile toujours

peut être souple ou drue indifféremment


Nos desseins rejoignent les questions qui se posent

lorsque la passion de la minutie

pousse au sublime tant de miettes rassemblées

dans un univers de complexité


Cueillie dans le jardin dédale des pensées engourdies

la fleur dénommée vois-tu clair croît à l'heure où les

daltoniens apprennent qu'il ne fera jamais plus noir


Que sont donc ainsi les d'ores et déjà

les cela-y-serait-ce

les qu'est-ce donc

opposés aux forces laconiques

du oui

ou

du non

survenus au moment où la mort


Ce ciseau millénaire interrompt

toute pensée discursive

tout état corporel

toute naïveté de contemplation

 

Écrit à Voze di Noli, le 12 juillet 1977, ce poème fit fonction de préface dans le catalogue (“d'un luxe raffiné”, dixit Koenig) de l'exposition chez Regisartcontemporanea à Finale-Ligure de '20 personnaggi', de grands collages par Erro, dont le vernissage eut lieu le 30 juillet.

Ce n'est certes pas le texte le plus percutant de Théodore Koenig, mais il témoigne de son amitié pour Érro, qu'il fréquenta dès le début des années soixante et dont il conservera quelques œuvres marquantes. Il évoquera sa première visite, en 1966, à l'atelier du peintre:

Au 12 de la rue de Bucy, il conçoit et entasse des trésors d'imagination dans une mansarde-atelier où défilent, sous nos yeux, en manifestation acryliques la démesure encyclopédique de son art. Un peu comme dans la visite à l'atelier de Manet, ce n'est pas le modèle qui manque. Nous voilà bientôt, nous adonnant à toute sorte d'exercices, clignant des yeux, nous servant de nos mains en guise de cache, invoquant Dürer, les problèmes du daltonien et ceux, infiniment insondables de la critique irrecevable aux veines vides qui parle d'art sans palper ni sentir, fixant un intérêt par contumace, sur reproductions, accrochant à son mur les pires croûtes ascentionnelles...

*

Poète injustement enterré, Théodore Koenig (1922-1996) demeure toutefois incontournable en sa qualité d'animateur de la revue Phantomas, dont la livraison sur la 'Belgique sauvage' fit époque.

L'influence de Koenig sur le surréalisme et la littérature québécoise est moins connue.

Ingénieur chimiste spécialisé dans les cuirs venu exercer son métier dans les tanneries de Montréal, Koenig eut une influence certaine sur le surréalisme au Canada français. Ami d'Alechinsky, Koenig est le collaborateur officiel pour le Canada de la revue du mouvement Cobra, où se regroupent les surréaliste-révolutionnaires. Il collabore dès le premier numéro à la revue Cobra, dans lequel se trouve encarté le 'Cinémasurréalistefeste', signé: “Le Groupe surréaliste-révolutionnaire, ses amis, ses voisins”. La même année, le jeune écrivain, peintre et graveur québécois Roland Giguère (1929-2003) fonda les éditions Erta.

Koenig y publie ses premiers recueils en tirage extrêmement limité: Decante (1950), Clefs neuves (1950), Le poème mobile (1951) et Le Jardin zoologique écrit en mer (1954). De 1954 à 1963, Roland Giguère séjourne à Paris, où il participe aux activités du groupe 'Phases' et du mouvement surréaliste.

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)


Orientations bibliographiques:

André-G. BOURASSA, Surréalisme et littérature québécoise, éditions L'Étincelle, Montréal, 1977.

Théodore KOENIG, Histoire de la Peinture chez Phantomas, Bruxelles, Éditions Lebeer-Hossmann, 1990.


www.lesalondart.be

http://caira.over-blog.com/article-erro-a-paris-et-a-bruxelles-50-ans-de-collages-

 

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Published by ça ira! - dans arts plastiques
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