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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 21:18

 

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Nicolas Ségur rapporte une conversation avec France à propos de Daphnis et Chloé, roman grec de Longus datant du premier ou du deuxième siècle de l'ère chrétienne.

Voilà un plagiaire que l'on doit bénir, dit-il. On l'a baptisé Longus, à cause probablement d'une coquille de copiste. En réalité il est anonyme. Mais nous savons par contre ce qu'il a fait. Il a pillé tous les poètes perdus de la Grèce. Son roman exquis est un tissu de plagiats, une mosaïque de vols. Félicitons nous-en. Que de grâce ignorée, que de subtile et rare sensualité évanouie, sans ce plagiaire.

N'est-ce pas, Hervieu, que c'est absurde cette chicane de plagiats qu'a inventée le vaniteux XIXe siècle, avec sa fameuse manie d'originalité ? Autrefois tous les sujets appartenaient à tout le monde et chacun prenait son bien où il le trouvait. Il existait, certes, la notion du plagiat, mais c'était pour désigner le larcin commis sans talent ni esprit, la défiguration maladroite de ce que l'on prenait. […]

Du reste, c'est simple ! Tous nous sommes plagiaires si nous valons quelque chose. Car nous ne pouvons énoncer une seule idée grande et lumineuse, ni saisir une situation durable sans voler quelqu'un, consciemment ou inconsciemment. Selon le mérite de chacun, on peut dire à peu près d'avance, s'il est vraiment plagiaire. Sardou l'est fatalement lorsqu'il emprunte, et Shakespeare ne le fut jamais, quoi que celui-ci ait infiniment plus volé que celui-là. Il tapait tout le monde, Shakespeare ! Mais il avait la

manière ! Tout est là.

 

 

HFJ

 

Nicolas SÉGUR, Conversations avec Anatole France ou Les mélancolies de l'intelligence, Paris, Bibliothèque-Charpentier, Eugène Fasquelle, éditeur, 1925, 201 p.

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Published by ça ira! - dans littérature
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