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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 23:48

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Mon maître Gustav René Hocke, dont les études sur le maniérisme firent époque, aimait répéter la réponse du Greco (1541-1614) à un visiteur s'étonnant de le surprendre à peindre dans l'obscurité: “L’éclat du jour nuirait à ma lumière intérieure”.

Il s'agit d'un faux littéraire, mais combien plus éloquent que le témoignage des “tristes pépins de la réalité”...

Soulignant que la biographie d'Oscar Wilde par Frank Harris est sujette à caution et que son témoignage relève le plus souvent de la plus haute fantaisie, George Bernard Shaw s'empressait d'y ajouter que c'était là pourtant le portait le plus fidèle et véridique, c'est-à-dire celui qui correspond le plus étroitement à la nature profonde du personnage.

*

Dans le cadre de la Présidence espagnole de l'Union Européenne, le Palais des Beaux-Arts présentera du 4 février au 9 mai 2010 une sélection unique de tableaux marquants du Greco.

Considéré comme l’un des peintres fondateurs de l’École espagnole, Le Greco n’a pourtant pas toujours joui de ce statut souverain. Lorsqu’il meurt à Tolède en 1614, l’Europe se prend de passion pour le caravagisme, style naturaliste et en vogue aux antipodes de son génie maniériste. Très vite, son œuvre passe de mode, traversant les siècles dans un relatif oubli. Jusqu’à ce qu’en 1908, l’historien de l’art Manuel Bartolomé Cossío lui consacre une monographie fondamentale. L’engouement pour Le Greco est immédiat. Collectionneur d’art averti, le marquis de la Vega-Inclán érige même à Tolède en 1910 un musée à sa gloire. De sorte que la renommée du peintre s’enfle aussi vite qu’elle ne s’était éteinte. En plus de retracer le rôle essentiel joué par les acteurs de cette redécouverte spectaculaire, l’exposition livre un aperçu captivant de l’évolution artistique du peintre, à travers une sélection unique de tableaux marquants, dont l’étourdissant Le Christ dépouillé de ses vêtements ou les remarquables Les larmes de saint Pierre.

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Le Christ dépouillé de ses vêtements

 

Point d’orgue du parcours : l’ultime série d’Apôtres laissée par Le Greco, véritable testament pictural du maître. Une série complète d’une étonnante modernité, aux formes totalement libérées, aux éclats de couleurs extraordinaires, qui après le Palais des Beaux-Arts retrouvera le «Museo de El Greco» de Tolède pour ne plus jamais en sortir...

*

Dans La joueuse d'Ocarina (1947), Paul Neuhuys constate:

Après la mosaïque des byzantins et la géométrie d’Ucello

les primevères hyperesthésiées de Botticelli

conduisent aux mortelles déliquescences du Greco.

Dans ses Mémoires à dada (1996) Paul Neuhuys fera état du taedium vitae, de “cette élégante lassitude morale” qu'on retrouve chez Domínikos Theotokópoulos, dit le Greco.

Luis de Góngora (1561-1627, à qui Neuhuys consacra quelques pages mémorables) écrivit un Tombeau de Domenico Greco, excellent peintre.

*

Quant à moi, je suis convaincu qu'il convient de situer cette “élégance” du maître maniériste, dont l'influence sur l'art moderne est incontestable, dans l'éclairage intérieur d'une spiritualité mystique.

Henri-Floris JESPERS

Commissaires de l'exposition: Ana Carmen Lavín Berdonces & José Redondo Cuesta.

Scénographie: Óscar Mariné.

Palais des Beaux-Arts, 23 rue Ravenstein, 1000 Bruxelles. Entrée: rue Royale 10.

Du 4 février au 9 mai 2010.

Du mardi au dimanche, de 10 à 18 h. Le jeudi: de 10 à 21 h.

Info: www.bozar.be

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Published by ça ira! - dans arts plastiques
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commentaires

Regards curieux 13/02/2010 23:11


Une expo qui ne laisse pas indifférent. La vue de ces toiles créé le choc électrique, l'intensité spirituelle semble même douloureuse. Une réunion d'oauvres assez unique.

http://regards-curieux.blog.lemonde.fr/2010/02/13/el-greco-1900-la-redecouverte-bozar-bruxelles/