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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 14:00


En annexe à l’introduction, André Blavier consacre de longues notes, entre autres à l’hugophilie / hugomanie, au cas Lombroso, aux écrits bruts, au néologisme pathologique, à la glossolalie, à la folie comme thème et à l’hétérodoxie dans les sciences. Il subdivise ensuite son encyclopédie des folies en douze rubriques ou sections .

Lingua adamica (langue originelle ou primordiale) et langue universelle sont les deux pôles de la Myth(étym)ologie.

Charles-Joseph de Grave, ancien conseiller du Conseil en Flandres, membre du Conseil des Anciens, etc., auteur de ce grand “classique” qu’est la République des Champs Élysées, ou Monde ancien (1806), figure en bonne place dans cette section myth(étym)ologique. De Grave situait le monde antique (y compris l’Atlantide) en Belgique, patrie des Élyséens qui civilisèrent les anciens peuples, y compris les Égyptiens et les Grecs. Homère et Hésiode sont originaires de cette terre Belgique, dont le passé semble avoir inspiré plus d’un fou littéraire.

Blavier cite bien sûr Bécan (Goropius Becanus, 1519-1572), qui affirmait que la langue cimbrique ou flamande fut la langue d’Adam, mais également le traité d’Adrian van Schrieck (Van ‘t beghin der eerster volcken van Europen, 1614) où il est démontré que les Flamands étaient venus de Palestine dans les pays humides, en flamand keltige, d’où Kelten ou Celtes, bien avant l’apparition des Grecs et des Romains, et que leur langue était un dialecte directement dérivé de la langue primitive hébraïque. M. Nemery, quant à lui, souligne l’Unité d’origine des langues populaires en Belgique (1933) : les langues wallonnes et flamandes dérivent d’un idiome archaïque unique.

Nous y reviendrons dans une prochaine livraison.

*

La rubrique Quadrateurs voit défiler les mordus de “ma-thèmes-à-tics”, chatouillés par les grands problèmes. Plus d’une centaine d’appelés recensés par Blavier — d’un “pauvre de naissance” et “ignorant de profession” à un colonel d’artillerie en retraite — ont résolu la quadrature du cercle.

Quant au théorème de Fermat, seule une élite s’y attaque, e.a. D. K. Popoff (Sophia, 1908, 8 p.), qui déclare humblement s’occuper de mathématiques pour sa propre distraction ou Pascal-A. Brun, auteur d’une Démonstration rigoureuse de l’énigme diophantienne dite Théorème de Fermat (Haïti, 1954, 21 p.) La “grande proposition” est d’ailleurs censée démontrée par le héros du roman de Rosny Jeune, Le Destin de Martin Lafaille, 1945).

*

La gravitation universelle, la cause des marées, des vents, de la pluie, des neiges, des grêles, des tempêtes – et les moyens de les prédire ; la constitution du soleil, des comètes et leurs queues, voilà les principales préoccupations des Astronomes et météorologistes.

L’abbé L.-P. Matalène, dans L’Astronomie nouvelle, prouve de la manière la plus claire que le soleil n’a pas un mètre de diamètre ; quant à Vénus, l’auteur lui attribue très exactement un diamètre de 34 mm. La terre est plus grande que tous les corps célestes réunis en masse et elle occupe évidemment le centre du système solaire … et de l’espace. Le Blavier signale qu’Anatole France mentionne l’abbé Matalène dans Monsieur Bergeret à Paris. La curiosité aidant, nous avons consulté la 228e édition :

Ma mère nous appelait aussi pour dire bonjour à monsieur Mathalène […] qui avait un visage horrible. Jamais âme plus douce ne se montra dans une forme plus hideuse. C’était un prêtre interdit, que mon père avait rencontré en 1848 dans les clubs et qu’il estimait pour ses opinions républicaines. Plus pauvre que mademoiselle Lalouette, il se privait de nourriture pour faire imprimer, comme elle, des brochures. Les siennes étaient destinées à prouver que le soleil et la lune tournent autour de la terre et ne sont pas en réalité plus grands qu’un fromage. C’était précisément l’avis de Pierrot ; mais monsieur Mathalène ne s’y était rendu qu’après trente ans de méditations et de calculs. […] Monsieur Mathalène avait du zèle pour le bonheur des hommes qu’il effrayait par sa laideur terrible. Il n’exceptait de sa charité universelle que les astronomes, auxquels il prêtait les plus noirs desseins à son endroit. Il disait qu’ils voulaient l’empoisonner, et il préparait lui-même ses aliments, autant par prudence que par pauvreté.”

En 1847 J. M. Boisseau a trouvé le point d’appui d’Archimède et propose une Expérience pour ralentir et accélérer à volonté le mouvement journalier de la terre, consistant à faire marcher cent millions d’hommes et plus de dix millions d’animaux domestiques dans la direction de l’est. Ainsi, “on verra combien l’astre du jour sera en retard pour paraître à l’horizon et la preuve ou non que la terre obéit à la moindre force”.

Après avoir résolu une question angoissante dans son Pourquoi les poules chantent-elles après avoir pondu ? le chevalier A. de Longrée soumet en 1896 aux Académies de Bruxelles et de Paris une étude sur Tempêtes et cyclones et, en 1899, sur Les Soleils.

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Ce sont surtout les persécutés, persécuteurs et faiseurs d’histoire(s) qui forment la cohorte la plus bariolée. Épinglons quelques “classiques”, comme ce Louis Hilton-Buchoz, dit la Poire Molle (1788-ca 1856), président d’une société “essentiellement philanthropique” qui propose une récompense de trois millions de francs à l’ouvrier assez habile pour inventer le dégorgeoir chicano-purgatif,

une machine à basse pression propre à faire rendre ou faire dégorger, promptement et sans effort, à tous les noirs suppôts de la basse et de la haute basoche tels que : notaires, avoués, huissiers de toute sorte, sans oublier agréés, agents de change, coulissiers, courtiers marrons, arbitres, hommes d’affaires, syndics, etc., etc., la tourbe entière en un mot ejusdem farinae ; une machine propre […] à faire vomir, dégorger, les incalculables sommes, les incommensurables propriétés dévorées, englouties par ces gargantualiques individus […]”

Quelques années plus tôt, un certain Désiré-Félix D. envoyait au roi et aux ministres un projet de loi qui autorisait “tout citoyen à tirer un coup de pistolet, chargé à sel, dans le derrière des notaires, des avoués et des avocats dont on peut avoir à se plaindre”. Vaste programme...

Les savants reconnus n’hésitent pas à s’approprier et à exploiter à leur compte les découvertes d’honnêtes mais obscurs amateurs.

Mais il n'y a pas que les savants...

Henri-Floris JESPERS

(à suivre)

 

André Blavier, Les fous littéraires, Paris, Éditions des Cendres, 2000, 1152 p., (68,6 €).

Cf les blogue du 19 février 2008; du 16 et du 17 mai 2009.

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Published by ça ira! - dans littérature
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