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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 00:44

Une ombrelle et un parasol sont les seuls accessoires présents sur la scène du Théâtre-Poème, dépouillée comme aux toutes grandes heures des spectacles qui y sont donnés depuis plus de quarante ans.

 

Le parasol est de ceux que l’on voit sur les plages, mais d’une étoffe poudreuse, sable à lui seul. Ouvert et tourné vers le public, il forme une sorte d’écran derrière lequel, de temps à autre, émerge une voix, celle de Willy qui répond à Winnie ; l’illusion, très troublante, dure jusqu’à la fin d’Oh les beaux jours.

 

Le soir de la représentation à laquelle nous avons assisté, nous sortions d’une nuit d’orage zébrées de milliers d’éclairs. Or, le fond sonore d’Oh les beaux jours est aussi marqué par le roulement du tonnerre qu’on entend parfois de loin, parfois de près comme si la foudre venait de tomber à deux pas. Ces coups de foudre se métamorphosent parfois en coups de feu pareils, qui sait, à ceux que l’on s’échange dans une vie de couple, comme s’il fallait en finir malgré le fait que chaque jour de la vie de Winnie soit une belle journée de plus, un peu comme quand on dit « encore une de faite ».

 

À l’égal d’elle-même dans ce rôle qui lui va comme un gant, Monique Dorsel est prisonnière de la scène, le bas du corps pris comme dans des sables mouvants, ce qui réduit d’autant ses possibilités de jeu.  Cependant, ce qui passe par sa voix tient du prodige : Monique Dorsel fait une fois de plus la preuve de son art de la variation, où les finales des phrases et des mots sont toujours nettes. Cette voix peut se faire tour à tour rieuse, indignée, grosse comme la mer par mauvais temps, enfantine et délurée, désirante, impérieuse, explosive, torrentielle ou encore gourmande. Ce spectacle résonne des échos de Molly Bloom, autre monologue mythique qu’elle a porté au Théâtre- Poème en 1969.

 

La mise en scène de Charles Gonzales est en accord parfait avec ce qui se dit dans le texte de Samuel Beckett et Monique Dorsel était tout à fait fondée de nous dire, à l’issue du spectacle, qu’elle vit Oh les beaux jours comme un pas de deux. Il y a aussi quelque chose de désespéré dans la chanson que Samuel Beckett a prévue pour Winnie, L’Heure exquise extraite de l’opérette La Veuve Joyeuse de Franz Lehar, un déchirement qui vient de la distorsion entre l’utopie et la réalité.

 

 

Philippe DEWOLF

À l’affiche du Théâtre Poème jusqu’au 31 mai.

30 rue d'Écosse, 1060 Bruxelles
Tél. : 02 538 63 58   Fax : 02 534 58 58
E-mail : theatrepoeme@skynet.be

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Published by ça ira! - dans actualité
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